‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 283 sur 361 · DE SAINCT-ANDRÉ · texte numérisé non relu

DE SAINCT-ANDRÉ

il a esté toujours à s'y bien maintenir et à complaire à son maistre en toutes les façons qu'il voyoit estre agréables.

11 le fit premier gentilhomme de sa chambre quand il fut roy, qui est un des grands honneurs qui soit en la maison du roy, pour coucher en sa chambre et estre près de luy à son lever et coucher; si bien qu'à toutes heures il en avoit l'oreille. En quoy il fit très-bien ses besoignes, tant pour les grandes dignités que pour les biens qu'il eut et acquit à foison. Il fut faict mareschal de France et eut la place de M. le mareschal du Bié qui venoit de bonne main ; aussy elle tomba en bonne main , et s'estonna-on à la cour comment il eut ceste charge si jeune, laquelle ne se donnoit qu'aux plus anciens chevalliers.

Après le traicté et l'accord de Bouloigne, entre le roy Henry et le petit roy Edouard d'Angleterre, le roy son maistre l'envoya vers ledict roy Edouard, pour en faire un serment très-solemnel , et luy porter aussy son Ordre, qu'il luy donna avecques les cerimonies accoutumées, fors celles de l'Eglise. Aussy ledict roy bailla le sien audict mareschal, par la permission de son roy, qui ne Peust osé prendre autrement, et envoya le sien pareillement au roy Henry; si que pour un coup s'est veu à la cour, pour la feste de Saincl-George , célébrer et porter cest Ordre de trois François, ce que l'on observoit par curiosité : à sçavoir le roy, M. le connestable, qui Pavoil eu du roy Henry d'Angleterre durant sa faveur, et mondict sieur le mareschal; qui estoit une belle chose à veoyr, caria solemnité en est très-belle, et l'Ordre et le manteau très-beau, avecques la jarretière, dont l'institution est fort antique et plus que de tous les autres, fors celuy de PAnnunciade deSavoye, qu'on tient la plus ancienne.

Or, faut notter que , lors de la partance dudict sieur mareschal vers Angleterre, bien que la paix fust entre l'empereur et le roy, toutesfois les maimrdemangeoient si fort à l'empereur, qu'il necherchoitque les occasions à toute heure pour la rompre; à quoy veilloit la reyne de Hongrie, sa bonne sœur, qui le sçavoit trèsbien servir selon son goust, en tout ce qu'elle pou voit du costé de son gouvernement des Pays- Bas; si bien qu'ayant armé grande quantité de ' 1 Lira de G*.

navires, leur faisoit tenir la mer de ce costé en grande subjcction, et plusieurs insolanoes ensor. toient sur nos navires François , à les desvalliser de leurs biscuits, vins et munitions, jusqu'aux agrais, ancres et voylles; et ladicte reyne ayant sceu le voyage dudict mareschal vers l'Angleterre, Ml tenir ladicte armée entre Calais et Douvres , afin qu'il ne passast qu'à leur mercy.

De quoy adverty,M. le mareschal prit le chemin de Dieppe, là où il fit arrester deux ou trois navires flamans pour deux ou trois jours seulelement, pendant lequel temps il peut estre passé et pris terre en Angleterre : ce qui s'exécuta si dextrement et gracieusement, qu'il n'y eut un seul marinier offensé, ny chose dans leur navire ostée, ny navire qui ne fust relasché aussy tost qu'on sceut ledici mareschal arrivé en Angleterre.

A quoy ladicte reyne prit pied, et poinctilla aussy tost , qu'elle fit arrester à ses ports tous les navires françois, à l'appétit de trois petits navires flamans arrestés pour trois jours seulement, leur faisant oster les voyles, mettre la marchandise en terre, et consommer les marinniers, qui estoient en grand nombre, et les marchans, en frais de poursuittes, sans leur faire autre response, si-non qu'on leur avoit retenu en France leurs navires, combien qu'ils fussent desjà délivrés et que ceste rédemption fust seulement particulière a Dieppe, et pour juste cause, où l'autre esloit generalie, sans cause et exécutée avecques tous les termes d'aigreur. Davantage ceste collere s'estendit sur les marchans qui par terre traficquoient a Anvers, bien qu'ils n'eussent rien de commun avecques ceux qui naviguoient; et leur saisirent toutes leurs marchandises qu'ils portoient sur leurs chariots.

J'ohmets tant d'autres insolances qui seroient trop longues à réciter, par lesquelles l'on pourrnit à plein cognoiatre combien bonne ministresse esloit ceste reyne des dessains, secrets, entreprises et actions de l'empereur son frère. Et disoit-on qu'alors, si elle eust peu arrester mondict sieur le mareschal et son armement , qu'elle Trust fort bien retenu et rançonné pour un mignon et favory du roy, et butiné, tant l'animosilé et ambition d'un grand transporte son ame quelquefois !

A quoy sceut très-bien remédier par sa sa-

gesse ledict sieur mareschal , (ant pour l'aller que pour le retour, dont il fut fort loué et estimé, non pas pour ce faict seul, mais en plusieurs autres qui s'ensuivirent après, et en toutes les armées , où , après M. le connestable . il avoit tousjours la principauté et charge de commander, ou en l avant-garde , ou en la tattaille, ou arriere-garde sur les retraictes; car il estoit tout plain de valeur et de sage conduicte.

11 fit très- bien au ravitaillement premier de Mariembourg, comme il fit aussy à la battaille de Sainct*Quenlin,où il fut pris prisonnier avec» ques beaucoup de réputation et l'espée sanglante en la main. Et puis fut l'un des plu* principaux moyenneurs de la paix entre les deux roys. Et puis la guerre civille entrevenue, d'autant qu'il estoit très-bon et ferme catholique, il se monstra fort eonemy des huguenots; et disoit-on que ce fut luy le premier qui fit l'association du triumvirat. Aussy les huguenots l'hayssoient fort, et l'appelloient hat^quebusier de Ponant *, et n'eussent sceu dire bien au vray pourquoy. Il fut envoyé au-devant du chevalier d'Andelot pour luy empescher le passade de France avecques ses rcistres; mais il le trouva si fort et marchant en si bel ordre, que , le côtoyant pourtant tousjours pour en espier une occasion pour le combattre, jamais il ne peut ; aussy que M. d'Andelot ne vouloit que passer et joindre messieurs le prince et admirai : et mondict sieur le mareschal ( eux ayans estfs joincts), sçachant qu'ils venoient assiéger Corbeil et prendre Paris par là ( comme on dict m commun proverbe), il s'y alla jetter dedans, et le garda si bien, qu'ils en levèrent le siège et vinrent assiéger Paris.

J'ay ouy dire de bon lieu, et nous le tenions aucuns, que ce fut luy qui ordonna l'ordre de la battaille de Dreux, qui fut en mode de croissant, mettant entre chasque bataillon de gens de pied un régiment de gendarmerie, estant pourtant en haye. Messieurs de Guyse et connestable trouvèrent ceste forme Mie et bonne, et la luy déférèrent, tant parce qu'ils le tenoient de bon esprit et advisé capitaine , et au»y que tous trois s'entendoient si bien , que ce que l'un vouloit l'autre l'approuvoit, et n'avoient nulle contestation ensemble; ce qui est fort rare.

Le matin avant la battaille il vint trouver

M. LE MARESCHAL

Page 1