B* AUTOUR. I
Tellement il l'hayssoit à mal mortel , comme je l'ay ouy dire à la rcync mere, autant pour le mauvais traictemeni qu'il a voit receu de Iry en Espaigue avecques M. le Dauphin, esians tous deux en ostages, el desquels il ne faisoit grand cas et visitait peu souvent, qu'il monsiroii plus grande affection et amitié à feu M. d'Orléans, quand il passa en France, et le recherchoit plus que luy. Que c'est d'émulation de frères! Bref, fust ou pour ces raisons , ou qu'il luy portast envie à cause de sa grandeur et ambiiion.il luy en vouloit et ne l'aymoit point.
I.a batlaille de Renly s'en ensuivit, là où fut le comble de ses désirs, pensant parler à l'empereur de près et de l'altaequer de personne à personne, ainsy qu'il le dit un peu advant, en haranguant ses gens. Mais ledict empereur, n'estant plus en ceste belle verdeur de jadis, estait dans une litière, et le combat aussy tost demeslé et achevé que commancé : et pour ce, il fallut qu'il en descend ist et prist un tour pour se sauver ; ce qui luy fut un très-grand crevecœur, autant pour la perte de la batlaille et sa retraicte, que parce qu'il vit que tout n'avoit pas esté bien ordonné ny allé comme s'il y eusl mis la main , ainsy que d'au 1res fois il estait sain de ses membres et vigoureux en d'autres combats. Je l'ay ouy dire à aucuns vieux capitaines espaignols de mesmes.
Le roy, qui estait en sa force el belle disposition , regrettoil fort aussy que cet empereur ne fust ce brave empereur qui avoit esté d'autres fois , pour s'entr'eprouver leurs forces de l'un à l'autre ; et cest empereur n'estant plus tel , s'aydoit à luy faire la guerre en renard : mais nostre roy la luy faisoit en lion.
Il luy ravit Sienne , ville impériale, et toute la Toscane , qui , secouant le joug impérial et espaignol , se mil en la protection de nostre roy, qui estait bien plus douce.
La Corscgue en fit de mesmes , tant ce roy estoit bon el protecteur des pauvres affligés , et en portait le nom et la réputation, et tousjours gaignoit quelque pied sur l'empereur , tant il estait heureux ; el peu l'empereur sur luy, tant la fortune luy commança à estre contraire en son aage caduc. Aussy , disoit un gallanl homme, que la fortune est une bonne vesse cl putain ( je pense l'avoir dict ailleurs ; baste , pardon , un bon correcteur y remédiera), qui ,
pour bien rassasier sa paillardise , choisit et s' adonne plus volontiers aux jeunes gens , qui sont plus propres à cela que vieillards.
Voylà pourquoy l'empereur, en cognoissant la complexion de la maraude , s'advisa de faire trefve pour cinq ans, qui fut la plus belle et la plus à propos faicte qui fut jamais , ny paix en France, et très-heureuse si elle eust tenu et ne fust esté rompue; car toutes nos conquestes despuis trente ans jusqucs là nousdemeuroient paisibles : si que la guerre puis après se renouvelant avec le roy d'Espaigne, nous n'y fismes pas trop bien nos besognes, et fallut par après faire la paix , par laquelle, en une heure et un traict de plume, fallut tout rendre, et souiller et noircir nos belles victoires passées de trois ou quatre gouttes d'ancre : et, pour combler le boisseau de nos malheurs , ce grand roy nous vint à mourir advant le temps, au grand dommage non seulement de nous autres François, mais de plusieurs estrangers, qui l'ont trouvé et le trouveront fi dire pour jamais.
Luy donc voulant célébrer les nopees de madame sa fille et de madame sa sœur avecques toutes les sumpluosilés et magnificences qu'il peut, dressa un tournoy solemnel contre tous venans ; et luy, M. de Fcrrare, M. de Guyse et M. de Nemours, furent les quatre tenans.
Il portoit pour livrée blanc et noir, qui estoit la sienne ordinaire , à cause de la belle vefve qu'il servoil.
M. de Guyse , son blanc et incarnat qu'il n'a jamais quitté , pour une dame que je dirois , qu'il servit estant fille à la cour.
M. de Ferrare , jaune et rouge.
Et M. de Nemours , jaune et noir. Ces deux couleurs luy estoient très-propres , qui sigoifioient jouyssance et fermeté , ou ferme en jouyssanec ; car il estoit lors ( ce disoit-on ) jouyssant d'une des belles dames du monde : et pour ce debvoit-il estre ferme et fidèle à elle par bonne raison , car ailleurs n'eust-il sceu mieux rencontrer et avoir.
Voylà quatre princes des bons hommes d'armes qu'on eust sceu trouver, non pas seulement en la France, mais en autres contrées, et qui tous ce jour là firent merveille; et ne sçavoiton à qui donner la gloire , encor que le roy fust un des meilleurs et des plus adroicts à cheval de son rovaume.
La malle fortune fut que sur le soir, le tournoy quasy finy , il voulut encor rompre une lance ; et pour ce manda au comte de Montgomery qu'il comparust et se mist en lice. Il le refusa tout à plat, et y trouva toutes les excuses qu'il y peut ; mais le roy, fasché de ses responses, luy manda résolument qu'il le vouloil. La reyne luy manda et pria par deux fois qu'il ne courust plus pour l'amour d'elle, et quec'estoit assez. Rien pour cela, mais luy manda qu'il ne couroit que ceste lance pour l'amour d'elle. Elle prie M. de Savoye de l'en prier pour elle, et qu'il luy fist ce plaisir de quitter tout, et qu'il avoit si bien faicl. et qu'il n estoit possible de faire mieux , et qu'il vint trouver les dames. Rien moins encor.
Et pour ce, l'autre ayant comparu en lice, le roy courut. Ou fut que le malheur du gênerai le voulusl ainsy, ou sou destin l'y poussas!^ il fut allainct du contre-coup par la teste dans l'œil où luy demeura un grand esclat de la lance, dont aussy lost il chancclla sur la lice, et aussy tostfut relevé de ses escuyersqui estoient là : et M. de Montmorency, qui servoit là d'un des maréchaux de camp, vintàiuy,qui le trouva fort blessé. Toulesfois il ne perdit cœur et ne s'estonna point , et dit que ce n'esloit rien ; et soudain pardonnaaudictcomtedeMontgomery.
Il ne faut point demander si aussy lost ta cour fut troublée et mesmes la reyne. Après avoir mis toute la diligence , toute la curiosité du monde pour le faire guérir, en implorant et Payde de Dieu et des hommes , il mourut au bout de quelques jours en très-bon chrestien et très-bon catholique qu'il estoit autant qu'au cunde ses prédécesseurs qui ayenl esté ; et ainsy ce grand roy, qui avoit esté en tant de guerres et les avoit tant aymées, n'a pu mourir, et est mort là. Ce fut ce que dit un grand poète latin pour lors, qui fit son tumbeau, qui s'appelloit Forcatel. Pour le dernier vers il dit :
Quem Man non rapuit, Martlt imago rnpit. C'est-à-dire:
Celuy que le tray Man n'a pn rarir a »oy, i ce Mar» l'a rary et emporté.
cl la
Le roy mourut avec un extresme regret, non seulement de la sienne , mais de toutes les nations de la chresltenté ; car il estoit très-bon ,
et rien ne luy plaisoit tant que de monstrer et | entendre sa bonté à l'endroict de toutes personnes affligées. Il avoit gaigné extrêmement le cœur de tous les estrangcrs, tant grands que petits, qui esloient là venus pour jurer la paix, faire les nopces et assister aux grandes magnificences qui debvoientestre là :et tous ensemble ne se pouvoient saouler d'admirer sa majesté, sa grâce et sa façon belle et royalle, ses vertus et sa douce et honnesteaccointance; tant il les sçavoit honncstemenl et doucement entretenir et coutenter, jusques aux moindres : mais surtout ils l'admiroient fort en sa belle grâce qu'il avoit en ses armes et à cheval ; comme de vray, c'esloit le prince du monde qui avoit la meilleure grâce et la plus belle tenue, et qui sçavoit aussy bien monstrer la vertu et bonté d'un cheval , et en cacher le vice.
De son jeune aage il avoit tousjours fort aymé cet exercice de chevaux : aussy Pa-il continué et en a eu tousjours en une très-grande quantité en sa grand escurie, fust aux Tournelles où estoil la prinripallc, à Mnns, à Sainri- Lcger, à Oyron, chez M. le grand escuyer de Boissy, et la pluspart quasy, voire des meilleurs, estoient de ses haras, qui se plaisoit à les bien faire entretenir. J'ay ouy conter à M. de Carnavalet (qui, avec M. de Sypierrc, avoit la principallc charge de la grande escurie) qu'un jour l'empereur ayant envoyé vers le roy son grand escuyer pour quelques affaires, le roy luy-mesme luy fit voir tous ses grands chevaux , et dedans et dehors l'< scurie, les voyans si beaux et si bien magnians, qu'il s'eslonna et dit que l'empereur son maistre n'avoit point d'escurie plus belle, il s'en falloit beaucoup: et la loua en toute extrémité, et sur-tout de quoy la pluspart de ses chevaux estoient de son haras. «Ce n'est pas tout , ditail, car je vous veux montrer encor un plus «beau haras :» et luy fit venir tous ses pages, qu'il avoit desjà commandés d'estre prests, tant de la chambre , de la grand escurie , de la petite escurie, de la vénerie, de la fauconnerie, que d'ailleurs, qui tous pouvoient bien monter à six on sept vingts. « Voyla, dit-il , mon autre «haras de ces pages que j'estime autant que les a autres; car ce sont tous gentilshommes de «bonne part de mon royaume, lesquels je c nourris ; et tous les ans j'en sors hors de pages
aune cinquantaine que j'envoye soudain aux «guerres, ou parmy l'infanterie, ou gendarmerie, ou la cavallerie légère; lesquels en « tournemain , estans ainsy gentilshommes et « biennourris, avecqueslesbeauxexemplesqu'ils avoyent devant eux, se façonnent et se font a bons soldats et bonnes gens de guerre : si «bien qu'en partie, de ceux qui l'ont faicle à «l'empereur vostre maistre soubs moy, mes «nourritures en sont du nombre; d'autant «qu'anssy à mesme temps et aussy tost j'y en « remets d'autres et les renouvelle ainsy, de sorte «que n'en perds jamais la race de cest haras, «non plus que de mes chevaux. » Ce grand escuyer ayant entendu tout cela s'en esbahyt, et admira et estima bien autant cest haras de ces honnestes pages et jeunes geniilshommes comme des chevaux. Il avoit raison , car j'en ay veu sortir de braves et vaillans gens de guerre, soldats, capitaines et gens-d'armes de chevaux légers et de gens de pied. Et le roy se baignoit d'ayse quand il entendoit de leurs prouesses, vaillances et exploicts, disant aussy tost que c'estoit de ses nourritures; car jamais il n'en perdoit la souvenance, et les recognoissoit tous jours comme quand ils esloient pages, et le* gralihoit tousjours par dessus les autres de quelque cHosc ou bienfaict.
Or, si le roy aymoit l'exercice des chevaux pour le plaisir, il les aymoit bien autant pour la guerre, laquelle il affectoit fort, et s'y plaisoit grandement quand il y estoit, et en trouvoit (disoil-il) la vie plus plaisante que toute autre. Jamais il n'a dressé armée sur la frontière, qu'il ne l'ayt menée tousjours des premiers , accommançant en mars aussy tost que le beau printemps arrivoit, et finissoit au commancement d'octobre. CTesloii une chose ordinaire; et mettant aucuns de ses gens de guerre aux garnisons où il estoit besoing, et donnant congé aux autres pour s'aller repalrier, il s'en tournoi t à tenir sa cour, là où il ne de mou roi t en paresse, non plus que quand il estoit en son armée; car, bien que ce fust en hyver, il s'addonnoit à lâchasse, et de toutes sortes. Mais surtout il aymoit celle du cerf et des chiens courans, dont il en avoit deux races et trèsbonnes; l'une des chiens gris, qui estoit ancienne et venue , de main en main , des autres roys ses predccesseurf Lj;l..raulre des chiens
blancs, qu'il avoit mise au monde, qui estaient plus roides que les gris, mais non si asseurés ni de si bonne créance que les gris, ainsy que j'ay veu et ouy des bons veneurs , et mesmes de M. de Marcounay, lieutenant de la vénerie, qui estoit un fort digne homme de son estât, et peu l'ont ressemblé , disoit-on.
Au reste, s'il n'esloit à courir le cerf, ii alloit au toilles à la vollerie ; s'il ne monloil à cheval, il jouoit à la paume, et très-bien; mais jamais il ne vouloit tenir le jeu , mais secondoit ou tierçoit , qui sont les deux places les plus difficuli ucuses et dangereuses -, aussy esloit-il le meilleur second ou tiers (mais meilleur tiers) de son royaume; et s'y affectionnoit fort, non pour l'avarice , car ce qu'il gaignoit il bailloit tout à ceux de sa partie; s'il perdoit, autant perdu pour lui , car il payoit pour tous : aussy les parties de ce temps n'estoient que de deux, trois cens, ou cinq cens escus au plus, non comme anouict, de quatre mille, six mille et deux fois plus; mais le payement ne se faict si beau comme alors, et faut en faire annuict force bonnettes compositions. >
Il se plaisoit fort quaud la reyne sa femme , madame sa sœur et les dames, le venoient voir jouer, comme souvent elles y venoient, et qu'elles en donnassent leur sentence, comme les autres, des fenestres en haut. S'il ne jouoit à la paume, il jouoit à la balle à emporter, ou au ballon, ou au pallc-niaille qu'il avoii fort bien en main ; car il estoil fort et adroict , et en faisoil de très -belles et longues boites ou coups.
S'il faisoit un grand froid et qu'il eust fort gelé, il falloit aller glisser sur la glace et mesmes sur l'étang de Fontainebleau , où Ton voyoit faire de beaux sa*ls : s'il avoit fort neigé, il falloit faire des bastions et combats à pelolles de neige. Bref, ce roy n'estoit jamais oyseux, et falloit que tous ses exercices luy fussent communs, autant pour lui que pour tous les gentilshommes de sa cour, lesquels il les y ap pelloil ; cl en deux ou trois parties qu'il les eust vus, il les cognoissoit aussy tost, car il avoit une très-belle mémoire et cognoissance, et les appelloit par leur nom qu'il vouloit sçavoir; et qui faisoient bien, les louoit, si bien que la
VNDS CAPITAINES FRANÇOIS.
I jeunesse en un rien se façonnoit en ceste cour par leurs beaux exercices, et puis, estant ainsy cognue de son roy, s'en alloit à la guerre et se faisoit valoir eu quelques beaux exploites dont la cognoissance et l'intelligence en venoit au roy; ne lesceloit aucunement, et les publioit haut et clair en sa table ou ailleurs devant tout le monde; carc'estoit le prince qui celoit moins un service à luy faict, ny la valeur de celuy qui avoit bien faict en quelque guerre, et surtout n'estoit point mesdisant ny mocqueur; aussy gaignoit-il par telles façons le cœur de sa noblesse. Et possible n'y eust-il roy advant luy qui l'ayt mieux possédée que luy, car il estoit fort affable et doux.
Voylà les exercices de ce grand roy, avec tant d'autres que je serais trop long à escrire, comme de courir la bague, de picquer ses grands chevaux ou les faire picquer devant luy; mais pourtant la partie ne s'en faisoit guieres sans lui, et en vouloit tousjours picquer un ou deux, trois, quatre, voire six, tant il s'y plaisoit; et falloit tousjours convier les dames pour voir tous ses esbats.
Quand il pleuvoit et qu'il ne pouvoit sortir dehors , il falloit au dedans choisir force autres passe-temps , dont il n'y avoit point manque t ou à jouer avecques les dames ou avecques les gentilshommes, tirer des armes, qu'il avoit bien en main, et trop pour M. de Bouccard . son escuyer, auquel il creva l'œil estant M. le Dauphin , dont il lui en demanda pardon , car c'estoit un fort honnestc et brave gentilhomme: du despuis, en nos guerres, il se fît huguenot.
Bref, ce prince ne fut jamais oyseux. Il consommoit les malins et les soirs , à son lever et coucher, à traicter de ses affaires , et y employoit les malins deux ou trois bonnes heures, et les soirs moins ou plus, selon que les affaires le requéraient : et puis alloit ouyr sa messe fort dévotement , car il estoit fort bon catholique et dévot , et non point bigot, oyant le service cl office de Dieu selon ses heures et ses jours, sans y inventer aucuns extraordinaire* ny ccremouies,commeona veu despuis aucuns
Aussy tost qu'il avoit disné, il s'en alloit avecques sa cour dans la chambre de la reync sa femme, qu'il aymoit fort; et là, trouvant une trouppe de déesses humaines, les unes plus belles que les autres, chasque seigneur et
gentilhomme entretenoit celle qu'il a y moi l le mieux. Pour parler encor de son cicrcice, cependant que le roy entretenoit la reyne, madame sa sœur, la reyne dauphine et les princesses, et les seigneurs et princes qui estoient la assis près de luy, ce devis durait deux heures, et s'en sorloit et alloil à ses exercices que je viens de dire, lâ où les dames l'alloienl trouver le plus souvent et participer du plaisir.
1*8 soirs , après soupper, ce devis avecques les dames se faisoit de mesmes, s'il n'yavoit bal , qui se faisoit assez souvent, mais non si frequentement comme nous avons veu despuis au règne de nos derniers roys, lesquels la reyne leur mere a voulu et entretenu à imiter leur pere en telles actions , comme ce roy Henry s'estudia de mesmes à imiter le roy François son pere.
Voylà quelle Fut (a cour de ce grand roy, et son règne, qu'on pou voit acomparer à l'empire de Gaesar Auguste, qui fleurit si bien à Rome en toutes grandeurs, magnificences, esbattemens et plaisirs, après avoir mis fin aux guerres civilles. Une différence y avoit-il ; car celuy de Cssar n'a ileury qu'après la guerre, et celuy de nostre roy a fleury en guerre, et, la paix faicte, a perdu toute sa fleur, sa valeur et son fruict par sa malheureuse mort. Si bien que son règne et sa cour se pouvoieot nommer à bon droicl les délices de nostre aage, et, luy mort, le malheur de la France.
J'ay ouy conter, et le tiens de bon lieu, que, quelques années avant qu'il mourust (aucuns disent quelques jours), il y eut un devin qui composa sa nativité et la luy fit présenter. Au dedans il trouva qu'il dehvoit mourir en un riurl et combat singulier. M. le connestable y esioit présent, à qui le roy dit :o Voyez, ■ mon compère, quelle mort m'est présagée. « — Ah, Sire, respondil M. le connestable, « voulez-vous croire ces marauts , qui ne sont a que menteurs ei bavards? Faites jetter cela «au feu. — Mon compère, répliqua le roy, «pourquuy? ils disent quelquesfois vérité. Je «ne me soucie de mourir autant de ceste mort «que d'une autre; voire l'aymerois-je mieux, «et mourir de la main de quiconque soit, mais «qu'il soit brave et vailiaut, et que la gloire « m'en demeure. » El sans avoir csgard à ce que luy avoit dict M. le connestable, il donna ceste
• prophessie à garder à M. de l'Aubespine , et ! qu'il la serrast pour quand il la demanderait. Helas! ny luy ny M. le connestable ne songeoient pas à ce combat singulier dont il mourut , mais d'un autre duel en camp clos et à outrance, comme duels solemnels se doibvent faire : car de celuy, M. le connestable avoit raison d'en doubler et dire que c'estoit un abus; encor que nous ayons veu plusieurs roys s'y estre appelles, comme j'espere dire
Dieu le voulut ainsy, car trop librement et volontairement il accorda le combat de feu M. de La Chastaigneraye mon oncle, avecques le seigneur de Jarnac2; et, qui pis est, luy qui l'avoil tant aymé et favorisé en son vivant, bien qu'il combattisi pour sa querelle , il ne le regretta nullement, et ayma et caressa le seigneur de Jarnac tant qu'il vesquit. L'on disoit qu'il falloit attribuer cela a son naturel , qui estoit de o'aymer rien el estre peu ferme en ses amitiés.
Il ayma M. le connestable, et mareschal de Sainct-André; mais après qu'il furent pris à Sainct-Quenlin il ne les regretta guieres; et, s'ils fussent eschappés sans esire pris , j'ay ouy dire qu'il leureust faict mauvais party : et, tant qu'ils furent en prison, il ne se soucioit guieres d'eux , si-non, messieurs de Guysese montrans un peu insolens de la faveur qu'il leur faisoit, et s'en voulant deffaire.il rappella ledicl M. le connestable el Sainct-André; c'esl-a-dire qu'il leur manda de moyen ner une paix, ce qu'ils firent à nostre desadvantage ; el, pour le seur, messieurs de Guyse s'en allaient chez eux s'il eust vescu. Bref, il n'estoit pas de bonne tenue en ses amitiés comme à cheval.
Or le roy ne fut pas plustost blessé, pansé et retiré en sa chambre, que M. le connesta-
' ble, se souvenant de ceste prophessie, appel la M. de l'Aubespine et luy donna charge de la
j luy aller quérir, ce qu'il fit; et , aussy tost qu'il
' Au traité des Duel*.
• A Saint-Germain-en-l.aye , 1c 10 juillet 1M7 , entre François de Vivonne, sieur de La Châlaigneraye , et Gui (.nabot , tieur de Jarnac , assailli. I .a Chitaigneraye avoit rapporté au roi Henri II que il. Cbabot lui avoit confidf aiment avoué coucher avec madame de Guyon , seconde femme de son père . el cela , pour dter tout scrupule a ce prince d'entretenir, comme il faisoit, Diane de Poitiers, luallreMC du roi François I, père de Henri
l'eut veue et leue , les larmes luy furent aux yeux, a Ah! dit-il, voylà le combat et duel «singulier où il debvoit mourir. Gela est faict, « il est mort. > Il n'estoit pas possible au devin de mieux et plus à clair parler que cela, encor que de leur naturel , ou par l'inspiration de leur esprit familier, ils sont toujours ambigus et doubteux; et ainsy ils parlent tousjours ambiguement, mais là il parla fort ouvertement. Que maudicl soit le devin qui prophétisa si au vray et si mal !
Descrire de ce grand roy ses belles guerres qu'il a exploitées, ou en personne ou par ses lieutenans, ce seroit à moy une chose superflue, puisque les historiographes de son lemps les ont descriptes, mais (pour en parler sainement) très mal. Il leur en avoit donné de beaux lubjects pour y bien employer leur plume, papier et ancre; mais leurs escrits n'ont point approché des subjects. Je ne le dis pas de moy, mais de la bouche de M. le cardinal de Lorraine, qui en parloit ainsy : et vint lors à blasmer ce bel abuseur de Paschal, à qui il avoit faict avoir l'honneur et le litre d'historiographe du roy. Il en tirait une bonne pension tous les ans, de douze à quinze cens livres par an , et promettoit une histoire de nostre temps la nompareille du monde; si bien que j'ay veu nos roys et nos princes, et M. le cardinal, pour cela faire grand cas de luy ; et luy faisoit la bonne mine. Pensez qu'il songeoit en soy, et disoit soubs bourre en se mocquaut : «ce n'est pas ce «que vous pensez» : comme un bon curé qui, ayant achrpté une carpe, et attaché avecques sa maistresse aiguillette de sa braye, elle, à tous coups, soubs sa robe et surply, levoit la queue ; et ainsy que les femmes venoient à luy à l'offrande, pensant que ce fusl son cas qui redressast pour l'amour d'elles , elles s'esclastoient de rire; il leur disoit -.«Tout bellement, «ce n'est pas ce que vous pensez, mes bonnes «amies, d De mesmes Paschal disoit : «Ce n'est « pas ce que vous pensez, mes bons amis. » Il y a de la fourbe, et si s'en monstroil tout glorieux, car je l'ay veu en telle piaffe. Après avoir faict monstre de faire enfanter des montagnes, pour tout pottage il n'a produict qu'un ehetif éloge après la mort du roy, que j'ay veu en latin, et du sien, ainsy qu'on disoit, et après traduict en fraoçois, italien et espaignol. Voylà
I dequoy il a payé son roy et M. le cardinal son Mecsenas, et toute la France, qui en pensoit avoir un plus beau et riche payement plustost qu'une quincaillerie. El qui plus est, on a trouvé après en sa bibliothecque un seul chetif beau mémoire, qui peut monstrer l'envie qu'il eut en cela de s'acquitter de ses debtes, encor qu'il fust d'ordinaire à la suite de la cour, et qu'il vist à l'œil et entendisl de son roy et des grands, et eust toute matière en place pour bien bastir son œuvre; mais, comme disoit M. le cardinal, l'art et la science luy failloient pour si haute entreprise, encor qu'il vomist quelquesfois quelques sentences latines, de parade seulement, mais non pas de durée, car il estoit si fin qu'il s'engardoil bien de s'enfoncer dans un grand gué de discours; eu quoy ainsy il a mu soit le monde. Voylà comment je l'ay ouy deschiffrer à mondict sieur le cardinal.
11 ne faut point doubler, si ce Paschal eust faict quelque chose de beau, combien son roy l'cust aymé; car il aymoit les gens de lettres et les entrelenoit comme le roy sou pere : et si faut confesser qu'il a eu l'heur de voir soubs son règne de plus grands , subtils et sçavans personnages , que durant celuy du roy son pere.
M. Fernel a esté soubs luy son premier médecin , le plus grand et le plus profond en son art qu'il y ait eu despuis Galicn et Hyppocralc, comme j'ay ouy dire à gens qui s'y entendoient mieux que moy. M. Galandius Torticolis en l'art oratoire; mais M. Ramus, son ennemy, le passoit, qui estoit uu fort disert et éloquent orateur ; et peu s'en est-il veu , car il avoit une grâce ines gale à tout autre, qui secourait davantage son éloquence; jusques là qu'au bout de quelque temps, luy s'estant rendu huguenot, et estant en la coropaignie de messieurs le prince et l'admirai au voyage de Lorraine, et leurs reistres qu'ils avoienl faict venir ne voulans passer par France qu'ils n'eussent de l'argent , après qu'ils en eurent un peu touché , par quelques bourcillrtnens que les huguenots eurent faict enlr'eux, cl que M. Ramus les eust harangués, ils en furent gaignés et menés au cœur de France, pour taire assez de maux. Ce M. Ramus fut tué au massacre de Paris, dont ce fut grand dommage.
M. Turnebusfutaussy un très-savant homme en grec et en latin ; mais non qu'il cust telle piaf fe de parler et enseigner comme Ramus.
M. Dorai succéda à Turnebus , luy et M. Muret, deux aussy sçavans Lymosins qui jamais mangèrent et crocquerent rabes.
Messieurs Silvius, deux frères, l'un en médecine, l'autre en éloquence, comme Leodegarius-à-Quercu. Tant d'autres professeurs du royen toutes sciences, que je ne saurais nommer, et qui tous estoient gagés et payés : et quelques guerres et grandes affaires qu'eus! le roy sur les bras, eux n'en perdoient jamais un quartier.
11 y avoit aussy M. Dauezius et M. Amyot, l'un précepteur du roy François 11 , et l'autre du roy Charles, deux très-grands personnages, et le bonhomme Robert Estienne.
Et pour venir a nos poètes françois, quel homme a esié M. Ronsard ! Il a esté tel , que tous les autres poètes qui sont venus après luy, ny qui viendront , se peuvent dire ses enfans et luy leur pere ; car il les a tous engendrés. C'est luy qui a deffaicl la poésie layde , grossière, fade, sotte, mal limée , qui estoil auparadvanl , et a faict ceste tant bien parée que nous voyons aujourd'hui; car il la para de graves et hautes sentences , luy donnant des mots nouveaux; et la rabilla des vieux bien reparés et renouvellés, comme fait un frippier d'une vieille robbe.
Aussy à son patron et à sa suite se façonnèrent ces admirables M. du Bellay, Baif, Bcleau, Jodelle , Nicolas Denizot, Ollivier et Passcrat. Je ne parle point de ce grand M. Despories, du Perron , d'Orléans , et une infinité d'autres qui sont venus après, comme du Barias , grand cènes, et autres, comme M. Garnier, qui les a passés tous en parler haut, grave et tragiq.
Si faut-il que je die ce mut de M. de Ronsard , qu'est : que moy estant un jour à Venise chez un des principaux imprimeurs, ainsy que je luy demandois un Pétrarque en grosse lettre, grand volume, et commenté, il y eut un grand magnifique près de moy , s'amusanl à lire quelque livre, qui, m'oyant , me dit , moiciié en italien, moictié en assez bon françois, car il avoit esté aulmfois ambassadeur en France, qui me dit : a Mon gentilhomme, je m'estonne
«comment vous estes curieux de chercher un «Pétrarque parmy nous, puisque vous en avez « un en vostre France plus excellent deux fois a que le nostre, qu'est M. de Ronsard.» El là dessus se mit à l'exalter par dessus tous les poètes qu'il avoit jamais leus, el m'entretint tout un long-temps , non seulement de ce sub* ject , mais de plusieurs autres beaux , avecques certaine douce courtoisie et affabilité de leur nature. Voylà le bel honneur que défera ce bon vieillard magnifique à M. de Ronsard , comme il avoit raison.
Ces poètes ont esté bien autres qu'un Marot, un Salct et un Sainct-Gelays, encor que M. de Sainct-Gelays fust un gentil poète de son temps, et qu'il ne tinsl rien de la barbare el antique poésie.
Ce roy aymoit fort à voir de leurs œuvres, et sur-tout de M. de Ronsard, qu'il appeltoit sa nourriture; el luy faisoit tousjours du bien et des presens , comme il faisoit aux autres.
11 donna à Jodcllc, pour la tragédie qu'il fit de Cleopatra, cinq cens escus à son espargne, et outre luy fit lout plein d'autres grâces, d'autant que c'estoit chose nouvelle et très-belle et rare.
Bref , ce roy , encor qu'il ne fust lettré comme le roy son pere, il ayma fort les lettres et gens sçavans; et si quelquesfbis se plaisoit à se faire lire quand on luy composoit quelque beau livre : sur-tout il aymoit à lire en espaiguoi , et le parloit très-bien , et s'y delecloit , ne l'ayant nullement oublié despuis qu'il sortit d'Espaigne en ostage. Voilà comment ce grand roy aymoit les armes et les lettres.
Bref, quelles couleurs pourray-je apporter plus pour parachever de peindre ce grand roy, si-non que c'estoit un prince très-grand? Il estoit beau, encor qu'il fust un peu mouricaud ; mais ce laint brun en effaçoit bien d'autres plus blancs: il estoil fort agréable, bien adroîct,fbrt dispost.
J ay ouy conter à la reyne mere, qui me le disoit à moy-mesme en me louant, que de son aage il avoit esté le meilleur sauteur de la cour, et que jamais nul luy peut tenir pied que feu M. dcBonnivet, et principalement au plain saut, car c'estoit tousjours vingt -trois ou vingt-quatre grands pieds ou semelles; mail
c'esloit à franchir un grand fossé plain d'eau où il se plaisoit le plus : dont une fois M. de Bonnivet, son corrival en cela, et qui luy tenoit teste, se cuyda noyer pour n'en avoir peu franchir un que le roy avoit frnnrhy et estoit allé devant : et ce fut , ce me dit-elle , à Chasteauneuf près Coignac; et , sans le secours que le roy luy-mesme luy donna et la main , il esloit noyé; dont il en fut bien ry puis après.
Bref, c'estoit un roy très-accomply et fort aymanlc. J'ay ouy conter a la revue d'Anglcterre qui est aujourd'huy , que c'esloit le roy et le prince du monde qu'elle avoit plus désiré de voir, pour le beau rapport qu'on luy en avoit faict , et pour sa grande renommée qui en volloit partout. M. le connestahle , qui vit aujourd'huy1, s'en pourra bien ressouvenir. Ce fut lorsque, tournans d'Rscosse M. le grand prieur de France, de la maison de Lorraine, et luy, la reyne leur donna un soir à soupper, où après se fit un ballet de ses tilles, qu elle avoit ordonné et dressé, représentant les vierges de l'Evangile, desquelles les unes avoient leurs lampes allumées, et les autres n'avoient ny huille ny feu , et en demandoient. Ces lampes estoitnl d'argent , fort gentiment faictes et clabourées; et les dames estoient très-belles, bien honnestes et bien apprises , qui prindrent nous autres François pour dancer; mesmes la reyne dança , et de fort bonne grâce et belle majesté royale, car elle l'avoit et estoit lors en sa grand beauté et belle grâce : rien ne l'a gastéeque l'exécution de la pauvre reyne d'Escosse : sans cela estoit une très rare princesse.
Je ne sçay si j'ay escrit ailleurs cecy : il m'est pardonnable , car je n'ay la retentive si bonne que je puisse me ressouvenir du tout en si longue escriture. Et, pour venir à mon dire, estant ainsy à la table , devisant fort familière- : ment avec ces seigneurs , elle dit ces mots (après avoir fort loué le roy) : «C'estoit le j n prince du monde que j'avois plus désiré de «voir, et luy avois dcsjà mandé que bien tost «je le verrois; et pour ce j'avois commandé de «me faire bien appareiller mes galleres ( usant «de ces mots) pour passer en France exprès « pour le voir, p M. le connestable d'atijourd'huy, qui estoit lors M. d'Amville , rcspondil : «Ma-
1 Auparavant, le maréchal tiam ville.
«dame, je m'assure que vous fussiez esté très- « contente de le voir, car son humeur et sa «façon vous eust pieu : aussy luy fust esté très- « content de vous voir, car il eust fort aymé «vostre humeur belle et vos agréables façons, « et vous oust faict un honnorable recueil et très- « bonne chère, et vous eust bien faict passer le «temps.— Je le croy et m'en assure ,» dit-elle. M. le connestable s'en peut bien ressouvenir, et la reyne et tout.
Je pense que , de cent ou six vingts gentilshommes que nous estions en ce voyage , n'y en peut avoir guicres que M. de La Gwhe, M. de Castelnan , de Languedoc , qui lors estoit enseigne de M. d'Amville, et M. de Beloy : s'ils ouyrent ainsy parler la reyne comme moy, s'en pourront bien ressouvenir.
Or, je fais fin , et conclus mon discours de ce grand roy et de ce grand capitaine , car il estoit et l'un et l'autre ; il en avoit appris l'art, au moins de grand capitaine, de long-temps et fort jeune. 11 fut lieutenant par quatre fois do roy son pere : au camp d'Avignon, et en celuy du Piedmont après, où la trefve s'en ensuivit aussy tost ; au camp de Jalon , au camp de Boulongne; et puis, estant roy, comme j'ay dict, en toutes ses armées de deçà, il en a tousjours esté le chef et le gênerai , commandant tousjours très-dignement en sa baltaille , et exécutant très-vaillamment lorsqu'il falloit mener les mains.
Il mourut jeune et ne debvoit mourir encor. Les huguenots disent que Dieu le punit et le fil mourir, et le blessa a la veue, de laquelle il se vantoit et se vouloit aydcrà voir brusler le conseiller du Bourg, à cause de l'heresie. I>cs huguenots le peuvent expliquer et condamner romme ils voudront; mais je croy que la principale occasion pour laquelle Dieu nous l'osta . c'estoit pour nous punir de nos maux qui nous debvoient arriver en France par sa mort, laquelle nous les a fait voir et sentir.
Despuis, M. le comte de Montgomcry fut fort blasmé, après avoir faict mourir ce grand roy, de n'en avoir faict plus grand repentaoce ny pénitence qu'il ne fit ; mais tant s'en faut : après en avoir faict quelque petit semblant en se bannissant de la France, après s'eslrepourmenéen Italie et s'y estre donné du bon temps la guerre civillc esmeue il s'arma contre le roy
M. LE CONINESTABLE AN
fils du roy qu'il avoil faict mourir, assembla des forces, se saisit des places , lint Rouen contre luy, qui y es! oit en personne, et jeune enfant ; puis ledict comte y fît entrer les Anglois, et s'ayda d'eux. Non content décela, persista tousjours , et au pis qu'il pou voit , jusqu'à sa prise à Domfron : aussy cela luy co'isia la leste, qui luy fut trenchee à Paris. Et vis la reync mère, qui esloit alors reyne régente . dire et jurer que s'il se fust contenté et nisi faict autre repentance qu'il n'a voit faict, et qu'il eust eu contrition de son coup malheureux, qu'elle ne luy eust faict jamais mal ny bien, puisque le roy son seigneur et mary luy avoit pardonné 1 ; mais faisant tels debordemens insolens et hostiles , et bandés contre les roys ses enfans, il monstroit estreayse de son coup, et pour ce digue de mort.
Force autres personnes de grands advis en disoient de mesmes qu'elle, et qu'il avoit eu grand tort; ceux qui, le temps passé, avoient tué leur perc et mere, alloient par le monde errans , vagahondans et peragrinans , afin que par le travail et peine ils en expiassent le péché ; et ce par l'espace de quelques années, tant du plus que du moins , et n'osoient autrement revenir habiter en leur patrie ny en leur maison. Cestuy-cy, disoit-on, en debvoit fairede mesmes, et percer et traverser dix ou douze fois le pays barbare, ruraut et rude des Grisons, ou autre, pour y faire pénitence, plustost que de vivre si délicieusement à Venise et terre des Vénitiens, douces et plaisantes habitations; car qui tue son roy n'offence pas seulement et ne lue son perc, mats de tout un public, et mesmes d'un tel et si débonnaire roy.
Ainsy debvoit M. deMontgomery expier ce meurtre par œuvres peniienciales , et non par actions d'hostilité : aussy dict on que son bon et brave vieillard depcre2cn advança ses jours, bien qu'ils en fussent fort chenus, et mourut de regret. Ce fut pourtant un brave capitaine
1 Le Discours merveilleux de la vie de Catherine de MédicLs , el le Journal de Henri III, composé» dés Inr», parlent bien autrement de la mort de ce malheureux fientilbomine,
* Ce père de MontRommery avait de même bles*é Kraivroi» Ier, père de llrnri, d'une boule dont il l'avait frappé û la [été , en une partie de jru de pclottes de fieifte. Nu Bellay el Mézeray parlent de cela, «ans nommer Moutsommery.
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huguenot et très-vaillant, qu'on ne sçauroit repi ocher que cela : c'est une brave et malheureuse race, de laquelle jusqu'à ceste heure en sont sortis , ensuivans le pere, de très-vaillans et braves hommes, comme j'en parle ailleurs.
C'est assez parlé de ce grand roy : si faut-il ce mot et puis plus. Aux mémorables et trèsmagnifiques obsèques de ce grand roy Henry fut crié et proclamé par les vingt et quatre crieurs de Paris accompaignans le convoy, ayans escussons aux armes de Sadicle Majesté, sonnans leurs clochettes, et à tous les carrefours et lieux accoustumés, et disans :« Priez Dieu a pour l'ame du très-haut, très-puissant et très- ■ vertueux: et magnanime prince Henry, par la u grâce de Dieu roy de France très-chrestien , adeuxiesme de ce nom, en son vivant prince «belliqueux, l'amour de tous estais, accomoply de bontés, prompt et libéral; secours des «affligés, plein de vaillance et d'addresse.» Voylà les insignes titres et belles qualités que Ion donna à ce grand roy, qu'il raeritoit certes sans en mentir.