‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 232 sur 361 · LE BARON DFS ADRETS · texte numérisé non relu

LE BARON DFS ADRETS

aMonlluc et vous autres, est qu'il mérite beau- ] Hautefort, avecques force autres capitaines ses «coup et vous autres peu, et que vous autres | compaignons, <]ui suivuient M. de Guyse. Ledict «estes plus riches de bien que luy, et luy plus i Hautefort soudain mit la main à l'espéc, et luy

« riche d'honneur. Par quoy vous devriez avoir «honte d'avoir mis en avant toutes ces calumu nies contre luy que venez de dire; et pour ce,

donna un grand coup sur la teste, et sur ce mesme subjeel dont il avoit parlé que ses maisons n'avoient point faict la guerre; et Haute-

• une autre fois, corrigez-vous en. » Et la dessus j fort disoit que si, comme Charry l'a voit dict, et

M. de Guyse brise et s'en va trouver la règne. Il pntendoit par les trois frères de M. deCaumont, M. l'abbé de Clerat, qui despuis la mort de son frerc quitta la robbe longue et prit l'cspée, et espousa madame la maieschalle de Sainct-André , qui pourtant estoit un fort honnesic gentilhomme; l'autre estoit le seigneur de Feuillet, marié avecques madame de Brisambourg en Xainctonge,hnnnesle gentilhomme aussy : et le

quart, M. de La Force, qui espousa madame de M. de Monifuc en prenant si bien la paroi le

qu'on luy avoit tiré et blessé de ses gens en y passant auprès. M. de Caumool dit après qu'il avoit esté blessé par supercherie, et Icdicl Hautefort le nya; dont, et pour le coup ot pour les parolles , en sortit si grande querelle qu'enfin Hautefort tua Caumont dans sa maison, par l'intelligence et menée du capitaine La Pezie, très-vaillant soldat et déterminé Pcrigordin. Voylà le bon office que M. de Gu\se fil à

ta Force en secondes nopees, vefvede feu M. de La Chastaigneraye mon oncle, csgal en biens à mondict oncle, mais inesgal certes en vaillance, courage et beaux faicts, cm or qu'il fust bien mettable gentilhomme. Il fut tué au massacre de Paris, et son filsaisné avecques lui, dont madame de l'Archant leur demy sœur, fut iniquement cl injustement accusée, et cestuy-cy qui vit aujourd'huy, laissé pour mort près de luy : nuis il se sauva dans l'arseuae chez M. le maresehal

pour luy. Aussy l'aymoit-il fort ; mais il le ti noit trop bizarre et incompatible, el qu'il ne le f'alloil guieres hanter qui le vouloit aymer «iisuitil;, comme je luy ay ony dire. Il servit pourtant très-bien le roy en ses premières gu- n és civilles : aussy y gagna il très-bien la piere d'argent: et hiy, qui auparadvant n'a\oi' pas grandes finances , se trouva â la fin de In guerre avoir dans ses coffres cent nulle escus. Doui pour ce ne voulut avoir la lotallc exterminai i m

deBiron : et fust esté grand dommage, car il est des huguenots disoil-on , d'autant qu'il lem«n

un honneste gentilhomme et bien advnncc en i ceste maxime : qu'il ne faltoil jamais abat ire du

grades près de son roy, tout huguenot qu'il est. ! tout ou desraciner un arbre qui produisit:! de

Ons'estonna fort des parolles que mondict I beaux et bons fruicts. Il fui fort cruel aussy en

sieur de Guyse proffera ce coup là audict : cestcgucrrc.ctdisoit-nnqu'aTenvy ils faisoietu

sieur de Caumont , car c'estoit le seigne.:r du à qui le seroit le plus, luy ou le baron des Adret*,

monde le moins injurieux et offençant ; et luy \ qui . de son costé huguenot l'estoil bien fori a

l'cndroict des catholiques; et dNoil-on qu'il y apprenoit ses enfansa eslrc tels et se baigner dans le sang; dont l'aisné.qui despuis fui catholique, nes'espargna pas à la&ûncl-Bariheleiiiy, et un autre jeune qui fut page du roy. L'aisné mourut au siège de La Rochelle, en contrition du grand sang qu'il avoit respandu.

mesme le dit bien le soir après, et qu'il avoit aînsy parlé en despit de luy et contre son naturel ; mais il lui fasehoit fort d'ouyr ainsy parler et detraeter d'un si homme de bien que M. de Moniluc, et pour ce coup varia de son naturel. D'autres s'estonnerent aussy de M. de Caumont , que, nonobstant que M. de Guyse l'eust ainsy accommodé, montant à cheval dès l'heure mesme pour aller devant Orléans l'assiéger, M. de Caumont l'alla conduire une lieue loing, et , en prenant congé de luy, l'asscura qu'il luy estoit serviteur; el M. de Guyse l'en remercia bien honnesteme î . ci s'offrit à luy, et qu'il estoit à son comm unie» mU. Et en s'en Aucuns alors faisoient comparaison dudiet tournant a Blois, un quart de lieue api es avoir M. de Moniluc et M. des Adrets, tons deux trèslaissé M. de Guyse, il rencontra le capitaine braves et vaillaus, tous deux forl bizarres , tous

Lfc BAKON DfcS A OR RTS.

deux fort cruels, tous deux compaignons de Piedmont , tous deux fort bons capitaines ; car, si peu que le baron fit la guerre pour la religion , il fit de très-beaux ci bons exploicts de guerre soubs luy : il fit trembler le Lyonuois, le Forest, Vivarets, l'Auvergne, le Dauphiné, le Languedoc, la Provance un peu, bref ce pays de par de là ; et le craignoil-on plus que la (empeste qui passe par de grands champs de bled , jusques là que dans Rome on appréhenda qu'il armast sur mer, qu'il la vinst visiter, tant sa renommée, sa fortune et sa cruauté volloient par-tout. Et ne fit jamais si mal pour sa réputation, que, puisqu'il s'estoil misencesle dance, bonne ou mauvaise, qu'il ne la continuas! jusqu'au bout, sans changer de party et se révolter à l'autre; dont mal luy en prit; car, ainsy qu'il y branloit et qu'il fut descouvert, il fut pris prisonnier par MM. de Montbrun, de Mou vans, de Sainct-Auban et autres siens compaignons, qui pourtant tous luy obeyssoient et dcfFeroient paradvant pour sa suffisance : et là fut la diffinition de sa réputation, car despuis il ne fit jamais si bien pour le party catholique comme pour le party huguenot. Voyez comme la fortune porte faveur à aucuns subjects plus qu'aux autres! Il surpassa en cruauté M. de Mont lue, quand ce ne serait que celle qu'il exerça à la (our de Montbrison : ayant pris dedans cent ou six vingts tant soldats qu'autres par composition et sur sa foy, il les fit amprès tous précipiter du haut en bas et acravaoter. Cela est escrit. Ils s'excusoient tous deux qu'il falloit eslr« un peu cruel, et que la guerre le permettent ainsy. Si ce baron eust faict pour le roy comme pour les huguenots, il fusl esté mareschal de France , comme je l'ay ouy dire à la reyne, aussy bien que M. de Mootluc, lequel, par ses grands services qu'il a voit faict à la France et à ses roys, le fut à Lyon lorsque le roy tourna de Poulongne, qui, voulant tendre à la guerre et point à la paix , envoya le mareschal de Ray s en son gouvernement de Provance jKHir y faire la guerre et ayder à M. d'Uzaiz pour la faire en Languedoc M. le mareschal de Bellegarde, nouvellement faict , aussy fut envoyé à Livron en Dauphiné. Tous deux n'y firent grand brouet. Le marest liai de Muniluc en Guyenne, sur la valeur duquel le roy se fiant, et sur ses beaux faicls du

WS CAPITAINES FRANÇOIS.

passé, creut qu'en un rien il aurait exterminé les huguenots de par de là, comme de faict il a voit promis d'y faire tout ce qu'il pourrait de rage, et pis que jamais. Le cœur estoit bien encor entier et vigoureux en ce bon vieillard; mais ce bon bras et ceste belle force de jadis y failloit du tout : si bien que le roy luy ayant envoyé douze cens reislres et le régiment de M. de Bussy, qui montoil à deux mille hommes, et très-bons, il s'excusa de les prendre ny de faire la guerre, pour sa vieillesse, indisposition et aage caduc; et le vis quand il le manda au roy et à la reyne, et enchargea M. de Bourdeille mon frère, qui, en pensant faire quelque bon service au roy, le régiment de M. de Bussy se révolta soubs main, par la menée de son maistre de camp Bussy, mal content qu'on l'avoit failly de tuer à la cour, et qui voyoit Monsieur n'attendre que l'heure de partir de la cour pour prendre les armes. Et pour une nuict ce régiment avoil complolté de couper la gorge à tous les reistres et les piller. Et tout cecy conduisoit Sainct-Seval, grand favory de M. de Bussy, despuis tué à Anvers, un très-di^ne et très-habiile homme de guerre; mais, par le moyen du sergent major, dit le capitaine Paye, borgne, le tout fut descouvert à mon frère, lequel le révéla aux reistres, maistres et capitaines principaux, qui, despités, voulurent mettre tout ce régiment en pièces ainsy qu'il marchoit : mais mon frère ne le voulut point et l'en destourna. Et, pour les contenter et obvier à tout, il prit des principaux capitaines autheurs de l'entreprise, comme le capitaine Vintamille, le capitaine Maigret, le capitaine La Coste et quatre ou cinq autres, et les donna prisonniers à M. de Montpensier, à qui le roy a voit commande de luy mener toutes les forces; car Monsieur estoit desjà sorty de Paris, et estoit en campagne armé. Toutesfois ils n'eurent point de mal, si-non les prisons de Poictiers, qu'ils gardèrent un mois; et moy je suppliay la reyne de les en délivrer, par la prière de mon frère, qui ne leur demandoit rien pour son interest, si-non pn:r celuydu roy. Les autres capitaines et soldats, après avoir remercié mon frère de la vie, se desbanderent , qui deçà qui delà , dont aucuns allèrent trouver leur maistre de camp, et d'autres non; car il y en a voit qui n'estoient nullement de consente, ains bons

M. DE MONTLUC

partisans du roy. Voylâ pourquoy mondict frère fut fort loué de n'avoir voulu ainsy desfaire et mettre en pièces totalement ce régiment , lequel fut donné à M. de Lancosne, brave gentilhomme, auquel M. de Bussy portant despit et envie, luy fit la guerre, et un jour le surprit et luy desfit quelques gens , parmy lesquels se trouva le capitaine Page; et fut pris et mené à M. de Bussy, qui , le voyant , après ravoir appelle cent fois traistre et infidclle, luy voullut donner de l'espée dans le corps; mais il en fut empèse hé par quelques capitaines des siens, et par ledict capitaine Page mesme, qui le pria de luy donner la vie, au nom de la personne du monde qu'il aymoit le plus. Bussy, frappé au cœur de ce mol : «Va donques, dit-il, chercher « par tout le monde la plus belle princesse et «dame de l'univers, et te jette a ses pieds , et la «remercie, et dis luy que Bussy t'a sauvé la « vie pour l'amour d'elle. » Tout cela fut faict.

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