‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 18 sur 361 · CHARLES LE QUINT · texte numérisé non relu

CHARLES LE QUINT

merc à son souper, elle me demanda si j'avois esté en Seville , et si j'y avois veu arriver la flotte des Indes, et combien on l'eslimoit. Je luy dis que je l'a vois veue, et qu'on l'estimoit à vingt millions d'or, moitié pour le roy et moitié pour les marchands. Lors elle me dict : • M. de Savoye (qui estoit lors à la cour) m'a •dict qu'il ne falloit pas tant vanter toutes ces c Bottes qu'on diroit bien, car elles coustoieut «plus au roy d'Espaigne qu'elles ne luy reve- « noient. »

Je ne scayspas pourquoy M. de Savoye disoit cela a la reyne, ny à quelle finesse et intention ; car, sans ces flottes et commerces des Indes, le roy d'Espaigne n'eust secu Fournir à tant de frais qu'il luy a fallu supporter tant qu'il a régné , qui ça qui II , et surtout en ces guerres de Flandres.

Or, tant y a, quoy que dist M. de Savoye, ce sont esté de grands trésors qui sont sortis de là despuis cent ans; et M. Savoye s'en est bien ressenty luy-mesmes, et tous les jours tout le monde s'en ressent.

Ce n'est pas tout; car les perles et pierreries nous sont si communes, que les moindres femmes de nos cours et de nos villes s'en ressentent et s'en parent mieux que ne fraisoient, il y a cent ans, nos princesses et grandes dames; et tels marchands y a-il en Espaigne et Porlugal , qui ont plus de belles pierreries et perles que ne valoient du temps passé les bagues de la couronne.

Tesmoing la belle et incomparable perle de cet Hernand Gortès qu'il rapporta des Indes, sur laquelle il fit graver ces mots : Inter natos muUerum non surrexit major 1 , pour si monstrueuse grandeur et grosseur, qu'elle revenoit à la grosseur d'une poire, bien certes dissemblable à celle deCleopalre, dont je parle ailleurs; laquelle il perdit despuis devant Alger, la monstrant à un de ses amys, et par malheur , estant sur le lillac de son navire, tomba dans la mer, et ne la peut jamais recouvrer, quelque recherche et pescherie qu'il peust faire ; punition possible divine, pour avoir donné a une chose profane une subscriptioo de nostre Escrilure saincte. 11 ne la voulut jamais vendre ny mettre a prix, non pas mes-

1 Lntre \et fil» de* homme* U n'y en a point eu de pa-

rttte.

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