‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 215 sur 361 · M. LE MARKSCHAL DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

M. LE MARKSCHAL DE MONTMORENCY

M. de Montmorency, le fils aisné, a esté un brave et vaillant seigneur. 11 le monstra dans Therouanne , où il s'alla jetter de son bon &ré pour y attendre le siège, et y mena une belle jeunesse françoise, la où ù toutes les occasions il se présenta bravement aux combats et aux assauts; si bien qu'après la mort de M. d'Esse, lieutenant gênerai du roy , il fut esleu par le consentement de tous a tenir sa place , parce qu'ils l'en cognoissoient digne : et pour ce oc s'en repentirent pas, car il s'acquitta très-dignement et vaillamment de sa charge, et tint encor dix ou douze jours ; laquelle il fallut enfin rendre et céder à la force , comme j'en parle ailleurs, force gentilshommes réservés pour prisonniers de guerre , desquels M. de Montmorency fut principal, qui tumba , comme de droict, entre les mains de M. le prince de Piedmont, lieutenant de l'empereur, qui le traicta fort bien , à cause qu'il avoit cest honneur de luy appartenir, à cause de bastardise : mais pourtant luy fil tenir longuement prison, en laquelle il ne perdit temps; car (à quelque chose sert malheur), ne sçachanl que faire, et

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par faute d'autre passe-temps et occupation , il | se mit à estudier et lire les livres, que luy qui, | auparadvant, ainsy que je luy ay ouy dire, avoit bien desdaigné bien fort la lecture, à mode des seigneurs et nobles du temps passé , s'y plcust tant ceste fois là , qu'il n'avoit autre affection que celle-là; si bien qu'il y fit fort son proffict ; car outre qu'il cul de soy l'esprit et entendement très-bon et tres-solide, il le façonna encor mieux par ceste lecture, dont toute sa vie il s'en est ressenty, et l'a-on tenu pour une aussy bonne teste que de seigneur de France.

An retour de ceste prison il fut esperduement amoureux de madamoiselle de Pienne, l'une des filles de la reyne, aussy belle, aussy bonnette et aussy accomplie qu'il y en eust en France , et d'aussy bonne maison ; et ainsy que M. le connectable luy avoit moyenné et pourchassé le maryage entre luy et madame la duchesse de Castres, vefve du duc de Castres qui mourut à Hedin dans la mine , et fille naturelle du roy Henry, mais pourtant légitimée. Et comme le pere luy annonça , et le jour des nopees, M. de Montmorency luy fit responce: qu'il ne pouvoit entendre à cela , d'autant qu'il avoit promis à madamoiselle de Pienne.

Qui fut es tonné? ce fut le bon homme de pere , qui eut plus de recours à ses larmes et à une tristesse grande de cœur, qu'à une aspre collcre contre le fils, non toulesfois sans une remonslrancc bonne et juste ; et ainsy qu'il vit le fils persister en son dire et en son opinion, il s'advisa de luy faire changer d'air et de l'envoyer en Italie, pour voir si, en changeant de région et d'air, il changerait de volonté et d'opinion , trouvant faux le dire d'Horace

Cœlum non animum mutant Qui tram mare currunt.

Cest-à-dire :

tCrax qui vont outremer, et par delà , muent bien d'air, «mais dou pat d ame ni de volonté.»

Estant à Rome, l'occasion se présenta du aiege d'Hostie, qui importoit pour le service du pape et du roy son maislre, là où il alla et y acquit beaucoup d'honneur à la prise; et après s'en retourna en France, où, par oubly de ses amours, il espousa madame la duchesse de Castres, au grand contentement de son

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