‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 294 sur 361 · M. DR TAVANNES · texte numérisé non relu

M. DR TAVANNES

très-beau; et le faict moult beau veoyr, tant le grand que le petit. 1-e grand collier fut composé rie sa devise du fusil, avecques la toison d'or revenant sur le devant , en imitation de celle que Jason avecques ses vaiîlans Argonautes en Colchosalla conquester, représentant la vertu tant ayméede ce prince, qui en emporta le nom de bonté; et aussy le fit-il pour l'honneur de l'Eglise, faisant ses chevalliers des plus braves et vaillans , et sans reproche des siens , pour la maintenir; et pour un grand cas , il donna cest ordre à son fils, comte de Charolois, dans le oerceau , qui le fit bien valoir despuis, à mon advis. Ainsy l'escriteau de son tombeau en est :

Pour maintenir l'Eglise , estant de Dieu maison , J'ay mis sus le noble Ordre que l'on dit la Toison.

La devise du fusil est très-belle, et qui porte ces mots de grande valeur et vertu, qui sont : Anteferit quàm fia m ma micel 1 : mots trèsbeaux et de bon enseignement à nos braves princes, seigneurs, gentilshommes et autres, qui bravent, menassent, se vantent, et rien puis après. U vaut mieux frapper avant et monstrersa valeur par Teffect que par les parolles , ainsy que fait le fusil , qui frappe avant que faire flambe.

Or, tout ainsy que ceste Toison fut inventée pour un beau et sainct œuvre vertueux, vous diriez que puis après elle fut fort malheureuse et fatalle à ceste maison de Bourgoigne pour quant à l'end roict de ce brave Charles, duc de Bourgoigne , son fils , pour avoir mal espousé la querelle du comte Roraont contre les Suisses, auxquels appartenoient certaines charrettées de toisons et peaux de moutons desquelles il s'estoit saisy ; dont s'en ensuivit sa totale infortune à Morat et Gransoo, et puis devant Nancy. Ainsy d'un costé la Toison ennoblit et illustra grandement ceste maison , et de l'autre la toison et peau de mouton la ruyna ; non pas du tout ny pour un long temps , car Maximilian, empereur, ayant espousé l'heritiere, la remit; et puis après ses vaillans successeurs ont eu beaucoup de peyne à maintenir leurs successions, possessions et terres contre nous; mais aussy ils nous en ont bien autant donné , voyre plus : et uos roys, par amprès la mort du duc

* Il frappe avant que la flamme brille,

Charles, voulurent aussy, comme les terres et souverainetés, débattre l'Ordre de la Toison, et leur en oster ledroicl et la puissance d'en couferer l'Ordre, puisque le tout avoit failly en la fille Marie de Bourgoigne, et qu'ils estoient les chefs de tout ; mais amprès ils adviserent qu'il n'estoit pas bien séant de se rendre chefs de l'Ordre du vassal , ny le maintenir ny conférer; parquoy ils laissèrent là le tout, comme chose non jamais advenue, contendue ny songée seulement, et gardèrent le leur de Sainct-Michel, et s'y arres^erent comme en une très-belle institution, que possible nos roys, tant qu'ils viendront par amprès, n'en excogiteront ny invanteront de plus beau, soit par constitutions, formes , règles et cérémonies, que pour l'ordre et habits, si superbes, que j'ay ouy dire à plusieurs anciens, et principalement à feu M. de Lansac, qui estoit un vieil registre des antiquités de la cour et de la France, que celuy du Sainct Esprit, tant en l'Ordre qu'au manteau, n'estoit que quincaillerie et bifferic au prix de celuy de Sainct-Michel. Pour une très-belle preuve et marque de la grande noblesse , vertu et valeur de l'ordre de Sainct-Michel , faut considérer seulement combien de braves empereurs, roys, grands princes, seigneurs et vaillans capitaines en sont estes décorés, et se sont estimés très-honnorés de le porter, despuis la première institution du roy Louys XI, jusqu'au nouvel ordre du Saincl-Esprit , et comment ils l'ont porté en très-grand honneur et révérence, au lieu que celuy du Saincl-Esprit n'a esté traisné et charié que par persounes la plus grande part plus basses que hautes; si que, sans rn amuser à raconter les plus grands personnages et les especiffier, qui ont prisé tant celuy de Sainct» Michel , vous avez eu : Maximilian empereur, ce grand Charles Ferdinand son frère, et Maximilian son nepveu , et puis le grand Philippe, roy des Espaignes; qui valloit bien un empereur; les roys d'Angleterre Henry, Edouard ; la reyne Elisabeth ; le roy d'Escosse Jacques , et quelques autres ; de plus aussy tant de grands princes et seigneurs de Savoye, de Ferrare, de Mantoue, d'Italie et d'Allemaigne; bref, un nombre de tels et si remarquables chevalliers , et tant aussy de vaillans et braves grands capitaines, que si je les voulois nombrer les uns après les autres, comme je pourrais bien faire»

le papier me faudrait plus que leurs illustres noms, autant de ceux de uostre nation que des estrangers, au rang desquels on ne m'en sçauroit tant mettre de ceux du Saincl-Espril et leur cordon bleu, qui paraissent peu ou rien au prix des autres. Non que je veuille dire ni affirmer que de braves et grands seigneurs et vaillans capitaines ne l'ont porté et s'en sont chargés , mais ils ne sont estes que de uostre seule nation, et non les étrangers, comme de crainte qu'ils n'en eussent faict de cas, pour ne le trouver beau ny bien convenant , et qu'ils en avoieni descouvert l'institution peu honnorable au prix des autres anciens : encor plusieurs braves et grands de noslre nation l'ont quitté et mesprisé , comme messieurs de Guyse , mais , je croy, plus pour la bayne qu'ils ont porté à l'instituteur, que pour autre subject. Il louoil fort amprès ecluy de la Toison, et puis celuy de la Jarretière, comme certes ils sont très-beaux et riches; et en fait bon veoyr les chevalliers vestus et eu leur haut appareil , tomme je les ay veus tous en ma vie ; et en y songeant encor j'en entretiens ma pensée et mou contentement.

Celuy de l'Annonciade de Savoye est fort beau aussy; et va après tous, encor qu'il soit le plus ancien de tous, car il fut institué par le comte Amé cinquiesme du nom. La devise duquel ordre est d'un collier d'or à quatre lettres cntrelasséesdc lacs d'amours, avecques l'image de la salutation à la Vierge Marie. Lesdicles quatre lettres sont F. E. B. T. , qui valent autaul à dire : Fortitudo ejus Rhodum tenuit K L'occasion eu fut : que ledicl Amé. estant devant la ville d'Acre, il y conserva si bien une fois en un combat les chevalliers de Rhodes, y faisant comme l'office de grand maistre, que despuis fut par le grand maistre octroyé et prié de t porter les armoyries de la religion, qui est la croix, comme de faict la maison de Savoye les porte encor, car avant elle port oit celles de Saxe , dont elle est issue. Autres disent que ce fut devant Rhodes mesme; qui est le plus vraisemblable, puisque la devise le porte, là où il combattit si vaillamment contre les infidelles , que sans luy ils prenoient la ville et mettoient les chevalliers à néant; dont le grand maistre le recompensa par ce don et octroy d'armoyries ,

' Sa va'cur a maiulenu Rbodrt.

que luy et sa maison porteraient à perpétuité ; ce que despuis ils ont faict , comme de vray le subject en est très-beau et très-remarquable. Et tournant de là , il institua cest Ordre dont il en fut le chef; et fit quatorze chevalliers trèsnobles, et luy faisoit le quinziesme; auxquels il donna à chascun son collier de telle devise, lequel est très- beau, comme je l'ay veu porter à M. de Savoye et à M. de Nemours le dernier.

Le bon et brave roy René de Sicille institua aussy en son temps l Ordre des chevalliers du Croissant, auquel estoient escrtts ces mots : Lu en croissant; inférant par là que non-seulement en vaillance et braveté, mais en toutes vertus et renommée , il falloir tousjours aller en croissant Les noms des premiers institués , ce sont ceux du temps de nos pères , avecques leurs armoyries en l'église de Saincl-Maurice d'Angers, eu une chappelle qu'on appelle la chappelledes chevalliers. J'ay ouy fort estimer à aucuns vieui cest Ordre et la devise.

11 faut finir ce discours, que je n'ay faict si long comme je l'eusse voulu; mais possible l'ai Ion géra y -je en la vie du roy Henry, grand instituteur et fondateur de celuy du Sainct- Esprit: cependant il m'est aysé à pardonnerai j'en ay faict ceste digression , qui m'est veuoe en fantaisie , pour monstrer en passant l'abus de nos ordres d'aujourd'huy et sa grande gloire et vertu du temps passé, à propos de M. de Tavannes, lequel je reprens encor pour dire que:

Quand il eut l'ordre de la façon comme j'ay dict , la renommée en fut grande par la France, et luy en fut très-honnoré, et continua tousjours à très bien faire et à gouverner très-bien et très sagement son gouvernement de Bourgoigne soubs M. de Guyse , durant les guerres estrangercs et civilles. Et les secondes venues, il fut depesché avecques M. d'Aumalle et M. de Guyse, qui esloit lors fort jouvenet, pour empescher M. le prince de joindre ses reistres à Mouzon, et de rebrousser amprès vers la France ; mais ils ne peurent. Et pour ce retournèrent trouver Monsieur à Troyes en Champagne , comme je les vis estonnés. Peu d'exploicts se firent beaux, si -non k

' t.< hm:;. Miii ajoute: «Kl ton lirrmile s'apprilail

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