‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 266 sur 361 · M. LE PRINCE DE CONDE · texte numérisé non relu

M. LE PRINCE DE CONDE

Parlons à ceste heure de M. le prince de Coudé, l-ouys de Bourbon, que plusieurs de nos lie temps disoienl avoir esté dressé, au comuiancemenl de ces guerres civilles, de la main

Ce petit homme Uni jolly , Toujours coûte et toutjours rit , El loutjourt balte ta mignonne.

Dieu garde d' nul le petit bonunc.

Car il estoit de fort basse et petite taille, non que pour cela il ne fust aussy fort, aussy verd,

1 En marge du manuscrit 120 on Ut , en cet endroit on nuit l'article sur Chastillon, et commence celai sur M. le prince de Coudé, Louis de Bourbon :

• MaUud , ne passez plus outre. »

D'où oi) peut conclure que c'est sur ce manuscrit 120 qu'a été faite, par Mataud, secrétaire de Bran mine, la mise aui

vigoureux et adroict aux armes, à pied et à cheval , autant que homme de France, comme je l'ay veu en affaires.

Au reste, il estoit fort agréable , accostahle et feymable. Aussy l'Italien disoit : Dio miguarda del bel gftignelto del principe di Conde et de animo el stecco del l'admiraglio! c'est à dire : a Dieu me garde de la douce façon et gentile du a prince de Condé, et de l'esprit et curedent de a l'admirai!» parce qu'il en portoit toujours un, fust en la bouche , ou sur l'oreille, ou en la barbe.

On tenoit ce prince, de son temps, plus ambitieux que religieux ; car le bon prince estoit bien aussy mondain qu'un autre; et aymoit autant la femme d'autruy que la sieunc , tenant fort du naturel de ceux de la race de Bourbon, qui sont esté fort d'amoureuse complexion.

Il fut esleu de ceux de la religion et conjuration d'Amboise leur chef, non qu'il le sceust autrement ( disoit-on ) ; mais sans luy sonner mot et sourdement l'esleurent , usans en cela de la façon d'Allemaigne; et tel rappelle -on le capitaine muet. Et si leur entreprise eust bien reussy à souhait, lors on luy eustfaict à sçavoir.

Aucuns disoient pourtant qu'il la sçavoit, et tuesmes que le sieur de Malligny, brave el vaillant gentilhomme, et de fort bonne maison, qui luy estoit fort famillier, favory et parent, se trouvant avecques luy à Amboise quand il v it le tout descouvert , s'en alla aussy tost sans s estonoer à l'cscurie dudict prince, et y prit le meilleur courtaut qu'il avoit, et se sauva viste, dont bien luy en prit, et s'en alla à Genève, dont plus n'en revint; car, en se baignant dans lo lac, il se noya parmy un sable mouvant. L'on courut après luy; mais il s'en alla grande erre. Et disoit-on lors à la cour, comme je l'ouys, que, s'il eust esté pris, il eust mis mondict sieur le prince en grande peyne.

Toutesfois, le dimanche matin, quand les conjurateurs se présentèrent , à la porte des Bons Hommes, pour entrer dans la ville, à M. d'Aumallé, qui estoit constitué pour la garde de la porte, M. te prince s'y rendit, el ayda à les chasser, et y fit bonne mine. Mais despuis on cognut la faute, et en fut soupçonné. Sur quoy il en fit quelque rodomontade de quelque certain desmcnly en l'air, mais non en présence, comme s'est dict et escrit , car lors il n'osoit parlerai haut, bien que d'ailleurs il eust la parolle

belle, bonne, haute et hardye : mais pourtant , cognoissant qu'il n'y faisoit pas bon pour luy. et que l'on commançoit à descouvrir le pot aui roses, il partit de la cour et s'en alla trouver le roy de Navarre son frère; dont pourtant l'on se repentit bien (car je le sçay)dequoy on l'avoit laissé aller.

Mais, pour avoir ce coup eschappé, il n'es chappa pas sa prison; car il vint à Orléans, là où il fut attrapé à bon escient : et croyoil-on que, sans la mort du roy François, son procès fust esté faict , et luy sentencié.

Lorsqu'il entra dans le logis du roy, non à cheval comme le roy son frère, comme aucuos ont dict , car je le vis, mais ayant mis pied à terre, jamais je ne vis prince faire meilleure mine. Mais au sortir de la chambre du roy, qu'il fut conduict en prison par MM. d'O et de Chavigny. il estoit bien autant estonné, et le roy de Navarre autant, lequel pensoit, à son arrivée, comme premier prince du sang, parler haut, braver et estonner toute la cour.

Ce fut à luy àcaller et faire, non du prince, mais du simple gentilhomme; car je le vis deux fois venir trouver M. le cardinal de I-orraine. en son jardin une fois, et l'autre en sa chambre, pour le prier et intercéder pour son frère; mais il parloit à luy plus souvent descouvert que couvert, et l'autre se mettoit très-bien à son ayse, car il faisoit grand froid. Mais deux moU après on vit bien un autre revire-marion de fortune.

Ceste conjuration d'Amboise fut le principal subjecl de sa prison ; carie roy s'estoit imprimé si bien ceste opinion, que si elle eust pris fin qu'il eust passé le pas comme messieurs ses frères, et dcCuyse, et autres, et qu'il se fust fort bien mis en son siège royal , ce disoit-on , car il estoit de cœur haut et ambitieux, et qui aymoit plus une royauté qu'une principauté ; et pour ce, dès lors ne le tint-on jamais pourtant plus rchgieoi qu'ambitieux.

Et ce qui l'aveugla plus en son ambition, ce fut aux premières guerres civilles , quand il * vit quasy commander â la moictié de la France, morceau très-friand que M. l'admirai , son oncle» luy avoit très-bien préparé. El ce fut ce que dit un seij-ncur de par le monde : «Le diable y ayt epart, qu'un tel en est !c chef; car je cognoi* «son humeur. S'il a mis une fois le nezdans ceste

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