‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 220 sur 361 · CRAND-EMISTEE DE FRANCE · texte numérisé non relu

CRAND-EMISTEE DE FRANCE

Ce fui un très sage chevallier, et qui a seny très-bien le roy François tousjours où il s'est trouvé, comme à la batlaille desSuysses, à \z Bicoque, où il ne tint pas à luy que les Suysses ne pressassent tant M. de Lautreq pour venir aux mains , en les priant et usant envers eux de toutes les plus douces et honnestes parolles pour faire temporiser, et que le roy les récompenserait eux et leurs enfans, et qu'ils auraient tous occasion de se contenler a jamais de luy ; mais ils ne le voulurent jamais ; et fallut donner la bat taille, qu'ils perdirent : et fallut après s'en retourner en France avecques un ne* de honte, car par ce moyen tout Testât de Milan se perdit jusqu'à ce que le roy retourna , qui le reprit et ne le garda guieres , à cause de la batlaille de Pavye perdue , où tant de gens de bien moururent, et mesmes ce M. le grand maislre; lequel, ayant payé sa rançon et s'en voulant tourner en France, la fiebvrc le prit d'une blessure qu'il avoit receue a la batlaille, et en mourut , dont ce fui grand dommage; et fut fort regretté de madame la régente sa sœur, qui l'aymoit et l'advançoil tout ce quelle pouvoit, et luy faisoit tenir grand rang en France.

On le tenoit pour un fort sage et advisé capitaine. J'ay ouy dire à aucuns vieux gensd'armes que la compaignic de cent hommes d'armes qu'il avoit, estoit ta plus belle que Ion vit jamais despuis que l'institution en fui faicte, et le tenoit-on ainsy alors: car, comme un clwscun court à la grandeur et faveur, tous les jeunes gens des plus grandes maisons s'y enrolloient, et les plus vieux et expérimentés gens-d'armes ; si bien qu'il y avoit une presse exlresmc à qui en serait, et tien heureux esloil le jeune gentilhomme qui pouvoit avoir la place d'archer. Aujourd'huy cela n'est plus; on ue se contente pas de si peu; car, du premier coup que le jeune commence à porter les armes , faut

M. LE MAIUjUI

qu'il commande, ou en gendarmerie, ou en cavallerie légère, ou en infanterie , sans avoir jamais appris d'obeyr. Aussy voit-on en plusieurs de lourdes fautes , cl en d'autres non , car bien souvent ces jeunes tous nouveaux font aussy bien que les vieui, voire mieux; j'en «I léguerais force exemples.

Or ce M. le grand maistre laissa deux fils , l'aisné M. le comte de Tande, et l'autre M. le marquis de Villars.

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