‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 289 sur 361 · DR RO II RDILLON · texte numérisé non relu

DR RO II RDILLON

n'estoit pas bien né ny adcxtrc à far tutle queste gentiltezze e cerimonie eccleslastiche »; osant de ces mesmes mots, encor d'an autre plus estrange qu'il n'est pas bien séant de dire pour la reverance de la religion : mais ce n'estoit pas là rencloueure qui le picquoit, car il ne se vouloit desfaire des sceaux qui luy porloienl tous les jours de si bons fhiicts d'escus, que le seigneur de Goutery, son secrétaire, faisoil ordinairement changer d'air et passer de là les monts en quelque banque, ce disoiton, tant pour son maistre que pour luy, qui est mort à Tliurin pauvre prestre, n'ayant que ce que sa messe et son breviere luy produisoient , comme j'ay ouy dire. Touchant sou maislre, on n'a trouvé après sa mort tant que Ton disoît dorant sa vie ; et quant à moy avecques d'autres, je ne l'ay trouvé tant rapineux comme on l'a faict et en cryoiton , et d'autres ses pareils ont faict ; car je l'ay tousjours veu et cogou pour un fort homme de bien et d'honneur, et qui aymoit plus la noblesse françoise qu'on ne disoit ; car il estoit très-bon François et bien affecté à la couronne, dont pour ce en fut banny de Millan et ses biens confisqués, luy et les siens. Aussy fut-il fort aymé et bonnoré de ses roys et reyne mere, luy vivant ; et, luy mort , le roy Henry dernier luy ordonna des obsèques très-belles et toutes pareilles à celles d'un très-grand prince.

Voylà doneques ce président gaigné, qu'on n'eust jamais pensé qu'il deust abandonner Tliurin , d'où il estoit premier président, où de longue main il s'estoit accasé et habitué, et y estoit fort aymé, et y commandoit en Piedmont mieux que son gendre , qui n'y avoit si grande créance que le beau-père, qui l'avoit acquise là de longue main.

Pour fin , et l'un et l'autre se laissèrent aller, avecques tin très-grand roescon lentement des l'iedmon'ois franchisés , qui les maudirent en ibible et leur rrprorhoienl qu'ils a volent faict umt bel/a spanpanata e nlente 8 ; autres disaient qu'ils avoient faict unabellacagata et !cs François disoient que ledict sieur de Rourdil- Ion avoit faict une fort belle levée de boucliers, et qu'il n'avolt après faict que chier dessus.

* A faire tratie» ce* Rcntilleues el cérémonies ectlésin- 'iqur»

* IJiif brllr fahfjromiadc, et lieu.

* Une belle raradr

Aucuns disoient qu'il debvoit tenir jusqu'au bout et laisser veoyr venir le temps , et qu'il n'est pas bon quelquesfbis en tels subjects et omirrances d'obeyr tousjours à son roy et à son prince; car bien souvent commande-il une chose, soit par prière ou importunité, ou pour autre occasion , que tout aussy tost il s'en repent : comme fit nostre roy Henri III, quand il accorda à Monsieur, son frère, la ville d'Angoulesme, et puis contremanda en cachette an sieur de Ruffec de la rendre , ainsy que j'en parle ailleurs. Lorsqu'il accorda là aussy la ville de Saincl-Jean à M. le prince de Condé dernièrement mort, pour sa seurelté, il en fit la depesche au maire de la ville, car il n'y en avoit d'autre pour lors qui commandast que luy, pour la rendre; ce qu'il fit aussy tost : mais , deux jours après , il luy renvoya un courrier en toute dilligence, pour luy commander qu'il ne lefist pas. Mais il n'estoit plus temps, car M. de Sainct-Mesmes, qui despuis y a tousjours demeuré gouverneur, y estoit deux jours devant seulement. Je pense avoir dict escrit cecy en autre lieu , il y faut adviser : un bon correcteur en fait l'office.

Si celuy qui livra le connectable de Sainct- Paul, de par le duc Charles de Bonrgoigne, au roy Louys XI , eust un peu temporisé à le livrer, il eust veu arriver le courrier qui luy en apportoit un contraire mandement , et ledict duc s'en fust mieux trouvé ; car oneques despuis ceste perfidie et livraison il ne proffita, ce disent nos histoires.

Si ceux qui livrèrent la ville de Pise,Serzannc et autres places que le roy s'estoit réservé à son voyagede Naplcs, eussent créa M. de Ligny, très sage chevallier, qui sous bourre leur deffendoit tousjours, et qu'ils temporisassent un peu , possible n'eussions-nous perdu le royaume de Nazies, ou, pour le moins , nous l'eussions secouru et les chasteaox qui nous tendoient les bras.

En ces choses doncqncs de telle conséquence il y faut bien adviser et attendre un peu leboiteux, que nos roys et supérieurs ayent un peu meury leurs advis, comme l'on fait des frutets verts sur la paille, que le temps assaisonne. Ainsy qu'une fois très-bien rencontra un gallant homme que je sçay, qui , voyant un jour un de nos roys porter en esté un chappean de paille : « Voylà, dit-il , comment ils dcbvroient ces roys,

« en esté et en hyver, porter de ces chappeaux de i paille tous jours, afin qu'en estant bien cou- «verts ils en meurissent mieux leur cervelle. »

Il se fairoit sur ce subject un très-beau et très-ample discours , que je laisse à plus suffisansque moy.

Pour fin, M. de Bourdillon s'estant despouillé de ses villes, je le vis arriver à la cour à Paris, après la paix de la première guerre , bien venu du roy et de la reyne, d'aucuns estimé et d'au* cuns non , pour avoir ainsy laissé la ceinture et faict la quinquenelle 1 de ces pauvres places, comme l'on disoit à la cour. Si ne se peut-on passer de ses services, car il estoit seigneur de valeur; aussy en avoit-il la façon , et estoit de bonne grâce et haute taille et belle apparance. 11 avoit les advis très-bons et beaux , et estoit fort sage et froid en ses conseils et actions; et pour ce fut faict marescbal de France, comme il le merilloit et qu'on luy avoit promis; et mourut tel à Fontainebleau, avecques le regret du roy et de la reyne et de toute la cour. Pour quant au seigneur d'Aluye, je le vis arriver quelque temps après à la cour à Fontainebleau, chargé, disoit-on, de fort beaux presens, reccus de M. et madame de Savoye pour son ambassade bien faicte à leur plaisir. Entr'autres il avoit une très-belle et grosse chaisne d'or à gros ! ebaisnons, qui pesoit plus de deux mille escus, I après laquelle M. de Villeclair-le-Gros se mit à faire l'amour tout un long temps; et ne cessa j ny discontinua jusqu'à ce qu'il luy eust gaigné à la prime teste à teste, car ils estoient tous deux très-grands joueurs, mais l'un y estoit plus fin et habille que M. d'Aluye, qu'on disoit l'avoir emporté par artifice.

11 fut tout un long temps que ledict sieur d'Aluye tant qu'il jouoit on le brocardoit à tous cou ps : « Ce sont des escus de Savoye , » bien qu'ils fussent de France et d'Espaigne; «de quoy voua «en souciez- vous?» D'autres luy disoient : «Ne «jouez pas tant ; car on vous en a assez donné , j «on ne vous en donnera plus. » Ainsy luy faisoiton la guerre : et aucuns en faisoient bien au- ' tant, et les dames principalement , à M. de Bourdillon quand ils luy voyoient quelque chose de beau, ou d'or, ou de pierreries, ou meubles, à luy ou à sa femme; et ceux qui ne le disoit-nt a leur nez le disoient à part : que c'es-

1 Kepoi de cinq au».

NOS CAPITAINES FRANÇOIS

toient des presens de M. et madame de Savoye.

Voylà que c'est que de la cour, devant laquelle il ne faut guieres broncher; car, bien que mondict sieur et dame de Bourdillon eussent assez de quoy et moyens pour en avoir et accepter de très-beaux, on leur donnoit de celles-là.

Voylà comme alla et se mena et se joua la despouillé de nos villes qui nous estoient restées en Piedmont, et qui nous avoient tant cousté d'argent et de sang.

M. DE LA CHASTAIGNERÀY E.

Le tiers, qui csîoit compaignon des d?ssusdicts MM. de Vieilleville et Bourdillon, hit M. de La Ghastaigneraye mon oncle, duquel ne faut doubter nullement que , s'il eust faict quelque peu plus d'aage qu'il ne fit, qu'il ne fust e>(é bien plus grand et bien plustost advancé à plus grands grades que ses deux compaignoos; car desjà il estoit gentilhomme de la chambre dn roy pour lors que les autres n'esloient qu'escuyers, et aussy qu'il les surpassoit tous deux, sans leur faire tort , et de faveur et de valeur: car si les autres en avoient des eachantillons pour en faire la preuve et la monstre, cestuycy en avoit la pièce toute entière. Mais le traistre dieu Mars, qui favorise le plus souvent plus une foyble espée qu'une bonne, l'emporta, n'ayant encor attaint les vingt-six ans, par ce combat coutre le sieur de Jarnac, dont j'en espère ailleurs parler, et certes contre l'opinion de tout le monde, et principallement de ceux qui avoient veu et cognu ses hardiesses, ses prouesses et ses armes, qu'on tenoit lors pour les meilleures de la France ; et y en eut force qui ne le regrettèrent guieres, car Us lecraignoient plus qu'ils ne l'aymoient. Aucuns, qui bonnoroient sa valeur, le regrettèrent de sa mort ainsy par mesgarde advenue. On s'en estonna grandement; et plusieurs, qui en estoient loingdu lieu du combat, en demeurèrent en suspens et en incertitude : tellement que deux vaillans soldats de Piedmont s'assignèrent combat là dessus, et s'entre-tuerent ; l'on le disant mort, et l'autre affirma tout à trac le contraire, et qu'il estoit impossible qu'un si vaillant homme, et qui avoit les armes si bien en

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