‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 234 sur 361 · M. LE MARESCHAL DE BRISSAC · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL DE BRISSAC

fin de discours crac ce grand prince allégué n'en

a tant dict qu à moy.

M. LE MARESCUAL DE B1Ê.

M. de Montluc , en un recoing de ses Mémoires, parlant de la guerre de Boulongne et comté d'Oye, parle en bonne façon de M. le mareschal du Bié, et mesmes lorsque, voyant une fois sa cavallerie faire mal et abandonner l'infanterie, il mit pied à terre, tout mareschal qu'il estoit, et avecques une picque au poing se met à la teste pour l'assister et courir sa fortune. Ce discours est gentiment escrit de M. de Montluc. Ce bon et brave chevallier avoit bien besoing d'un tel escrit et publicment de sa vertu et valeur, car il a esté peu favorisé de ceux qui ont escrit de son temps; je croy que ce fut pour la disgrâce qu'il eut a cause de la redition de Boulongne par son gendre : et disoit-on lors qu'il fust esté luy-mesme en grand peyne, sans qu'on eust esgard à son bonnorable vieillesse et a ses services passés; mais surtout, disoit-on, le roy luy avoit faict grâce, d'autant qu'il avoit esté faict chevallier de sa main, comme le roy son grand pere de celle de M. de Bayard. Ce ne fust pas esté beau au roy si son parrin eust esté traicté de ceste façon; si fut-il condempné à une prison, voire à la mort, disent aucuns. On disok qu'on luy avoit faict tort. Je m'en rapporte & ce qui en est ; mais il avoit esté en son temps un noble chevallier : la succession qu'il receut de M. de bayard en fit quelque preuve, car le roy François , après sa mort, luy donna la moictié de la compaignic de cent hommes d'armes de M. de Bayard. C'est un grand heur et honneur à toute personne, quand elle succède en la place d'un autre tout remply de vertus et valeur. Et ceste compaignie ne fut mal tumbéc à ce seigneur là, car il l'employa bien. Après qu'il fut mort M. de Sansac en eut la moictié. Voylà comme de main en main elle lumba en bons lieux.

M. LEMARESCHAL DE BRISSAC

Il faut que je parle à ceste heure du grand mareschal de Brissac, messire Charles de Cossé. M. le mareschal de Brissac fut noble en tout, de vertu et de race. J'ay ouy dire que ses prédécesseurs estoient du royaume de Naples et vindrent en France, et le bon roy René de Sicille les y mena (autres disent le roy Charles VIII), et les a y ma et favorisa fort; si bien que, de succession en succession , et de pere en fils, sont esté tousjours gouverneurs du chasteau d'Angers, la plus belle forteresse de France , fors despuis ceste guerre de la Ligue, que le comte de Brissac , aujourd'huy mareschal de France, la perdit de la façon qu'on la trouve aux histoires de nostre temps.

Ce grand mareschal dont je veux parler fut nourry et eslevé avecques MM. le Dauphin et d'Orléans , enfans de France, desquels madame de Brissac, une très-sage et vertueuse dame, estoit gouvernante en leur enfance et de Mesdames. Sur tous les deux il fut fort aymé de M. le Dauphin, si bien qu'à venir croistre grand , et Testât de sa maison dressé , il fut son premier gentilhomme de sa chambre, d'autres disent son premier escuyer, qui estoit lors bien plus grand estât et plus i d'huy. La chanson le confirme :

Mon e*ctiyer Brlgtac, Je la voo» recommande.

Cestoit une fille de la cour, belle et bonneste, et de bonne maison, comme j'ay dict ailleurs, que je ne nommeray point, encor qu'il n'y ait point de danger, car il ne l'aymoit qu'en honneur; la chanson le porte ainsy :

Jamaii oc teray blanche: MonwiKneur le dauphin Malade dans m chambre, Sa raye le Ta voir.

Bien Iritte el bien dolente :

•Si Ton* mourez, monsieur ,

Je la vous recommande..

Voylà ce qu'en dit la chanson :

Estant doneques M. le Dauphin mort,cest

escuyer Brissac , ayant avecques grand regret laissé le corps mort de son maistre en son cercueil, part droict vers le camp d'Avignon , résolu de venger la mort de son maisirc sur les ennemysde tout ce qui pourrait tomber à la raercy du tranchant de son cspée, et pardonner à peu , tant qu'il aurait jamais de vie au corps.

Ce malheur luy servit, car possible il se ftist amusé par trop près de son maislre et as a faveur, comme j'ai veu aucuns; si qu'il ne rust jamais esté ce brave capitaine qu'il a esté despuis.

Ce désir doneques de vengeance, avecques son cœur brave et ambitieux, le poussa si bien aux périls de la guerre, les cherchant et recherchant en tant de hasards , que bientost il acquit le renom parmy les François d'un très* brave et vaillant gentilhomme françois; si bien que, guydé aussy de la fortune, il eut beaucoup de belles et honnorables charges les unes après les autres.

Il eutunecompaignie de chevaux -légers , de gens-d'armes, fut couronnel gênerai de la cavallerie légère en France, rut couronnel de l'infanterie françoise devant Parpignan. Il luy arriva certes quelques disgrâces à Vitry, sur la desfaicte, desordre et fuicle de ses chevauxlégers; mais il s'en sceut fort bien desmesler et faire sa re traie te de loup , tournant lousjours visage, ainsy que M. du Bellay le dit en ses Mémoires, lequel il faut plustost croyre en ce faicl que Paulo Jovio, qui en parle en ces propres mots : « Brissac , s'estant d'un ardanl cou- «rage combattu sur la cavallerie de Francisque «d'Est, et ne pouvant soustenir l'impétuosité «de la foule des ennemys, quand le combat in- « continent' fut commancé, se prit à refuyr vers «ses gens, et fut si très-fort pressé, qu'il fut « contrainct de rompre l'ordonnance de ses gcus «de pied par tumultueuse course, sans retenir «la bride à son cheval; par laquelle advanture «tout le bataillon des François fut dissipé en « un moment de temps : que si San-Petro, Corse « ne se fust présenté avecques ses barquebusiers «et n'eust faict teste, Brissac mesme eust esté «acablé au gué de la rivière. » Certes la roulte et le desordre y fut grand, mais non tel que le dit Paulo Jovio, et faut plustost croyre M. du Bellay.

Tant y a , en toutes les charges qu'il a eues il s'en est si bien acquitté qu'on le tint despuis

MDS CAPITAINES FRANÇOIS.

pour un vaillant capitaine; ses mémorables actes en fireut la preuve , lesquels je ne m'arauseray point à esci ire , car on les void assez en nos histoires françoises , et sur-tout dans les Mémoires de M. du Bellay et de M. de Montluc. Il y a eu le sieur de Bcauvein, l'un de ses intimes, qui en a faict un fort beau livre de luy, qui le loue et l'exalte un peu trop, attribuant qu'il a voit tout faict, sans en déférer que peu ou partie a la prise de Cazal faicle par M. de Salvoyson; mais, avecques toutes ses louanges et vertus, il luy fait tort de le rendre si importun à demander ai assyduellement argent au roy, veu que le revenu de Savoye et du Piedmont vaut aujourd'huy plus de seize cens mille eseus, qui estoit assez bastant d'entretenir toutes les compaignies qui estoient en Piedmont , avecques quelque cent mille escus que le roy eust peu envoyer davantage. Ses actes pourtant ont esté tels et si hauts, qu'ils le firent mareschal de France et lieutenant de roy en Piedmont . non sans bonne faveur pourtant que je ne dis pas; et la il s'acheva à se parfaire un très-grand capitaine, et tel qu'on Ta renommé parmy nous et les nations «tranges. Il y garda très-bien et très-sagement ce que son roy luy mit entre ses mains; ce qui est advenu très-rarement à nos capitaines françois en nos conquestes de delà les monts; mais fit bien mieux , car il en alla prendre sur l'autruy et le joignit au nostre, eocor que durant sa charge il y ail eu de grands capitaines de l'empereur, ses lieutenans à Milan et Piedmont , auxquels a bien faict teste , et des meilleurs capitaines particuliers et soldats, caria fleur des impérialistes s'y accourait, comme des nostres s'y accourait aussy.

Les trois grands capitaines furent Ferdinand de Gouzague , le duc d'Albe et le duc de Sessc, sans en compter d'autres. Vertu contre vertu se fait bien plus paroistre. Une les a jamais craints, oy laissé ses entreprises pour eux, et leur a donné beaucoup d'affaires.

Quand la guerre de Parme s'entreprit, don Fernand estoit lors gouverneur de l'estal de Milan. On l'accusoit pour lors que c'estoit loy qui fit l'entreprise sur la mort et la penderie de Pierre Louys Farneze. Ce fut une terrible estrette.

C'estoit un homme qui eotendoit bien les

M. LE MARESCF

ours de passe passe , non de maistre Gonnin , mais de Machiavel. Il fit attrapper les braves soldats que M. de Brissac envoyoit et faisoit couler file à file su coramancemenl de ceste guerre , qui alloît se jetter dans Parme et dans La Mirande, et les fit tous assassiner et jetter dans l'eau ou assommer, selon qu'on les rencontroit , encor que ce fust en bonne paix ; dont il en fut fort blasmé. Touteafois, pour ses raisons il alleguoit qu'il n'est pas permis, soubs litre de bonne paix, faire acte d'hostilité, ençor qu'il soit cacbé et en cachette mené. Il ne le garda guieres sans qu'il luy fust bien tost rendu ; car, estant empesché devant Parme, le roy mande à mondict sieur le mareschal d'ouvrir la guerre à outrance en Piedmont, pour faire desmordre Parme.

Il ne demanda pas mieux, car il luy en voitloit dès la mort de M. le Dauphin , son maistre, de laquelle il estoit fort accusé, comme j'ai dict. Par quoy, aussy tost commandé aussy tost faict, et luy raffle Quiers et Sainct-Damien en un rien; ce qui fit desmordre et sauver Parme; car ledict don Fernand , en ayant esté adverty, et que s'il ne venoit en Piedmont, M. le mareschal le luy prendrait tout, voyre Milan, pour un besoing, comme on dit, il s'en tourna, ayant pourtant laissé devant Parme quelques gens de guerre soubs le marquis de Mus et autres capitaines, tant papistes qu'impériaux, qu'on ne craignit guieres pourtant: et fallut quitter tout: par ainsy Parme fut en repos et seurcté. De ce qui se fît a m près entre M. de Brissac et don Fernand , j'en remets les curieux au livre de M. de Montluc et autres.

Tant y a que l'autre n'emporta rien sur M. de Brissac, mais luy beaucoup sur l'autre, tant la fortune luy fut heureuse de bien garder le sien et d'en prendre encor sur l'autruy, ainsi qu'il fil quand il prit quelque temps après Yvrcc , passage très-oportun pour entrer au duché de Milan et Italie, et qu'il conquesta le val d'Aoste et la ville de Bielle, dont les habitans se rendirent à luy de peur et volontairement, ayant secu la .prise d'Yvrée, en luy priant de vouloir entretenir leurs privilèges et franchises; ce qu'il leur accorda fort liberallement; et fit bien mieux . car, au lieu que les Espaignols leur faisoient payer tous les ans vingt mille escus de tribut, il les en deschargea de dix, e* les quitta

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