L D'AMVILLE
neroit, et qu'il l'aurait ou à mort ou ;i vie, ou du tout le chasserait de là. Mais la mort le prévint et luy rompit son dessein ; lequel le roy Henry son frère, tournant de Poulogne, reprit, et lira vers Avignon pour luy faire la guerre, quoy qu'aucuns luy conseillassent , à l'ave nement de son royaume, de pardonner à lous et de faire la pais ; mais il en fut diverty (ce disoiton) par la reyne mere et M. le chancellicr de Birague, despuis cardinal, qui, voulant mal de long-temps audict seigneur mareschal, depuis qu'il soustint et se banda si fort pour Seipiou Vimercat coulre le seigneur Ludovic de Birague, son frère, en leur querelle qu'ils avoient eue, la luy avoit gardée bonne jusques là, à la mode lombarde; et pour ce conseilla fort la guerre en languedoc contre luy. Mais le succéda très-mil; car M. le mareschal, comme désespéré, eut recours à ce qu'il peut; et luy, qui esloil très-bon catholique, s'ayda du secours des huguenots, qui luy ayderent si bien et luy assistèrent de telle façon , que , Aigucs- Mortes pris au nez du roy, fut pour besoin qu'il s'en tournait en France pour se foire sacrer et couronner le dimanche gras; qu'il l'avoit esté le mesme jour en Poulogne, et pour ce rêverait fort ce jour.
Ce fut à M. le mareschal de monstrer sa sagesse et sa valeur de guerre qu'il avoit tousjours eue; aussy n'y manqua it point, car il se garda si bien lors, et s'est si bien gardé despuis, que, pensant la ruiner par de là, on luy augmenta sa réputation, son bien et sa grandeur, qui luy durent encor.
Ce ne fut pas tout; car il vint à estre empoisonne de telle façon, que, s'il ne fust esté secouru prestement et par bons remèdes, il estoit mort; et de faict les nouvelles en viudrcnt au roy qu'il estoit mort de ceste poison.
J'estois lors en sa chambre quand ces nouvelles luy furent apportées, et gardoit encor le lict d'une fiebvrc qu'il avoit eue plus de dix ou douze jours, et nous avoit envoyés quérir l'aprèsdisnée, six ou sept que nous estions, assez aymés de luy , pour causer avecques luy et luy faire passer le temps.
Il ne s'en esmeut autrement , et ne monstra le visage plus joyeux ny fasché, sinon qu'il envoya le courrier à la reyne; et ne laissasmes à causer avecques luy.
Ce gouvernement de Languedoc fut aussy tost donné à M. de Nevers ; dont plusieurs en furent très-joyeux , car il csloit très-genereux et très-bon prince. Vindrcnl après nouvelles que ledict sieur roareschal n'estoit point mort et tendoil peu a peu à guerison, laquelle larda beaucoup à luy venir.
Plusieurs disoient que s'il fust mort de cestc poison , que M. de Monlmoreucy fust esté senlentié, quoyquc j'aye dict par cy devant que madame sa femme î'avoit sauvé; mais on craignoil que ledict mareschal , voyant son frère mort, qu'il eust joué à la desesperade, craignant qu'il ne luy en arrivast autant s'il estoit pris ; et avoit ung très-grand moyen de faire mal avecques l'alliance des huguenots, voire du roy d'Espaigne, qu'il eust pris.
Dieu le voulut autrement; car Monsieur, frère du roy, ayant pris les armes et l'assistance des huguenots, et de M. le mareschal d'Amvillc par conséquent, et faict après la paix avecques le roy, les uns et les autres y furent tous compris; et puis, la paix rompue, et Monsieur ayant quitté les huguenots pour leur faire la guerre. M. le mareschal se voulut tenir de la paix avecques Monsieur; dont les huguenots luy en voulurent très-grand mal , ei le roy grand bien, et luy en sceut très-bon gré; et pour ce receut de très-bon cœur madame la marcschalle, sa femme, une très-belle, honneslc dame, de la maison de Bouillon La Marck , que M. son mary luy avoit envoyé pour luy représenter et rcoffrir tout debvoir, toute servitude et obéissance, que le roy accepta en très-bonne part, et depescha madicle dame fort contente.
Je la vis partir de Bloys aux premiers estais; cl me dit dans la chambre de la rcyne : qu'elle s'en alloil très-satisfaicleet contente du roy , et que jamais elle n'en partit tant d'avecques luy que cesle fois , et qu'elle portoit a M. son mary dequoy se contenter. Mais tout cela ne dura guères, car on luy dressa la guerre quelque temps après; et pour la seconde rois se vint accoster des huguenots , qui , disans qu'il les avoit laissés, ne s'y voulurent fier; mais le roy de Navarre, qui estoit leur protecteur, entreprend cestc confédération et la reconfirme ; car il voyoit bien que c'estoit un grand et bon capitaine, et très-puissant, et qui avoit de très-
UNDS CAPITAINES FRANÇOIS.
grands moyens pour baslir et fortifier leor
cause.
Le voylà donc si bien uni avecques te roy, qu'il ne l'appelloil jamais que son père, l'aymoit et honnoroit ; et dès lors jusqu'à cestc
' heure se sont si bien tous entretenus et liés, qu'ils ne se sont jamais quittés, et toujours couru leurs fortunes mesmes ensemble. Aussy, pour tels bons dcbvoirs d'assistances , d'amitié et de causes, et pour la suffisance grande qu'il a cognu en luy, l'a faict son connestablc; et,
| au lieu de pere, l'appelle son comperc. à la
j mode du roy Henry II à l'endroict de son père; qui est un grand honneur pour ceste maison
j de Montmorency, qu'en vingt-six on vingtsept ans consécutivement le père et le fils ayent
! esté honnorés de ceste grande charge.
Il csl vray qu'on dira , comme j'en ay veo
j parler aucuns, que le pere a esté plus ridelle que le fils , pour n'avoir jamais porté les armes
\ contre l'estat , et le filsouy. Aussy portoit le pere pour devise, à l'entour de son espée de connestablc, ce mot, Àirx«cç, qui e.*t à dire sans fraude et très-fidelle.
Il y a bien aussy beaucoup de différence '»
( n'estre que deffavorisé et envoyé de la cour, et vivre paisible en sa maison , et à estre per-
. secuté de l'honneur , du bien et de la vie, trois poincls qui désespèrent les plus fidelles et obeyssans ; et si outre , je sçay combien mondict sieur mareschal a tasché de se garantir â venir là, el combien de fois il a fait rechercher ses roys et s'humilier à eux, dont pour
, te j'en ay veu à la cour force allées, venues et menées. Mais quoy ! c'estoit son malheur et son destin, car il estoit aussy des proscrits de la Sainct-Barthelemy s'il s'y fust trouvé.
Pour fin, il s'est très-bien sauvé jusqu'ky en galant homme et très-sage capitaine, et est maintenant près du roy, qui le sert trèsbien et très-fidcllement, et sa patrie; et servi-
! roit encor mieux si on le vouloit croire, et
i mettre un reiglement sur la guerre qu'il a veu
| d'autres fois si bien faire observer par M. son père , duquel il a appris plusieurs bonnes et belles leçons, qu'il sauroit faire pratiquer mieux que capitaine de France ; car il n'y en a point qui les sçache mieux, ny qui soit en la chreslienlé aujourd'hui plus vieux capitaine oy plus expérimenté; car dès lorsqu'il fut propre