NNE DE MONTMORENCY
approcher et estre près de luy, qu'il fut aban donné et pris assez seul : loulcsfois l'honneur plus grand luy en resta-il , car il eust bien peu se sauver.
Il fut après, pour la sixiesme, à la battaille de Dreux, blessé et pris, comme j'ay dict. Et puis mourut, pour sa dernière main, ainsy honnorablement à la battaille de Sainct-Denys, aussy comme j'ay dict.
Voylà les sept battaillesoù il s'est trouvé. En ces trois denieres il commanda en connestable et en gênerai.
La première belle preuve et espérance qu'il monstra que ce serait un jour un grand capitaine , ce fut en Lombardie , soubs M. de Lautreq, qui, ayant tenu six sepmaines Cassan assiégée , et estant adverty que de l'autre costé de la ville y venoient grands rafraisohissemens de vivres , despescha M. de Montmorency et l'escuyer Bouccard , pour battre le chemin ou l'estrade, et rencontrer les fourrageurs , et rompre les moulins s'ils en avoienl moyen.
Bouccard, à qui M. de Montmorency avoit donné les coureurs à mener, estant à sept à huict milles du camp de M. de Lautrcq, rencontrant lesennemys, les chargea bravement, car il estoit brave et vaillant ; mais ce fut à son desadvantage, car les enuemys, l'ayant rompu , le renversèrent sur les bras de M. de Montmorency : lequel , de loing les voyant venir à luy à vau-de-routte le long du nrand chemin de Milan , jetta sagement ses harquebusiers sur les deux aisles , ainsy que le chemin est large et spacieux , puis s'ouvrit luy et ses gens , craignant que les fuyards ne les rompissent, ce qu'infailliblement ils eussent faict sans cela : et leur donnèrent ainsy espace et passage; puis, estant passés, se renferma aussy tost, de sorte que les ennemys , chassans â la file , à l'ayde des harquebusiers furent deffaicta; et furent emmenés le lieutenant , l'enseigne et le guidon, avecques bon nombre d'hommes d'armes de don Raymond de Cardonne, demeuré à Naples visce-roy , celuy qui fut deffaict à Ravenne.
Ce fut là un beau traict pour un jeune capitaine, et qu'il commença là à monstrer qu'il serait un jour celuy fjrand et vieux capitaine ' que despuis nous avons veu ; dont ne se faut
entonner si ce grand empereur Charles le tint pour tel.
J'ay ouy dire que lorsqu'il sceut la prise de Metz , Thoul et Verdun , mais principallemeot de Metz , il le loua , et admira arrangement qu'une telle ville imperialle , si grande et peuplée, fust esté prise sans coup frapper, et d une telle ruse et astuce de guerre; laquelle est escrite sans que je la raconte.
Aussy l'appelloit-on dès lors le vieil , sage et fin Nestor des François , comme l'autre dans Homère l'esloil des Grégeois; mais il y avoit beaucoup de différence de l'un à l'antre, s'il faut croire qu'il y en ait eu un ; car celuy des Grégeois estoit un vieux penard , qui ne bougeoit de sa tente , de son pavillon ou de sa cuysine, assis comme une statue immobile, et donnoit ainsy ses advis et conseils , en la mode d'un morneux président.
Mais nostre Nestor françois donnoit les siens de guerre, le cul sur la selle ou à pied , armé de toutes pièces, a vaques l'espée au poing, menant les mains; et prevoyoit aux hasards de la guerre à l'œil , et non à louyr dire.
Pour les affaires d'Estat, ne faut doubler qu'il n'y fust entendu plus qu hommede la chrestienté ; car il les avoit traictées et practiquées soubs le roy François près de trente ans , en ayant eu la pluspart de ce temps la charge, que bien souvent les luy remettoit : puis du règne du roy Henry , qui les luy avoit données toutes en main, encor que M. de Guyse et le cardinal son frère l'en soulageassent un petit ; mais pourtant il vouloil tout scavoir et embrasser , et se irouvoit ordinairement président aux conseils et aux affaires du roy , s'il n'esloil empesché ou de maladie ou de quelque autre plus grand affaire qui l'en destourboit ; car de ses plaisirs il s'en retiroit plus que son naturel ne portoit, car il aymoit fort la chasse, et notamment celle des oyseaux.
Tous les secrétaires des commandemens ne failloient à luy rendre compte tous les jours de leurs charges , dont il y en avoit alors de très-grands personnages, comme MM. l'Aubespine, de Bourdin et Du Thier, autrement Oeauregard et Marchaumont, sans compter le sien d'Ardois , basque et bien habille , et qui gouvernoilson maistre ; dont de long-temps ne s'en est veu de pareils.
ANDS CAPITAINES FRANÇOIS
Rien souvent il les faisoit escrire soubs luy ; et s'est trouvé souvent qu'il dictoit tout à un coup à trois, et si luy-mesme le bon homme escrivoit de sa main; qu'estoit un grand et heureux jugement et solide mémoire.
Il entendoit très-bien les finances , et les a bien faict gouverner de son temps; les grands frais qu'il a fallu faire au roy en toutes ses guerres et autres occasions , et le peu de charge du peuple d'alors, (qui n'estoit pour l'heure que sucre, au lieu despuis que c'a esté fiel , voire poison ) en font fby : et si luy faut donner ceste gloire, que , pour le grand gouvernement qu'il a eu et la grand authorité qu'il a tenue par dessus tous , il ne s'est pas enrichy comme on dirait bien , comme beaucoup qui sont venus après, tant on les a veus si gorgés pourtant , qu'ils ont, je croy, l'âme bien chargée pour les grands foulles qu'ils ont faict pâlir au pauvre peuple : car, si M. le connestable mourut riche, certainement il ue faut nyer qu'il n'ait eu des roys ses maistres des dons et bienfaicls, mais aussy les a-il bien mérités et gaignés à bonne sueur de son corps, et pour les bons services qu'il leur a faicts , et rapporté beaucoup de bien à eux et à la France; quand ce ne serait que cesle ville de Metz , qui luy est de telle importance , que , si messieurs les princes d'Allemaigne avoient une mine d'or du Pérou, comme un roy d Espaigne, ils en donneraient très-bien des millions d'or à grandes quantités; et , si elle estoit à vendre, mesmes le roy d'Espaigne les y employeroil très-bien, encor qu'elle ne luy soit de si grand importance qu'aux Allemands; toutesfois elle luy accommoderait très-bien ses affaires de par de là. Et le gaing de ceste ville il ne le faut attribuer à d'autres qu'à feu M. le connestable et à luy seul ; car, s'il ne l'eust prise par la sagesse et finesse qu'il la prit, jamais elle ne fust esté à la France, pour la moindre résistance qu'eussent faict ceux de dedans. Et voylà l'obligation qu'on luy en a, sans une infinité d'autres.
Il n'y a nul qui ne sache que, sans sa belle conduicle au camp d'Avignon, l'empereur frisoit la Provence ; si nous n'eussions rendu le Piedmont pour achepter la paix, il fust esté encor à nous; et la première conqueste en estoit deue à M. le connestable et au forcement du pas de Suze, qui importa tout.
Tant d'autres belles conquestes et biens et victoires a raid ce bon vieillard soubs ses roys et roaistres, qu'elles sont assez manisfestées sans que je les die. Et qui les veut mieux sçavoir les trouvera peintes et bien représentées en une gallerie de son hostcl de Montmorency à Paris.
Je dis donc et concluds : que si les roys luy ont faict des dons et bienfaicts, qu'il les a trèsbien gaignés, ny plus ny moins qu'un serviteur domestique, quand il a très-bien servy son maistre , qu'il est recompensé de luy par quelque don gratuit, outre ses gages ordinaires. Et voylà comme il faut, et est bien raison , que tels Favoris des roys soient gratiffiés et recompensés en toutes choses; car la semence est très-bien employée en la terre , lorsqu'il s'en donne bonne moisson et de bon grain, non pas ceux qui ne scauroient se vanter d'avoir servy leurs roys d'aucuns services d'importance, non pas seulement luy avoir gaigné, ny en la France ny hors, un seul pouce de terre; et en ont emporté de si grandes substances, que de maigres qu'on les avoit veus auparavant , en sont devenus si gros, gras et replets, qu'ils ne sçavoient que faire des biens, pour n'eslre capables à les despendre aux grandes chargea desquelles ils estoient indignes , ainsy que nous en avons veu aucuns du règne des roys Charles IX et Henry III derniers.
M. le connestable ne fut pas aussy tant enrichy des roys ses mais très, qu'il n'eust de soy beaucoup de biens aussy par la succession de M. de Montmorency son pere, qui de soy estoit grand et advancé du règne du roy Charles VIII et Louys XII, et des siens, comme il paroist p;ir les belles remarquables maisons qui luy escheurent, comme Montmorency, Escouan, Chantilly, Plsle Adam et force autres, outre qu'aucuns luy ont faict de leur plein gré des donations, et se sont donnés à luy, se despouillans de leurs biens , pour avoir des grades et honneurs, ainsy que fit M. de Chasteaubriand , qui luy donna sa belle maison de Chasteaubriand pour avoir l'Ordre, et autres. Puisque cela ne coustoil guieres aux roys , ils pou voient bien là estendre leurs libéralités. Ainsy ce seigneur s'est agrandy peu à peu , et non aux despens du peuple, tout à coup en l'affamant Fort, mais en travaillant à mériter ce qu'il a eu.
Sur quoy il me souvient luy avoir ony dire une fois que, le premier coup qu'il passa les monts pour apprendre la guerre, M. de Montmorency son pere ne luy donna jamais que cinq cens francs pour ce coup, avecques de bonnes armes et de bons chevaux, afin qu'il patist et n'eust toutes ses ayses en enfant de bonne maison que les pères et mères gastent, quand ils les envoyent en quelques voyages , qu'ils mettftat tout leur soucy à leur donner un grand équipage et toutes leurs commodités , que rien n'y manque; et ne sçavcnt après que c'est que du monde et comment il faut vivre; a car nul «ne le peut jamais bien scavoir (disoit-il) qui ne «sçait pâlir.»
Ceste leçon de ce grand capitaine estoit bonne pour beaucoup de jeunesse que nous avons veu et voyons encor , laquelle ne voudrait pas partir de sa maison , si elle u'avoit toutes ses commodités et appareils ; de sorte qu'elle ayme mieux demeurer en sa maison à les attendre, et temporiser à les amasser, que d'en partir, et cependant perdre quelque belle occasion d'une belle faction, qui ne se peut pas recouvrer : « et vaudrait mieux, disoit M. le con- ■ nestable, aller avecques une arquebuse ou une « picque en la main, que manquer à son debvoir, «ny que d'estre ainsy consideralif et appre- « hensif de ses commodités ; p comme j'ay veu plusieurs jeunes gens et de bonnes maisons , qui n'ont eu ces considérations , mais se sont faicts simples soldadins , et rendus tels pour voir leur monde.
Ce grand capitaine avoit de grandes raisons et de beaux propos, quand il vouloil s'y mettre quelquefois , comme il faisoit, et le sçavoit faire et très- bien discourir, fust à sa table ou après ; et disoit tousjours quelque bon mot joyeux , et aymoit à rire : et se plaisoit aussy bien qu'un autre aux fols qui donnoient du plaisir, jusques au petit fol Thony, qu'il aymoit naturellement , et le plus souvent le menoit disner avecques luy, et le faisoit manger sur une chaire ou escabclle devant et près de luy, et le traictoit comme un petit roy; et si les pages et lacquais luy faisoient le moindre desplaisir du monde , il crioit plus, et bien souvent les faisoit foitter : cl ce petit fol estoit bieu si naître quelquesfbis , qu'il se plaignoil sans raison afin de faire foitter les galans , dont il en rioit son saoul , car il
m peut dire que jamais ne fut veu un si jolly petit Fol , ny si agréable et plaisant. Il avoit esté premièrement à feu M. d'Orléans, qui le demanda à sa mere en Picardie . près de Coussy, laqueilc le luy octroya malayscmcnt, d'autant, disoit-elle. qu'elle l'avoit voué à l'église et le vntiloit faire presire, pour prier Dieu pour .i* us. de ses frères qui esloienl fols. L'un sap- IhMIoiI Ga/an, et l'autre, dont ne me souviens pas du nom , fut à M. le cardinal de Kerrare. Et s'il vous plaist, voyez l'innocrnce de ccsie pauvre mcre , car le petit fol Thony estoit plus fol que 1rs autres.
Au commencement , il esloit un petit idiot , nyais et fai; mais il fut si bien appris, passé, repassé, dressé, alambiqué , raffiné et quintesaencié par les natlretés , postiqueries , ebarapisseries «, gallanteries et friponneries de la cour, et leçons et instructions de ses gouverneurs la Farce et Guy, qu'il s'est faictappeller le premier toi du nom ; et , n'en desplaise à Triboulet et a Sibillot , il a esté tel , que M. de Ronsard, par le commandement du roy, daigna bien employer sa plume pour faire son epitaphe , comme du plus sage personnage de France.
Après M. d'Orléans mort, ledict Thony vint au service du roy Henry, qui l'a y ma exlresmement : et M. le connestable l'aymoit pour l'amour que le roy l'aymoit, et aussy qu'il donnoit tous les plaisirs du monde ; et aymoit M. le connestable, et l'appel loi i son pere, mais non pas lousjours; car mondict sieur le connestable disoit que, tout fol et fat qu'il esloit, il s'accommodoit , selon les saisons et le temps , aux corruptions de la cour, aussy bien qu'un autre plus habile; car, quand il voyoit quelqu'un en fureur à la cour, il le recherchoit et en faisoit cas ; quand en deffaveur, il le quittoit aussy tost et tout à plat : et disoit M. le connestable l'avoir expérimenté en luy-mesme, lorsqu'il fut disgracié après la mort du roy
1 Nattretis, tour» de vilaio. Le Roman de ta Rose dit:
Dieu hayt avers et filai n* natret Et le* tient (oui pour Idolâtra.
Postiqueries : tours de page ou de laquai». Potte et laquais tout synonyme».
Champifteries : tour* et pratiques de flls de femme de mauvaise vie. Champi,c'ttt comme qui diroit né dans le* champs, I la manière d'un champignon et a l'a-
Henry, et que c estoit le plus fin fol courtisan qu'il vit jamais. Et le bon homme disoit cela en riant, et autant pour en passer son temps. Bref, ce seigneur estoit en tout universel , fusl en choses sérieuses que joyeuses.
On me pourra reprendre d'avoir faict ceste digression de Thony, pour avoir parlé de luy. Mais quoy ! il faut parler aussy bien des fols que des sages. Et quel mal , puisque ce grand personnage se plaisoit d'en parler, de les voir et d'en rire?
Que reste-il encor à dire de ce grand capi tainc? Il estoit homme de bien et de conscience ; il estoit grand justicier, et avoit cognoissance de la justice aussy bien que président de France , et en eust faict à tous leçon , car il la sçavoit très-bien faire faire et distribuer.
Il estoit fort politiq et pour la paix et pour la guerre, et hayssoit fort les voleurs et pillard», et les faisoit bien punir et brancher. Qu'eust-il faict aujourd'huy parmy nos gens de guerre! Son prevost de la connestablerie fust esté employé de luy tous les jours à faire force penderies ; et croy que bien souvent les cordes luy eussent failly s'il se fust voulu bien acquitter de son estât, comme j'ay veu d'autresfbis ; autrement il l'eust faict punir luy-mesme, ou l'eust cassé. Aussy, il faisoit bien payer ses gens de guerre.
Il fil de fort belles ordonnances pour la guerre, ei mesmes pour la gendarmerie : nous en voyons encor aujourd'huy en lumière, et les praticquons (rès-bien avant les desordres de ces guerres dernières de la Ligue.
Il en fit une deux ans advant qu'il mourust, qui estoit très-belle, mais peu pracliquée; qui esloit que luy disant que la pluspart des commissaires et contrerolleurs des guerres estaient grands larrons , et qu'ils faisoient passer les monstres ainsy qu'on vouloil pour de l'argent ; et après , le roy, ayant affaire de compagnies, les Irouvoit si petites, malaulrueset piètres, et mal composées, que le roy n'en pouvoit pas tirer pour on double de service ny de combat; et pour ce , M. le connestable avoit ordonnr qu'aux provinces et pays 06 se feraient les monstres seraient choisis du roy, par lettres patentes, un ou deux gentilshommes, des principaux de la province ou du pays , qui eussent bien oractiqué les guerres ; et eux-mesmes as-
sistoic nt aux monstres , les faisoient Faire devant eux , et servoient de commissaires euxmesmes , et contrerolloient ce qu'ils voyoient à redire, et puis en envoyaient le rapport au roy et à M. le conneslable ; si bien que, lesdictes monstres esians ainsy reliées et point passées par compère ny commère (comme on dit), les compagnies se rendoient l)elles et complccles, et dignes de faire service au roy. Cela se praclîqua et observa une fois ou deux , puis plus. Ceste ordonnance estoit bonne si elle eust esté continuée.
Il en vouloit bien faire d'autres, et un bon règlement pour tout ; mais il mourut trop tost. Il ne se faut esbahir, veu tant de belles qualités qu'il avoit , si le roy Henry l'aymoit uniquement comme il faisoit.
Aussy tost que le roy son pere fut mort , il l'envoya quérir pour se servir de luy; car auparadvant qu'il n'estoit que Dauphin, il l'aymoit bien fort : aussy M. le conneslable le recherchoit tort, dont le roy en eut jalousie ; et cela luy ayda bien un peu à estre renvoyé de la cour.
On dit que le roy, estant au lict de la mort , pria son fils de ne le faire point revenir et ne s'en servir : il nefauldoubter que le fils ne luy eust obey très-volontiers si ce fust esté un homme de peu , duquel il n'eust peu tirer grand service ; mais, estant un si parfaict capitaine, le roy estoit pardonnable s'il le reprit ; aussy s'en trouva-il Irès-bien, et a très-bien servy son maistre.
Ceux de la ville d'Arras en Artois ont esté de grands causeurs de tout temps , et les appelloit-on hauguincurs, et font des rencontres qu'on appelle des rébus d'Arras. M. le conneslable estant donc retourné à la cour, ils représentèrent un asne qui avoit un mors de bride tout à contre rebours; et l'un disoit : «Et quia «mis mon morsainsi?» L'autre qui venoit après, et qui touchoil l'asnc , respondoit : a Hary, «Hary Voylà la plus sotte et fade plaisanterie et rencontre dont on ouyt jamais parler,
1 Pendant le siège de Meam par l« roi d'Angleterre Henri V, en 1422 , lei assiégé* ■ 1 hstillé a ce prince par une plaisanterie loule pareille , en promenant sur les murailles de la ville un âne couronne' , que ceux qui le menoient api>cloienl par dérision roi tt' .Inglcterrt. Voyez le enap. mentionné dans cette collection.
qui cousta bon pourtant quelque temps npt H , par les beaux f< ux qui se firent à l'entour.
Leroy l'appetloit lousjours son compère, parce qu'il avoit baptisé de son nom M. le connectable qui est aujourd'huy, que le ro\ d'annuict appelle ainsy. Voylà comme on veu I imiier les grands atitant en choses petites comu.c grandes.
Pour faire fin, ce conneslable a esté si grand, et a eu telle renommée, que non seulement l'empereur, tous les roy s, princes, potentats et republiques de la chrestienté, l'ont tant estimé que jamais ils n'ont envoyé ambassade vers le roy, qu'il n'eust charge de visiter M. le conneslable de leur part : aussy les sçavoit-il honnorablcment recueillir, et y avoit bonne grâce ; jamais aussy n'escrivoient au roy qu'il n'y eust des lettres pour M. le connestable. Je ne dis pas seulement les grands princes chresiiens , mais des infidèles, comme le grand seigneur sultan Solyman, la superbeté du monde; il daignoitbien le rechercher, luy escrire souvent, voire luy envoyer aussy souvent des presens, comme des chevaux turcs, des chiens , et surtout des oyseaux, et principalement des faucons tunisiens, et gerfauxet sacres; car et l'un et l'autre se delectoient fort en la vollerie, comme j'ay ouy dire à M. le baron de La Garde que le grand seigneur s'alloit tenir quelques mois de l'an à Andrinople pour ce plaisir, y estant ce lieulrès-proprc.
Barberousse, roy d'Alger, le recherchoit fort aussy, jusques au Dragut et autres corsaires, qui le craignoienl ; et luy envoyoienl de Barbarie tousjours quelques petites gentillesses, et surtout de ces oyseaux , comme j'ay veu souvent en arriver ; car ils le craignoient pour estre un grand capitaine , et dangereux quand on failloit et quand on s'extravaguoit , et qu'on ne charioit droict , et mesmes s'ils se fussent osés escumer les costes de la France.
Il s'en vouloit bien servir, et les vouloit aymer pour le service de son roy, mais non pas pour piller les rivages de la mer; car de son naturel il ne les aymoit pas pour estre si inhumains aux chresiiens, car il estoit vray chrestien , et aymoit son frère chrestien.
La reyne mere le regretta fort, et le pleura fort, et l'aymoit.
Jamais il ne souppoit les vendredis, et jeus-
Doit tous les soirs; et quand il esloit à la cour, il ne fa il loi t tous les soirs de venir voir soupper la reyne, laquelle aussy tost luy faisoil donner une chaire ; et la reyne, faisant trefve de parler à d'autres, l'entretenoit , soi! haut ou bas; et les faisoit tous deux beau voir s'entretenir et ouyr parler; et bien souvent disoieol le mot pour rire, comme ils le savoient dire tous deux bien à propos, et rioient, et toute la compaigniequi estoit présente. Or il faut faire une fin.
Ce seigneur eut une très-belle lignée, de madame la connectable sa femme, qui esloit de son temps Tune des sages et vertueuses dames qu'on eust sceu voir jamais. Quelque temps qu'il a couru, ny nouvelles façons de s'habiller à la cour, elle n'a changé la sienne de la vieille françoise, qui estoit avecques sa robe à longues manches, qui monstroit sa grâce fort magistrale. Et paroissoit qu'elle esloit fille de bonne maison, et fille de messireRené, bastard de Savoye, grand maistre de France, frère à madame la régente et oncle à noslre roy : par conséquent il fut un chevallier d'honneur et de valeur, et qui fut fort bon serviteur de la couronne de France.
Ce fut ung grand heur et honneur à M. le conncslable d espouser ceste dame, si proche parente de madame la régente et du roy. Aussy ay-je trouvé une lettre dans nostre trésor, de M. de Montmorency le pere , qui escrivoit à M. le seneschal de Poictou, messire André de Vivonne, mon grand pere, qui esloit lors à Bloys près de Messieurs , desquels il estoit l'un des gouverneurs; et luy mande ainsy :
Je vous ay bien voulu advenir comment hier furent faictes en ceste ville de Paris le* nopees de mon fils de Montmorency averques la fiilcdeM.le grand maistre, comme voi. s sçjviz qu'elles a voient esté a* cordées : le tout sVst passé averques force magnificences, et principalement avecques ung grand honneur et contentement pour moy et mon fils. Le roy m'a dict par deux fois qu'il se repentoit de ne vous avoir faicl envoyer quérir pour vous trouver aux nopees. afin de nous y faire danser, vous et moy. avecques nos blanches barbes, et ayder A mener le bal. Je croy que vous serez bien ayse de la bonne fortune de mon fils, comme je la desirerois pareille à vos enfans.
Et puis conclu d sa lettre à la coustume, par recommandation , et signée,
Vostre meilleur et plus fidèle compaignoo, 4 vous servir.
De cest heureux maryage sont sortis MM. de Montmorency , d'Anville , de Meru , de Montberon et de Tboré, et' cinq filles, dont quatre furent maryées à quatre gentilshommes et seigneurs des pius grandset riches de la Guyenne, au moins qui avoienl la plus grand part de leurs biens, comme ceux de La Trimouille, de Turaine , de Vantadour et de Candale ; et la cinquième maryée en plus grande maison que toutes celles là, qu'esloit celle de Dieu, qui fut madame de Montmorency, religieuse à Sainct- Pierre de Reins, et despuis abbesse, et la plus belle de toutes à mon gré, sans que je veuille faire tort aux autres.