‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 233 sur 361 · ENCOR DE M. DE MONTLUC · texte numérisé non relu

ENCOR DE M. DE MONTLUC

J'ay faict ceste disgression pour monslrer comme M. de Montluc, s'excusant sur son indisposition , remit toutes les forces entre autres mains, et oneques puis ne se mesla de guerre, et puis mourut au bout de deux ans , aagé de quatre-vingts ans et en aussy bon sens qu'il eut jamais. Il fut en l'aage de soixante-onze ans blessé d'une harquebusade au nez , ainsy que luy-mesme alloit à l'assaut à Rabaslain, faisant du jeune en cela comme lorsqu'il n'avoit que vingt ans. Quel cœur généreux qui ne se rendit jamais! Je luy ay ouy dire que s'il n'eusl eu ceste blessure, qui estoit grande, il eust pensé estre invincible jusqu'à cent ans; mais elle l'avoit bien miné et fort gasté sa santé; et le disoit à M. de Guyse au siège de La Rochelle un soir, dont j'en feray ce conte, car il est plaisant.

C'esloil donques le soir et la nuict que nous commançasraes à baslir le fort Sainct-Martin, qu'on nommoit Sainct-Martin à cause que le capitaine Sainct-Martin Brichanteau le gardoit avecques quatre compaignies qu'il avoit à luy. Ainsy donques qu'on y travailloit, se présenta un soldat gascon sur le rempart, qu'on vit un peu

à la lueur de la lune, qui commança à causer en son gascon , et demander s'il n'y avoit point

| là quelqu'un de son pays à qui il peust parler.

j Tous les princes et seigneurs, pensans que l'ennemy sortist pour empescher la besoigne , et qu'on y mènerait les mains , l'on avoil commandé expressément que nul parlasl ny respondist. Toutesfois ce compaignon. pour parler et demander incessamment , importuna tant, que moy, estant près de M. de Guyse, je luy dis qu'il fist parler le Bernet , gentil soldat parmy nos bandes , qui n'estoit eneor capitaine, et qui sçavoit bien parler et rendrait bien le change à l'autre , et que ce serait autant de plaisir. Ils commancerent donc s'entre-saluer et s'entre-parler à qui mieux mieux ; car celuy de la ville parloit très-bien et tousjours son gascon; lequel, de prime abord, après quelques menus propos, luy alla demander ce que nous bastissions là , si ce n'estoit point la tour de Babel. Du despuis en après , nous prismes, au moins aucuns , mauvais augure sur ce mot de nostre siège, et qu'il irait en confusion , et ne fairions rien qui vaille, pour se confondre en trop divers advis et factions; et allegasmes souvent le dire praphetiq de ce soldat, qui, poussé par je ne sçay quel destin ou instinct, le profera. En après il demanda quels seigneurs et princes il y avoit là , et si M. de Montluc y estoit; l'autre luy respondit que ouy. Soudain il répliqua : «Et lou naz de Rabaslain, comment « va ? » L'autre luy respondit que bien , et qu'il estoit encor assez gaillard pour faire la guerre à tous les huguenots, comme il avoit faict. « Ah ! dit l'autre, tousjours en son gascon , nous «ne le craignons guieres plus en son tourc de «naz; b car le bon homme en portoit tousjours un, comme une damoiselle, quand il estoit aux champs, de peur du froid et du vent qu'il ne l'endommageast davantage. J'eslois près de luy quand l'autre parla ainsy , et dit à M. de Guyse que ce coup luy avoit bien porté du dom> mage , et luy fit le conte de sa blessure de et siège de Rabastain, et que sans ce coup il estrillcroit les huguenots aussy bien que jamais. Puis l'autre continuant ses propos, il va louer fort M. de Guyse , qui , après avoir tué son ennemy M. l'admirai, s'estoit contenté, et puis s'estoit monstré fort humain envers aucun» huguenots à la Saincl-Barlhdemy et en avoit

sauvé plusieurs. Il loua de mesmes fort aussy M. de Longueville; et en entrant plus advant en raisons, il va représenter les changemens du monde et de la fortune , en disant : «Il n'y a arien que nous avions le roy Navarre, ares il «est pour vous autres; nous avons eu le prince «deCondé, arcs il est pour vous autres; et, qui «plus est, nous avons eu la car raque, ares elle «est pour vous autres. Quel revers de fortune! » Et disoit cela si naifvement en son gascon, que, si je le pouvnis bien mettre parescril par bonne ortographe, comme je le parlerais, il fairoit bon l'ouyr. Oste carraque estoit une uauf vénitienne, la plus belle el la plus grande qui s est peu veoir, car clic estoit de douie à treize cens tonneaux , avecques cela très-bonue voyliere. lie t-apitaine Sore, Normand, Tu n des bons hommes de mer et des capitaines pensionnaires de M. l'admirai qui fut de ce temps, voyre qui a esté despuis, la prit, l'ayant trouvée qu'Hic avoit passé le destroict deGibartal,el lirait vers la coste d'Angleterre. Elle estoit plus armée en marebandise qu'en guerre; et fut menée à La Rochelle et en Brouage; qui ayda fort aux huguenots puis amprès à la prendre, pour avoir mis siir la hune, qui estoit très-ample et large, quelque pièce qui endommageoit fort ceux qui deffcndoienl la bresche. Elle lut par amprès toute desarmée et laissée là dans le port, qu'on trouva fort à propos pour boucher l'entrée du porl de La Rochelle, où estant remorquée par les ga Itères, fut là eschouée el mise à demy fond , et chargée de quelques pieces d'artillerie qui eudommageoienl fort l'entrée dudict port; et nous servit beaucoup contre ceux qui vouloient entrer dedans , fors deux fois, que deux barques conduises par le capitaine Arnault, bon marinier, entrèrent chargées de poudre bien à propos, et au prof (ici des Rochelots, car ils esloirnt au tapis pour les poudres. Voylà la comparaison ridicullc que faisoit ce soldat gascon de ceste carraque avecques ces grands princes, qu'autres ne trouvèrent bonne et s'en offenecrent, d'autres en rirent. Ainsy finit le parlement de ces deux soldats, qui dura long-temps et donna grand plaisir à toute l'assistance qui estoit là; et tousjours s'entre envoyoient quelques harquebusades, en se disant l'un à l'autre qu'il n'en fa Doit point avoir de peur, car il n'y avoit point de

balles, et que c'estoit salve de plaisir ; mais il y en avoit de bonnes et qui sifflotent fort bien a l'entour de nos oreilles. Je sçay qu'il y a plusieurs qui diront que je fais beaucoup de petits fats contes dont je m'en passerais bien; ouy bien pour aucuns, mais uon pour moy. me contentant de m'en renouveler la souvenance et en tirer autant de plaisir.

Pour retourner encor à M. de Montluc, il servit fort bien à ce siège, car il estoit un fort digne homme de siège, pour en avoir veu beaucoup en son temps , dont il n'en pouvoit oublier les façons; mais pourtant, après prou de peine, la ville ne fut prise; je diray en son lieu pourquoy. Ce bon homme fut fort heureux en liguée et très - malheureux à la garder.

Il eut Marc Anlhoine son fils aisoé, brave et vaillant jeune homme, qui mourut à Passant d'Ostie près Home ; il avoit esté nourry page de madame de Guyse, despuis madame dr Nemours, laquelle j'ay veu se glorifier de si belle nourriture.

Le second fut le capitaine Perot, très- vaillant aussy, courageux et ambitieux; il fut tué à Madère, isle rit: Portugal; l'ayant pris par force et assau: , el voulant forcer le chastcau, il receut une grande harquebusade dont il mourut, et fut là enterré : cl les François qui cstoicni là s'en retournèrent ; dont ils furent fort blasmés d'avoir laissé là le corps, el de quoy ils ne remportèrent avecques eux ; car après qu'ils furent partys les Portugois le desen terrèrent et luy tirent force vilainies et oprobres , à celuy, dis -je, qu'ils n'osoient auparadvant arregarder au visage. Les François s'amusèrent un peu Irop à faire leur butin et pillage (ce disoit on), et adviser à leur prompt retour, sans songer à la conservation de l'honneur du corps mort de leur gênerai. J est ois à la cour lors, venu de frais du secours de Malte , quand les nouvelles y arrivèrent : beaucoup en blasèrent plusieurs capitaines françois , en quoy ils ne firent pas de mesmes comme firent ces braves capitaines et soldats espaignols qui emportèrent le corps de leur M. de Bourbon avecques eux, quand Us se retirèrent de Rome, et très-officieusement, par une grand pieté, le mirent dans Gayelie en toute seureté, comme j'ay dict cy devant. Si ce capitaine Perot cusl

M. DE MOINTLUC.

vescu, il etist faict de grandes entreprises et prises sur l'Espaignol et Portugois, car il y avoit de grands desseins. 11 m'en conta aucuns lorsque je m'en allois en Espaigne , et le trou- Tay à Bayonnc en passant ; il faisoit construire deux fort beaux navires. On me parla fort de luy, et l'attend oit -on en Espaigne et Portugal en bonne dévotion, s'il y fust allé lors, pour luy donner la touche. Mais il tarda son voyage près d'un an ; car, qui veut dresser tels voyages il faut qu'il soit bien fondé de moyens ou appuyé de quelques grands ; autrement il ne tient pas long-temps, comme je pense, et n'eust faict cestuy-là. Je sçay bien ce que je luy en dis à mon retour d'Espaigne et Portugal , et ce qu'on disoit de luy. M. le vicomte d'Orte y esloit présent, qui nous donna à soupper à tous deux , l'ayant encor trouvé là , par fortune , qui avoit passé il y avoit sept mois. Pour fin , ce fut un très-grand dommage de cest homme là, car, quoyqirïl en fust, son brave courage le poussoit à attenter beaucoup. 11 laissa un fils fort jeune , lequel n'a rien dégénéré en valeur au pere; il l'a tousjours bien monstré par-tout où il s'est trouvé, despuis que fort jeune il a commancé à porter les armes , et pour sa fin en ce siège d'Ardrcs , on , après avoir faict plus qu'un Casar en une saillye qu'il fît sur l'Espaignol , desfaictdeux ou trois corps de garde, nettoyé une grand part des tranchés, cl traisné quelques pièces dans le fossé , fut emporté d une canonnade, au moins ses deux cuisses; et mourut en telle opinion , qu'un chascun a dict despuis : que, luy vivant, la place ne pouvoit estre prise, comme despuis elle a esté fort aysement. Grande gloire pour luy, qui luy demeure eiigravée sur sa sépulture!

le tiers fils de M. de Montluc fut le chevallier de Montluc , fort gentil , le plus beau et le plus adroict de tous et en tous exercices, darocret , et avecques cela très-brave et vaillant comme ses frères. M. le grand maistre l'estimoit fort : lorsque nous en partismes , il demanda son congé à mondict sieur le grand maistre, qu'il luy donna mal aysement, parce qu'il n'a voit encor servy et faict son temps ; mais il le dispensa , et luy dit, lorsqu'il prit congé de luy : «Allez, fa ides mes rcconiman- « dations à M. de Montluc vostre pere, et «quand vous serez en vostre pays, arrestez moy

c une cinquantaine de gentils cadets gascons, «jeunes et délibérés comme vous, afin que, e quand je vous manderay, me les amenez. > Voylà la bonne opinion qu'avoit ce grand [ maistre de luy. Il ne fil jamais guieres bien son I proffict despuis que M. de Montluc luy eut oslé l'espée pour le faire evesque et tenir l'evesché de Condom, qu'il ne vouloit pas perdre, mais la mettre entre bonnes mains comme les siennes, car elle valoit beaucoup. Il la tint quelque temps, ayant pourtant tousjours son cœur plus au monde qu'à l'office de Dieu , et puis mourut de maladye.

Le qualriesme et plus jeune fils fut Fabien , dit M. de Montesquiou. M. de Montluc son pere luy donna le nom de Fabien, pour l'amour de feu mon oncle de La Chasiaignera yc , qui esloit son parrin , et parce qu'ils s'entr'aymoient fort. M. de Montluc porta impatiemment sa mort, et changea de nom à son fils qui s'appelloil François, et luy bailla nom de Fabien du nom de son parrin mon oncle; d'autant, disoit-il, qu'estant une fois de là les Monts, il avoit veu et cognu un jeune gentilhomme italien qui se nom mou Fabien, et avoit vangé la mort d'un sien parrin tué par un autre; et par ce, par bizarrerie et opinion, il cuydoit que son fils, portant le nom de Fabien, luy servirait de bon augure , et vangeroit la mort de son parrin M. de La Chastaigneraye. Mais rien de tout cela ne s'ensuivit , car, pendant que l'enfant croissoit, le temps, pere d'oubliance, emporta au vent l'amitié et la souvenance de mon oncle; et se rendit grand amy de M. de Jarnac. Quclqoesfois il n'est pas bon de tant promettre. Ce Fabien fut , comme ses frères, un très-brave et vaillant gentilhomme; il l'a monstré en force endroicts signalés. Il fut, comme le pere, fort blessé à l'assaut de Rabastain d'une grande harquebusade, à la bouche, dont il en cuyda mourir; mais il s'en guent, avecques un peu de difformité à la bouche, laquelle pourtant se passa; et s'en remit à sa première beauté, car il esloit beau et agréable : et, quelques années après, estant encor renouvelléc la guerre des huguenots , il fut tué , dont ce fut grand dommage. 11 laissa de luy deux honnestes, gentils et braves enfans; l'un dict le seigneur de Montesquiou, ei l'autre dict le seigneur de Pompignan , tous

deux très-braves et vaillans dégénérons nullement à leur brave et valeu reuse race : grand dommage du seigneur de Pompignan, qui, accompaignant en Hongrie ce brave M. de Nevers, y mourut de maladie; mort peu digne de sa valeur, qui l'appelloit à une plus honnorable : telle est oit sa destinée; qu'y feroit-on?

Voylà la lignée illustre du pauvre M. de Mont lue, laquelle il a veu devant soy toute mourir avant sa mort, qui Fut une grande dessolation pour luy, avoir si bien engendré ses enfans, nourris , eslevés , poussés et agrandis, et tous se perdre au plus beau de leur aage et fortune.

Il eut deux frères, l'un, M. de Lyoux et qu'on appelloit le jeune Mont lue, qui Fut aussy un brave gentilhomme et fort habille. Mais qui Ta esté plus que les deux frères , ç'a esté M. l'evesque de Valence , fin , deslié , trinquât , rompu et corrompu, autant pour son sçavoir que pour sa pralicque. Il avoil esté de sa première profession jacobin, et la feue reyne de Navarre Margueritte , qui aymoît les gens scavans et spirituels, le cognoissant tel, le deffrocqua et le mena avecques elle à la cour, le fit cognotslre, le poussa , luy ayda, le fît employer en plusieurs ambassades; car je pense qu'il n'y a guieres pays en l'Europe où il n'ayt esté ambassadeur et en négociation, ou grande ou petite, jusques en Gonslantinople, qui fut son premier advancement, et à Venise, en Poulonj;ne, Angleterre, Escosse et autres lieux. On le tenoit luthérien au commancement , et puis calviniste, contre sa profession episcopalle; mais il s'y comporta modestement par bonne mine et beau semblant : la reyne de Navarre le deffrocqua pour l'amour de cela. Ce n'a pas esté le premier qu'elle a deffrocqué, tes moing son dernier prédicateur, qui estant jacobin, on l'appelloit frère Girard, après juaistre Girard , et puis elle le fit evesque d'Olleron. De ces temps il y eut quelques evesques d'une voilée soupçonnés sentir un peu mal de la catbolicque; M. de Montluc, evesque de Vallance; l'evesque de Uzays,de la maison de Saioct-Gelais, tous deux gentilshommes; M. de Marillac, evesque de Vienne; M. l'evesque de Bayonne , Lymosin , de la maison du Fraizet, noble, long-temps ambassadeur

ne I en Allemaigne; et puis l'evesque d'Olleron, maistre Girard 1 ; tous scavans et grands personnages en tout pourtant.

Or, c'est assez parlé de toute ceste race bonne des Mont lues; si feray-je, avant finir, ceste disgression sur luy ; et diray comme je discourois un jour avecques un grand capitaine de par le monde, et prince , du livre de M. de Montluc, lequel m'en dit de grandes louantes, tant de sa vaillance que de sa suffisance et de ses beaux effects de guerre , le me disant pourtant par trop vantard, bien qu'il eust faict plusieurs fautes en ses factions, dont il m'en remarqua deux fort grandes qu'il fit au siège de Sienne : l'une, de quoy il s'y opiniastra jusqu'à à l'extrémité , que luy ny les siens n'en pouvoient plus, et que certainement c'estoit un acte d'un très-vaillant et généreux simple capitaine et soldat, mais non d'un gênerai ny d'un guerrier consideratif et politiq ; car, puisque le roy luy avoit mandé expressément, par M. de Li ChappelledesUrsins,d'adviserbienà ne reduina l'extrémité sa ville, ny au dernier morceau, ny à la discrétion de ses ennemys et perte de l'honneur et la réputation du roy (comme luy-mesmc confesse avoir failly en cela), il y dcbvoit autre ment adviser qu'il ne fil; car si M. le marquis ci le duc de Florence fussent estes aussy cruels et sanglans comme ils furent gracieux et courtois, ou qu'il eust eu affaire à de grands capitaines qu'on a veu sévères, rigoureux et poinctilleui. comme M. de Lautreq et d'autres , ou bien an pape Jules, vers lequel les Sicnnois ayant envoyé pour leur capitulation, ils en eurent fort mauvaise responce, leur reprochant leur obstination , et qu'ils se retirassent au duc de Fleu renée et luy baillassent la carte blanche ; en quoy ne faut doubler que, s'il ne fust mort deux jours après , M. de Montluc et tous W> Siennois esloient vendangés ou bien fricassée, quoy qu'il avoil résolu de donner la battaiile dans la ville. Cela est bon , si le marquis n'cu.M sceu ses nécessités, famine et pauvretés, et les eust voulu emporter cl assaillir de force ; mais, les sçachanl perdus et à la veille de la faim et de la mort , il n 'avoit garde de combattre des

1 II oublie ici lr« deux plut connus , Jacques évêque defovere, décapité à Genève, et raeciol; évéque de Troye», qui * protestant.

M. DE MONTLUC

gens désespérés qu'il tenoit la t*orde au col et à sa miséricorde : voylà pourquoy il ne debvoit se mettre ny luy ny ses gens si au bas , et eust mieux faict et acquis plus d'honneur advant que combattre la faim ; cependant qu'il estoit en force et en vigueur, il debvoit capituler ou entre ouvrir quelque parler d'accord, et voyr la composition qu'on luy eust présenté, ou bonne ou mauvaise, et selon cela l'accepter, ou du tout jouer à la desesperade, faire une furieuse sortie sur Pconcmy, selon l'opinion de plusieurs grands anciens capitaines et modernes : qu'il vaut beaucoup mieux de s'advancer et tenter fortune où elle peut favoriser , que de ne la tenter point, et voyr devant ses yeux sa destruction loute apparente et certaine. C'estoit ce que debvoit faire M. de Montluc, ainsy que fit en ce mc«mc temps le capitaine Bernardin, Corse, lequel , estant assiégé par André Dorie dansSainct-Florent, en Corse, a vecques d'autres, tant François qu'Italiens, el ayans tenus jusqu'à la totale extrémité de faim et toute nécessité , vindrent à composition avecques ledict prince Dorie, qui leur promit toute bonne guerre de bagues et vies sauves , fors au capitaine Bernardin , qu'il vouloit résolument avoir pour en faire à son plaisir. Ce que voyant, désespéré de sa vie, il se résolut, avecques une trentaine de ses meilleurs el résolus soldats, de sortir les armes en main , et de se sauver ou mourir bravement ; ce qu'il fil ; car , ayant combattu et forcé trois corps de garde l'un après l'autre , et tué force ennemys , ils eschapperent, bien sanglans pourtant et couverts de force playes; et se sauvèrent la plus part où estoit M. de Termes, lieutenant de roy, qui ne peut assez admirer la valleur et le courage de ces gens de bien. Ainsy debvoit faire M. de Montluc, ce me dtsoit ce grand prince, ou du tout sans venir à ce dernier poinct de la nécessité ou de la miséricorde ; car lorsqu'on rcspiroit bien encor bravement, il est à présumer que luy et les Siennois en eussent obtenu plus advantageuse capitulation, par octroy de quelque espèce de leur liberté et de leurs privilèges, ainsy que moy-mesme je l'ay ouy ainsy dire dans Sienne à plusieurs honnestes seigneurs et dames de la ville; et aussy que la loy de la guerre le porte ainsy , de donner plustost miséricorde et faire grâce par pitié aux perdus

et abbatus, qu'à ceux q-ii sont debout cl ont encor les armes «n main. Certainement, si M. de Montluc fust esté asseuré de quelques secours, ou du roy ou de M. de Strozze, cela alloit bien, eteeste opiniastreté eust porté grand coup , et eust esté très-utile et honnorable : mais en estant désespéré, il falloit se contenter de la raison, et se résoudre à une utile composition, lorsqu'elle estoit à bon marché ; ce qui eust mieux mis à son ayse et en liberté teste lionnes! e republique.

Nous lisons que ce grand capitaine Marius, lorsqu'il fut envoyé contre les Teutons et Ambrons, au lieu de les combattre de prime abord, il se retint coy, contre son naturel pourtant , et temporisa , endura force bravades et injures de ses ennemys, et force parolles picquantes des siens propres, pourquoy il ne les menoil pas au combat. « Tout beau , leur dit-il ; nous ne «sommes pas icy pour gaigner des triumplies, «des victoires et des gloires particulières, mais a pour sauver la république romaine et toute «l'Italie; à quoy faut plus ad viser qu'à vos « dires et généreux courages ; lorsqu'il faudra «donner nous donnerons. » M. de Montluc de mesmes ne debvoit tantadviser à sa gloire particulière, qui fut grande certes, comme à sauver la republique de Sienne par une plus utile et commode capitulation que celle qui se Ht par amprès, plus par pitié qu'autrement, et mesmes après avoir rendu de si beaux combats et faict de si belles escarmouches et soustenu force grands assauts, et principalement celuy du fort de Camolia, où les ennemys furent si bien frottés , cl y ayans perdu deux fois plus de gens que nous. C'estoit alors qu'il falloit parler d'accord, et, les armes braves en la main, capituler ; si que l'ennemy, possible , en fust esté aussy ayse d'y entendre que de s'amuser plus au siège , sans plus tenter fortune ny les hasards à si mauvais marché; et alors ce fust esté le coup de la bonne capitulation. Et ce fut ce que M. le mareschal de Tavanes conseilla à Monsieur, frère du roy, après la battaille de Montcontour, comme j'ay dict ailleurs : «Nous les avons bien frottés, dit-il, à l'heure a faites la paix.»

Mais M. de Montluc ne se voulut contenter de la raison; ains voulut retenter fortune , tant il estoit avide d'ambition et de gloire; ainsy

qu'il y a eu et a tous les jours de grands capitaines qui ayroent mieux un pouce d'honneur pour eux qu'une coudée de bien et de gloire pour autruy : bien contraires à Catulus, collègue et compaignon de Marius en ceste guerre des Cymbrcs, lesquels, ayans passé les Alpes et s'estans raonstrés aux Romains, grands, hauts, effroyables et horribles, ils en curent si gran.l peur sur le passage de la rivière de Ude, qu'ils mirent on fuilte et quittèrent le camp d'effroy, rnaugré luy; si que, voyant un tel desordre, il alla prendre l'enseigne de l'aigle d'entre les mains de celuy qui la portoit, et luy-mcsme marcha devant, la portant, afin que la honte de ceste rclraicte ou Fuilte tombast toute sur luy, non pas sur son pays , et qu'il scuiblast que les Romains suivissent leur capitaine et ne fuissent pas. Il repara puis après ceste honte , car il gaigna la ballaillc et les desfii , où il eut bonne part de la gloire et victoire avecques Marius, voire meilleure.

Il n'y a plus aujourd'huy de ces capitaines qui voudroicut rougir et recevoir un tel affront pour le gênerai. Ceux aussy qui ont cognu M. de Montluc, brave et vaillant, et cupide d'honneur, voudroicut bien jurer avecques moy qu'il eust mieux aymé crever de cent mille morts que faire ce traict , cl eust pluslost choisy de jouer le personnage d'au ires braves capitaines romains qui ont osté les enseignes aux fuyards et les ont portées au milieu du plus fort de la mcslée et du combat. Il y en a eu , cl s'en trouve tous les jours une infinité de simples et grands capitaines qui ont choisy ei choisissent plustost ce parly que celuy de Galulus.

Je vous laisse doneques à penser si M. de Montluc eut toutes ces considérations à se desfaire de son honneur pour eu garnir autruy. En tout pourtant il y a du médium ; car on peut faire et l'un et l'autre. En quoy s'esloonoit ce prince, de quoy le roy Henry ne luy en fît une réprimande , ou bien M. le counestable quand il le vit ; car c'estoil un grand capitaine qui considérait et pesoit bien toutes choses; et mesmes qu'il ne faut jamais attendre le dernier coup de la fortune adverse , ny de la prospère non plus; car gare le revirc-marion. Car il falloit, comme j'ay dict, jouer à la desesperade, sortir et mourir les armes en la main (possible qu'on en eust tué d'eux autant queux des

SDS CAPITAINES FRANÇOIS.

nostres), ou bien capituler de bonne heure.

Venons à la seconde faute , qui est de n'avoir voulu faire la capitulation de la ville , et l'avoir laissé faire à messieurs les Siennois; et s'esloonoit ce prince de son humeur bizarre, scrupule et cérémonie qu'il voulut observer en cela ; car il faisoit tort à son roy et a luy qui le representoit , et se devestoit de sa charge pour en veslir messieurs de Sienne; cl mesmes qu'estans subjecls du roy, puisqu'ils s'esloient donnés à luy, et les aymoit cl les lenoit pour tels, il les faisoit parler et taire le roy; il les faisoit com- I poser, et luy son gênerai demeuroit muet ; il les rendoil supérieurs, cl luy inférieur à eux; bref, il leur rendoil l'honneur qui luy appartenoit. Et ne fut sans cause que le roy Henry, lorsqu'il luy discourait ceste capitulation, luy [ dit qu'il s'estonnoil que le marquis ne l'avoil \ desfaict a la sortie , inférant par là que .ses subjects ne pouvoyenl parler ne composer pour luy, son lieutenant présent, comme le sceut Iresbien dire M. le marquis en faisant ceste capituj lation, que ny M. de Montluc ny ses gens n'es- ; toient point aux Siennois, mais au roy, et ! n'avoient nul pouvoir de capituler pour eux. Mais M. de Montluc , tout ambitieux de son honneur particulier, respondit qu'il aymoit mieux que les Siennois capitulassent pour luy, et que le nom de Montluc ne s'en trouverait jamais en capitulation. A quoy M. le marquis j sceut très-bien respondre qu'il avoil bien rendu i en son temps deux forteresses, avecques la raison; que pour cela il n'en avoil esté repris de l'empereur, ny moins estimé, et ne laissoit se servir de luy en d'honnorables charges.

Mais quoy! il fatloit que ce coup là M. de j Montluc se gouvernasl parcaprice, et se laissas! aller à l'ambition et à son honneur; en quoy il n'observa pas ce qu'il sceut reprocher à M. de ■ Terride après sou desastre d'Ortcz , comme ver- . rez dans son livre , le redarguant d'une vaine gloire, que luy, foible, battu et presque desfaict, : se lenoil sur le haut bout, et encor à l'endroict I de celuy qui estoil pour luy sauver la vie et I l'honneur. Possible , si M. de Montluc fusl esté I aussy rompu en matière d'cslat et praliq comme il fut despuis , il n'eust pas tant bravé M. Je marquis comme il fit.

Une autre raison qu'il allégua au roy Henry pour n'avoir capitulé au corn du roy, fut que

M. DE MONTLUC

cela luy scrvoit beaucoup à ses prétentions qu'il pou voit tousjours avoir pour recouvrer encor Sienne. Ceste raison est fort foible; car, pour avoir perdu Naplcs et Milan , qu'il allègue , et autres places, soit par force, par capitulation cl traie lé de paix, comme le Piedmont , Savoyc , ou autres accident , comme la comté de Roasillon et Nice, pour cela les droicts et prétentions que nos roys y ont dessus 11e se perdent; cl sont tousjours sur leurs pieds de les attraper quand il* voudront , en quelque façon que ce soil : car les plus belles prétentions et plus grands droicts que les roys et ces hauts princes souverains ont, sans tant poincliller sur la justice ny sur l'honneur , consistent sur la poincte de leurs espées ; et qui a la meilleure il gaigne la moitié de la partie, voire toute bien souvent ; et, comme disoit le bon duc Philippes de Bourgoignc, les royaumes appartiennent de droict a ceux qui les peuvent avoir par force d'armes ou autrement : à quoy sont fort sobjects les Gaulois ou François, selon Tite Live, qui dit qu'ils portent leurs droicts sur la pointe de leurs espées.

Ceste raison donques, alléguée de M. de Montluc, pour cela n'esloil valide, non plus que celle de sa vaine gloire et obstentation; car et combien y a-il eu de bons , braves et grands capitaines qui ont rendu des places par capitulation bien à propos? sont-ils estés pour cela deshonnorés le moins du monde? ainsy que firent, du temps de nos pères et de nous, M. de l'Escun pour Crémone, M. de Vendcnesse pour Comc , messieurs de La Palice et Montpeiat pour Foussan , le comte Sancerre pour Sainct- Disier, M. de Montmorency pour Thcrouanc, le segnor Piclro Colomno pour Garignan , César de Naples pour Vulpian. Tant d autres que je laisse, pour la briefveté, ont- ils perdu pour cela Tbonneur? Faisoirot-ils capituler les habita os des pitre»? C'csloient eux qui , en leur nom et celuy de leurs matstres qu'ils representoient , faisoient le tout comme la raison vouloit ; ce fust esté autrement une vraye mocquerie et une grand honte , car c'esloil proprement contrefaire ceux qui portent des moumons, lesquels n'osent parler et font parler d'autres.

Certainement , si M. de Mont lue et ses gens ne fussent esté au roy, à ses gages ny à sa paye , et que les Siennois les y eussent appellés et sol-

doyés, ou qued'eux-raesraes fussent allés à eux comme gens volontaires et mercenaires, comme il en advint a ceux de La Rochelle en leur siège et autres lieux que je nommerois bien , H estoit très-raisonnable que les Siennois parlassent et capitulassent pour eux ; mais là où le nom du roy sonne et s'escoule,il faut, sans aucune considération, que Sa Majesté aille devant, et qu'elle seule se face ouyr, mesmes parmy une si belle république que celle de Sienne , et qu'il fiist dict par grand honneur que ce fost esté le roy qui l'eust préservée , par son nom et sa capitulation, d'une totalle ruyne,à laquelle l'extrémité du siège l'avoil reduict , non pas Sienne eust sauvé les gens du roy ny son lieutenant, n'estant raison, comme j'ai dict, que les subjects parlassent pour le roy, et le fissent passer par leurs loix , voulontés et capitulations ; ce qui despuis a porté coup, car j'ay veu dans Sienne aucuns et aucunes de la ville se prévaloir de ceste gloire et en faire trophée. Par telle capitulation, et à perpétuité, cela se dira et s«c lira, à la honte des François, comme j'ay dict cy devant.

Une autre chose que je trouve fort mauvaise, et en laquelle trouva fort 4 dire ce prince, de quoy M. de Monlluc larda si long-temps à chasser tant de bouches inutiles à l'extrémité, et que du commanceinent il ne les chassast , tant pour avoir mangé leurs vivres inutilement, qui eussent beaucoup servy, que pour les avoir jettes à la boucherie, à la faim, aux coups, aux forcemens de femmes et de filles; car si du commancement il l'eust faict, avant que l'ennemy eust serré la ville à l'eslroict, toutes ces bouclies s'en fussent allées au loing, et eussent cherché et pris party sans aucun danger : et en telles choses, certes, il y a de la conscience et de Tire de Dieu.

Feu M. de Gnyse, à son noble siège de Metz , ne fit pas ainsy, car du premier commancement il y si bon ordre qu'il n'y resta que les bouches utiles. Ce brave prince estoit en tout consideratif , et faisoit bien parois! re qu'il craignoit Dieu, qui le favorisa possible plus pour ce subject que pour autre; car et quelle plus grande pitié pouvoit-on voir, que ces pauvres créatures ainsy exposées à toutes sortes de misères, comme le livre le dit, et que le roy Henry déplora fort ? Messieurs de ta Rochelle en leur siège n'en chassèrent aucunes, bien

qu'ils fussent près par de là de pain : aussy Dieu les assista, comme la an s'en ensuivit, jusque* là que beaucoup de pauvres gens, et hommes et femmes , qu'on n'eust jamais pensé, mirent la main à l'œuvre et aux armes , et leur servirent beaucoup , comme j'en parle ailleurs.

Pour les lansquenets, de mesmes il les falloit chasser dès l'abord , car il voyoit bien que ce «ont gens mutins quand ils vieunent à la disette du pain et du vin, et qu'ils sont meilleurs pour la plaine que pour un siège, comme j'en parle ailleurs, qui peurent faire un grand desordre en la ville si l'on n'y eust remédié à leurs despens , car il en mourut beaucoup.

Certes , pour eicuser M. de Montluc, ne faut point doubler que, si du commancement il eust eu loisir de mettre ordre à tout cela , il l'eust fcict, tant il estoit prévoyant et pratiq capitaine; mais il ne fut pas quasy arrivé dans Sienne , que le voylà assiégé : si qu'il n'eut le temps de respirer ny mettre ordre, non pas seulement d'adviser aux vivres, mais plustostà la guerre. D'advantage sa grande maladie, qui luy dura long-temps, le deslourna de toutes considérations. Encor fit-il tout ce qu'il peut , et plus que ses forces n'y bastoient , ny que jamais fit Martin à dancer, comme l'on dit.

D'une autre chose s'estonna bien fort ce prince, dequoy M. de de Strozzene fisc souvent des courses, ne donnasl desallarmes, des camisades, et enlevast des logis, enfonçastdes tranchées au camp du marquis , mesmes sur le déclin du siège ; dont il en eust eu bon marché, car il estoit fort harassé et ne bastoit que d'une asle, comme on dit, tant pour la longueur du siege , de la fatigue , du froid , des longues veilles et corvées de combats, jusqu'à la fin; car bien souvent les munitions failloieni à venir, ou bien fort tard : si bien que M. de Strozze, s'il les eust souvent visités , esveillés d allai mes, de camisades , de forcement de tranchées et enlèvement de logis , ayans estes ainsy combattus par le devant des Strozziens , et de ceux de la ville par le derrière, ils eussent bien songé en eux autrement qu'ils ne firent, et la capitulation possible s'en fust-elle ensuivye meilleure pour les pauv re* Siennois; et principallemcni que ledict sieur Slrozze estoit si près d'eux à Montalsin, et ayant encor assez de jollyes forces,

<ÏDS CAPITAINES FRANÇOIS.

non pour donner battaille, mais para ftazer arremetidas*, comme dit l'Espagnol, el fatiguer et impoituoer Tennemy, à le mettre fort bas ; car, pour la cavallerie , il estoit aussy fort , ainsy que M. de Montluc le dit. Le marquis n'avoit que cinquante chevaux légers, quasy mourans de faim et hors des fourrages; M. de Strozze avoit la belle compaignie de M. de Sipiere, conduicte par ce brave Scrillat , et encor avoit quelque autre cavallerie italienne, qui eust fort endommagé l'ennemy : mais rien de tout cela; si que l'on eust dict que vers Montalsin il y avoit suspension d'armes. Dont j'en ay veu fort se mescontenter despuis les Siennois dans Sienne, comme rirent ceux de Luzi&nan en leur siège de M. de La Noue et des huguenots du dehors , qui ne les assistèrent jamais par aydes et moyens tels que je viens de dire : j'en parle ailleurs.

Ne faut doubler que d'un costé et d'antre n'y ait eu force raisons pour eicuser celles de M. de Slrozze : M. de Montluc les dit au roy. Celles de M. de La Noue, il les a dict très-pertinentes à plusieurs , et mesmes à moy ; car, de faute de courage et de valleur, il en avoit prou et à revendre.

Je vis au siège de I^a Rochelle l'heure el le jour que, s'ils fussent venus cinq cens chevaux et cinq cens bons harquebusiers, mesmes *ur le déclin , ils eussent bien eslonné le monde.

Or, pour fin de ce discours , M. de Montluc a esté un très-grand, brave et bon capitaine de son temps : et il le faisoit beau ouyr parler et discourir des armes el de la guerre , ainsy que j'en ay faici l'expérience, moy ayant esté sur la fin de ses jours un de ses grands gouverneurs, et mesmes au siège de La Rochelle, et à Lyon, lorsqu'il fut faict marescbal de France. J'eslois fort souvent avecques luy et m'aymoit fort, et prenoit grand plaisir quand je le mettois en propos et eu train, et luy faisois quelques demandes de guerre ou autres choses; car je ne suis jamais esté si jeune que je n'aye tousjours esté fort curieux d'apprendre; et luy, me voyant en ceste volonté, il me respondoit de bon cœur et en beaux termes, car il avoit une fort belle eloquance militaire, et m'en estimoit davantage. Dieu ait son ame! Notez surccsie

1 i'our faire de» attaque».

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