‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 169 sur 361 · M. DE LESCUN · texte numérisé non relu

M. DE LESCUN

gnear, et tnareschal de France faict après, le- , qoel la reync-merefil sur-intendant des finances de France. Au bout d'un an , ceste femme vint faire la révérence à la reyne , en luy disant : «Nous sommes fort obligés, mon mary et moy, « de prier Dieu pour vous , madame ; car desipuis que mon mary a la charge des finances a nous nous sommes desjà acquittés de plus de (deux cens mille escus que nous devions. A a ceste heure, grâces à vous, ne devons rien ; « mais encore avons pour faire un acquest de « plus de cent mille escus.» La reyne, congnoissant la sottise de ceste femme, se mit à rire, et le mary, qui estoit là présent, la maugréer, et sa sottise, et jurer que bientost il fenvoyeroit hors de la cour, et n'y viendroit jamais; ce qu'il fit.

L' estât de Milan nous estoit très paisible et assuré sans l'avarice et la grande injustice qu'on y commit. Le peuple se révolta, et, comme enragé, fit au pis, et perdisrocs tout. Grand exemple pour aucuns qui disent : qu'un pays conquesté il le faut conserver par toutes rigueurs et cruautés, pour donner crainte de s'cslcver et mal faire. D'autres disent que la douceur y est cent fois meilleure , et le gracieux traictement. Il s'en ferait la dessus un beau discours, que je laisse à gens plus capables en cela que moy.

A la baltaille de la Bicoque ce M. de Lescun fit très bien avec la première trouppe de la gendarmerie, que son frère luy avoit donné a mener : il força vaillamment le pont, et entra dedans; il combattit très bravement et y eut son cheval tué sous luy, et une grande estocquade dans le visage. Mais pourtant il fallut se retirer, par le secours qui survint. Il y perdit son enseigne, qui s'appelloil Roquellaure, brave gentil homme gascon, et force gensd'armes de sa compaignie.

La battaille perdue , M. de Lautreq et M. de La Patlice se retirèrent en France, et M. de I^cscun s'en alla à Crémone, avec le reste de sa trouppe et celle de Jannin de Medicis ; où le marquis de Pescayre et Prospéra 1 estant venus mettre le siège devant, M. de Lescun, voyant qu'il n'esloit assez fort, et qu'il n'a voit un seul sol pour payer ses estrangers, capitula ; et là il fit un traictdeson frère; car, sans prendre avis de pas un qui fust là , il arresla la capitu-

t Colonne. 1

lation : ce que voyant Jannin de Medicis , qui estoit le principal de ses forces , d'estre ainsy i roesprisé d'avoir ainsy capitulé et arresté la capitulation sans luy en avoir parlé, et qu'il avoit opinion qu'on le voulust vendre, ne parlant point pour luy ny ses soldats , qui fut une très lourde et grosse vilaine faute , commença à se mutiner, et tous ses soldats, et demander leurs payes. Ce fut à M. de Lescun à rabillcr sa faute et à gagner Jannin de Medicis , qu'il appaisa , dont j'en parle ailleurs, où, empruntant de l'argent des uns et des autres, et en boursillant et en donnant sa vaisselle d'argent , les contenta ainsy.

Si le faut louer de cela ; car, sans aucun respect ny crainte d'amutinement, ny danger, il alla parler à eux tous en armes et colleres, et prests à tirer harquebusades et baisser picques et à faire meurtres, encor que plusieurs l'en dissuadassent , et qu'il n'y faisoil pas bon pour luy, à n'estre rien si dangereux qu'un peuple, soit soldats ou autres , amutiné. Il y alla nonobstant tout cela , et parla à eux , mais non à sa mode accoutomée; car il estoit de son naturel fort bravasche du parler, et haut à la main , et rébarbatif lousjours; mais, avec parolles fort douces, gracieuses et aimables, si bien que tout le monde fut content.

Par ainsy , sans plus d'empeschement , fit capitulation , non-seulement de ceste place (à sa honte et mal à propos), mais d'autres , dont il n'y eut que le capitaine Cossains , Gascon , qui tenoit la ville de I>eco, près le lac de Cumo qui ne voulut rien tenir de la capitulation dudict M. de Lescun , ne luy obéir en rien. C'est une fort belle question à sçavoir, si l'on doit tenir une capitulation qu'un gênerai faict en un pays eslrange mal à propos , à la confusion et dommage du roy. Le roy en ayma et en estima davantage cedict capitaine.

Par ainsy M. de Lescun s'en tourna en France avec le reste des troupes francoises, où il fut i aussy bien venu que son frère. Au bout de quelque temps, il fut mandé par le roy d'aller avec luy delà les Monts; et l'appeloit-on le mareschal de Foix. La battaille de Pavie se donna, où il combattit très vaillamment, selon sa coustume, et eut une grande harquebusade dans le bras, qui le luy fracassa tout; et fut porté dans Pavie, où mourut au bout de neuf

jours, chez une dame qui s'appelloit la comtesse d'Esearsafiore , qu'il avoit d'autrefois aymée lorsqu'il estudioit à Pavie.etencor après.

J'ay veu un petit traité d'un livre par escrit, et en espagnol , que le marquis del Gouast , ainsy qu'il lestoit venu visiter dans son lict, et qu'ils vindrcnl à discourir de cesle batlaille, que M. de Lescun luy dict que l'admirai de Bonnivct avoit esté cause de ceste journée malheureuse, et que, voyant tout perdu , et luy si blessé , de despit qu'il avoit , chercha longtemps , qui ça , qui là , pour le tuer de sa propre main et luy faire payer sa faute qu'il avoit faicte de perdre ainsy son roy, a qui il avoit donné conseil , contre l'advis de tous, de cestc batlaille.

Je (rouve qu'il n'avoit pas grand raison de faire cela , ny pour un grand capitaine et mareschal de France , de s'amuser ainsy à chercher ceste queste. Il eust mieux valu qu'il se fust amusé à rallier ses gens, et tuer des ennemys , que non pas les siens. Je ne dis pas que , sur le despit et collere où il estoit , que, si l'eust trouvé près de soy, de luy donner le coup, cela estoit très bon ; mais pourtant, s'il n'estoit point mort , je ne sçay si le roy ne l'en eust point recherché , tant pour l'avoir tué que pour s'estre amusé à tuer celuy de sa patrie, et non son ennemy estranger. Je laisse cela à discourir â des capitaines bien suffisans , car la matière en est très belle.

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