‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 22 sur 361 · L'EMPEREUR FERDINAND · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR FERDINAND

Or c'est assez pour venir à l'empereur Ferdinand, frère de Charles , et roy des Romains, qu'il avoit faict tel a vecques difficulté; ce qui luy

'La chronique de Bavard, par le Loyal Scniliur ,

trop discourtoisement fut respondu : que quand le roy aurait faict restitution des villes impériales de Metz , Toul et Verdun , qu'ils croyroient à ses paroles.

M. Marillac, qui estoit subelin à bien parler, ne faillit à leur bien répliquer, non pourtant si bravement comme eust faict M. de Bourdillon,

1 l-e manuterit 8771 ajoute : • Ou par la fenertre. • ' I*e manuscrit 8*71 ajoute : «En laquelle dignité n'y

CTOjoii i;ircrc>, Connue on le disoit à la cour, ce que

j'ay veu. »

s'il eust eu la parolle pareille; si en dict-il pourtant sa rastellée , en bravant fort.

Sur ce ils forent congédiés ; el eux de retour, en ayant raid leur rapport au roy, il jura qu'il se repentoit cent fois de les y avoir envoyés, et faict si bonnestes offres qu'il leur avoit faict. Enquoy il y songea pourtant à se tenir sur ses gardes en sesdictes villes, et surtout à Metz, bien qu'on ne les craignist guieres ; car on n'avoit pas craint le frère , plus puissant et plus grand homme de guerre, qui n'y avoit rien faict.

Après la mort du roy Henry , le roy François y envoya vers ledict empereur , pour ce mesmessubjectdcvisitequei'aydict, leseigneur de Montpezac , qu'on disoit à la cour une très belle charge et ambassade pour luy, pour estre jeune, et o estre guieres advancé en charges et grades , sinon qu'il estoit simple lieutenant de la compaignie de M. de Guyse ; mais son capitaine, qui gouvernoit tout lors, luy valut cela ce coup. Donc, en escbange, lorsque les dixhuict chevalliers furent faicts à Poissy par le petit roy François II, on passa la paille par le bec audict Montpezac, qui y estoit présent, que tous ses compaignons eurent cet ordre, el luy point; d'autant qu'il avoit espousé la fille du marquis de Villars, aujourd'huy madame du Mayne, en secondes nopees, et avoit, par ce moyen pris l'alliance de Montmorency, qui n'estoit pour lors trop aymée de la maison de Guyse.

Et voylà la frasque qui fut donnée audict de Montpezac en recompense de ceste dicte ambassade, lequel s'eu acquicla fort bien , car il avoit bonne façon, et parloit fort bien : et, à toutes pareilles offres qu'il fit de la part de son roy a l'empereur, Il luy fit toute pareille res ponce pour ces villes, et que luy elles princes de l'empire les vouloient avoir.

11 s'en retourna donc ainsy, après avoir esté bien traicté de luy, el eu pour présent un beau buffet d'argent, de la valeur de dix à douze mille francs, qu'il me monstra à son retour à la cour à Amboise , lors de la conjuration , et me conta le tout, car nous estions fort proches paréos; et me loua fort cet empereur, tant pour affaires d'estat que de guerre. Comme de vray, tant qu'il a esté roy des Romains, il a faict tousjours bravement teste à ce grand sultan Solyman, ores le guerroyant comme il

DS CAPITAINES

pouvoit , ores l'amadouant par trcfve, jusquealàque, luy venant à l'empire, ledicl sultan luy envoya demander la trefve.

Si Fut-il pourtant fort malheureux en ses guerres faictes par aucuns de ses lieutenans, comme par le seigneur de Roquandolf , qui pourtant se monstra tousjours brave el vaillant capitaine, mais malheureux, el qui assista fort bien à ce grand comte palatin au siège de Vienne.

Il eut aussy d'autres capitaines , bien qu'ils fussent bons, mais il fut aucunement malheureux en eux. Paulo Jovio en descrit assez sans que j'en die davantage.

Ce dict empereur n'eut pas grand partage des biens de la rcyne sa raere, estant la cousturae d'Espaigne que le tout va i l'aisné de la maison , ny rien de la Flandres , son aisné le traiclanten cadet, et prenant tout pour luy , en gaignant l'amitié de ses braves soldats espaignols, par le moyen desquels il cousoit et tailloit comme il vouloit : et toutesfois, s'il eust voulu , il l'eust bien brouillé en son estât et son empire, et s'il eust voulu s'allier et joindre avec les princes protestans, qui l'eussent fort désiré ; car un brouillon ne recherche qu'à brouiller un autre. Mais luy , qui estoit sage et bien advisé, n'y voulut jamais entendre, considérant le mal elle deshonneur qui luy escheroient de la desunion de son bon frère, et que possible scroit la ruyne de tous deux.

Aussy l'empereur l'assisloit de ce qu'il pouvoit , et Ferdinand luy en rendoit de mesmes; lesmoing le secours qu'il donna à M. de Bourbon pour Pavie, et la prise de nostre roy ; ce qui servit fort à l'un , et nuisit fort à l'autre. L'empereur aussy luy ayda bien en ses royaumes de Boéme et de l'Ongrie.

Il n'estoit pas si bouillant et mouvant comme l'empereur; il estoit plus froid, et tenoil cela de son ayeul Ferdinand , mais non pourtant si corrompu , et estoit plus homme de bien , dont il en portoit le nom, et l'empereur, celuy de ce brave Charles , son grand ayeul. Souvent ceux qui portent les noms de leurs ayeuls leur ressemblent voulontiers, comme je l'ay veu observer et discourir i aucuns philosophes.

Ce Ferdinand , de mesmes que son ayeul , porta ses cheveux tous longs, et ne les fit jamais couper, dont j'en fais un conte plaisant ailleurs.

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