M. D'AUSSI N
après que M. du Lude l'eut si bien et si longtemps conservée et dcffendue.
Le roy Henry fit aussy punir M. de Vcrvin pour Boulloogne. Fut pourtant après sa mort donné un arrest pour son innocence; cependant il en patit, à tort ou à droict, cela s'est disputé long-temps : aussy le capitaine Sallignac pour le Gastellet; mais cestuy n'endura que la prison et la bonté, et se sauva pour un peu de Faveur de M. lecounestable(ce disoit-on alors ). M. le mareschal de Strozze , amprès sa routie, fit trancher la teste au seigneur Alto, comte, pour avoir rendu, et mal à propos, sans coup frapper, au marquis de Marignan , la ville de Lusignano en Toscane, de pusillanimité et faute de cœur. Il fit aussy pendre le guydon de la compaignie de la Mirande, pour avoir le premier tourné le dos le jour de la battaille, et avoir esté la première et principalle cause de la perte de ceste misérable journée , parce qu'il esloit le premier à la teste et première poincte de la battaille, et tournant teste en arrière, fut cause que toute la cavallerie se desbanda , dont s'ensuivit la totalle perle de la battaille , car elle combattit très-mal et fuit fort, pour practiquer là le proverbe italien, un bel morir lutta la vila onora
Nostre roy Henry dernier troisiesme , par la sollicitation de la reyue sa mère , fit constituer prisonnier le sieur de Sainctc-Souline , pour avoir manqué au secours de son gênerai, M. de Strozze , à Saincl-Michel et a LaTerciere, et son procès s'en alloit faict , et en danger de mort , sans la faveur de ses amys , par lesquels il se purgea. J'ay ouy conter à M. l'admirai le grand que s'il eust tenu sur la chaude colle celuy 1 qui rendit le chasteau de Luzignan aui troisiesmes troubles par une simple sommation, la plus forte place de France, qu'il luy eust faict trancher la teste; lequel j'ay veu despuis faire aussy bonne mine que s'il l'eust tenue un an entier : disant mondict sieur l'admirai qu'il le falloit traicter ainsy pour servir d'exemple à ceux qui, ne pouvans estre induicts par l'honneur à bien faire, qu'ils le fussent par la contraincle du supplice, ou du deshonneur, ou du desgrademeut des armes.
» Une belle mort illitttre loule la v r. » Le manuscrit 8772 nomme celui qui rendil le i !i.\teau de Lutiijnan Mironbcn.
Aussy dict-on qu'il n'y a vaillance et resolution plus grande que d'un poltron, quand on luy a une fois mise et bien avant enfoncée dans l'ame, ainsy que j'en ay veu deux ou trois en ma vie, lesquels estoienl si poltrons, qu'ils aymoient mieux recevoir et endurer toute injure et deshonneur, que venir au combat contre leurs enoemys; mais, à force de crier après eux et de leur mettre le cœur dans le ventre , se résolurent si bien qu'ils firent rage et vainquirent leurs ennemys , ny plus ny moins que l'on voit un canon ou une harquebuse, quand sa charge est bien battue et pressée de sa baguette, fait plus grand effort et faussée que quand elle est par trop gaye. Il y a plusieurs de telscomplextionnés, qui de leur naturel ne sont pas trop hardys ny vaillaos i faire bien, mais veulent estre mastinnés , poussés , menacés et contraincts, et après ont le diable dans le corps.
Il n'y a pourtant que les prouesses et actions qui procèdent de l'honneur naturel. Voylà pourquoy je loue fort ces Egyptiens qui , ayant esté preschés et enivrés sur l'immortalité et béatitude de l'ame par leur philosophe, en furent si ravys et curieux de sentir l'effect, le plaisir et la joye, que la plus grand part d'eux (pauvres fats qu'ils estoient !) se tuoient pour en venir là; si bien que le pays s'en alloit quasy despeuplé, sans pouvoir trouver remède de les en empescher, jusqu'à ce qu'on allast faire une loy et ordonnance : que quiconque se tuerait ainsy, aussy tost serait après sa mort pendu ignomigneusement, et servirait de spectacle vilain au peuple par telle penderie; dont ils se désistèrent : et ce que toutes les menaces et deffences n'avoient sceu faire, l'appréhension de l'honneur taché et vilipendé le fit.
Les Espagnols, si bons roaislres de la guerre, font bien punir aussy les leurs qui font de ces poltronneries; comme fit le duc d'Albc, et Alvaro de Sando, qui fit pendre les principaux chefs quiavoient rendu au mareschal deBrissac Mont-Calvo mal à propos, et en Flandres aucuns des principaux du terze de Sardaigne. qui furent cause de la rautte du comte d'Aramberguc. Tant d'autres exemples y a-il. Je ne parle point des Turcs, car s'ils faillent, ils sont cousiumiers à perdre aussy tost la teste, voire la porter I eux-mesmes au grand seigneur pour la leur ! faire voiler.
M. DE MONTLUC
Or c'est assez s'est re égaré dans le grand chemin; j'y retourne et le bats et le trace comme devant. Je parlera y un peu de M. de Montluc, eucor que son livre qu'il a composé l'exalte assez , en racontant tant de beaux actes qu'il a faiiis en son temps , et que ce soit chose superflue que d'en escrire d'avantage; mai» pourtant . d'autant que j'ay veu plusieurs grands capitaines le blasmer de quoy il se loue si fort qu'un dirait que c'est luy qui a tout faict aux guerres où il s'est trouvé, et les autres rien, jusqu'à dire qu'il n'est pas possible qu'il en ait tant faict, je dis qu'il se peut faire qu'il se soit si bien acquitté de tout, ou en partye, de ce qu'il dit, car il estoit un Gascon, brave, vaillant et bouillant ; et qui est de cesle humeur, il ne peut estre autrement qu'il ne fasse tousjours bien, s'il ne meurt à my-chemin. Sur quoy j'ai legueray le tesmoignage de M. de Guyse le grand, sur un conte que je vays faire de luy, que j'ouys, et y estois présent.
Aux premières guerres civilles, MM. deCaumont, quatre frères, estoieul de la relligion et à couvert, sans porter autrement les armes, comme aucuns faisoient de mesmes, et les appelluit-on huguenots réalistes ; d'autres les ap|>elloicnt poltronnesques, et qu'on regardoit de mauvais œil plustost que les meneurs de mains et qui faisoient les factions; tant la vaillance a en soy de vertu de se faire aymer de soy-mesme ! Ces quatre frères doneques favorisoieut fort les huguenots et les retiraient en leurs maisons , d'où sorloient tousjours quelques insolences. Desquelles M. de Montluc impatient, les visita, comme il en parle en son livre. Sur quoy M. de Caumoot l'aisné vint à la cour pour s'en plaindre au roy et à la reyne, et le peindre pour le plus grand larron , volleur et massacreur qu'il en fust point ; et en demandoit laraisou, laquelle Leurs Majestés rcmettoient tousjours de jour à autre, jusqu'à ce que M. de Guysc, après la battailie de Dreux, vint à Blois pour baiser les mains au roy, où Sa Majesté se rendit aussy. Un jour entre autres, ainsyqueM. de Guyse eutdisné publicquement en sa table degrand maistre. a vecques force vieux
j capitaines, grands et autres gentilshommes, [ voicy M. de Caumont qui luy vint dire qu'il luy , Touloit dire un mot s'il luy plaisoit. M. de " Guyse, se doublant de quelque chose, se leva et luy dit, si c'estoit quelque chose qu'il voulust , que tout le monde le sceust, ou de secret. L'aui ire luy respondit qu'il ne s'en soucyoit pas que tout le monde le sceust et l'ouyst : et pour ce, M. de Guyse approchant de la fenestre de la • salle, il dit àceux qui csloienl là presens: « Approchez vous, messieurs; » et puis près la fort librement l aodience à M. de Caumont. Il commença à luy demander raison comme lieutenant , de roy, et à déchiffrer M. de Montluc comme il voulut, et de plusieurs sortes d'ainjures , et mesmes de ses voiler ies, rançoonemens , pilleries , meurtres et cruautés. Il y eut M. de Charry qui ne se peut tenir, et dit : ■ Monsieur, je suis aicy pour maintenir M. de Montluc, et comme «la maison de Caumont, passant par deux fois a devant avecques mon régiment, m'a faict tirer «sept ou huit mousquetades, et m'ont tué et a blessé de mes gens. «AinsyqueM. de Caumont luy voulut res pondre, M. de Guyse soudain dit à Charry : n Taisez-vous, Charry, je sçay comment «prendre la paroi le d'un homme de bien et «serviteur du roy, comme Montluc, en son ab- «sence. Poursuivez, monsieur de Caumont ;d qui, après avoir allégué force calumuies contre ledit sieur de Montluc et demandé raison de luy, se teut. A qui M. de Guyse respondit seulement :« Monsieur de Caumont, je m'es- « tonne comment vous demandez raison d'une «chose dont vos desportemens vous jugent «et condamnent, lesquels le roy et moy avons «bien sceu; et toute la raison en cela que «le roy vous pourrait faire, ce serait vous don- « ncr la punition que vous désirez tirer de Monter lue, si vous estiez creu. Je m'estonne de mesmes a comment vous osez dire tant de mal de luy, a qui est un très-bon serviteur du roy, comme « il a tousjours monstré , et qui, de plus, est un «des bons et braves capitaines de son royaume, a et qui a faict couler plus de sang en servant « tous les roys ses maistres que vous et vos trois a frères n'avez faict de gouttes ; car un chascun «sçait, et l'a-on veu, que vostre espée, que « vous avez là (en la luy monstrant du doigt\ tel celles de vos frères , n'ont jamais saigné « homme ; et loute la différence qu'il y a entre