M. LE MA RESCHAL DF. TERMES
M. le mareschal de Teroies a esté un trèsjyr;ind capitaine, lequel , après la partance de M. d'Esse fut envoyé en Eseosse pour tenir sa place et le mcsme rang qu'il y tenoit, et trèsbien s'en acquitta. El notera-on en luy que possible gentilhomme de sa qualité n'a esté plus souvent lieutenant de roy que luy. Au partir d'Escossc, le roy Henry estant bien adverty des menées que fesoit le pape Jules lil , l'envoya en ambassade vers Sa Sainctelé à Rome; si que le pape, se doublant, dit : « Comment ! le roy ne m'a point cuvoyé icy un «ambassadeur, mais un capitaine, le meilleur a des siens. Il faut prendre garde à moy, car il «a mieux la mine de me faire la guerre que de « me faire une ambassade. » Aussy tost après , le roy l'envoya son lieutenant gênerai avecques le duc OcUivio dedans Parme , où il fît si bien, qu'après un long siege fouruy de grandes forces cl du pape el de l'empereur , il fallut qu'il se levast sans autre plus grand effect. Il fut aussy lieutenant de roy dans Sienne avecques M. le cardinal de Fcrrare,el y acquit beaucoup d'honneur en la révolte el en la conqueste pour le roy. Les Espaignols luy en attribuent beaucoup, et les Siennois s'en contentèrent beaucoup, pour la bonne assistance qu'il leur fil.
Oc là il fut lieutenant de roy en Corsegue, où il fit aussy bien qu'aux autres coups ; et la réduisit en l'obcyssance du roy, et y soutint plusieurs guerres et combats que les impérialistes et Gcsnois, voisins et seigneurs de l'islc , luy livrèrent. Enfin , il la conquesta et garda si bien , que , quand le roy Henry la rendit par le iraité de paix , il la rendit entière et en l'obcyssance du roy. Puis faicl lieutenant de
roy en Piedmond en l'absence et par provision , non sans mescontcniement et mutinerie d'aucuns grands et moyens ; mais tout s'appaisa (M. de Montluc en parle dans ses Mémoires, et force vieux capitaines le peuvent dire).
Et pour la cinquiesme fois il fut lieutenant de roy dans Calais, et de toute la comté d'Oye, et en l'armée qui luy fut donnée pour entrer en Flandres el y faire "le degast ; où la fortune le favorisa un peu au commancement , pour avoir pris tiergue et Donqucrques ; mais aussy tost , venant à changer, le comte d'Aigucmont, le plus hasardeux pour lors et le plus vaillant capitaine qu'eust le roy d'Espaigne, luy livra battaille el l'emporta; ce ne fut toutesfois sans que le bonhomme n'en rendist bon combat , tout malade qu'il esloit il y avoit huict jours, et mesmes ce jour là bien fort : en quoy n'en fut nullement à blasmer, car en tel estât de maladie et en bien combattant il fut pris prisonnier en homme d'honneur, et blessé, comme j'ay ouy dire A feu M. le conncstablc. Quiconque soit le capitaine ou le gênerai d'une armée, et qu'il perde une battaille , un combat ou une rencontre, mais qu'il y meure ou qu'il y soit prisonnier (j'entens de la bonne façon ), eticor que la perte soit de conséquence, sa mort ou sa prisou expie tout.
Ce ne fut pourtant que plusieurs en France n'en murmurassent que tout à coup, après une si grande perte de battaille de Sainct- Quentin, ceste-cy de Gravcline» vint seconder l'autre, el la France s'en cuyda aucunement effrayer; mais M. de Guyse lasseura, par la fiance qu'on avoit en sa valeur et par une armée qu'il avoit sur bout, et par la prise de Thionville, la plus forte place (ce disoit-on alors) qu'eust le roy espaignol , là où mourut ce grand mareschal Su ozzi ; et le roy en bailla l estât à M. de Termes pour ses anciens services et mérites.
M. D'ADSSUN.
Pour la sixiesme et dernière fois il fut amprès lieutenant de roy à Paris, au eommancement des premiers troubles, là où l'on dit que, voyant prescher en ceste ville, la principalle ' du royaume, et plusieurs insolences qui s'y faisoienl, et considérant plusieurs préparatifs qui s'y dressoient pour ruyner la grandeur de ceste grande France et invincible qu'il avoit
M. D'AUSSUN.
On dirait de luy en Pied mont : «Sagesse de a Terme» et hardiesse de d'Aussun. » 1/Espaignol de mesmes en disoit autant : u Dieu nous garde
veu de son temps, il mourut de regret: et «de la sagesse de M. de Termes et de la prouesse d'autre maladie qu'il avoit de longue main j «du sieur de d'Aussun,» qu'on tenoit des ce (dont M. de Montluc en parle en son livre) : temps-là un 1res vaillant et fort hardy et haluy ayda bien. En mourant , comme sage et sardeux capitaine.
prévoyant capitaine, il y prédit beaucoup de misères que nous avons veu des puis.
Ainsy mourut ce grand capitaine, couronné en sa vie de si belles charges et de beaucoup d'honneurs , plua certes que de biens ; car il est mort pauvre, mais gentilhomme de bonne part et de bon lieu de Gascongne, et fort homme de bien. En ses jeunes ans, ainsy que j'ay ouy dire à ses ncpveux de Bellegarde et Boisjordan, il tua un gentilhomme a la cour, aymé du roy ; pour cela fallut vuider et le royaume et tout. Le malheur fut pour luy que, s'eatant mis sur mer pour aller trouver M. de Lautreq au siège de Naples, et au retour de la desroutte de l'armée tournant encor par mer, il fut pris par quelques fusles de corsaires, et demeura long- temps à la ebaine, où il endura beaucoup de maux ; car despuis il ne fut jamais bien sain ; et après il fut rachepté et se mit aux guerres du Piedmont, esquilles il se fît si bien signaller partout on il se falloit trouver, qu'A la baltaillc de Cerisolcs il rut conducteur et principal chef de la cavallerie légère, qu'il conduisit si bien, et la mena si à propos à la charge, que l'on en vit l'effect que les histoires en content sans que j'en parle, et y fut prisonnier. En ceste carte que j'ay dicl cy-devant (où est pourlraicte ladicte battaille) avoir veu au cabinet du feu roy d'Angleterre , il y a en un cndroict , près d'un bois , ce mot d'esiril : « Icy «estoit le sieur de Termes, qui, rendant un
grand combat avecques sa cavallerie légère, oest porté par terre et faict prisonnier.» ;
Sur ce, jay veu faire des demandes i la courpanny nous autres, auxquels d'eux on eust mieux aymé ressembler , et ce qui est plus souhaittable, ou la sagesse ou la hardiesse, en un homme de guerre. Certainement en un jeune homme la hardiesse est plus convenable que la sagesse ; car jamais jeune homme sage, et qui a voulu poiser les hasards et les dangers, n'a esté tant estimé comme un fol, bardy et hasardeux ; mais après qu'il a passé ses feux et premières furies, il est bon qu'il se fasse sage, s'il veut estre estimé capitaine et 6e rendre capable d'avoir des charges de son roy. Toutesfoissi ne faut-il pas qu'il fasse tant du retiré et du sage, qu'il n'aye de reserve quelques vieux coups du passé, de follie et hardiesse , pour les entremosler avecques la prudence et sage conduicte au besoin; autrement la guerre n'en vaudra rien.
Voylà pourquoy les Romains estoient heureux en guerre contre Annibal , d'avoir l'espée et le bouclier, Fabius Maximu» et Marcelin» ensemble. Mais plus heureux sont esté le» empereurs, les roys et les grandes républiques, qui ont eu en lenrs lieutenens généraux la sagesse de Maximus et la hardiesse de MareHlus en un mesme corps; car autrement, combien en avons-nous veu et len , qui , ayant ce* deux qualités séparées et disjoinctes d'un mesme corps, n'ont faict de si grandes expéditions comme bien joioctes et assemblées ! Nous en avons force exemples des anciens , qui nous en crèvent les yeux , et de» modernes encor autant. Sans les chercher ailleurs, vous en trouverez en ce livre parmy ce» capitaine» que j'ay nombres ; et par ainsy je veux conclure : que la sagesse de M. de Termes ne luy a erapesché nullement qu'il n'euai beaucoup de bar
356 HOMMES ILLUSTRES ET Gfi
diesse, el qu'il ne la misl en œuvre lorsqu'il falloit, comme il Ta bien monstré; aussy M. d'Aucun, qui ne laissa de se monstrer sage capitaine en la nécessité d'une grand affaire et «l'un combat, avecques sa grande hardiesse, mais non pourtant comme son compaigoon.
Voylà ce qu'on en disoit à la cour et au camp lorsqu'il mourut, qui fut à la battaille de Dreux, où il estoit l'un des mareschaux de camp, choisy quelque temps avant par le roy de Navarre, qui le sçavoit suffisant , et l'aymoit pour eslre de Bigorro son vassal , encor que j'en sçay quelques uns des principaux de l'armée qui ne l'y vouloient recevoir, pour ne l'avoir jamais veu faire ce qu'il sçavoit; car il n'avoit jamais guieres bougé des guerres du Pied mont, où il avoit pourtant si bien faict, que, par sa valeur et hardiesse , il estoit parvenu peu à peu à de beaux grades.
Il fut premièrement capitaine d'une compaignie de gens de pied au royaume de Naplcs , où il monstra belles preuves de son hardiesse; puis aux conquestes et la garde de la Savoye et du Piedmont; puis eut des chevaux légers et une compaignie de gens-darmes, chevallier de l'Ordre du roy, gouverneur de la ville et chastcau de Thurin : belles recompences certes, dignes de son hardiesse; laquelle il monstra à sa mort encor plus belle et grande qu'en sa vie, car, le malheur luy estant arrivé de faire en ceste battaille une retraicte plus viste et fuyarde qu'il ne falloit, et dont il n'avoit jamais donné subject à la fortune de la luy prester telle ce coup, puisqu'elle ayde tousjours aux vaillans et hardys, estant revenu à soy, et ayant repris ses esprits, conceul un tel crevecœur en soy, qu'il en mourut et esclatta de despit et regret; dont il n'y eut aucun de l'armée qui ne le regretast fort, comme je le vis, et ne le louast plus que s'il fust mort dans le champ de battaille : j'en vis dire de belles parolles à M. de Guyse. Bel exemple certes , dans lequel se doibveot mirer les grands capitaines et vaillans hommes de guerre, quand ils font de telles fautes ! mais il y en a beaucoup qui ne s'en soucient guieres
1 Le manuscrit 8772 offre ici une page complètement effacée ; mais en le comparant avec le manuscrit 120 a l'article d'Aussun, je puis le restituer de la manière la plu» complète. Voici ce morceau :
• Et en font des effrontés , la teste levée en haut et im-
\NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
Un autre vieux capitaine et ancien chevallier, et qui d'autres fois avoit très-bien faict, mais là très-mal, et qui avoit faict comme d'antres, | et le publioit-on divuljjuemenl, estant en h table de M. de Guyse, un jour amprès qu'il fut de retour, non de la chasse, mais de ta fuitte, ainsy qu'un gentilhomme (car je vis cela) discourait a M. de Guyse de quelques incidents particuliers qu'il avoit veu, et en disoit très-bien, ce vieux capitaine fut sy impudent de luy dire : «Mon gentilhomme, vous en «dites trop : dont il me semble que vous «estes plus amusé à voir jouer l'esbat que le «jouer vous-mesme, car vous en parlez trop «bien.» Le gentilhomme respondit : «Monosieur, sans vous faire tort, j'ay faict l'un et •l'autre.» Dont M. de Guyse, qui estoit fort sage , baissant un peu la teste , changea de propos; mais ceux qui estoient devant cognorent bien que volontiers il eust dict : «Et que «veut dire cest homme-là? je crois qu'il n'a « point de sentiment. »
D'autres y eut-il qui ne fuyrent pour peu de chemin , mais de six à sept lieux , voire plus (au diable l'un qui en est mort de deuil) ; mais ont faict aussy bonne et hardye troigne et contenance , comme s'ils eussent gaigné eux seuls la battaille. Aucuns sont morts despuis ; d'autres vivent encor, qui , se Sans au temps, qm consomme et efface toutes choses , croyent fer-
pudens, comme s'ils eussent faict un acte mémorable Il me souvient qu'a ceste battaille de Dreux , il y roi force fuyards, autant de grands seigneurs et eapilaio* comme de petit* , mais au diable l'un qui en mourut d> tristesse ni â qui le fiel crevant. J'en rognois un, qm *u encor, qui lors avoit une compaignie de cinquao* hommes d'armes , que fuit t fort bien et assez loinfi. Au bout de deux jours qu'il retourna au leurre daw Icamp, M. de Martigues, l'advisant aux pieds, lay d impudemment devant tout le monde :— « Voylà de beau* et fort bons espérons et la meilleure mollette que je »•» jamais. N'en avez-vous point une paire de pareils daw vos coffres pour me donner, ou ceux-la mesraes? • L'aoïr* n'en fit qu'un peu la mine rouge , et luy dit qu'il luy m donnerait une paire toute pareille. Du despuis je l'ai veu braver et faire du glorieux et du mal content <Jt n'avoir eu de son roy une charge qu'il demandoit eonimr s'il eust mérité. Sur ce pourtant il faut prac tiquer le proverbe ancien :
Totit homme qui porte lance et femme qui porte c.- Ne M doibt mocquer de son compaujooo.
Car il n'y faut qu'une heure malheureuse •
M. D AU5SUN mement qu'il n'en fut jamais parlé et que cela porta à la ne fut jamais, et par ainsy se pavannent et piaffent comme roy des poix pillés, aui jeux et farces de jadis, faictes en l'hostel de Bourgongne à Paris.
A la battaille de Coutras, faicte de nos jours tout frais, il y en eut force aussy, des plus fringans et fendeurs de naseaux , qui en firent de mesmes; et qui leur sembloit advis qu'ils n'y seraient jamais assez à temps avecques leurs courtes journées et courtes traictes, menassans les huguenots, bravans, faisans des rodomontades plus que ne fit jamais le capitan Ruyna à l'end roict de Zanny ou Pantalon; et dès la première charge ils prindrent si bien la chasse et la fuitte, que deux heures après ils arrivèrent aucuns à Aubeterre, lieu de seure retraite, aussy estonnés que trépassés, à ce que m'ont asseuré force personnes qui les recueilloient et leur faisoient le bien-veniat; encor ne s'y pouvoient-ils asseurer, tant le poux de la peur les battoit. D'autres se sauvèrent en d'autres places, lesquels n'estoient pas plus asseurés les uns que les autres (au diable l'un , qui en a esclatté de regret), mais laissans couler tout doucement la rougeur >.
M. d'Alancon , tout grand qu'il estoit (car les grands ont ce privilège de passer mieux ces fautes que les petits), n'en fit pas ainsy après la battaille de Pavye, que le regret, par semblable faute, gaigna de telle façon qu'il l'em-
mort; dont il en fut fort loué».
Son grand et brave aycul le comte d'Alancon, à la battaille d'Azincourt, estant en la meslée, se poussa si advant qu'il rua un grand coup d'espée sur l'armet du roy d'Angleterre, et du coup luy abattit une grande partie de sa couronne, en criant : «Je suis le comte d'Alancon 1 » Mais il fut incontinent environné des archers du corps du roy anglois Henry, qui, contre la volonté de leur maistre , le mirent a mort. C'estoit un traict, celuy-la, digne de gloire*! Ah l que l'honneur d'un chevallier, d'un capitaine et d'un homme de guerre est précieux3! A quoy doibvent bien regarder nos gens de guerre quand ils sont aux battaille», aux combats et aux rencontres, et aux gardes des places qu'on leur donne, qu'ils ne les combattent opiniastrement, et les deffendent comme ils doibvent, et ne les abandonnent, ou ne les laissent par quelques capitulations bien à propos*.
' Ici le manuscrit 8772, offre un passage raturé de manière a le rendre illisible; mais je puis le restituer à l'aide du manuscrit 120 qui n'était pas destiné au public • Mais laissans couler tout doucement la rougeur de leur honte sur le corps, se sont desputs apeurés et nettoyés leur front de la vergongne qu'ils y aroient et leur faisoit porter bas, qu'ils root maintenant la teste haut levée comme gallant qui portent une plume de coq sur
un bonnet rouge. Semblable* à plusieurs vieilles p
qui ayant estées trouvées et surprises sur le râict , se voillent pour un peu du voile rouge et de verecondie , mais amprèa qu'aucuns courts jours ont passé dessus et rasé quelques marques de mesmoire, les voylâ aller leur teste haut esterée comme si elles n'y eussent jamais touché. (Joe j'en ay veu en ma vie de telle» galantes, et de toute» qualités , ensemble de ces hommes et de toute* qualités aussy , qui ayant faict de telles fautes lourdes et ignominieuses, n'en ont pas faict plus grande contrition ni repentance , ni recherché la tristesse , et prié bien a cenir pour en mourir! Si jeu voulois faire un discours et les nommer particulièrement , le livre seroit par trop
Un* »
1 La rature du manuscrit 8772 est illisible, mais le manuscrit 1 20 nous vient en aide , et on lit en marge , de la main même de Brantôme : Ce prince fust esté plus bonooré s'il euw faict de mesme que fit son grand et brave ayeul, le comte d'Alancon , a la baitaiile d'Aiincourt, qui, estant en la meslée, etc.
* Les manuscrits 8772 et 120 ajoutent : «Ce n'estoit point se desguiser ny cacher sou nom , comme d'autres qui le font. >
* Les mêmes manuscrits ajoutent :• Car si la moinare tache de poltronnerie tombe sur luy, il ne s'en peut jamais laver que par ces traicts de mort que je viens de dire.»
4 Les deux manuscrits cités plus haut ajoutent : • Dont Il me souvient qu'aux seconds troubles , ce feu roy Charles envoya un capitaine dans une place, que je ne nommeray point de peur de descouvrir le moumont II avoit esté en son temps un grand fandant, un grand bravavcbe en predicament, et surtout un grand renieur de Dieu. On lui donna a garder ceste place; et le pourveut-on d'hommes et de munitions de tout ce qu'il falloir Vient un petit camp voilant des huguenots qui le vint assiéger, il rendit la place dans fauict jours sans gaster ses poudres, ni munitions, ni les jeter dans l'eau ou retraictt, de peur que l'ennemy s'en presvalust ; aius les luy donna toutes sayoes et entières, qui s'en servit très-bien puis après contre nous en un grand siejje qu'ils nous vindrent faire. Qui fut estonné? ce rai le roy, car lorsqu'il partit il luy dit, en reniant Dieu, que quand telle place seroit prise , qu'il se tinst tout asseuré qu'il oyroit dire qu'il estoit mort Ce fut luy qui en sortit sayn et sauf , niai» pourtant qui ne comparut point sitost ; mais laissant apontumer la playe et faire son effeci, jusqu'à ce que, s'estant retiré en sa maison pour prendre un peu d'air et faire emporter dans le vent ce bruit qui s'en estoit nia de son desportement, il vînt A la
ed'Uia, qui commandoit à l'ar- | qu'estant en telle perfection il s'en retourna en à La Rocbelle, lequel mourut de ] son pays, où estant se mit à tirer des armes et
faire des assauts contre un chascun , qu'il em-
Le
mée de mer
-.ristesse pour avoir veu de ses yeux entrer :esle barque chargée de poudre qui fut la perte pour noua de ceste ville, car ils n'en avoient plus; et loutesfois ledict vicomte n'y avoit nul tort ny faute, car il n'y a si prévoyant qui n'y fust esté trompé. J'en feray ailleurs le conte et de la valleur de cedict vicomte.
Venons des grands aux petits exemples, comme fit à Rome , il y a bien trente ans, un brave et très-bon tireur d'armes qu'on appelloit Bartholomée d'Urbin,en un traict qu'il fit, dont j'arrivay à Rome pour la seconde rois un au après, qui me fut raconté, et lequel est encor aujourd'huy en vulgaire aux vieux, qui les y voudra interroger. Ce Barlholotnée d'Urbin dooeques fut en son temps, en Italie et à Rome, un très-bon tireur d'armes, et si bon qu'il emporta la vogue par dessus tous les autres d'Italie. 11 vint à si bien apprendre et rendre si bon maistre un jeune gentilhomme milannots,
cowr au bout de six mob. qu'on se donna la garde qu'on le vist paroislre dan!» le Lourre a la cour, faire une cenlaine de pas sa des arecques un de set amys , courtisan, et ayant a «a suite cinq ou six de ses capitaines malotrus ci associés en la garde de ces le ploce, atteudant que le ■ oy sorlist de sa chambre; à qui il alla faire la révérence. Son maistre luy donna la petite accolade légère eu pat- Mal , el puis le gallanl fil bonne mine, comme m jamais n'en fusl esté nouvelle. Et estions lors cinq ou ril courtisans ensemble, qui en visâtes le passe-temps et en diurnes noslre mot. Luy faisoit bonne mine , mais non si fterc que le passé , ny ue jurait pas tant Dieu. Aussy du despuis il s'esvaoouit de ia cour où ses poudres estotent mieux esventees qu'au pays et en sa maison : et la il acheva ses jours gaillardement, sans souvenance de la taule passée. C'estoil luy qui disoil advaut cela souvent, et luy ay veu dire : que s'il avoit faict autant de service à Dieu comme il avoit faict au roy \ qu'il serait au paradis; vtium visu de luy usant de ces mots scanda leui. Et Dieu sçait quels services tels quels el legiers, a mode de capitaines voilant, ils! que j'en ferois une douzaine de pareils contes de cestuy-cy ! Mais ceMuy-cy fera pour tous , el fera Unis les autres passer pour bardot* et faire dire au monde qu'ils n'ont rhabillé leurs fautes, comme menai re d'Alançua , ny M. d'Aussua, ny le vicomte d Du qui oommaiidoit a l'armée de mer à La Rocbelle, lequel, etc....
Dans le manuscrit 8772, toutes ces ratures, qui intéressaient l'honneur militaire, étaient corantetwiieat illisibles. Le manuscrit 120 met eu état de combler ces lacunes.
• Shskspeare, daas sa Iroffédic d'Henry VIII , a de magnlfltnict vers sur celle pensée qu'il met dans la diiul Wotscy au montent de u disgrâce .
porta le prix, et nul plus n'osa tirer contre luy; adjoustant à ce qu'il avoit appris quelque chose de plus de luy par son esprit gentil et continuel exercice et expériences qu'il faisoit tous les jours; dont il en prit une telle présomption et outre-cuydance , que, ne se contentant de se battre contre l'un et contre l'autre et emporter l'honneur, H projecte (lant il est glorieux) de se battre et tirer contre son maistre; et pour ce, part de Milan un an après , et s'en va à Rome; et arriva si .1 propos un jour que l'on faisoit assauts et jeux de prix fort solemnels a l'escole de son maistre, où tout le monde est receu. Il se propose de tirer contre son maistre, qui le prend au mol ; et tous deux, ayans faict trois assauts , la fortune fut si grande pour le disciple, qu'il donne au maistre deux estocquades franches, dont de despit il rompt son espée , la jette contre terre, se maugrée, déteste ciel et terre , conçoit en soy opiuion de ne plus vivre, songe quelle mort se doibt donner. Puis , comme forcené et hors de sens, on le voit de sang froid, mais pourtant tout colère et transporté , prendre sa cappe , et sortir de sa maison , plusieurs de ses cscolliers le suivant loing , gronder et murmurer qu'il n'estoit désormais plus digne de porter armes, veu que son disciple l'avoit battu, nyde plus vivre puisqu'il esloil deshonnoré ; et, quelque consolation quon luy donnast, sans faire semblant de rien , et ses escolliers et amis qui estoient auprès de luy n'y prenant garde, en prononçant ces dernières parolles, qui furent: a Non, je ne veux plus vivre, adieu.» Il se précipite du haut du pool de Sixte en bas du Tybrc; et le vit-on misérablement noyer. Quelle humeur, quelle resolution et quel courage d'homme ! Ce traict ne tient pas du chrestien : car il ne nous est permis de partir de la garnison de ceslc vie sans le congé du grand capitaine, qui est nostre souverain Dieu; et pour ce ne debvons louer sa mort : mais le courage et l'aame généreuse sont dignes de toutes louanges.
Nous avons veu en noslre France quasy un pareil traict du capitaine llautefort, gentilhomme de Perigord, dont je parleray encor
M. D'AUSSUN.
ailleurs, frcre du feu Hautefort, qui mourut à Pantoise en ces dernières guerres. Ce capitaine Hautefbrt doncques,au voyage d'Allemaigne, vint à avoir une querelle contre un gentilhomme nommé Perelongue , Gascon , et vindrent a mettre ta main à l'espée , dans le quartier de la compaignie de M. le connestable, où ledict Hautefbrt l'cstoit ailé chercher; qui estoit par trop de préemption lors d aller chercher son ennemy en son quartier; mais il y eut quelques honnestes gentilshommes qui les séparèrent. Toutesfois le malheur rut si grand pour ledict Hautefbrt, fust ou d'autres qui le séparèrent, ou de son ennemy, qu'il fut un peu blessé, le moins du monde, en une main, et avecques cela fallut qu'il se retirast soudain. Il le fit appeller par le capitaine Bourdeille , mon frère , parce qu'ils estoient grands cousins, grands amis et grands confédérés dès le Picdmont, d'où ils estoient les rodomonts. M. le connestable le sceut , qui, sur la vie, fit faire deffenec à l'un et à l'autre de ne se battre; et le fit , tant pour une règle de guerre que parce qu'il soustenoit Pcrclongue, qui esloil son gendarme, ou qu'il ne le croyoit si bon tireur d'armes que Hautefbrt, ny si adroict comme on disoit, ainsy qu'il en avoit faict preuve en lîscossc , comme je l'ay conté en un coing de ce livre. Le capitaine Haulefort , pour sa blessure et pour la deffence faietc, voyant que sur le coup il ne pouvoit avoir raison de son homme , il prend en soy un tel desdaing , il ronge en son cœur et en son amc un tel despit et chagrin, que, quasy transporté de son bou sons, se desmet de ses beaux habilleuiens (car il alloit tousjours brave), et prend ceux d'un de ses moindres valets, et , ny plus ny moius que nous lisons de Rolland le Furieux , lorsqu'il devint tel , qu'il fuit les compaignics, hante les champs, vagabonde parmy les bois; et quand ses amis luy pensoient remonslrcr ce qu'il faisoit , et l'appclloient capitaine Uautcforl : «Qui, moy? respondoit-il , je a ne suis point le capilaiue Haulefort ; je suis «le plus grand maraut de ceste armée. I.c ca- «pitaine Hautefort n'a jamais esté sans ses «armes: à ceste heure vous ne m'en voyez
a raison.» Ces verrues luy durèrent quelques jours, jusqu'à ce que le temps ayant faict son debvoir à les faire à demy passer, un jour le capitaine Bourdeille , son grand amy, vint à luy, qui les luy fit passer toutes, luy remonstrant (à mode que la belle Bradamante se vit remonstrer à son bon esprit lorsqu'elle se voulut tuer pour l'amour de son Roger) qu'il valtoit mieux qu'ils allassent tous deux attaquer une belle escarmouche devant Yvoy, où ils estoient, et se monslrer à son roy en brave estât de luy faire service, et y recevoir ou une belle playe ou une mort honnorable, que de faire ceste vie fantasque en attendant le jour de sa raison. Il creut mou frère. Tous deux montèrent à cheval , vont attaquer leur escarmouche, se battent et se meslent ; dont Hautefbrt fut tué et mon frère blessé , et son cheval tué entre ses jambes. Il se retira tellement quellement, avecquesun grand regret d'avoir perdu son bou cousin et compaignon d'armes. J'ouys faire après ce conte à mondât frcre au retour de ce voyage, qui s'estoil faict porter en lictiere à Paris pour une autre grande harquebusade qu'il avoit receue en la ville de Cimay dans une espnule, dont il cuyda mourir. J'cstois lors fort petit au collège, et retins fort bien ce conte; et l'ay ouy confirmer despuis à plusieurs autres gentilshommes et capitaines. Voylà de terribles humeurs de personnes, lesquelles on ne sçauroit tant blasmer qu'on ne loue d'advantage leurs cœurs généreux et nobles ames, pour ne vouloir consentir ny souffrir en elles nulles taches salles de leur honneur : ce sont des coups de bastellcurs que tout le monde ne fait pas.
En ce discours j'ay ouy faire une demande et dispute, â sçavoir mon : s'il est permis de punir des polirons qui ont fuy des baltailles et combats et rendu des places par peur et poltronnerie ; dont j'en ay veu discourir a des plus grands théologiens , qui disoient que , s'il faut regarder a Dieu, ils n'estoient nullement punissables: pour quant au monde, ils s'en rapportoient i ce qu'il en pourrait dire ; « car, disoient-ils , «Dieu ne tient-il pas les cœurs des hommes en « sa main , auxquels il met et imprime la vail- «plus(car il les avoit jeltées) pour me croire «lance,lecouragcetlapeurcommeitluyplaist? «indigne de jamais n'en porter, puisqu'un tel , « Pourquoy veut-on doneques faire un homme c impareil â moy, m'a blessé et n'en puis avoir < plus vaillant que Dieu ne l'a faict ? Ou que si
a Dieu l'a faict vaillant de sa nature et naissance, «bien souvent, pour ses forfaicts et fautes , luy «oste te cœur et ceste hardiesse ; si que cela s'est aveu assez ordinairement , que les plus vailalans hommes du monde , et qui avoient très- «bieu faict, estre abandonnés de Dieu, telle
« des hommes, mais non pas pour avoir failly a eu vaillance et vouloir contraindre un homme «à estre plus vaillant qu'il n'est; car Dieu ne «dit pas tu seras vaillant. Cela sent son a Turc et barbare, qui envoyent leurs soldats «et gens à la guerre à coups de baston. Cest
«ment que, saisys d'une peur, pechoientet fail- ! «donc mal faict de les traicter aiusy ; la façon
«en est deffendue de Dieu , et la punition. Bien
«est-il vrayque si un gênerai ou un autre chef
«d'armée , un capitaine ou un soldat, commet
«une trahison à son prince, il est punissable,
«car il manque de sa foy, il use de perfidie , il
«fauce son serment, met en proye et au cous-
«teau son prince, sa province et ses gens : c'est
a un acte tres-meschant; Dieu l'abhorre , et or-
« donne aux hommes la vangeance et la punition
«très-rigoureuse.»
Tant d'autres raisons ay-je veu alléguer
d'autres fois à ces théologiens, sur lesubject de
quelqu'un que jay veu une fois en telle peyne,
a loienten uneextresme poltronnerie (ainsy que a j'en ay veu et allégué des exemples) : et en «cela sont les miracles et voloutés de Dieu de oies punir ainsy, car aucuus y en a-il aussy qui «sont si presumptueux de leurs vaillances et «de leurs bras, qu'ils leur attribuent toute la «gloire, et non à Dieu. Ainsy, par telle ma- «niere, Dieu les punit : en quoy telles gens se «doibvent tousjours bien recommander à Dieu, «qu'il leur veuille maintenir tousjours ce don « de vaillance ; et trouve-on qu'il n'y a gens au « monde qui se doibvent tant recommander à « Dieu et le prier que les gens de guerre , au
«moius ceux qui ont atteint quelque grade et j dont je me passeray pour ce coup d'en mettre «perfections; car il n'y a honneur au monde par escrit d'avantage. « qui soit tant subject à se casser et moins à se I Pour quant au monde , certainement ils sont « remettre que le leur. D'avantage , si l'on veut ' punissables , car il ne faut qu'un poltron , ou «bien prendre au pied la saincte Escrilure, il deux, ou trois, en une battaille, qui du pre- «està présumer que Dieu n'ayme pas tant les micr choc de la charge prendront respouvante; « vaillans et hardys que l'on diroit bien , puis- et se mettant à fuyr cryeront que tout est perdu , «qu'ils ne sont destinés et proffès que pour les autres s'enfuyront : voylà une desroutte «tirer sang et tuer; ce qu'il abhorre fort, et que grande et une battaille perdue. Si les grands «luymesme a voulu et dicl quand on te chefs ou aucuns chefs particuliers et capitaines « toucliera à une joue, pare l'autre, pour en en font de mesmes , encor pis , car chascun suit «avoir de mes/nes. L'homme vaillant ne seau- son chef et capitaine, comme on l'a veu en «roit faire ce traict, et son amc tiardye ne le plusieurs battaillcs de nostre temps ; et ceste «sçauroit permettre, ouy bien la poltronne et «peureuse. Aussy Dieu , en tels effects et expe- « allions de guerre, prévoyant les grandes «cruautés cl meurtres qui se fairoient, retire la «bride par la peur aux irop grandes vaillances, «afin qu'elles ne facent leur exécution cruelle. «Tant d'autres secrets de Dieu y a-il que nous « ne sçavons pas , par lesquels nous voyons à « plusieurs faire des poltronneries ; et , pour ce, «c'est à luy de disposer des hommes, de leurs «corps et de leurs amcs,et de les punir à sa «mode et selon son vouloir, et non au vouloir «des hommes. D'avantage, ce n'est point un «commandement de Dieu ny de son église que «de commander la vaillance en l'homme, «comme d'autres biens et vertus, auxquels, si « l'on pèche , ils sont punissables et de Dieu et
battaille perdue, possible tout le royaume ou tout Testât du prince pour qui elle se jouoit , perdu. De mesmes en est-il de ceux qui ont les places en garde et les villes d importance , quand ils les rendent par poltronnerie et par peur, d'autant qu'il ne faut qu'une place bieu sousienue pour soustenir tout l'effort d'un grand empereur ou roy, et l'envoyer à ncani . comme fit M. de Guyse celuy de l'empereur Charles devant Metz ; que s'il fust esté pris , la France eust eu beaucoup à souffrir. Tant d'autres et infinies raisons allèguent les grands sur les punitions, que je n'aurois jamais dict.
C'est pourquoy le grand roy François fit punir et desgrader des armes le capitaine Franget. qui rendit si mal à propres Fontarabie