‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 17 sur 361 · CHARLES LE QUINT · texte numérisé non relu

CHARLES LE QUINT

J espère en alléguer plusieurs en ce livre, conter à aucuns vieux capitaines et soldats esqui out faict tout de mcsme; mais advant il paignols, qui enrageaient tous de passer plus but retourner encor à ce brave empereur, lequel certes il fault advouer avoir esté un très grand capitaine.

Toutesfbis, si l'on considère bien toutes choses, il se mit fort tard au mestier de Mars, et si advancé en l'aage, que c'est chose toute esvidente qu'il se fit de grands exploicts de guerre et fort signallés par ses lieutenans généraux en Italie, et d'aussi beaux qu'il en soit esté faict de son temps , sans jamais s'y estre trouvé.

Et c'est ce que le grand roy François luy sceut très bien reprocher sur cela, qu'il ne le voyoit jamais en ses armées , où il l'y peust rencontrer, et là vuider leur différend de personne à personne; lequel reproche, possible, fut cause de faire sortir l'Empereur de ses Espaignes et monts Pyrénées pour prendre le vent et charger les armes.

Ce grand Jules Cassa r en fit de mesraes, qui , arrivant au sepulchre d'Alexandre, se mit à

outre, selon la devise de Jeur brave gênerai, lequel prit tel goustà ceste curée première, que despuis il fit et continua choses lies mémorables.

Et si l'on veut croire l'opinion d'aucuns grands guerriers, et qu'on leur demande, comme j'ay veu , desquels des deux mérite plus de louanges en ses actes, ou luy ou Jules Cssar, certes Cssar a esté fort estimé dece qu'il a faict en la Gaule l'espace de huict ans, si l'on veut bien considérer la vaillance de ces Gaulois, qui pourtant ont faict leurs guerres plus par le grand nombre de gens et de leurs partialités que par leur grande valeur.

Mais l'empereur eut affaire contre ce grand roy François , et Henry 11, leurs grands capitaines, leurs braves et vaillans subjects et soldats très bien aguerris, contre lesquels il a plus acquis (comme je tiens d'aucuns) de gloire et de réputation, que ce qu'il a jamais entrepris et faict contre les Turcs, les Italiens, les

plorer qu'il n'eust faict encores aucune chose Mores, les Indiens et les Allemans en sa guerre sifrnallée en l'aage auquel Alexandre avoit con- des protestans, tant vantée des Espaignols et

quis tout le monde.

L'Empereur, pour son premier essay , certes , en fit un 1res signallé, quand luy-mesme en personne chassa ce grand sultan Soliman (grand certes le peut-on dire en toutes sortes) de la Hongrie, laquelle il ravageoit et pilloit à son ayse, comme il luy plaisoit, et fâche voit de ruiner et emporter sans l'ayde de l'Empereur, qui l'eust empietlé luy-mesme, sans qu'il se mist à la fuitte ou à la retraicte; bien marry qu'il ne le peust combattre, car il avoit une très belle armée, de laquelle en ayant fait la reveue devant Vienne , il se trouva avoir nonante mille hommes de pied payés, et trente mille chevaux; car tous y avoient frayé, et pape et potentats dltalie et d'Allemagne.

autres nations. Non pourtant qu'il y demenast si souvaot ny si longuement les mains comme contre les François, qui luy donnèrent bien plus d'affaires que les autres! Et nous en a bien donné aussi, sans pourtant nous faire ployer soubs le joug de celui des Allemans, que dict Louys d'Avila , qui en a escrit la guerre comme y estant ; et , voulant exalter son maistre par trop, dict : que c'a esté un grand cas de luy, que Charlemaigne demeura trente ans à subjuguer les Saxons, et l'empereur Charles n'y demeura que trois mois; print prisonnier leur principal chef, le duc de Saxe, avec d'autres de ses grands seigneurs et capitaines ; les autres furent en fuitte, et à qui sauve qui peut, comme le langrave, lequel , se retirant de ville

Qui plus est, il voulut le poursuivre jusques j en ville, ainsi qu on leur deroandoit ce qu'ils aux fins de la Hongrie, voire par delà; mais ! avoient affaire, il ne leur respondoit que, tous s'excusèrent, et sur tous les Allemans, qui, comme dict l'Espaignol , cadara posa guarda

pour leurs excuses, dirent ne vouloir passer outre, n'estant là assemblés ny venus que pour deffendre leurs frontières et leur patrie, non

su coda, c'est-à-dire chaque renard garde sa queue. Voylà un bon reconfort et bon payement pour avoir tenu son party. Enfin , il fal-

pour deffendre ny conquérir l'autruy ; dont lut qu'il vinst boucquer , et se rendre prisonl'Empereur en fut fort mal content d'eux , et nier à sa miséricorde, demander pardon , et le en déprima beaucoup, ainsy que je l'ay ouy prier de ne le tenir point en prison perpétuelle.

VIES DES GHANDS CAPITAINES

En quoy il faillit bien pour un homme d'esprit, car il se prit par sa bouche, e cosi si plglia la volpex,è\cl rifalicn. Car, selon qu'il demanda, l'Empereur luy promit for l bien; si que le lendemain, pensant sortir et se retirer en sa maison et ses pays, fut mis entre les mains de Guevara, maistre de camp du terze de Lombardie, luy ayant commandé le duc d'Albc, de par l'empereur, son maistre, et luy dire que, pour la prison perpétuelle, il luy tiendroit fort bien la foy et parole, mais non pour celle qui est preftse à quelque temps, qui pourrait monter et durer jusques â quatorze ans. Quels mots rusés et ambigus pour tromper son prisonnier en tout honneur! Qui fut estonné? Ce fut ce prince.

Ledict Louis d'Avila et Sleidan en parlent assez sans que j'en die d'advantage, lesquels pourtant ne s'accordent pas bien. Si ne sçauroit nier ledict Sleidan qu'après ceste grande victoire de bataille qu'eut l'empereur , les villes, tant grandes que petites, n'apportassent les clefs à ses pieds, estant en son lict et siège impérial. J'en ay veu les tableaux portraicts de tels trophées peincts en taille-douce , qu'il faisoit très beau voir.

Il gaigna ceste victoire heureuse le 24 d'apvril l'an 1548, après la reste de ce brave chevalier, monsieur saincl Georges, que les Turcs révèrent fort, cl non d'autres saincts, comme j'en parle ailleurs.

Venant aux vespres du jour de Sainct Marc, pensez que ce brave sainct voulust combattre pour luy en sa juste querelle , de sorte qu'il fallut que le duc de Saxe, qui auparavant ne l'appelloit que Charles deGand ( par tropexcessive dérision ), estant mené devant luy, et testant mis â genoux , luy demandast grâce , et qu'il le traictast eu prisonnier de guerre, l'appel la nt : Sire Empereur. 11 luy sceut bien reprocher qu'il ne l'appelloit plus Charles de Gand, et le traicteroit comme il le méritoit, disent ainsi les Espaignols.

J'ay ouy dire à gens qui estoient à la cour de nostre roy Henry 11 , qu'avec les nouvelles que l'on y apporta de ceste grande desfaicte, on y apporta aussi par grande merveille une des bottes dudict duc, qui estoit si gros, gras et replect, qu'aucuns courtisans brocqardeurs, la voyant

1 Ainsi se prend le renard.

si grosse à toute extrémité , rencontrèrent là dessus qu'elle estoit propre et assez bastante pour servir d'un fourreau de bois de lict de camp.

Il se dict de ce brave empereur que, le jour mesmes de la batlaille, il estoit si mal mené de ses gouttes, qu'il portoit une de ses jambes appuyée dans un linceul ou nappe attachée â l'arçon de son cheval , qui estoit un genest 1 d'Espaigne tres beau. Non , il n'en devoit estre ainsi traicté , ny si lost , n'estant par trop encor advancé sur l'aage : surquoy nos farceurs et brocqardeurs françois , pour avoir revanche des mocqueurs et ocquineurs (comme j'ay dict), mesmes ceux d'Arras, qui donnoient souvent sur la fripperic de nos roys François premier et Henry II , firent ceste rime pour joyeuse rencontre, et badine pourtant :

L'empereur Charte* te Quint , Ne portant botte ne manequint ,

Avec tes Homes tomes Fut fort (ouruieull de ses gouttes.

Voilà donc comme cet empereur se met fort tard en la dance de Mars ; mais il persévéra si bien par l'espace de vingt ans, qu'il devint et fut estimé des meilleurs danseurs de la festcou de Bellone. tant qu'elle tint grand bal pourluy : et, s'il ne fust esté par trop tourmenté de sesdictes gouttes, il en eust faict mieux dire.

Et mesmes à la bataille et rencontre de Ranty , où il se fit porter en littierc, n'estant point encor assez saoul de l'ambition qui l'affamoit; et là, pourtant, il fallut changer et prendre un cheval turc pour se sauver; et là aussi ftit son période, et des lors prit occasion de faire la trefve , et de se devestir ( parce qu'il n'en pou voit plus : c'estoit bien patience par force, car autrement ne l'eust pas faict , tant il estoit courageux et magnanime) de son empire , de ses estats et royaumes , pour se retirer en Espaigne près de Vallc-Dolit, en un monastère où j'ay esté, retiré du monde, faire une vie tres solitaire. Encor, tout religieux , demy-sainct qu'il estoit, il ne se peut en garder (ce disoiton lors, et que la commune voix en courait par tout) que, quand le roy son fils eust gaigné h bataille de Saiuct-Qucntin , de demander aussi | tost que le courrier luy apporta des nouvelles , s'il avoit bien poursuivi la victoire, et jusque

I 1 Ginete, petit cheval de montagne.

CHARLES I

lui portes de Paris. Et quand il sceut que non, il dit qu'en son aage, et en ceste fortune de victoire , il ne se Fust arreslé en si beau chemin, et cust bien mieux couru; et, de despit qu'il en eut , it ne voulut voir la depeschc que le courrier luy apporta.

Il fault certes confesser , comme j'ouys dire une fois à un vieux capitaine espagnol, que si ce grand empereur e ust esté immortel , seulement de cent ansbien sains et disposés , il fust esté par guerre le vray fléau du monde, tant il estoit frappé d'ambition, si jamais empereur le fut. Et il avoit pris la devise des deux coullonnes avec ces mots , plus outre, voulant en cela braver et surpasser Hercules, qui les avoit plantées au destroict de Gibertal , sur les deux montagnes qui s'y voyent encor.

Sur ce, je vays faire ce conte, que je tiens du feu capitaine Bourdeillc, mon second frerc, et M. d'Argy, qui avoit espousé la belle Sourdis, l'âne des filles de la feue reyne : je croy qu'il vit encores, et n'y a pas long-temps qu'il m'en remémora le conte; qu'à l'advenement du roy Henry second , que son règne estoit encore en paix, se trouvèrent en Piedmont et à la cour quelques jeunes gentilshommes françois, aiosy qu'a esté tousjours leur cousturae d'aller chercher la guerre ailleurs, et contre estrangers, quand ne la treuvent près d'eux, se faschans d'estre par trop accroppis en oysivetés; desquels estoient le seigneur de Tienne ( celuy qui mourut & Thcrouanc ), de Beaudiné, qui y mourut aussi, Estauges, qui mourut au voyage d'Allemaigne , le jeune l^mpicrre et ledict capitaine Bourdeillc, qui moururent tous deux aux assaults de Hcdin, et Argy, qui vit encore et les survesquit tous : tous ces messieurs prirent doneques resolution d'aller en guerre de Hongrie ; et partans, les uns de Piedmont , où estoit mon frerc, et les antres de la court, arrivèrent à Vienne en Austriche, où pour lors estoit l'Empereur; et pour ce luy allèrent faire la révérence , car il avoit desjà sceu leur venue.

S'estans donc présentés devant Sa Cansarée Majesté , il les recueillit tous d'un très bon vioseel très belles gracieuses pnro!!es; et ayant liré d'eux l'occasion de leur voyage pour ceste pierre et pour l'y servir, ne pouvant demeurer (a paix pour leur jeune aage où ils estoient , il |

les en loua bien fort, et les en remercia de mesmes et de fort bonne façon; puis leur dict qu'il estoit bien marry qu'ils avoient failiy A leur voyage , et n'a voient eu dequoy monstrer leur brave courage ; car la trcfve venoil d'est rc faicte avec le Turc, a Mais, ce dict-il , retournez « vous en , Messieurs. Je vous assure que vous «ne serez pas plustost en Piedmont que vous y «trouverez la guerre ouverte pour Parme, où «vous trouverez de la besoigne taillée pour «vous exercer. Priez Dieu seulement pour ma «santé et ma vie; car, tant que je l'auray, je ne «vous laisseray point oysifs en France; et n'aime «la paix non plus que vous autres. Je suis esté «nay, faict et accoustumé pour les armes ; il «fault que je les continue jusques à ce que je «n'en pourray plus. D'autre part, jecognois «vostre roy, issu du noble sang de France « ( comme j'en suis aussi sorty ) : estant jeune «comme il est, et ambitieux aussy bien que a raoy, il n'a garde de s'acaignarder en oysi- «veté, nyaux plaisirs de sa court. Jamais deux «grands voisins puissans et convoi teux ne

■ sçauroient guieres demeurer en paix. Par- «quoy désormais n'ayez peur d'avoir faute «d'exercice pour les armes , tant que luy et «moy vivrons et bruslerons d'envies. Vous en « retournerez donc , Messieurs , quand il vous

■ plaira, après avoir veu ma cour, vous estre « pourmenés par la ville , et veu le pays où vou- «drez aller, en remerciant vos bonnes volon- « tés , que je prise autant que les effects ; n.us a promettant, enfoy de gentilhomme, que si, du- « rant les guerres , vous tombez entre mes mains «ou des miens, prisonnier, en me le faisant sça- «voir, je vous recognoistray ceste affection et «ce plaisir au double.» Et pour ce, voulut scavoir leur noms et les faire mettre par escrit , pour s'en ressouvenir, ayant pourtant ouy parler de leurs maisons , qu'il tenoit pour fort illustres et généreuses; et appella M. dePiennc son vassal, comme de vray ceste maison a de grands biens en Flandres.

Ces messieurs donc, ayant pris congé de ceste grande Majesté avec force grandes caresses cl honnestes offres , s'en retournèrent en Piedmont , où ils ne faillirent de trouver la guerre ouverte pour Parme , comme il leur avoit dict. Et nottez qu'il leur parla tousjours I en très bon fraoçois. Tels propos de ce grand

VIES DES GRANDS CAPITAINES

prince montraient bien qu'il aymoil la guerre, l'ambition et une grand gloire.

Or, laissons là ces guerres, car elles sont assez publiées par les histoires : il fault faire d'autres contes de luy.

Les François , Flamans et Allemans racontent encor aujourd'huy plusieurs particularités de ses dicls et faicts : comme serait entre autres l'edict qu'il fit publier au Pays Bas , que les Brabançons et Allemans ne peuvent encor osier de leur mémoire : car ce fut une ordonnance observée par toutes les dix-sept provinces : que l'on n'eust plus à faire carroux ; car, encor qu'il fust de la patrie , il n'estoit point bon biberon , ( que c'est d'une belle naissance et bonne nourriture! ) et sur peines de grosses amendes contre les contrevenants; et cela à cause des grand maux qui sortoient de ces brindes ordinaires et dissolus ; tellement qu'il sembloit advisà unchascun que l'empereur avoit bien puuy tous ses peuples, tant Vallons que Flamans , à cause de ces desfenses faictes de ne plus ainsy carrouser.

Pour doneques oublier le mestier à la longue que la nature leur avoit appris , devenus quinaux en leurs festins, ils s'adviserent d'esnerver cest edict prînsautier en ceste façon , selon le contenu du vieux proverbe italien , Chi ha fatlo la legge , lia trovato l'inganno 1 : c'est qu'aux banquets qu'ils faisoient , ils se monstroient les uns aux autres les godets et les lasses pleines de via, et les soustenans regardoient à qui ils les portoient et vouloient , puis s'ont redisoient : « Holà, f entends-tu ?» Celuy qui estoit tenu de pleiger son compagnon respondoit : a Et quoy ?» L'assaillant repliquoit : «Ce que l'empereur a desfendu;» et là-dessus, il falloit trinquer et faire raison. Finalement l'empereur fut cootrainct de laisser hausser le temps aux bons biberons , comme ils avoient accouslumé.

J'ay ouy faire ce conte à plusieurs, et principalement à madame de Fontaines-Chalandray, qui estoit de ce temps en Flandres, fille avec la reyuc Elconor sa maistresse , et avoit tout cela veu pratiquer : on l'appelloit la belle Torcy.

Disoient encor les Allemans , Flamans, Vallons et Espaignnls , que cest empereur avoit de coustume de saluer souvent les gibets devant

» Oui fait li loi y troure l'échappatoire.

lesquels il passoit; raonstrant par là qu'il honnoroit grandement la justice, ten.mi en tria de son ayeule Ysabelle de Castillc , qui s'esjouyssoit fort quand elle voyoit les gibets bien gar nis de malfaiteurs. C'estoil uoe de ses joyes : j'en parle ailleurs.

J'ay veu de mon jeune temps en Italie , et surtout à Naples, les soldats espagnols suivant les bandes , ne passer jamais devant les fourches où il y avoit des pendus es branches, despuis les plus grands jusqu'aux plus petits et leurs mochaches », qu'ils ne levassent tous à la file le bonnet ou le chapeau de la teste comme devant une croix, et ce à l'imitation de leur empereur.

On raconte aussi de cest empereur qu'il beuvoit lousjours trois fois à son disner et son soupper, fort sobrement pourtant en son boire et en son manger.

Lors qu'il couchoitavec une belle dame (car il aimoit l'amour, et trop pour ses gouttes), il n'en eust jamais party qu'il n'en eusljouy trois fois.

11 aimoit le jour et festc de Sainct Mathias, et le sainct et tout, parce qu'à tel jour il fut esleu empereur, et à tel jour couronné, et tel jour aussi il prit le roy François prisonnier, non pas luy proprement, mais ses lieutenans.

Entre toutes les langues, il entendoit la françoise tenir plus de majesté que tout autre. Quel boo juge et suffisant pour la mieux honnorer ! Et se plaisoit de la parler, bien qu'il en eust plusieurs autres familières, repentant et disant souvent, quand il tumboit sur la beauté des langues , selon l'opinion des Turcs, qu'autant de langues que l'homme sçait parler, autant de fois est-il homme ; tellement que si un brave homme parloil de neuf ou dix sortes de langages, il l'eslimoil autant luy tout seul qu'il eust faict dix autres.

Il fut fort curieux d'attirer à soy le drogman du grand sultan Soliman, jusques à luy proposer soubs main de grands gages et pentions : mais il estoit entre trop bonnes mains qui luy donnoient tout ce qu'il vouloit; il parloil distinctement et bien parfaitement dix-sept langues, qui sont : grec vulgaire et lileral , turc, arabe, more, larlarc, persan , arménien, hebrieu, hongre, moscovite, csclavon , italien, espagnol, allcman, latin et francois; et s'ap- 1 De muchacho , petu Garçon.

CHARLES

peltoil Genus Bey, natif de Corfou , homme certes faict par miracle, voire incroyable qu'il cust jamais atlainct ceste perfection : et l'empereur le devoit bien estimer et désirer, puis que luy mesraes parloit cinq ou six langues.

J'ay ooy dire qu'il fit traduire l'histoire de messire Philippe» de Comines, françoise, en toutes tes autres qu'il sçavoit , pour ne les oublier, les pratiquer, et retenir mieux ladicte histoire, et pour imiter mieux son aycul, le brave Charles de Bourgogne », en ses faicts et conditions , et principalement en rompement de foy, pour régner à l'exemple de Caesar, qui en disoit et en faisoit de mesmes.

Il fut nourry de très bonne heure aux affaires par ce sage M. de Chievres, que ce prudent Looys XII luy donna pour son curateur second (car luy estoit le premier), qui l'instruisit si bien, que l'on en a veu les effects et la fin.

Il fut fort hault de courage, et présumant fort de soy.

Il se dict et se lit que, lors qu'il annonça la guerre aux protestans, il avoit si peu de forces au commancement, que, si les autres fussent «tés tels grands capitaines, vaillans et hasardeux comme luy, ils l'eussent desfaict, car ils avoient plus de forces deux fois que luy, n'ayant encor receu celles du pape, d'Italie et de Flandres ; et par ainsy son conseil luy persuadent de temporiser: rien pour cela; par son brave cœur il hasarda tout.

J'ay ouy dire aussi que, lors qu'il vint assiéger Metz , son conseil le conseilla de l'envoyer sommer avant , selon la mode de guerre. •Non, dict- il ; ce serait une ceriraonie de peu ede valeur. Ce M. de Guyse, ce jeune prince, ce «brave et vaillant, ne s'est point renfermé «leans avec si belle noblesse françoise, grandes «et délibérées forces, pour parlementer et se «rendre. Aussi ma victoire en la prise de ceste •"Façon n'en seroit si glorieuse ; mais je la veux

• avoir par force et de bravade : Y triunfo, « dict-il , mas bravo serà de haber los por « mâcha sa/igre derramada, que por gracia «/- mbericordia*. » H y fut bien trompé. J'en parle ailleurs3.

1 Le roaoïncrit 8771 , ajoute : • Et le bou rompu le roy

• Louyt XL»

» Le triomphe «era plui beau de les toumettre par beaucoup de sang, que par grâce et miséricorde. * Dku l'éloge du duc de Guise.

Or, si ce prince avoit le cœur hault, brave et valeureux, il avoit aussi l'ambition bien grande , qui le guidoit et conservoit ' : car, ne se contentant de ce beau et spécieux nom d'empereur, des terres de son empire, et de tant d'autres royaumes qu'il avoit, il fut une fois en resolution (dict l'histoire de Flandres, et que cela y est commun) de se faire roy de toute la Gaule belgique, soubs laquelle l'on peut dire plus de trente-cinq grosses villes très fameuses, superbes et très magnifiques, comme : Louvain, Bruxelles, Anvers , Tournay, Mons, Valenciennes, Bos-le-Duc, Gand, Bruges, Ypre, Malines, Cambray, Arras, l'isle, Liège, Namur, Ltrecq, Amiens, Bouloigne, Saint - Quentin , Calais, Rains, Trêves, Metz, Nancy, Toul, Verdun, Strasbourg, Mayence, Aix, Couloigne, Cleves, Juilliers, et force autres, jusques à Rouen, dict l'histoire, et la pluspart de Paris, à sçavoir, celle du costé delà la Sene : toutes lesquelles places sont décorées de toutes dignités et tiltres impériaux , royaux , ducaux, marquisats, contés et baronies, archeveschés, eveschés, et de tous autres honneurs et degrés de prééminence. De plus, il y a plus de deux cents villes, lesquelles, pour leurs qualités, et facultés, ont privilèges de villes murées, sans une infinité de beaux et grands villages, qui paressent villes, ayant clochiers, avec un peuple infini et incroyable. Tout cela est à présent bien changé despuis ces guerres civiles d'estals. Ce n'est pas tout; car elle est embellie et enrichie de grosses rivières navigables , comme le Rio, la Meuse, la Sene, fEscaud; puis de très grandes et belles forêts, comme les Ar dennnes, Charbonnière et autres.

L'Empereur donc, tenté de tant de belles choses et d'envies , proposa à son conseil de faire un royaume tout a part pour luy ; mais il y trouva des difficultés, et principalement sur la diversité des poix , mesures, cous tu mes, des loix et des langues , qui sont entre tant de régions et pays particuliers, lesquels l'un à l'autre en chose aucune, comme par union et vraye institution de royaume conviendrait faire , ne voudraient céder.

Toutes ces difficultés furent débattues, mais pour cela rien; car l'Empereur en fust bien

> On raiueau qui en guide un autre, l'appelle vaisseau de contenre.

venu à bout , aussi bien qu'ont jadis faict nos roys sur le royaume de France, où il y a diverses loii, diverses coustumcs, diverses mesures, divers poix et divers langages. Mais l'encloueure csloit en ce qu'il eut de grandes guerres de tous coslés, et principalement contre ce grand roy François , valeureux comme luy, envieux et jaloux comme luy, sur tout de voir son vassal plus grand et plus riche que luy, lequel ne l'eust jamais permis, et mesmes qu'il fust venu régenter son royaume si près et aux portes de Paris. Quelque autre roy ' l'eust enduré? aussi bien luy rompit-il tous ses desseins en cela.

Sur quoy j'ay veu disputer si c'estoit audit empereur, comme au nom et tiltre d'empereurs, il pouvoit faire et ériger ce royaume. Aucuns disent que ce privillege appartient aux empereurs de ce faire ; les autres tiennent que c'est aux papes: je m'en rapporte à de plus sçavans que moy pour en faire la conclusion. Je penserois pourtant, tout tel que je suis, en fnire un traicté selon ma fantaisie; mais pour ce coup je m'en déporte, craignant de me destourner trop de mon grand chemin.

Tant y a encore que, sans nostre grand roy François, voire sans son ombre seulement, cest empereur fust venu aisément à ce desseing. Et autant de petits princes et potentats qui s'y feussent voulu opposer, il en eust autant abatu comme de quilles ; et leur puissance n'y eust eu pas plus de vertu que celle des petits diablotins de Rabelais, qui ne font que grcllcr1 et geller les choux et persil d'un jardin. Le pape ne luy en eust peu résister, qu'il ne fust pris dans la forteresse de Sainct-Ange, imprenable prétendue : mais pourtant, ayant affaire de luy pour sa couronne , il vint s'humilier à luy ; ce qui fut très bien et sainctement faict.

Sur quoy j'ay ouy faire un conte plaisant à des Espaignols et Italiens, mesmes dans Boutoigne où fut faict ce couronnement, qu'advant y aller il y eut aucuns de ses favoris, et mesmes Espaignols qui sont soubçonneux comme singes de cour parmy des pages, qui luy dirent qu'il seroit bien estonné qu'en faisant sa submission au pape, qu'il luy fist l'affront

' Le manuscrit 6771 dit : «Quelque fat du roy. > 1 1-e manuscrit 8771 dit : oQui ue peuvent , par leur pissat , que crcller.p

DS CAPITAINES

que fit l'un de ses prédécesseurs à l'empereur Frédéric, et luy mist le pied sur la gorge, en recompense de ce qu'il l'avoit faict prendre et retenir prisonnier si long-temps. A quoy rcspondit l'Empereur : a S'il se jouoit à cela , je «luy donnerais de mon espée si estroict sur a l'oreille, qu'il s'en rossouviendroit pour ja- «mais, et l'endormirois bien pour un long «temps. » Et pourtant y songeant un peu, et ne voulant estre pris sans gantelet, il alla par devers luy, non en petit prince s'humiliant, mais en vray empereur arrogant, et avec telles forces , qu'il fit plus de peur au pape que le pnpc à luy, bien qu'il fust sur ses terres et en sa ville de Boutoigne.

Paulo Jovio en raconte l'histoire et son entrée; mais je l'ay mieux leue et apprise dans un livre espaignol , et que je l'ay ouy aussi confirmer à aucuns vieux capitaines et soldats espaignols et italiens de ces temps. Il entra donc ainsy :

Premièrement, marchèrent à la teste quatre mille Espaignols tous vieux soldats des guerres passées, lesquels menoit dora Anthoine de Levé, porté par des esclaves dans une chaire couverte de velours cramoisy, et luy 1res bien en point.

Apres venoient dix- huit grosses pièces d'artillerie, fournies de tout leur attirail et munitions qu'il n'y manquoit rien, estans suivies de mille hommes d'armes des vieilles ordonnances de Bourgoigne, tous bien montés et bien armés , et couverts de leurs belles et riches casacques d'armes, la lance sur la cuysse.

Puis venoient les pages de l'Empereur, qui pouvoient monter à vingt et quatre seulement, tous superbement vestus de velours jaune, gris et violet, estant pour lors ses couleurs, montés sur de 1res beaux chevaux, les uns à la gcnelle, les autres à la commune, que les Espaignols appel loient pour lors à la bastarde. Les pages après estoient suivis du grand escuyer de Sa Majesté, armé de toutes pièces d'armes blanches, portant en sa main droicte l'eslocq de Sadictc Majesté.

Puis l'Empereur marchoit, monté sur un fort beau genêt d'Espaigne, bay obscur, armé de fort belles et riches armes, dorée* et couvertes d'un saye (ainsy l'appelle l'Espaignol) de drap d'or, l'cspaule droicte pourtant descouverte, et la moitié du costé et les bras aussy, par où

CHARLES

se pouvoitnt voir les armes aisément, et en la teste an bonnet de velours noir ( le livre rappelle un bonete de terciopelo neg/v1), sans panache ny autre garniture.

Le temps passé on en usoit ainsi souvent de ces bonnets à cheval pour une parade, comme j'ay vcu les cscuyers de nos roys en porler quelquefois, quand ils picquoientles grands chevaux devant leurs roys : mesmes le roy Charles , je loy ay veu les porter estant jeune, quand il falloit les picquer, non pas toujours, mais quelque fois. Feu M. de Guyse, ce brave dernier mort, comparut ainsy en sa parade et entrée de camp, en un combat à cheval , qui se fit un jour au I /Ouvre aux nopees de M. de Joyeuse, sur un grand coursier qui alloil Fort bien deux pas et un suit, aussi le sçavoit-il fort bien mener, ayant on bonnet d'escarlatte en la teste : et il me dict qoil l'avoit trouvé dans des vieux meubles de feu M. son pere, car de ce temps il s'en portait fort en la leste, garny de force pierreries et de longs fers d'or à l'antique ; ce que tout te monde trouva Fort beau ; aussi à ce prince tout seyoit bien, tant il estoit bien nayetnourry; et pour moy, jamais je ne le vis avoir si bonne «belle grâce, non de prince seulement, mais d'empereur et de roy.

Ainsy donc ce grand empereur s'accommoda de ce bonnet sans porter le chapeau , qu'il n'aymoit pas tant que una gorra ù gorrica, que fEspaignol appelle aussy ainsy, bonnet ou petit bonnet, voire de drap, qu'il portoit quasy ordinairement ; et que de ces temps les bonnets estaient fort en usage, non comme aujourd'hui' Ie8 grands fats de chapeaux que l'on porte garnis plus de plumes en l'air qu'une autruche ne peut fournir en chascun.

Il a fallu que j'aye faict cestc digression : il huit qu'elle passe pour bardot sans payer otage.

Pour retourner encore à nostre grand empereur, il estoit donc monté sur ce beau genêt, comme j'ay dict.

Les cardinaux venoient après sur leurs mulles, et leurs grandes chappes sur eux.

Après lesquels venoient d'Astorgia , qui conduisoit la trouppe de quatre ou cinq cents gentilshommes de la cour, les uns plus braves que les autres , et 1res bien montés armés.

1 Ce bonnet de retour» noir.

Suivoient encor mille cinq cents chevau-legers et gensdarmes , tous l'armet en teste ou bourguignotte.

Et pour l'arriere-garde, trois mille hommes de pied encor, tant Espaignols, Italiens, que lansquenets.

C'estoit marché cela en brave et grand empereur, pour faire trembler la terre, ainsy qu'il fit aussi trembler le ciel lorque son artillerie commença à tirer et faire un bruit de diable, que dom Ànthoine de Levé fit bravement jouer ce jeu, et avec les arquebusades redoublées souvent de ses soldats.

Or, de narrer et desduire tout le reste de son entrée, et comme il arriva à l'église, ce qu'il y fit, et comme il fut receu, c'est chose superflue puisque cela se treuve assez par escrit.

Seulement je diray, pour reprendre nostre premier thème, comment il se comporta en son obédience vers le pape.

Quand il fut donc joinct à luy, il se mit i genoux, et luy baisa les pieds; et puis, s'estant levé, il luy baisa la main. Le pape aussi tost ( les siens luy ayant levé sa mitre par derrière) luy baisa la joue. Cela faict, l'empereur se remist encor à genoux, et le pape avecques un grand geste de faveur (dict ainsi l'histoire), le pria de se lever ; et estant ainsy, vint un de l'empereur, qui tira une pièce d'or de la bource de drap d'or, qui la donna à l'empereur, laquelle il offrit au pape, en bénéfice de tout son pouvoir, et luy disant : « Pere saint, grâces «soient rendues à Dieu de là hault, qui m'a «concédé tant de grâce, que je sois venu ieyen c toute seureté à baiser le pied de Vostre Saincoteté, et à estre receu d'elle benignement plus «que je ne mérite ; et par ainsi je me mets des «ores en vostre sauvegarde. »

Quels mots saincts et rusés voylà , et quelle sauvegarde, puisque le pape estoil en la sienne, et qu'il estoit le plus fort I De mesmes en fit le loup de la fable d'Esope, qui, faignant d estre chassé et d'avoir peur, se vint rendre en la sauvegarde de sa commère madame la chievre, et après la mangea ; car elle vouloit faire de la gallaute avec luy. Mais nostre empereur ne fit pas de mesmes sur le dernier poinclEt ne fault pas doubler pourtant que si le pape eust voulu abuser de son auctorité, que l'empereur ne l'eust faictsaulier hault comme une mitaine. Et voylà

VIES DES GRANDS CAPITAINES

pourquoi il fut 1res sage el bien advisé de s'estre bien accompaigné.

Aussi fut sage le pape quand il luy dict : «Ta «Casarée Majesté ( c'estoit un grand mot, «celuy là, du pape) et ta veue m'a esté fort « désirée ; et pour ce je rends grâces à Dieu «de vous avoir veu et receu, non comme elle c mérite; et par ainsi nous nous mettons en sa «garde.»

C'estoit bien dict au pape cela , de se mettre en sa garde, el sans feintise comme l'empereur avoit dict la sienne.

Cela dict, le maistre des cerimonies hanssa l'empereur, et le mit auprès du pape, près duquel ne demeura guieres; et s'en alla avec les cardinaux pour faire le reste des cerimonies : et puis, avant que de se départir du tout, firent une grande amitié et reconciliation, comme il se voit par escrit.

Et par ainsy cest empereur demeura fort content, n'ayant rien eu tant eu son affection que ce couronnement pour plusieurs raisons, et principalement qu'il n'estoit que my- empereur, et ne l'appel loit-on que Yesleu empereur, non pas les Espagnols, qui l'appelloient fort bien tout à trac emperador, sans le roypartir.

Ce ne fut pas tout ; car encore dict-on qu'il se voulut faire couronner empereur du nouveau monde; mais il n'estoit pas bien encor achevé d'estre conquis, de la façon que le temps et les guerres qui s'y sont faictes en ayent achevé les conquestes; où les Espaignols certes y ont acquis de belles réputations , et non sans grandes peines que nous autres François n'eussions pu souffrir, tesmoing la Floride et autres petites terres de sauvages, que n'avons sceu guieres bien gaigner ny garder; au lieu que les Espaignols, n'estans que petites poignées de gens , y ont faict des effects el des miracles fort étranges, non pas seulement soubs l'empereur, mais soubs le roi Philippes, qui se sont eslargies estrangement sans aucunes séditions et révoltes , comme fut celle de Francisque Piiarre, ce brave et vaillant capitaine. J'en parle ailleurs.

Ce ne fut aussi sans grandes effusions de sang sur ces pauvres Indiens, dont on en blasme fort les Espaignols, qui n'avaient pas tant de tort qu'on dirait bien ; car ces barba-

res, quand ils les trouvoient à l'escart, n'er avoienl aucune commisération , jusque» à le* manger; et, par ainsi, faut que la cruauté soi" compensée par cruauté.

De sorte qu'il se dict et se treuve par escrit que ces Indiens , estans ainsi si cruellement traictés, s'adviserent de se faire baptiser et de se faire chrestiens pour n'estre plus subjects â ces tourmens cruels. Et s'y en abordèrent tant à ce sainct mystère, que force Espaignolf furent conlraincts de présenter requestes aux magistrats de l'empereur, que les prestres el les moynes n'eussent plus tant à baptiser de personnes, d'autant qu'ils ne pouvoient plut treuver d'esclaves pour fournir au travail el cavement des mines.

Voylà un plaisant traict! Que si on l'eusi faict du règne de ceste bonne el dévote la reyne Ysabelle de Castille, elle les cust lou» faict mourir pour telle requeste ; n'estant son intention de conquérir ce nouveau monde, sinon d'autant pour gaigner et réduire ces povres ames, qui esloient du tout perdues, tant elle estoit bonne et dévote chreslienne. Ceste requeste pourtant estoit plaisante poui un léger chrestien.

Or, pour reprendre encor ceste conqueste, ç'a esté une très grande richesse, non pas seulement pour l'Espaignc, mais pour toute la chrestienté qui s'en est quasy saoulée, n'ayant auparavant que fort peu de mines d'or et d'argent. Aujourd'hui il y a parmy la chrestienté, voire ailleurs, plus de pistolles de deux et de quatre qu'il n'y avoit, il y a soixante et dix ans, de petits et simples pistolets, de doubles ducats à deux testes de la reyne Isabelle et Ferdinand son mary.

Il n'y en a pas tant certes comme de la première découverte par Christoffie Coulon soubs ce roy et reyne, tesmoing M. de Chievres, qui, pour cela, en esmeut une sédition en Espaigne, comme chascun sait; mais on a reduict aujourd'hui toutes ces belles et fines pièces en autres espèces augmentées et falsifiées.

Si fay-je ce conte, que lorsque je vins d'Espaigne, y estant allé pour mon plaisir voir le pays et la guerre, cl le siège du pignon de Iielys, je vins trouver le roy et sa cour à Arles en Provence; ainsy qucj'entretenois la reyne

Page 1