L'EMPEREUR MAXIMILIAN
Or, ce grand empereur succéda à l'empire par la mort de l'empereur Maximilian son ayeul , lequel, et jeune et aagé , fut grand capitaine; car, quand il n'auroit faict autre chose que de s'cstre despestré en son jeune aage des menées, des ruses, des entreprises et des mains bonnes par guerres, par finesses, du roy Louis XI , il fit un beau coup : car j'appelle celui grand capitaine, qui , ayant en teste et affaire avecques un autre grand son pareil , ne s'en estonne point, luy lient visage, et luy faict penser à sa conscience , aussy bien que l'autre à luy. Et fault advouer que mademoiselle de Bourgoigne ne se pouvoit mieux marier >.
Ce maryage de lui et d'elle fut fort sor table; car, s'il estoit beau et brave prince, elle estoit aussy fort belle, comme j'en ay veu le portraict an naïf, et bien honnestc, bonne et douce, et qui ne meritoit point les maux et les affronts que les siens et les autres lui firent. Mais, après avoir espousé ce gentil prince , elle se revira bien : aussy, lorsqu'on parloit de plusieurs mariages pour elle, sa dame d'hon neur, madame de Ravastain , très sage dame ( il parut en sa nourriture ), et qui avoit estée sa gouvernante , disoit lousjours qu'elle vouloit un homme pour sa maistresse , et non un enfant.
J'ay leu en un livre de la Chronique de Guienne, que le roy Louys ne fit jamais telle faute et folie que de ne la marier avec le comte Charles d'AngousIesme , qui l'eust emportée infailliblement s'il eust voulu; car la pauvre princesse ne sçavoil à quel party recourre , ny quel sainct prendre pour son patron et protecteur , et eust pris celuy-là ; mais ce n'estoit pas ce que vouloit ledict roy.
1 Le manuscrit 1771 dit ici : « Et fault advouer , que li mademoiselle de Bourgoifine se faut mariée avecques un autre qui fust esté pusilanime et nullement magnanime, comme Maximilian, le roy Louys la gouspilloit e»t rangement et la despouilloii de la plus part de ses terres et places, roire des meilleures, comme il avoit desjà accommancé. En quoy il eut tort et rendit mal la pareille des plaisirs, bienfaicts et nouriture qu'il avoit receu l'espace de cinq an» du bon duc Philippe son ayeul. Que eust-on faict ? il en vouloit avoir , à quelque prix de conscience qu'il fust, Iclion seigneur! Mais Dieu ne luy voulut pcruiellre, par l'ayde qu'il luy suscita de ce Maximilian contre luy. .
Il estoit trop ambitieux etjaloux de la grandeur d'autruy, et mesmes de son vassal , qu'il n'eust pas voulu estre si grand , et faire du compaignon avecques luy, et l'eust aymé mieux le ruiner que l'agrandir : il n'avoit garde de faire le coup.
Il valut mieux donc pour ceste belle infaute d'espouser ce Maximilian, qui, pour peu de temps , environ cinq ans, luy fit de beaux enfans, l'un, Pbillippe, archiduc, et l'autre, madame Marguerite de Flandres, l'une des belles du monde pour lors. Il en fit deux autres dict l'histoire de Flandres , mais ne veaquirent guieres.
Dict aussy que cet honneste mary et honneste femme s'entr'aymoient uniquement ; de sorte que , tant qu'elle vesquit, elle luy donnoit tout ce qu'il vouloit, et disposoit prievement de ses biens et revenu pour entretenir ses libéralités; car il estoit fort libéral , et elle aussy.
Elle mourut d'une cheutte de cheval , où elle s'aymoit fort, pour tenir aussy compaignie à son mary qui la regretta fort : car, après sa mort , il ne peut pas bien disposer de son revenu comme auparavant, ayant esté réglé par les estais , et elle faisoit tout comme dame souveraine et seule héritière.
Il estoit d'un grand cœur et remply d'entreprises , lesquelles il ne pouvoit exécuter à faute des moyens, pour lesquels il estoit fort changeant: car, pour en avoir, il en prenoil de qui luy en donnoit ; et pour ce aisément et souvent il rompoit sa foy, comme il fit à nostre roy Charles huiliesme , à son retour de son royaume de Naples, et au roy Louys XII , qu'il quicta pour se joindre avec le «y d'Angleterre , qui l'entretint en ceste dernière guerre de Picardie, et la journée des Espérons , que dict l'histoire , et la moitié de son armée , voire toute , jusques à son vivre et au train de sa maison.
11 eut cet heur et la gloire de gaigner sur nous deux battailles, celle de Guignegate, et celle des Espérons.
H s'associa avec le roy Louys XII pour faire la guerre aux Vénitiens , que nostre roy espoussetta bien à bon escient; et en peu de temps luy recouvra ses villes qui tenoient de l'Empire, les luy rendit fort fidèlement, sans que l'autre y fist de grands frais du sien,ny