‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 288 sur 361 · M LE MARESCHAL DE BOURDILLON · texte numérisé non relu

M LE MARESCHAL DE BOURDILLON

Son compaignon , M. de Bourdillon , fut aussy mareschal de France, qui avoit esté en ses jeunes ans escuyer d'escurie de M. le Dauphin, qui estoit de ce temps là un très-bel estai pour avoir souvent l'oreille de son maistre quand il va par les champs, près lequel se doibt tousjours tenir et le suivre par-lout là , où quelquesfois le peut entretenir à part, comme il luy plaist, et quand il lebotteaussy. 11 estoit de bonne maison et puis-né de sa maison, estant son aisné le sieur Des Bordes , qui suivoit M. d'Orléans ; tous deux braves et vaillans gentilshommes.

Ce M. de Bourdillon fut lieutenant de M. de Nevers en son gouvernement de Champaigne , où il a très-bien servy le roy tant que la guerre a duré. Les histoires en sont toutes plaines de ses valeurs et services , sans que je les die.

La paix estant faicle, le roy le retira de là, et l'envoya son lieutenant gênerai en Piedmont quand il en revocqua M. le mareschal de brissac.

Or, par ce traicté de paix entre les deux grands roys, il avoit esté dict, que Thurm et

! autres places seraient rendeues, qui sont com- I prises audict traicté, au bout de quelque temps, j et lorsqu'il en sortirait un fils né du maryage de M. et madame de Savoye. M. de Savoy e, fin, trinquât et corrompu , fit tout ce qu'il peut, et madame sa femme, pour ayoir un fils, et, aussy tost eu, ne faillit d'en sommer le roy et les luy demander, prenant le temps bien à propos, car ce fut sur sa minorité et le commancement des guerres civilles.

Cela fut mis au conseil, et débattu par diverses raisons.

Les uns opinèrent : que les roys n'estoient tenus de tenir ce que leurs prédécesseurs avoiens faict et accordé, et que , selon les ebangemens des roys, les opinions et effects se pouvoient changer.

Autres dirent : qu'il falloit attendre la majorité du roy, et qu'estant mineur, il ne pouvoit rien ordonner pour affaires de telle conséquence sans une convoquation d'estats, comme cela s'estoit veu; et que de les assembler ne se pouvoit, à cause que la France estoit toute en trouble, division, sédition et guerre, et qu'il falloit attendre qu'elle fust paciffiée, comme l'on estoit tous les jours après. Tant d'autres raisons alleguoient là-dessus, qu'ils faisoient ceste opinion meilleure que des autres, qui dirent qu'il falloit contenter M. de Savoye, qui ne voudrait point attendre et se pourrait mutiner et nous faire la guerre ; et que ce qu'il demandoit par douceur , qu'eu luy refusant il l'aurait par force; et, Dieu sçail! d'un an il n'eust pris la moindre ville de celles qu'il nous demaudoit, estant dès lors très-foiblc encor, et qu'il n'avoit mis ordre à s'cslablir et fortifier comme quand il receut ses places.

Autres disoient. : que ce n'estoit pour l'amour de M. de Savoye qu'on le debvoil faire, au moins qu'on le fist pour l'amour de madame de Savoye , qui estoit si bonne fille de France. A quoy les plus zellcs rcspondoienl : Que le diable y ayt part! elle en avoit trop eu et emporté, et qu'elle s'en debvoit contenter ; et que jamais fille de France , non pas dix autres ensemble, n'en curent jamais tant en maryage.

Autres disoient que le roy d'Espaigne s'en formaliserait. Alors disoient les braves du conseil : «Quand ce viendrait là, il y songerait «trois fois, et s'il nous rccuinmauce la guerre,

«non* la Iny sousticndrons, et fairons aussy a bravement que jamais; et possible n'y gai- « gnera rien , et cause que nous nous accorde- « rons et nous rallirons entre nous , comme de la h jeunesse de l'empereur Charles firent le» Es- «paignols révoltés contre M. de Cbicvres, lors- « que nous leur allasmes foire la guerre en leurs «fouyers, soubs M. d'Esparre. »

l.e roy de Navarre , tenant le premier lieu ni France s'abbatlit lors sur l'escot, et débattit qu'il felloit faire ceste restitution résolument; autrement il n'auroit poiut le royaume de Sardaigne tant promis : et que M. de Savoye luy avoit mandé et promis qu'il luy ayderoit beaucoup à l'endroicf du roy d'Espaigne : et Dieu seait encor que le roy d'Espaigne n'ayt rien en cela faicl pour luy, si-non qu'il eust redondé et tourné à son profficl. Madame de Savoye luy en manda de mesmes, et qu'elle en solliclieroit tort M. son mary, parce qu'elle aymoit fort aussy la reyne de Navarre Maguerite , sa tante et sa marraine, et cousine de la vivante, la reyne Jeanne.

Pour fin, amprès force altercations, le plus foybleparly emporta le plus fort: et pour ce fut depesebeen Piedmont du bois de Vincenncs, amprès la prise de Bourses, comme je vis, le seigneur d'Aluyc, l'un des quatre secret t aires des commandemens, lequel esloit fort amoureux pour lors de madamoisclle de Piennc , qu'il désirait fort espouser; et le roy de Navarre Iny promit que s'il faisoil bien le négoce à son contentement, qu'il la luy fairoit espouser; on il n'y avoit nulle apparence autrement sans teste faveur, d'autant que ciste damoiscllc estoit fille de l'une des meilleures maisons de France, el des belles et bonnestes , cl qui avoit reffusé en son temps de si hauts et grands parlys, qu'il n'y avoit point de raison qu'un petit secretlairc des commandemens IVspnusasi; qui l'espousa pourtant après, plus par humeur e t caprichc qu'il en prit A la fille que par raison; ainsy l'ay-jc ven dire a force gens de nostre cour, alors, et cognu ; et non par la faveur du roy de Navarre, car il cstoil mort plus d'un >n auparadvant; mais ce fut luy pourtant qui premier, luy tint le menton à cest amour et l'y encouragea et luy assista Te plus qu'il peut , ainsy qu'en ces choses à la cour les grands y peuvent et servent beaucoup, mesmes leurs

\NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

compagnons et amys particuliers. Voylà doncques le seigneur d'Aluye depesebé.

Cependant ledict seigneur de Bourdillon brave fort en paroi les et rodomontades, que résolument il ne fairoit aucune restitution, de places, et quelles luy a voient esté données en garde par un roy majeur, et qu'il attendoit la majorité, quelque commandement qu'il receust, et qu'un jour il en pourrait est re recherché de sa vie , de son honneur et de ses biens. Les bons François zcllés louoient et exaltaient ledict sieur de Bourdillon tout ce qui se peut , et que c"es- I (oit faict en homme de bien et d'honneur, et qu'il debvoit ainsy faire.

Ceux de Thurin et des autres villes l'y poussent et se rcsjouyssenl fort de sa belle résolu - . lion. En cela aussy bien différante est la domination du roy de France, grand et puissant, à ; celle d'un duc , quelque grand qu'il soit ; car ils i ne se veulent disjoindre s'ils peuvent de leur roy '. acquis, plustost que de leur seigneur naturel, bien que nous tenons le Piedmont de droict de , la couronne.

Tout ce beau jeu se joua l'espace de quelque temps; mais ledict sieur d'Aluye arrive, qui promet audic! sieur de Bourdillon un estât de niarcscbal de France, le premier vacquant, voyre ■ un supernumeraire: promet aussy des pcnlions ! et bienfaicts du roy et du roy de Navarre. M. de ; Savoye promet aussy la pièce d'argent , ce disoil-on, pour sa manche, comme dict l'Italien.

M. le président de Biragues, beau-père du- ! dict de Bourdillon, à qui il avoit donné sa fille ; unique en maryage , avecques de bon argent, le gaigne aussy par belles promesses et offres de beaux et grands estais en France, ainsy qu'il n'y fut point trompé, car il fut du conseil privé, et donné a Monsieur, frère du roy, pour un de ses principaux conseils aux armées, car il esloit homme de plume et dïspée, pour avoir fort traisné les guerres au Piedmont , comme je luy i ay ven. Il fut gouverneur de Lyon en Lyonnois | en l'absence de M. de Nemours, car je l'y ay veu J en 1res grande auclorité et respect, et marcher avecques sa garde ordinaire comme un prince; fut après garde des sceaux , puis chancellier, et pour rin cardinal et riche en biens d'église; ce qu'il ne voutoit point ; et accepta le ebap- : peau en despif de luy, parce, disoit-il, qu'u*

M. LE MA R ESC H AL

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