‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 218 sur 361 · M. LE MARESCHAL D'AMVILLE · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL D'AMVILLE

à porter les armes, il les porta aussy (osl, et a eu de belles charges pour les faire valoir.

Entr'autres il fut couronnri de la cavallerie légère du Piedmoni, qu'il fit triumpher bravement; car, oulre qu'il estoit de soy brave et vaillant, il a voit de bons capitaines soubs luy, et surtout une belle et gaillarde jeunesse des gentilshommes de la France : car c'estoit pour lors une maxime : qu'aussy tost qu'ils commençaient à porter les armes, il falloit qu'ils allassent trouver M. de Nemours ou M. d'Amvillc, les deux pour lors parangons de toute chcvallerie.

Si je voulois, je nommerais bien les bons et braves capitaines qui sont despuis sortis des mains de ces deux seigneurs et bons capitaines; mais cela seroit trop long.

Entr'aulres beaux combats et bien signalés qu'a fakts M. d'Amville, ce fut la desfaicle des Espaignols au pont d'Eslure , en Piedmoni , où il en demeura cinq cens morts entendus sur la place, et non sans bien vendre leur mort, car ces gens là en sont très-chers enchérisseurs marchans; et luy cuydcrent tuer son beaufrere, M. de Vantadour, brave et vaillant seigneur, qui fut blessé à la mort.

Il fit aussy ceste belle escarmouche devant Foussan, où il perdit son lieutenant, le seigneur Paulo Baptiste Fregonze, et sa cornette, le jeune Rambouillet, vaillant jeune homme, qui entra si advant dans la porte qu'il y fut tué : force autres aussy y furent tués et blessés, car il y faisoit bien chaud.

Ledict seigneur Paulo Baptiste avoit esté lieutenant deM. de Nemours ; mais, d'autant que la faveur de M. le connestable esloit très-grande alors, et qu'un chascuu y couroit, il le quitta pour avoir esté gaigné de M. d'Amvillc, et fut swn lieutenant. C'estoit un des bons chevaux Ugers de son temps: et luy en donnoit-on la réputation pour en avoir l'aict longuement Testât, car il estoit desja fort sur l'aage. Et ainsy qu'on estoit sur la retraicte de ceste escarmouche, et entretenant M. d'Amville et M. le vidasme qui leur disoit qu'il en avoit veu de fort belles et chaudes en son temps, mais n'en avoit jamais veu une si scalabreusc que cela, et

mot, voicy une canonnade de la ville qui luy emporte la teste.

Telle avoit esté et fut sa destinée de ce bon vieillard, qui fut fort regretté de tous ceux du Piedmont, et principalement de son capitaine M. d'Amville, lequel tousjours s'est fort pieu de se servir des Italiens en sa cavallcrie légère, et fort aussy des Albanois ; car en son gouvernement estant retiré , et qu'on luy faisoit la guerre, il en a eu tousjours et trouvé le moyen d'en faire venir, et les a fort bien appointés et payés tousjours : aussy font-ils bien servy et aydé à se maintenir.

Or, d'autant que mon intention n'est pas de raconter tous les beaux cxploicls d'armes de nos capitaines, je ne me veux estendre plus lotng sur ceux dudict seigneur d'Amville, sinon que, s'il a esté bon homme de guerre, il a esté un très-gentil cavallier en toutes vertus chevaleresques. Il a esté un très bon et adroict homme à cheval ; aussy estoit-ce son principal exercice; et avoit ordinairement une grand quantité de très-bons et beaux grands chevaux en son escuyerie, qui sça voient aller de tous airs, et luy qui les y sça voit aussy men«r très-bien. Il n'estoil possible de voir un homme mieux à cheval que luy, fust ou à cheval armé ou en pourpoinct.

Il faisoit ordinairement les plus belles courses du monde quand il couroit la bague, fust ou avecques son roy ou avecques d'autres; mais il estoit si malheureux qu'il mettoil peu souvent dedans, à cause de sa veuc, qu'il n'avoit trop asscuréc; mais ses courses valotont bien celles du dedans.

S'il estoit là malheureux, il estoit bien autant heureux en ses combats à cheval à donner coups d'espéc; car il falloit bien qucceluy fust asseuré qui ne branlast soubs son coup, tant il le sça voit bien et très à propos et à temps le donner, ou , ainsy qu'on disoit anciennement , assener.

A l'entreveue de Dayonne, le mareschal de Rayz en sça u roi t bien que dire; car à un balet à cheval qui s'y faisoit à combattre à l'e^pée, se venant à heurter avecques mondict sieur d'Amville, il fut porté par terre devant toute

que, puisqu'il avoit eschappé cellc-la , il en l'assistance du camp : si que, la rumeur s'esleeschapperoit bien d'autres, et aussy qu'en sa vanl soudainement cl s'espandant que c'estoit vie il n'avoit jamais esté blessé, achevant ce M. de Guysc, qui lors estoit un jeune garçonne!

non encor de quinze ans, mais pourtant fort adroict , et dès lors fort rude au combat aussy bien que les plus aagés de beaucoup que luy, madame de Guyse sa meie, estant sur l'cschaffaut avecques les rcyncs, vint à entrer en si grand cffroy et alarme de son fils , qu'elle en devint toute espcrdue, mesmes les reynes et toutes les dames. Surquoy M. le connestable, entendant le bruict et IVffroy des dames, accourut vers elles, et se mit à crier : «Ce n'est «rien, ce n'est rien; c'est Le Perron. » (Carainsy s'appelloil-il de son sut nom , avant qu'il eust altainct par faveur ces grades qu'il a aujourd'huy). Soudain la uiere commança à r'assurer etrasserainersonbeau et clair visage, qui venoit d'estre troublé et csmeu de l'orage d'un tel effroy ; et puis la risée en courut fort parmy le camp.

Quelques deux ans après ce voyage, le roy Charles célébrant son mardi gras au Louvre par une partie de courrement de bague, et de coups d'espée après par passades de cheval, M. d'Amville s'aheurta de mesmes avecques M. de Longueville , qu'il porta par terre d'un mesmes et pareil coup; mais pourtant ce ne fut pas sa faute, car il estoit un fort adroict prince et bon gendarme; mats ce fut la faute de la selle et des sangles de son cheval qui la firent tourner ; dont il en cuyda arriver une querelle; car M. de longueville ayant sceu que M. d'Amville s'en vouloit prévaloir aucunement comme par vanterie, le rit appeller au Pré aux Clercs, où il n'y avoit qu'eux deux et le chevallier de Bairesse, lieutenant de M. d'Amville, et le capitaine La Gastine, vaillant Limosin, lieutenant de M. de Longueville, tous quatre Irès-vaillans et braves hommes, et qui se fussent très-bien battus sans que M. d'Amville le contenta d'honncsles paroi les, et ainsy se despartirent : j'en par le ailleurs.

M. D£ MOKTBËRON.

De ces deux MM. de Montmorency leur troisiesme frere fui M. de Moutberon, qui portoit ce nom à cause de la baronnie de Montberon, qu'on tient la première d'Angoumois,

NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

que feu M. le connestable avoit eu des biens du seigneur et baron de Montberon, ayeul de madame de Hourdeille d'aujourd'huy, qui csi chef du nom d'armes de Montberon, maison très-illustre et ancienne autant qu'il en soit en Guyenne ; et voylà comme les maisons se perdent aux vrays héritiers pour le mauvais mesnagemenl des pères.

Il falloil bien dire que M. le connestable eslimoit ce nom el baronnie de Montberon, puis qu'ayant tant de belles el grandes autres terres, il ne vouloit que son troisiesme fils porlast autre litre que de seigneur de Momberon.

Certes le tilre en est très-beau ; mais aussy celuy qui le portoit l'honnoroit el l'illustroit bien aussy, car c'estoil un seigneur des gentils de la France , et aussy accomply, et qui promet mil autant de luy quelque chose de grand s'il eust vescu davantage.

Il esloit très beau gentilhomme; et disoil-on qu'il estoit te plus beau de ses frères, comme je le t roy, pour les avoir veu tous et pratiqués. Il esloit brave cl vaillant; il fut pris jeune garçon à la battailie de Sainct-Quantin avecques M. son pere, en combattant vaillamment et secourant le pere.

Philippe le Hardy acquit le nom de Hardy pour, jeune garçonnet qu'il estoit, n'avoir jamais abandonné son pere, le roy Jehan, à la battailie de Poictiers; et combattit vaillamment près de luy, et fut avecques luy prisonnier.

De mesmes en fit M. de Montberon en ceste battailie près du pere; et, pour couronner sa vaillanlise, il se tint si près du pere à la batlaille de Dreux, et l'assista lousjours si bien, qu'en combattant vaillamment il fut tué près du perc.

Voylà une belle et honnorable fortune du fils , que d'avoir ainsy monstré au pere sa générosité pie et charitable advant mourir ; aussy le pere le regretta fort , car il t'aymoit el le cognoissoit fort généreux.

Il ne pouvoit estre autre , car il esloit haut à la main et un peu superbe ; mais sa gloire et sa superbité estoit supportable, tant elle esloit belle et agréable. El qui a ceste condition, faut qu'il se propose d'entretenir cesie gloire toujours par quelque acte généreux et nullement reprochable; autrement il est perdu, et faut qu'il s'aille cacher, ainsy que j'en ay veu

M. DE THORR.

plusieurs, auxquels, quand un Ici malheur leur arrivoit d'avoir faicl quelque poltronnerie avecques leur gloire, n'ont pas eslé bons a jetter aux chiens; mais ceux qui ont accompaigné tousjours leur superbité par leur vaillance ont esté tousjours plus craints et estimés et supportables les uns plus que les autres.

M. DE MERK

Pour le quatriesme fils de M. le connestablt .< esté M. de Mcru , qu'on a tenu aussy glorieux à la cour bien fort; mais on disoil qu'il tenoit cela de la race , car tous les cinq frères l'ont esté, parce qu'ils avoient un brave pere qui l'estoil fort, et eux estoient si grands, et nourris et entretenus par le pere en une si grande grandeur, qu'outre le cœur grand qu'ils avoient de naissance, ceste grandeur les entretenoit d'autant plus en ceste haute gloire. Voylà ce qu'on en disoit à la cour.

Sans queje m'amuse autrement à louer M. de Meru , je ne diray que cela de luy : qu'on le lient aujourd'huy pour le plus digne homme du conseil du roy, ny qui ait meilleure cervelle ny meilleur advis. Aussy nostre roy, qui s'entend en telles gens, l'advoue tel, et, pour ce, Ta honnoré de Testât d'admiral par dessus plusieurs concurrans.

Pour sa valeur, je m'en rapporte à messieurs les Suysses , leur couronnel , qu'ils ont tousjours tant estimé, qu'ils ont gardé longuement et aymé fort en ceste charge. C'est un beau tesmoignage pour luy quand un vaillant estime le vaillant , et quand il veut estre conduict par le vaillant; car un vaillant chef fait tousjours combattre les autres.

Voylâ donc l'asseurance que ces messieurs les Suysses ont eu de leur couronnel , à qui bien servit sa sagesse , conduicte et valeur lorsqu'on en voulut tant à la maison de Montmorency, voire i tous les cinq frères.

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