M. LE MARESCHAL DR BIRON
reniais. Tant y a, qu'il y perdit son second fils, le baron de Sainct-Blanquarl , dont ce fut grand dommage. Voylà comme les François se sont tonsjours comportés en toutes leurs conquesies de long-temps; car ils y ont voulu imperiertrop superbement , et avoir tout , jusques aux femmes, tant ils sout insatiables.
hslans nos François tous tournés eu France , et Monsieur ne voulant encor quitter sa part de .ses Pays-Bas, ainsy qu'il premeditoit son voyage (tant il estoit courageux cl ambitieux), il vint à mourir : dommage certes incomparable arrivé à la France despuis cent ans ! car c'esloit le plus généreux prince et brave qui naquit il y a longtemps, duquel la fortune n'eust peu limiter son courage et son ambition de la moytié de l'Europe, ainsy quej espère le faire toucher au doigt en sa vie , que je prelcns faire à part , avecques autres sept que j'ay proposé, qui sont : le roy Henry III, M. d'Alançon , M. de Guyse, Henry de Lorraine, le prince de Parme, le duc de Biron, le prince Maurice et le roy de Navarre, nostre roy d'aujourd'huy.
Monsieur mort, la ligue commance à se produire peu à peu , de laquelle Ton dit que M. le mareschal de Biron y fut convié, voire qu'il y entendit et presta l'oreille, moyennant trente mille escus qu'on luy présenta. Et se trouva de vray à Bourg sur mer, chez M. de Lansac , où semblablement mesdicls sieurs le mareschal Sainct-Luc, d'Aubeterre, de Lussan et Lansac, qui mettoit la nappe et faisoit le festin. Là il se dcmesla et traicta-on de plusieurs affaires, dont j'espere en parler en la viede M. de Guyse, commej'en ay sceu par la bouche d'uu de ces messieurs les conviés. On dit que ce qui en fit prendre le goust audict M. de Biron , ce fut qu'on luy avoit promis lesdicts trente mille escus; et quand ce fut à les produire cl l.vrcr, qu'on ne produisit que des bagues, joyaux et pierreries, dont il dit qu'il n'en avoit affaire, et que telles pièces ne pouvoient pas donner à manger ny à vivre. D autres, la plus saine part , disent que certainement il se trouva a ce festin, entendit leurs parolles et desseins qu'il desapprouva, et raesmes dequoy ils les foudoient sur la religion , et d'exterminer l'heresie , dont il s'en mocqua.
Tant y a, que le roy après ne trouva point en ceste guerre meilleur ny plus loyal serviteur, ny nullement partial , si-non pour Sa Ma-
jesté, ainsy qu'il fit paroisire en la charge de l'armée qu'il luy donna pour venir en Guyenne , où il s'acquitta très-dignement, jusqu'à se pre cipiter aux hasards et dangers, comme quand h estoit jeune , et se présenter de mesmes aui escarmouches , comme il fit au siège de Maran où il eut une grande harquebusade dans la main. Jamais bon cœur ne peut mentir
M. de Guyse mort, il alla trouver son roy bien à propos, et duquel il avoit grand besoing, qui le receut aussy avecques une très-grande joye, secourut son maistre en sa grande nécessité, car quasy toute la France estoit bandée contre luy, à cause de ce massacre de M. de Guyse.
Son roy mort , luy ayant pris de longue main créance parmy les gens de guerre , tant François qu'estrangers, que tous l'aymoient et adoraient , il les asseura et gaigna si bien , que voicy (un grand coup cestuy-cy, voire le pins beau qu'il ayt faict de son temps pour matière d'Estal) , que voicy le roy de Navarre, sans aucune contradiction , de la vois et consentement de tous , mis en la place du feu roy ; quasy pareil traict que fit le premier bascha après la mort du sultan Soliman pour son successeur : si bien que le monde tient , et est aysé à présumer, que M. le mareschal le fit roy, comme il luy sceut , (à ce que j'ay ouy dire) despuis bien dire une fois et reprocher; car les catholiques le voyant huguenot l'eussent abandonné, et les huguenots n'estoient assez forts pour le mettre en ce siège; mais par l'industrie dudict sieur mareschal, ils furent reduicts et convertis d'obéir à ce nouveau roy, tout huguenot qurtl estoit , si-non par bon vouloir , au moins pour vanger la mort du pauvre trespassé, injustement massacré, qu'il donnoit ainsy à entendre.
Ce ne fut pas tout, car il le fallut maintenir, et conquérir les places, ou n'estre roy qu'à demy. A quoy ledict sieur mareschal assista si bien à son roy , qu'avant mourir il luy ayda à en recouvrer de belles et bonnes , gaigner la baltaille d'Yvry, et sortir d'Arqués et de Dieppe, comme j'espere dire en la viede nostre roy. Et puis, en recognoissant la ville d'Espernay, il vint à avoir la teste emportée d'une canonnade : mort très-heureuse certes, si l'on veut croire Caesar, que la moins opinée est la meilleure; j'y mets aussy celle qui fait moins
languir. Mais, disent aucuns chrcsticns, on n'a loisir de se recommander à Dieu ny de le prier pour son ame. Si tout clireslien fait comme Dieu nous commande, de nous tenir à toutes heures préparés ( car nous ne sçavons à quelle heure le larron viendra pour nous surprendre), cl à tous momeus songer en Dieu et le prier, aussy est bonne et salutaire cestc mort soudaine, comme la plus languissante ; si ay-je ouy dire à un grand personnage théologien.
En voyià les plus briefs mots ce que je peux dire de mondict sieur le mareschal pour à cesle heure, jusqu'à d'autres endroicts que les occasions s'en présenteront. Et puis dire avecques veriléque, lorsqu'il est mort, il est mort un trèsuniversel, fustpour la guerre, fust pour les affaires d Estât , lesquels il a traiclé autant et les a sceus aussy bien que seigneur de France: aussy la reyne mere, quand elle avoil quelque grand affaire sur les bras, l'envoyoit quérir lousjours, fust en sa maison ou ailleurs, et avoil son grand recours en luy. Luy-mesme, en goguenardant , il disoil qu'il estoit un maisire Aliboron, qu'on employoil à lout faire, comme il esloit vray; et s'entendoit avecques cela très-bien en toul , fust pour affaires de paix , fust de guerre, aux» quels il esloit très-universel , et pour commander et pour exécuter.
Il avoit fort aymé la lecture, ei la continuoit quand il avoil loisir; et rcicnoit fort bien. Dès son jeune, aage il avoit esté curieux de s'enquérir et sçavoir tout , si bien qu'ordinairement il portoit dans sa poche des tablettes ; et lout ce qu'il voyoit et oyoit de bon, aussy tost il le mettoit et escrivoit dans lesdicles lableties; si que cela couroit en la cour en forme de proverbe, quand quelqu'un disoil quelque chose, on luy disoit : «Tu as trouvé cela ou appris dans a les tablettes de Biron.» Mesmes le greffier fol du roy Henry, il juroit quelquesfois par les divines tablettes de Biron. Tant y a , que toutes ces belles et curieuses observations , avecques son gentil esprit et braves expériences et valeurs , l'ont rendu un des grands capitaines de la chresiienté , je ne dis pas seulement de la France. Et ce que j'ay veu plusieurs s'eslonner de luy, que luy, qui n'avoil jamais traiclé grandes affaires aux pays estrangers , ny moins esté ambassadeur, pour les mieux entendre, comme un M. de Lanssac, de Rambouillet, et
i le mareschal de Raiz, et autres chevaucheurt de cuyssinets, il en sçavoit plus que tous eux, et
! leur en eust faict leçon, tant de celles du dehors
! que du dedans du royaume.
Il estoit très- vaillant , comme on l'a veu en bons endroicts périlleux en faire preuves manifestes. Je luy vis faire un traict à La Rochelle très-digne de sa vaillance. Le jour que mm commauçasmes le fort de Coureille, le soir venant , et qu'on vouloit commancer à se retirer, voicy que nous vismes sortir sur nous de la porte de Saiuct-Nicolas cinq à six cens harquebusiers , conduictsel soutenus de quelque vingt chevaux seulement, d'entre lesquels s'en debau-
. derent deux à part sur le haut des vigues, conviaus à tirer un coup de pistoilel ; et c'estoit Gampct , qui despuis on appella M. de Saugeon, un très-brave et vaillant gentilhomme , comme il l'a bien monstre despuis, et déterminé avecques cela.
M. de Biron dit aussy tost à M. de Strozze de faire marcher quelque trois cens harquebusiers, que M. du Guast , trouvant très-à-propos, menoit de son régiment bravement ; et fut attaquer l'escarmouche, qui ne dura guieres, pour l'amour de la nuict qui survint. Cependant M. de Biron ayant faict advaucer à soy la compaignie de M. de Savoye , que certes il faisait très-beau veoyr , et commandé de faire alte , il s'en va luy seul avecques son escuyer Baptiste attaquer Saugcon et son compaignon. Tirèrent chascun leur pbtollctà propos, qui portèrent si bien l'un et l'autre, que le cheval de Saugeon, qui estoit un très-beau cheval d'Espaigne , qu'il avoit eu de feu Flangeat , un gentil soldat mort un peu avant , eut un coup dans le corps, dont il tomba soudain; et , le maisire engagé, M. de Biron courut aussy tost à luy 1 espée au poing , luy cryant : «Rends-toy. » L'autre le recognut aus>y (ost : « Ah ! monsieur, sauvez-moi la vie. » M. de Biron luy dit : a Me cognoissez-vous ?Qui • suis-je ? — Ah ! monsieur , vous estes M. de «Biron, et moy je suis Campet.» Aussy-iost il fut sauvé, et M. de Biron nous immena gentiment son prisonnier , à nous autres qui estions à l'infanterie : qui fut un grand honneur à ce gênerai , d'avoir pris le principal et le plus mauvais et vaillant homme de la trouppe. Et luy dis le premier : «Par Dieu! monsieur, vous ave* «faict une chose aussy remarquable et me-