M. DE MONTPENSIER
ses alliés, envoyèrent ambassadeurs et agents pour se trouver à ses obsèques, ai nsy qu'est la cous t urne de ce faire parmy les grands.
J'ay faict ceste disgression de généalogie, que j'ay apprise mesmes de M. de Montpensier, pour monstrer son droict à aucuns doubteux sur la succession de M. de Bourbon , laquelle il retira en parlye petite à la fin , avecques de grandes peynes et procès, puisque le bien a esté confisqué à la couronne.
Il n'en peut avoir grand cas du temps du roy François , pour la bayne qu'il portoit à M. de Bourbon, et que la playe qu'il luy avoit faicte esloit Tort récente encor,et aussy qu'il estoit fort exact observateur de ses edicts et de ses droicts, car il en pretendoit de très-grands par celuy de madame la régente, dont sourdit le roescontentement et la rébellion dudict M. de Bourbon-
Du temps du roy Henry, il en eut quelques lipées par le moyen de madame Jacquette de Longvic, de la maison ancienne de Givry, issue de celle de Cbaalon et des palatins de Bourgogne. Geste dame , madame la duchesse de Montpensier, du temps du roy François, par un moyen que Ton disoit lors , M. d'Orléans la servant (quel mal pour cela? M. de Rostain, qui vit encor, le sçait bien ) , eut grande faveur à la cour: mais elle n'y peut rien faire à ceste succession, pour la raison que j'ay dict; aussy qu'elle estoit jeune et non si spirituelle comme elle fut despuis. Du temps du roy Henry elle eut beaucoup de faveur, car elle devint plus habille et gouvernoit fort la reyne.
I-e roy François II vint à son règne, où elle peut beaucoup , car je l'ay veue gouverner si bien le roy et la reyne, que j'ay veu aussy deux fois de mes yeux que le roy faisoit recommander la cause de roadicte dame, qui faisoit tout et son mary peu, et solliciter contre la sienne propre. Gela esloit fort commun à la cour ; et si vis une fois M, le cardinal de Lorraine, de la part du roy, en parler à messieurs de la cour, qu'il avoit aussy envoyé quérir à son hostel de Cluny lorsque le roy alla i Orléans, et leur recommander le droict de ladietc dame (elle y estoit présente), jusqu'à dire que le roy la vouloit gratifier en cela qu'il renonçoit pour sa part et son droict à ceste succession , et qu'il n'en vouloit nulle portion ny part , et qu'ils pas-
sassent et coudassent cela le plus légèrement pour luy qu'ils pourroient.
Pour fin, ceste princesse et ce prince et les leurs, les uns après les autres, ont tant travaillé, sollicité et plaidoyé , qu'ils en ont eu pied ou aesle, fors la duché de Chastelleraud, que les roys parcy-devant n'avoient voulu desmordre et l'avoient mise à leur propre; laquelle despuis donnèrent pour apanage à madame leur sœur naturelle légitimée, que n :us avons veu longtemps appel 1er madame de Cliastelleraud , aujourd'huy madame d'Angoulesme K
A ceste heure ce duché est retourné â ceste maison de Montpensier, laquelle peut maintenant dire avoir cognu la fortune d'une et d'autre façon, car elle a demeuré long-temps pauvre. Et disoit-on du règne du roy François et Henry au commancement : que M. de Montpensier estoit le plus pauvre prince de toute la France; et il est mort le plus riche, après le chef de son nom , qu'est le roy de Navarre, car il a laissé à son héritier plus de trois cens mille livres de rente , et en argent monnayé et autrement, bagues, joyaux et meubles, plus de trois cens mille escus ( ce disoit-on à la cour, et comme je l'ouys dire à un grand qui le sçavoit bien) lorsqu'il mourut: si bien qu'on disoit de luy qu'il ressembloit les chevalliers de Malte, qui sur l'aage a voient des biens et honneurs; car, deces règnes là que je dis, il n'eut tous ces grands biens.
Il ne fut non plus advnucé en grades ny honneurs, ny à la cour, ny aux armées, auxquelles pourtant il se trou voit près de la personne de son roy en simple et privé prince, ne commandant qu'à sa compaiguie degens-d'armes (lepere de Fontaine Guerin, brave et vaillant capitaine, estoit lors son lieutenant), qu'il avoit tousjours belle et la mettoit tousjours en beNoigne , à laquelle il sçavoit tousjours bien commander : que si elle faisoit une petite faute, il disoit qu'elle avoit faict de la sotte; si bien qu'un temps cela courait à la cour, qu'on disoit : « Vous avez faict « la compaignie de M. de Montpensier; » qu'estoit autant à dire: a Vous avez faict de la sotie.» Il estoit très-brave3 et très-vaillant prince, ainsy qu'il le fit bien parais! re à la battaille de Saincl-
1 Diane, légitimée prince«« de France.
' l.c manuscrit ajoute : «Trea-beaii. »
Quentin, là où il fut pris en combattant vaillamment; il eut pourtant quelque petite charge de reciment au rcRne du roy François H, pour l'amour des hauts bruicls et trimes qu'on faisoit : que les princes du sang estoient du tout recollés d'auprès de la personne du roy, et u'avoient nulles charges, grades ny dignités. On luy donna le gouvernement de Touraiue et d'Anjou , et à M. le prince son frere celui d'Orléans, où fut son lieutenant M. de Sipierre, qui servit beaucoup contre la conjuration d'Amboise. Aux reines de nos autres roys Charles et Henry, mondict sieur de Monlpensier co unianea et continua d'avoir force grandes charges. Quand la première guerre civille vint, il fut lieutenant de roy en tous ces pays d'Anjou, le Mans , le Perche , Tourainc et autres pays circonvoysins ; et là en cesie guerre, voulant du tout imiter le roy saincl Ixwis, son grand mirouer, contre les infidelles, cestuy-cy, disoil-on, de mesmes se monstra animé contre les hérétiques qu'il hayssoit mortellement , jusque-là que, quand il les prenoit par composition, il ne la leur lenoit nullement, disant qu'à un hérétique on nestoit nullement obligé de garder sa foy; ainsy qu'il le praticqua bien à l'en Jroict du capitaine des Marays, qu'il prit dans le chasteau de Rocheforl sur Loyre par honneste capitulation et sur sa foy, et puis le fil exécuter aussy tost, se fondant sur son apophtegme que je viens de dire.
Quand on luy amenoit quelques prisonniers, si c' estoit un homme, il luy disoit de plein abord seulement : a Vous estes un huguenot, « mon amy, je vous recommande à M. Babclot. » Ce M. Babelot estoil un cordellicr, scavant homme , qui le gouvernoit fort paisiblement et ne bougeoit jamais d'auprès de luy, auquel on amenoil aussy tost le prisonnier, et luy , un peu interrogé, aussy tost condamné à mort et exécuté. Si c'esioit une belle femme et fille, il ne leur disoit non plus autre chose, si-non : «Je vous « recommande à mon guidon; qu'on la luy mené. » Ce guidou estoit M. de Montoiron , de l'ancienne maison de l'archevesque Turpin , du temps de Charles Maigne, et en portoit le nom de Turpin. Il estoit un très-beau gentilhomme, grand, de haute taille, et avecques cela si bien proportionné de son membre, qu'on disoit estre démesuré et extravagant et insatiable. Avecques cela repassoit ainsy ces pauvres prisonnières , les-
kNDS CAPITAINES FRANÇOIS.
quelles, possible aucunes , mesmes les femmes, en estoient très-ayses et contentes, et eussent désiré tousjour* telle punition.Quant aux pauvres filles, je croy que le mal leur estoit cuysant pour un temps. Je ne scay si tout cela est vray, mais j'estois un jour à un disner de feu M. de Guyse, à qui on luy fit ce conte, en présence de madame de Guyse sa femme, de raadamoiselle de l'Admirande , et autres dames et filles de la cour qui estoient à table, auxquelles mondict sieur de Guyse leur en fit à toutes la guerre; et ne fut sans faire rire et hommes et femmes. Et si, ce mot se dit loug- temps à la cour parmy les dames et gallans de la cour, qui leur disoienl : «Je vous recommande au guidon de M. de «Monlpensier.» Dont aucunes qui en sçavoient le tu aulem et desmesurée proportion disoient, ou par timidité ou par hypochrisie : « Ah ! Dieu «nous en gard'!» D'autres disoient: «11 nous «feroit pis que la raison.»
Voylà la punition de ces pauvres dames huguenot tes, in vantée par M. de Montpensier, qui me fait penser avoir esté prise et tirée possible de Nicephore, par M. Babelot, où il dit : que l'empereur Theodose os ta et abollii une coustume qui estoit de long-temps dans Rome , à sçavotr que, si quelque femme avnil esté surprise en adultère, les Romains la punissoient, non par la cohercion du crime qu'elle avoit commis, mais par plus grand embrassement de paillardise; car ils enfermoienten une estroïetc logette celle qui avoit commis l'adultère, et puis après permettaient impudemment qu'elle assouvis! sa lubricité et paillardise son saoul, et d'un chascun qui voudroit venir. Et qui estoit plus villain et salle , c'est que les compaigoons gallans et paillards qui y alloieot, se garnissoient et ac commodoient de certaines sonnettes au temps qu'ils a voient compaignie avecques la dame, à ce qu'au mouvement , elles , faisans un son et tintement, donnassent non - seulement advertissement aux passans et escoutans de leur fafct et besoigne, qu'ils y estoient , mais aussy afin que par ce moyen , et à ce son de sonnettes , foat enseignée ceste peine conjoincte avecques injure et opprobre. Quelle opprobre ! dont elles s'ro soucyoient beaucoup.
Vraymcnt voylà une terrible coustume que ce ?age empereur abollit, ainsy que le dit I tii*tciien .Nkc |i:.f;re, dans lequel , possible, M. Da-
M. DE MOf
belot l'avoit feuilletée et tirée [>our la faire pratiquer à ce brave guidon; lequel, au bout de quelque temps, despesché de M. son capitaine ver» ie roy en poste, vint à la cour où il n'avoil jamais esté guieres veu; mais je vous asseure qu'il fut là bien veu et cognu et Fort admiré pour sa grand'vertu naturelle, et mesmes des dames, dont j en vis aucunes qui en noient bien sous bourre et en disoient bien leur raslellce. J'ay raicl ceste digression parce qu'elle m'est venue en main et m'en fust cscliappée une autre fois , et aussy qu'il faut un peu rire quelque petit coup, et o estre pas si sérieux qu'on ne se jette sur la bouffonnerie et risée
Pour retourner à roondict sieur de Montpenaier, après qu'il eut bien purgé son gouvernement d'Anjou, Touraine et autres, puis par l'assistance aussy que luy firent MM. de Chavigny et Pu) gaillard , deux très-bons capitaines, et le capitaine Richelieu, qu'on appelloit le moyne Richelieu, quiavoient tous faict très-bien autresfois en Piedmont , et ailleurs faict de trèsbelles preuves de leur valeur, il fut envoyé lieutenant de roy en Guyenne, Poictou, Aunix, Xaintonge et Angoumois, où il servit très-birn le roy; et les huguenots tremblotent fort soubs lny,el eussent encor plus faict , sans que le roy <ie Navarre vint à mourir; ce bon homme s'alla proposer en son ambition (car il en avoit sa tonne part, comme ceux de sa sorte doibvcnt en avoir) qu'il tiendrait sa place en France, comme lors premier prince du sang après M. le cardinal de Bourbon, mais son cliappeau rouge IVxcusoit, qui nonobstant y aspirait un peu; et pour ce demanda au roy son congé, qui , moictié l'un , tnoictié l'autre, luy accorda. Il s'en vint a la cour, disant aux nus et autres, quand il s'offroit à eux, ce seul mot: «A ceste heure j'ay moyen «devons tons recognoistre et faire plaisir, mes «amys: car vous sçavez bien que le roy de Naevarre est mort (sans dire autre mol ) et que je « m'en voys à la cour. » Mais y estant , comme je l'y vis arriver au bois de Vincennes, il se donna garde qu'il trouva sa place prise et qu'il n'en tint autre qu'auparadvant; car il avoit affaire à one maistressc femme que la reyne mère, qui ne vouloit point de compaignon en ce lieu là , et aussy à feu M. de Guyse le Grand, qui s'enten-
' Ce pa«*ac« nt rectifié d'après le h0 8772 et I édi'.on de Battis.
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doit avecques elle, et qui d'un seul clin d'oeil gouvernoit la Fi ance, pour la grand créance qu'elle avoit en luy, et qu'il avoit les forces en main.
Toutesfois il sembla ( et le disoit-on ) que moudict sieur de Moni pensier en fit du malcontent, et voulut induire M. le cardinal d'en faire de mesmes, car ilsnebougeoient d'ensemble; mais on leur donna à tous deux ceste petite souppe à la gorge (ainsy parloit-on), qu'ils seraient les chefs du conseil. Et sur ce encor la reyne les sceut bien mener et plastrer, qu'ils se sentirent encor très-heureux de ce petit morceau. Ceux qui estoient de ce temps, et qui ont veu ces mystères comme iuoy, se souviendront bien si je dis vrayou non, car j'ay veu tout cela aussy bien qu'eux.
Les seconds troubles vindrent, où M. de Moni pensier fut ordonné du roy, avecques M. de Nemours, de mener Pavant-garde, qui fut autant que s'il fust esté lieutenant de roy ailleurs, votre plus, là où est la personne de son roy ou de Monsieur son frcre,qui le représente en tout et tel que celuy-Ià , car il n'y en eut jamais en France qui ayt eu telle auctorité.
Les troisiesmes troubles s'ensuivirent par amprès coup sur coup. Il fut lieutenant de roy; et à luy ne firent nul scrupulle d'obeyr les plus grands et bizarres capitaines d'alors, comme MM. de Martigucs, de Brissac et deStrozze. Ce fut lors qu'ils desrirent les Provençaux en Perigord , qui fut une desfaicte de grande importance pour les huguenots. Cela faict , il s'alla joindre avecques M. nostre gênerai vers Chastelleraud. El bien luy servit d'estre bon et sage capitaine, de faire tonnes et longues traictes pour cela, car messieurs le prince et l'admirai le suivirent de près pour se mettre entre deux, et empescher leur assrmblement.
M- de Moni pensier menoit tousjours Padvantgarde, où il este tt tousjours fort lionnoré des nostreset redoublé des huguenots, car il ne parloit que de pendre, comme il fit à Mirabeau: et s'd cust esté creu , il ne s'en fust guieres eschappé d'eux. Mesmes à ce grand M. de La Noue, et qui meritoit toute courtoisie, lorsqu'il fut pris il ne se peut garder de luy dire: «Mon amy, vostre procès est faict, et de vous et «de tous vos compagnons; songez à vostre «conscience, d Mais M. de Mari ignés vint là, qui le sauva, comme je diray ailleurs.
Ijes quatriesmes guerres s'esmeurent. M. de Môntpensier fut eocor lieulenant deroy; car il tw reffusa jamais de ces commissions, pour la hayne qu'il portoit aux huguenots , et pour le sainct zelle de sa religion. Il vint en Poictou , où il trouva de l'affaire et un homme que je viens dire, M. de La Noue, qui luy en donna bien, et mesmes au siège de Fontenay et Lusignan, qu'il prit pourtant à la fin : aussy avoit-il de bons capitaines, et de cheval, comme M. de Chavigny, M. du Lude, gouverneur de Poictou , Puygaillard et autres , et de gens de pied , raaistres de camp messieurs de Sarriou, de Bucy et Lucé.
Le siège de Lusignan fut fort long et de grand combat : j'en parleray possible ailleurs. Il fut pris, et, pour éterniser sa mémoire, il pressa et importuna tant le roy nouveau venn de Poulongne, qu'il le voulut en ce gatifier, qu'il fit raser de fonds en comble ce chasteau si admirable et si ancien, qu'on pouvoit dire que c'estoit la plus belle marque de forteresse antique, et la plus noble décoration vieille de toute la France, et construite , s'il vous plaist , d'une dame des plus nobles en lignée, en vertu, en esprit, en magnificence et en tout, qui fust de son temps, voire d'autres, qui estoil Mcrlusine, de laquelle y a tant de fables; et, bien que soient fables, si ne peut-on dire autrement que tout beau et bon d'elle; et, si l'on veut venir à la vraye vérité , c'estoit un vray soleil de son temps, de laquelle sont descendus ces braves seigneurs, princes, roys et capitaines porlans le nom de Lusignan , dont les histoires en sont plaines, ceste grande maison d'Archiac en estant sortie en Xainclonge, et Sainct-Gelais, dont les marques en restent très-insignes.
Lorsque la rcyne mere fit la trefve avecques Monsieur, frère du roy ,à Jaseneuil ,que Monsieur estoit à Sainct -Mexant (j'eslois lors avecques elle, MM. de Strozze, de Grillon, Lanssac et La Rochepousay : il n'y avoit que nous quatre de courtisans avecques elle), l'envye luy prit, en s'en retournant à Poictiers,de s'esloigner un peu de son chemin, et passer à Lusignan pour en veoyr les ruynes.
Certes elle les y vit, et qui luy touchèrent fort au cœur; si que l'en vis en parler fort tendrement, et dire ces mots : « Hé! falloit-il que « si belle, forte et noble place, a l'appetil
ÏDS CAPITAINES FRANÇOIS.
« d'une certaine opiniastreté mal à propos de « M. de Môntpensier, soit estée ainsyroynée « de fonds en comble ! Que quand le roy mon fils « bien qu'il y eust esté en personne, cl qu'elle a luy eust faict telle résistance, il ne Peust ja- « mais voulu faire abattre, je m'en asseare; « pour le moins ce ne fust pas esté par mon « conseil, car c'estoit la perle antique de toutes a ses maisons, et le plus bel ornement qu'on y a eust sceu veoyr. Jamais ne Pavois veue, dit- « elle, si-non lorsqu'estanl bien jeune j'y pas- « say au voyage de Parpignan; mais, pour ma a jeunesse d'alors , je n'en avois jamais conceu o l'impression de sa beauté et grandeur comme « je la comprends encor par sa ruyne. Que, si « je l'eusse eue si bien emprainte en mon esprit « comme je Pay, je vous asseure que le roy mon « fils n'eust donné jamais à M. de Môntpensier a le congé de l'abbattre à l'appétit de sa pas- « sion, et jamais Chameraud n'eust triomphé t de si noble et riche despouille pour bastir et a agrandir sa petite maison de Marigny. » Car il faut notter que le roy en donna toute la ruyne audict sieur de Chameraud , qui avoit esté son enseigne de gens -d'armes quand il estoil Monsieur, dont il en a faict bastir une très-belle maison, qui n'est qu'à deux lieues de Lusignan, qui s'appelle Marigny.
Voylà ce que j'en vis dire à la reyne, qui se pourmena, advisa par-tout, el s'y amusa si fort, que, bien qu'on luy dist qu'il se faisoit tard et n'arriveroit qu'à la nuict à Poictiers, comme elle fit , n'en laissa sa contemplation.
Je la vis aussy fort blasmer le sieur deSaincte* Soiine,qui l'avoit laissé prendre et perdre en estant capitaine, et en avoit acbepté la capitainerie du sieur de Vigean , que luy et ses prédécesseurs de la maison du Fou avoient garde plus de six vingts ans. Car on disoil que ledict Saincle-Solline, aymant un peu trop Pa varice, n'avoit leans qu'un pauvre vieux morte paye, qui se laissa surprendre : que s'il n'eust ouvert la porte, et Peust bien fermée seulement , et ne parier à persoune, ceste place estoit imprenable à tout le monde.
Voylà la pitié et ruyne de ceste place. J'ay ouy dire à un vieux morte paye, il y a plus de quarante ans , que quand l'empereur Charles vint en France, on le passa par là pour la délectation de la chasse des dains, qui estoient là,