LE BON DUC ÀNTH01NE DE LORHA INE
Puisque je viens parler de ce bon duc Authoine de Lorraine , il en faut un peu parler, et de luy et de ses frères. On l'appelloit ainsy le Bon Duc, à cause qu'il estoit un très-homme de bien, et prince d'honneur et de conscience. J'en ay veu son pourtraict en Lorraine, et n'y a voit guieres bonne maison à Nancy qui ne leust, tant on se phmoità le contempler; et toutes ces belles marques que je viens de dire se representoient bien en son beau et honuorable visage.
11 fut fort a y un? des roys hou y s XII et roy François. Le roy Louys luy donna ceste compaignie de cent hommes d'armes , en le priant de vouloir prendre de sa main , et non d'autre, M. de Bayard pour son lieutenant. Je vous laisse à penser s'il la refusa , venant de si bonne main et ayant un si brave capitaine pour son second; et aussy qu'un bon lieutenant faict paroistre et valoir très-bien son capitaine, ainsy que fit M. de Bayard le sien, à la battaille de Marignan, où le capitaine et le lieutenant firent ir es-bien ce jour là; et le capitaine servit fort aussy à son lieutenant, car, son cheval ayant esté tué soubs luy, M. de Lorraine luy fit ayder soudain de son second cheval de battaille, que M- de Bayard luy «voit donné d'autres fois , et s'appclloit de Carinan : ce pouvoit élire un cheval d'fopaigne,carencor y a-il une maison en la frontière de France, qui s'appelle la maison du seigneur de Carinan, et pouvoit estre venu d'un sien prédécesseur, qu'il avoit gaigné à la ville de Bresse ; et à la battaille de Ra venue fut laissé pour mort dans le champ, parce qu'il
INDS CAPITAINES FRANÇOIS.
a voit deux coups de pkque dans le flanc et foret coups despée sur la leste. C'estoit bien siyne que son maistre, M. de Bayard, l'a voit bien mené aux coups; et, pour ce, n'en pouvant plus, son maistre en descendit, et le laissa là comme pour mort; mais le lendemain on le trouva qui paissoil un peu d'herbe tout couché, et commença à haunir quand on vint à luy, et I fut tourné au logis et si bien pansé, et l'endurant comme une personne , qu'il devint aussy bon que jamais et vigoureux ; et , pour sa bonté et vigueur, M. de Bayard le donna a son capitaine, qui l'accepta de bon cœur et l'ayma fort, lequel , pour la seconde fois , servit très-bien à ceste battaille de Marignau son premier maistre, se ressouvenant (penser) encor du vieux temps.
Ce bon duc Anlhoine eut quatre frères pareils à l'aisné en vertu, en bonté, en valeur, en tout
MESSIRE CLAUDE DE LORRAINE, DtCT M. DR GUY&B.
L'aisné fut messire Claude de Lorraine , dict M. de Guyse, qui a esté un prince très-courageux , brave et vaillant ; il le monstra à la battaille de Marignan, commandant aux troupes allemandes du duc de Gueldres , qui commançoient à branler sans luy, qui, se mettant au premier rang, comme estoit son devoir et sa place de battaille, fut, en combattant vaillamment , porté par terre et blessé de plusieurs coups, et foulé aux pieds d'une infinité de gens qui a voient passé sur luy, et laissé entre les morts. Mais il en fut sorti et recouru de la presse par un capitaine Jametz, Escossois; et y fust mort tout à faict sans la valeur et fidélité d'un sien escuyer allemand nommé Adam, lequel, voyant son maistre en tel poioct battu et abbattu de coups de picques et hallebardes, se jelta sur son maistre, portant la moitié des coups: pareil escuyer, et de mesme nation à celuy du duc d'Orléans, qui fut tué à la porte Barbette, qui , parant aux coups que Ton doonoit a son maistre, mourut avec luy. 0 vaillances et boutes admirables du maistre et de rescuyer! Ahl