LE MM «T MATE TIEILEARD
Aussy Icmcritoit-il pour avoir esté un ancien chevallier d'honneur et sans reproche, et bien que mondicl sieur de Guyse fust un très-grand capitaine, si consultoit-il tousjours ce bon et honnorablc vieillard, qui estoit capitaine trèssuffisant, â mon gré et de beaucoup d'autres.
C estoit le plus doux et gracieux homme de guerre, qu'on eust sceu veoyr, et qui commandoit aussy gracieusement, et donnoil des ad vis par paroi les si douces et si beuignes, qu'un chascun l'en estimoit d'avantage; bien au contraire de son compaignon M. de Sansac, qui estoit le plus bravant et rude à la guerre et a la chasse qu'on vist jamais : de plus, il avoit l'entretien si hnnneste et si doux, et duquel on en faisoil bien son proffit , fort humble à un chascun.
Je me souviens que le matin de la battaille de Dreux que c estoit de fort bon matin et qu'il faisoil un froid extresme, ainsy que l'on ordonnoit des bat tailles , ce bon homme vint passer devant le sieur de Beaulicu , capitaine de gallercs, et moy; nous le saluasmes et luy ostasmes le chappeau fort reverencieusement ; il nous Posta aussy, en nous disant : « Eli ! com- «ment, messieurs, en ce froid ostez-vous le «chappeau?» Nous luy respondismes : «A qui.
« monsieur , le sçaurions-nous osier mieux qu'à «vous , qui estes l'un des honnorablea et anciens «chevalliers qui soit en ceste armée?» Il nous rcspondil : «Helas ! messieurs, je ne suis que a des moindres.» Puis dit : « Je ne sçay ce a qu'en sera aujourd'huy de ceste battaille, mais «le cœur me dit que j'y demeureray ; aussy a est-ce trop vescu pour mon aage, là où il me «faict beau veoyr de porter encor la lance et a l'enscnglanter , où je dcbvrois estre retiré chez « moy à prier Dieu de mes offences et jeunesses « passées. » Et ainsy se despartit d'avecques nous, que M. de Guyse le faisoil appeller, car il le vouloil lousjours consulter quand ils estoient de séjour et qu'ils n'avoient rien à faire que passer un peu le temps. Vous les eussiez veus tous deux consommer une après disnéc à jouer à ta Rcnetle du Tablier, et les y faisoil très-bon veoyr, et débattre leurs petits différends , quand ils en avoient ensemble , entremeslans tousjours quelques bons mots et devis très- beaux et bons, dont l'assistance en faisoit bien son proffil.
Tant y a que la mort debvoit avoir espnrgné cest honnorable vieillard pour un an au moins, afin qu'il fust mort en un eslat qu'il meritoit très-bien , que celuy de mareschal de France , dont il en tirait l'estat et la pension dès lorsqu'il fui esleu avecques M. de Sansac pour estre près de la personne du roy François 11; enfin il mourut, avecques une très-belle réputation, en la battaille , aagé de quatre-vingts ans ou près. Ce>lc mort luy fut plus honnorablc quecesl eslat, s'il eust sm vescu.
J'ay ouy dire qu'il se mil fort lard au mestier de la guerre, voyre en l'aage de trente ans; en quel aage il apprit si bien, qu'il fut le principal conseil de M. de Guyse. Il fut gouverneur de M. de Longuevillc, sorly de madame de Ixmgucville , despuis reyne d'Escosse , et puis fut envoyé en Escosse, où il servit très-bien.