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Or ceste alliance a cslée autresfois reprochée à nos roys , et Test encor, par les impériaux. Espaignols et autres princes chrestiens. M. de la Noue, en ses mémoires, en fait un trèsbeau discours pour nous donner à sçavoir si elle est loisible ou non; et d'autant qu'il en a escrit aucunement bien, je luy quitte les armes, et n'entreprens d'en parler sur un si grand capitaine et suffisant personnage , et pour ce je me tays. Bien diray-je que M. le connestable, qui estoit un seigneur d'ame et de conscience, disoit : qu'il avoit esté très-necessaire à nos roys de s'ayder des forces du Turc, sans lesquelles leurs affaires fussent allées très-mal, et l'empereur les eust fort descousues, et que contre les loups il se faut ayder des chiens; voire que l'empereur luy-mesme , qui en cryoit le plus, s'estoit bien aydé en ses guerres d'aucuns gens de guerre lansquenets, protestans et hérétiques, comme j'ay dict ailleurs. Et disoit M. le connestable qu'il n'y avoit pas grand différence du Turc a l'heretique.
Cest une proposition que j'ay veu tenir à aucuns théologiens , mesmes à M. de Saincte- Foy, despuis evesque de Nevcrs, lequel un jour en plaine salle basse du Louvre prescha , amprès la paix de Chartres, devant le roy, la rcyne et toute la cour, ceste proposition , en la finissant par ces mots : qu'il aymeroil cent fois plustost estre Turc qu'hérétique ou huguenot. Je ne sçay si on luy avoit faict dire , et qu'il fust esté embouché d'ailleurs , ou qu'il l'eust ainsy trouvé par ses raisons sainctes et theologiqucs , mais j'en vis la plus grand part de l'assemblée fort escandaliséc de ce mot. Et M. de Strozzc, M.deGombaut, despuis maistre d'hostel du roy et moy, estions ensemble, qui autrement , pour estre jeunes , nous nous soucyons autant du Turc comme de l'huguenot, en demeurasmes estonnés , et de plus sçavans que nous. Dont en cela je m'en remets à nos grands docteurs de Sorbonne, et à leur vérité.
Tant y a que l'empereur voyoit bien les petites pailles dans les yeux d'autruy, et dans les siens propres n'appercevoit pas une traisne qui luy debvoit crever les yeux. Et luy-mesme ne Faisoit-il pastrefveavecquesle grand seigneur, lesquelles quand il rompit à la fois de la conqueste et prise de la ville d'Affriqua et du monastère, que le grand seigneur s'en estomacqua si fort,
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qu'il en recomiuança la guerre cl ires-cruelle 1 l'empereur luy envoya faire ses excuses si humbles , qu'elles ne resscntoieul rnillcracnt ce grand empereur, disant : que cesie prise avoil esté faicte sur Dragul , un corsaire , un pilleur, un volleur, et que si les place* fussent esters à luy, qu'il fust esté très-mary d'avoir songé seulement d'y attenter, et qu'il les luy fairoit rendre; loutesfois, puisqu'il s'en fornialisoit tant, il luy envoyeroit les clefs, jusqu'à Zante ou Lepantc; ce qu'il ne fit. Mais se fit tort pourtant de s'estre là tant humilié, car quelqursfbis les parolles portent autant de préjudice que les effects. Si nos roys eussent eu et tenu tels respects de parolles au grand seigneur, comme l'empereur en eust faict son proffit, et s'en fust ntocqué !
Icy voulontiers j'escriroi* les grands subjects qu'eut l'empereur de se plaindre du roy Francis sur les grandes et belles occasions qu'il luy a faict perdre pour rudement mener le Turc, voyre le ruyuer, mesmes au voyage de l-a Goulet te et Tbunis, cependant qu'il entama la guerre de Savoye et de Pirdmont ; ce qui ne se debvoit pas, et ce qu'il sceul très-bien dire et représenter au pape cl a tout son consistoire : mais aussy de l'autre costé le roy a bien eu d'aussy grands subjects cl plus , que quand Rhodes fut assiégé il ne desiroit rien tant que luy donner secours ; comme de vray, en ses porls de Marseille et autres de Provance , il manda et commanda à tous de n'espargner rien pour secourir les gens de bien qui esloienl leans, enclos et reduids en telles extrémités. Ce fut lors qu'on luy faisoit plus la guerre en sou estât de Milan èt qu'on le luy fit perdre, le pape y estant de moictié pour la consente et pour l'assistance.
Plusieurs autres occasions se sont présentées pour s'armer contre le Turc, que ce grand roy François a tousjours dict que l'empereur ne sçauroit silost avoir le pied à l'est rieu pour y aller à rencontre qu'il ne fust dans la selle, et ledict roy ne demandoit pas mieux : mais sur ces belles attentes l'empereur luy traversoit tousjours son bon et sainct /elle; me faisant soubvenir d'un discours que me fit un jour un très-grand personnage d'aucuns huguenots d'aujourd'huy, non pas tous certes , auquel j ay ouy dire souvent : qu'ils ne désir r ' \
\DS CAPITAINKS FRANÇOIS.
tant que la guerre «mire l'Kspaignol, et qu'ils y courroient comme au feu ; comme de vray ils n om jamais cessé qu'ils n'y ayent mis le roy bien avant, et persuade de la luy déclarer à feu et à sang ; dont le roy s'en fust bien passé , ri estoit sur les pieds de la luy faire en renard comme il luy faisoit. Elle n'a jms esté plustost déclarée , ils ont là planté le roy et se sont mis à faire plus de synodes à un an qu'il n'en fut jamais faict en Allemaigne, France, Angleterre, Flandres et Gennesve eu vingt aus , pour faire des demandes au roy 1res- excessives, s'aydntN du temps pour peseber en eau trouble -, et peu d'eux sont allés secourir le roy en ce sieRt d'Amiens, qui importoit toute l'entrée aux cnncmys de la France. Que s'ils ne se fussent là amusés et fussent allés tous au secours du roy, comme il y en a eu aucuns, ainsy qu'ils debvoient, et qui sont gens de bonne main et de grands services , l'Rspaignol s'en fust très -mil trouvé; et c'est ainsy que le catholique et ( huguenot se doibvent bien accorder, et puis on en eust veu et verroit-on de beaux effects.
Ainsy faisoit l'empereur à l'endroict du roy François, que, lorsqu'il le voyoit tout prrst contre le Turc, il alloit prendre une querelle d'Allemaigne, comme on dit, et luy rompit tout son beau dessain, et convertissoit toutes ses armes contre le roy. Qu'eusl-il doneques fairi nostre roy. voyant un si grand empereur et tout l'empire d'Allemaigne , Italie et Espagne, bandé si aigrement et fortement contre luy. rbihle et desnué de forces au prix des autre*, si-non mandicr et appeller secours d'où il pouvoit , puisqu'il est permis in omni modo » se sauver et le sien ?
Voylà pourquoy il eut recours au Turc , lequel , ainsy que j'ay ouy dire au baron de Beilegarde , luy entama les premiers propos . plustost que le roy à luy, en luy mandant que s'il avoit affaire de luy, qu'il luy assisterait ; car il craigp.oit que l'empereur se fis! si grand, connue dcsjà il l'estoit , qu'il ne le myoasL
Or. qui voudra bien considérer le peu de dommage et le bien que nos roys ont apporté à la chrestienté pour l'alliance du Turc, il trouvera qu'elle ne luy a point tant nui comme on crye : car, qu'on advyse bien toutes les arm/es de mer qu'ils ont faict venir jamais pour le rey,
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M. LE MARESCHAL
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s'il s'en est ensuivy dommage ny ravage le moin» du monde aux (erres des princes chrestiens , si-non à celles de l'empereur et d'aucuns ses confédérés qui tenoient son party. La raison n'y fstoit-elle pas bonne ?
Considérons aussy le grand bien que fit le roy François pour toute la chreslienté , lorsqu'il empescha le sultan Solliman d'abbatre le saiuct Sépulcre de llierusalcm, qu'il avoit par caprice entrepris totalement frire abattre et raser. Le roy François luy seul l'en empeseba par prières, voyre par parolies poignantes ; et pour l'amour de luy le suilan s'en désista. Ce n'est pas un petit coup celuy-là, que d'avoir sauvé la ruyne des plus belles, nobles et insignes et saincit s marques de tout le monde ! et ne s'en trouvera jamais un service tant sigoallé faict à la chrestienté, ny s eu fera.
Au reste, combien de pauvres chres tiens , tant libres que esclaves, se sont-ils sauvés et sortis de la chaisne par la Faveur de nos roys? Qui sauva ceux-là de Tripoly, si-non M. d'Aramont , qui , passant par là , allant en ambassade a Constant inople, ayda à faire la com|iositinti , car ils s'en alloicnt tous perdeus , et les emmena tous sains et sauvés à Malle? dont le grand maislre Almcde, espaignol et peu amy des François, avecques les commandeurs et chevalliers impériaux, turent si ingrats et si peu reeognoissans ce grand bienfaicl , qu'ils allèrent controuver qu'il s'cntrndoit avecques le base! ta, et qu'il avoil estonné nos ebrestieus de leans, cl raesmes celuy qui commandoit, qui estoit le commandeur Villicrs, un très-brave et digne chevallier françois , et l'a voit persuadé de se rendre, car il estoit perdeu ; comme si la ville de Tripolly et le chastcau fussent esté forts contre une si puissante armée turquesque qui estoit là devant , pourveue de cent pièces d'artillerie pour le moins, et pour tirer vingt mille coups. Le pauvre chevallier en fut mis en prison et en peyne ; et cognul-ou après la vérité , et comme M. d'Aramont sauva ces braves chevalliers et autres soldats , qui tous s'en alloient à la chaisne sans luy.
Qui est-ce qui sauva de frais à ces gens de bien et d'honneur, messieurs les Vénitiens, risle de Candie, qu'ils ne la perdissent aussy ayseineni comme ils venoientde perdre Y Me de Cypie , si-non nostre roi Charles, qui envoya
ce grand personnage , dis-je le plus grand homme et digne de sa robbe pour affaires d'Kstat, M. de Dax , de la maison de Nouaille en Limosin, lequel sur tous autres les Vénitiens esleurent et demandèrent au roy. pour l'avoir cognu un très suffisant personnage, pour cesle ambassade, du iemps qu'il estoit près d'eux ambassadeur du roy cinq ou six ans, où je l'ay veu;dont il s'en acquitta si dignement, que les roys ses maistresen furent fort salisfaict.s, et les Vénitiens. Il en acquit un très grand honneur et amour.
Le roy, nom obvier doneques à leur ruyne tolalle, y depescha M. de Dax, que je vis partir de la cour chargé de grandes recommandations de son roy pour parler bien au Turc et luy erapescher du tout son dessein ; ce qu'il fit dexlrement et bravement , car il brava fort , comme il me dit à son retour, et que j'ouys dire au roy, qu'il avoit triumphé et bravement parlé, qu'il obtint de luy et la rupture de son dessein et fil la paix. Kt fie faut point doubler, comme il m'a dict despuis, «pie, sans le roy, sans luy et sa négociation, les Vénitiens esloient ruynés, Candie estoit perdeue, et autres places de leurs isles de mesmes , et peu à peu s'en fust venu en celles de terre ferme. Car pourquoy ne l'eustil faict , puisque si aysement il conquit la Cipre, bien que Nicosie cl Famagouste tindrent vaillamment en ce qu'ils peurent ? Ce bon service n'est pas petit pour la chresticuté , quand il n'importeroit autre chose que d'avoir sauvé une infinité d'aines chrestiennes, qu'on eust enlevé, mis en esclavilude et vendus comme bestes au baiestan de Conslantinoplc , ainsy. qu'ils firent à celles de Cyprc ; dont j'ay ouy faire un conte à M. de Dax mesmes : qu'un jour, passant par-là, il en vil vendre plusieurs qui pourtant avoient esté pris quelque temps avant sa légation. Kntr'autres il y vit une fort belle fille cypriote et de bonne maison, belle comme le joui, de l'aagc de dix lui ici ans, esire exposée en vente , et mise toute nue et visitée devaul tout le monde si elle estoit pucellc , laquelle ne se trouva , parce qu'elle avoil esté viollée d'un comité turc; et pour ce, celuy qui la vouloil ne la voulut aclu pter : mais M. de Dax, usant de sa chariié, la rnlicpta et en donna cent ducats , que l'autre m eust donnai deux cens si elle ne fust esté depuceliée. Quille
estrange pitié veoyr ces belles ames chrestiennesainsy estre traicléeset vendeues comme beste-s! Ce M. de Dax, tant qu'il fut en cestc ambassade, eut beaucoup de crédit à faire plaisir à beaucoup de chrestieos , car le grand seigneur le prit en amitié, tant pour sa belle et bonne conversation, que pour sa belle façon, car il estoit fort grand et de fort belle et haute taille, la barbe courte de nature, et les moustaches a leur mode : et pour ce disoient-ils tous qu'en sa taille et en sa carre il tenoit du Turc; et tous l'en aymoienl et l'admiraient et l'advisoient de meilleur cœur, a ussy qu'ils le sçavoient estre un des prebslrcs de nostre loy, ainsy que luy-mesme ne me l'a nyé, car nous tenions ces nouvelles venues au roy à la cour.
Pour fin, l'alliance du turc, que nos roys entretiennent, n'est point inutille aux chrestiens. Que l'on s'informe un peu aux consuls et marchands qui traictent et sont pour le roy en Constant inople, Alexandrie, au Caire, en Damas, Alep, à Tripoly de Suric et à Alger, combien de plaisirs, grâces et courtoisies reçoivent tous les chrestiens une fois Tau soubs le nom françois etcesluy du roy de France, et principallement par le moyen de nos ambassadeurs qui sont en Constantinople. Aussy tant qu'il y en va et en retournent, ils deviennent tous riches , comme fut La Vigne , que j'ay dict, qui estoit pauvre diable, et quand il en retourna il resta en chemin, où il mourut riche de plus de soixante mille escus, qui est beaucoup de ce temps la , comme aujourd'huy cent mille, et des plus beaux meubles et des plus exquis qu'on eust secu veoyr ; j'en vis aucun*; entre les mains de M. de Dax , la première fois que je fus jamais à Venise, qui esloient très-cxccllens et très -rares; et de tous en frustra ses parens , héritiers, et en fit madame de Savoyc sa seule héritière , pour avoir esté sa seule bienfaictrice et l'avoir advancé.
M. de Dax , quand il en retourna aussy (mais celuy-là estoit riche du sien) il en ramena pour le moins , en des plus rares meubles et tapisseries, plus de cent mille escus vaillant, dont la mai on de son nepveu de Nouaille en est décorée et en reluit très-fort aujourd'hui.
Ces ambassadeurs, pour faire plaisir aux marchans chrestiens , et uns et autres , reçoivent les presens d'eux , et ainsy «'en prévalent.
I II n'y a nul ma) en cela, puisque tout plaisir requiert son semblable.
Voulontiers j'allongerois ce discours par plusieurs beaux exemples, et mesmes comme ce p,rand roy d'Espaigne a bien alliance et confédération avecques les roys de Fez et de Maroque, et le Coliph , jusqu'à avoir de leurs eufaus nourris en sa cour, et vivans en leur mode et religion , à ce que j'ay ouy conter despuis peu : chose bien différente à ce qu'au voyage rie Baronne , estant venu un ambassade du Turc . les Espaignols trouvèrent cela si odieux, qu'il fallut que le roy l'allast recevoir hors de Bayonne et de l'assemblée; car j'y estois et le vis. Je craindrais que ce discours fust trop long ; et dt faict il en mériterait un entier à part , sans l'avoir mis en forme de disgression , que j'ay faicte sur le propos de l'alliance que renoua M. de Vieilleville du roy et des Suisses, qui ne fut pas petit service faict à la France, pour estre ce* messieurs à elle très-botis et ulilles.
Aucuns pourtant tiennent qu'ils n'y sont tant ulilles ny de service qu'on dirait bien , et qu'ils coustent plus qu'ils ne servent, si-non d'autant qu'en une armée ils servent d'en faire un grand corps; et si nous ne les avions, d'autres les auraient. J'espere en faire un discours a part sur les services et desservices qu'ils nous ont faict , illustré de force exemples , et mesmes ce qu'en dit nostre grand roy d'aujourd'liuy. lorsqu'ils se mutinèrent au siège de La Faire, qu'ils plièrent bagage et mirent l'enseigne au vent, tabourin battant, amutinés pour n'estre payés. « laissez-les aller , dit-il ; ils me coustent a plus qu'ils ne valent ny qu'ils me font de service.» Mais après le tout fut appaisé. J'en parleray en la vie du roy.
Pour achever doneques à parler dudict M. de Vieilleville, il eut un très-grand honneur à la conservation de sa ville , sur laquelle jamais n'a manqué de veilles ny d'entreprises, entre autres une qui fut faicte par le comte de Maigue, gouverneur de Luxembourg, ayant gaigné et corrompu trois soldats, dont l'un estoit caporal et l'autre lancepassade ',et ce durant la trefve, et par le consentement du prince de Piedmont, comme j'ay dict en son discours.
Une autre entreprise fut aussy par le moyen du chapitre gênerai des Cordellicrs , qui avoit
1 AnitDttuide
M. LE MARESCH AL DE BOURD 1LL0N.
esté* monopole et arresté exprès en ceste ville pourcesubject.il n'y a meschanccté qu'ils ne fassent soubs la couverture de religion sans craindre Dieu : aussy cela fut cause que ledict sieur de Vicilleville advança eu la ville le presche et la religion huguenotte, et la mit plus baut que devant , de beau despit qu'il eut , et porta à la sienne catholique très - mauvaise vangeance pourtant pour en avoir receu une telle estrette.
Cela le fit bien aussy soubçonner autant de ta religion, avecques plusieurs autres traicts que j'ay dict et point dict. Bien servit audict M. de Vicilleville d'estre là sage et fin, comme on le lenoit à la cour. Aussy, pour rendre à l'enncmy ce qu'il lu y près toit , il baslit et traicta l'entreprise de Theonville , et M. de Guyse l'acheva et la prit.
Pour conclure, ce M. le mareschal mourut avecques beaucoup de réputation en sa maison de Durtal ; ainsy que le roy y arrivoit, et qu'il s'y preparoit de le bien festicr.