ENCOR DE L'EMPEREUR MAXIM1L1AN
Ainsy l'ay-je ouy descrîre à nostre roy Henry III , qui disoit que c'estoit lse irince du monde à qui il desiroit le plus de ressembler, et qui luy revenoit le mieux.
Il avoit raison . en ayant faict preuve grande de sa vertu et de sa foy magnanime, lors qu'estant partyde Pouloigne à la dcsrobéeet grandes
traictes, il se vint jetler, quasy par manière He dire, entre ses bras à sauvetté: il l'yreceut,et le traicta très honorablement, non pas seulement en empereur ny en compagnon , mais quasy luy déférant beaucoup. Et bien qu'il fust fort poussé et persuadé des princes d'Allemaigne sur la remise des villes impériales, rien pour cela ; il ne luy en parla que fort peu , et comme frere. Il ne fault point doubler que, s'il eust repris le chemin de l'aller, qu'il ne fust esté retenu par les autres princes allcmans; mais il luy assista fort bien d'un autre chemin vers la Charantye et ailleurs; en quoy il monslra bien sa magnanimité et sa sincère conscience, qui d'ordinaire est fort légère et porte petit poix en la balance des roys et princes, dict-on, en chose où il y va de l'ambition et du proffU.
Il a supporté, comme son pere, de grandes guerres durant son empire, et en toutes s'est monstré un très sage et vaillant capitaine, surtout lors quece grand sultan Solyman vint, pour sa dernière main , en personne et avec de très grandes forces, luy mettre le siège devant Siguet; dont il ne s'en estonna pas , mais bravement se mil en campaigne pour luy livrer battaille , s'il fust venu à propos , ayant assemblé une fort belle et gaillarde armée , nompareille pourtant à celle de son ennemy, qui montait à plus de cent mille hommes. Il fut pourtant si bien assisté des princes d'Allemaigne , des Italiens et autres, tant d'hommes que d'argent, qu'il monstra bien par là qu'il estoit fort aymé, et avoit uue grande créance parmy les chrestiens. M. le duc de Ferrare, très brave et vaillant prince , qui avoit espousé sa scrur (grand dommage certes dequoy il ne laissast après luy de sa noble et généreuse race), sans y envoyer, l'alla trouver en personne. Il luy mena quatre cens gentils hommes volontaires, qu'on nomme là Advanluriers , trois à quatre cens arquebusiers à cheval , deux cens chevau-legers et cent hommes d'armes payés , fust ou d'argent du sien, ou de celuy du roy de France, ayant, tant qu'il a vescu, tenu de luy cent hommes d'armes de ses ordonnances soldoyés.
M. de Guise son nepveu , lors fort jeune , l'alla trouver pour son plaisir, avecques une belle noblesse francoise.
Pour fin, ce brave empereur fit si bien, qu'il se dira d'icy à mille ans que, dessoubs luy
VIES DES GRANDS CAPITAINES
empire, le plus grand prince en tout, et des Ottomans, voire du monde, mourut en ce siège de Siguet, renommé A jamais par sa belle mort et très honorable, n'ayant voulu mourir ailleurs , dict-il , qu'au milan de l'exercice qu'il avoit tousjours aymé et mené en sa vie.
Qui voudra plus au long sçavoir les raids et les louanges du pere el fils, Ferdinand et Maxiniilian, en trouvera prou par les livres qui ont esté escrits de leurs valeurs qu'ils ont monstré aux guerres d'Ongrie, de Boéme, Pouloigne, Transilvanie, tant faicies de leurs mains que de leurs braves capitaines : parquoy je n'en parle plus.