I.XXX
M. Dfc THOR
Ainsy qu'il en arriva de mesmes à M. de Thoré, qu'on vouloit bien attraper comme les autres, dont fallut qu'il se relirast en Allemaigne en sauveté , tant pour le danger que pour y drtsser et amasser une petite armée pour secourir son frère prisonnier et ses autres frères qu'on mal menoit.
Il y amassa donc quinze cens reyslres, par le moyen de madame la connestable sa mere, qui l'aymoit uniquement et plus que tous ses autres fils ensemble, et luy fit tenir en Allemaigne quelque trente mille escus (ce disoit-on ), dont ellecuyda estre en peine cl recherchée; mais , pour estre dame d'honneur de la rtyne Elisabeth, et choisie telle par le roy pour ses vertus, cela ne passa guieres advant.
Mais qu'eust elle secu mieux faire que d'employer le vert el le sec pour jetter hors de prison son fils aisné, et de peine ses autres enfàns, et ce par juste raison, ny sans aucun respect de fidélité qu'on doit à son roy, ny sans crime de leze majesté, puisque l'amour delà mere envers les enfans bons porte plus de pois que tous les autres?
M. de Thoré donc, avecques ses reystres et quelques François bannys vers Sedan cl ailleurs, ralliés avecques luy, entra en France du costé de la Ghampaigne, où M. de Guyse, ce grand capitaine , eneor qu'il fust bien jeune , alla au devant de luy et le deffit.
J'en parleray ailleurs en la vie dudicl M. de Guyse; mais le tout ne fut tant défraie t que M. de Thoré ne se sauvast avecques quelques légères trouppes de François, el ne se vinst joindre avecques Monsieur, frère du roy, qui lors avoit pris les armes.
Nous tenions que, sans la blessure de M. de Guyse, qui lors arriva, nous l'eussions bien poursuivy et empeschéde s'y joindre; car ce seigneur esloit si courageux, qu'il ne se contentoit pas d'une victoire a demy, mais la vouloil absolue et parfaicte; tesmoiog l'opiniaslreté dont il usa à poursuivre ce soldat qui se sauvoit el fuyoil devant luy, et en fuyant luy donna le coup, par le plus grand hasard qui
fut jamais, en tournant son poictrinal ou escou- | pelle par derrière.
Or du despuis mondict sieur de Thoré servit I bien son roy, et rabbattit bien la faute qu il avoit faicte d'entrer à main armée cl forces estrangeres en son royaume contre luy ; car ce fut luy qui, toute Hslc de France perdue pour luy, cl Paris , se saisit de Senlis avecques les sei- ; gneurs du Hallot , de Montmorency, d'Ouarly et plusieurs autres braves gentilshommes françois, qui tous laprindrent et la gardèrent trèsbien contre le siège que M. d Aumallc leur avoit mis devant; dont s'ensuivit la batlaille ( de Senlis, qu'il perdit ; et deffil fort les affaires ! de la Ligue et baslil très-bien celles du roy; dont j'en parleray ailleurs.
Si bien qu'on peut donner la gloire à M. de Thoré et aux autres gentilshommes , d'avoir [ esté la première et prineipalle cause de la ■ grand maladie où lumba après la Ligue; car, s'il n'eust pris Senlis, teste batlaille ne s'en fusl ensuivie de si grand conséquence pour le roy.
C'est assez maintenant parlé de messieurs les cinq enfans de M. le conuestablc, de qui on ! a remarqué une chose qui a estonné beaucoup de personnes de ce temps, dequoy pas un de tous ceux-là il n'en fit aucun d'église : l'un des- '< quels, s'il l'en eusl pourveu, il l'cust faicl riche \ des biens ecclésiastiques , et l'cust faict grand et j très-opulanl, veu la faveur qu'il avoit, et en cust faict sa maison encor plus grande et riche; et aussy que du vieux temps il se disoit qu'il ne falloit qu'un chapeau rouge, ou une crosse, pour faire une maison grande. Mais le bon i homme, se fondant sur quelque conscience, 1 ne le voulut jamais, ou sur autre raison que nous ne sçavons pas ; car c'est un très-grand ' honneur en une maison (tant grande soit-elle) que d'y voir un cardinal , et la parure en est très-belle et riche, et irès-honnorable , le pape les tenant pour ses princes et les appellant tels. I
Ce bon homme enfin , pour ce coup , n'en fit j d'aucun vœu à l'église de M. saint Pierre , mais tous au temple de Mars, les y jugeant tous trèspropres pour y mieux servir qu'ailleurs.
On dit que madame la connestable , qui estoit la mesme dévotion, le desiroit autrement, I nais non le bon homme, qui la traversoit et cmtrarioit en ceh Geste bonnorable dame !
<DS CAPITAINES FRANÇOIS
( comme j'ay dicl ), fut fille du grand matstrc
bastard deSavoye.