L'EMPEREUR RODOLPHE
L'empereur Rodolphe, qui imperie aujourdliuy, bien qu'il n'ayt esté souvent en campaigne comme ses prédécesseurs , si a-il monstré avoir du courage et de l'esprit, el ne s'est point estonné ; car il a esté fort traversé quasy tous les ans. 11 luy a fallu supporter de grandes forces que le grand Turc luy a jetlé sur les bras, ores vainqueur, ores vaincu et battu, et sur tout ne s'est point estonné des grandes menaces et préparatifs qu'il a faictssur Vienne , de laquelle il ne fut jamais si voisin qu'il est ast'heure, dont Dieu le garde de la prise.
Enfin , cet empereur a bien pourveu i tout son faict , que Dieu l'a préservé de grands coups , ayant esté assisté de bons et grands capitaines. Je n'en parle plus , car il s'en est faict plusieurs livres, et s'en faict tous les jours, des belles guerres qui s'y sont faicies et s'y font en cor, pour lesquelles s'en sont faictes et se font souvent, par le commandement de la Saincteté, jubilés, de belles dévotions, prières et processions. Et il a esté fort bien servy et assisté de bons et braves capitaines allemans , italiens , hongres, boemes, albanois et autres, et sur tout de ces deux braves capitaines , l'un , ce brave Charles, comte de Mansfeld, qui, très bien façonné aux guerres de Flandres, de France, et autres, monstra bien ce qu'il avoit apris et sça« voit faire : j'en parle ailleurs; l'autre, M. le duc |
de Mercure, brave, vaillant et hasardeui prince certes, dont j'en parle aussy ailleurs en son discours â part.
Je les laisse donc là ast'heure pour venir à ce grand duc d'Albe, que l'empereur cy devant a mis et colloqué avec les irois grands capitaines.