‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 299 sur 361 · M. LE MARESCHAL DE BIRON · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL DE BIRON

«morable, ot d'aussy heureuse et vaillante » rencontre qu'il arriva il y a long-temps à fje- «neral d'armée; il faut qu'il en soit parlé à «jamais, o

Il Iraicta fort humainement son prisonnier, car il n'esloit point massacreur de sang froid, comme tout gentil cavalier ne doibt eslre. Mais Monsieur, nostre gênerai amprès, sçachaut la prise dudict Saugeon, manda qu'on l'envoyast au chasteau de Nyort pour prison. Dont bien luy servit de se sauver et d'eu sortir par son bon esprit , car on Tcust faict mourir, d'autant qu'on le tenoit pour un fori résolu et déterminé soldat pour faire un coup, et qu'il s'estoit vanté qu'il ne mourrait jamais qu'il n'eusl eu sa part de la vengeance du massacre de Paris.

Tels coups de vaillance comme celuy-là de M. de Biron , portent sur soy quelque extraordinaire beau signal qu'une infinité d'autres qui se font en foule. Avecques ceste vaillance, qui estoit née et acquise en luy, il avoil beaucoup de belles vertus : il estoit très-magnifique, splandide, libéral et grand despensier , fust en paix , fust en guerre; si qu'un jour un sien niaisire d'hostel luy nions tra le grand desbordement de despense qui se fa i soi l en sa maison, et la grand supcrfluiié de serviteurs et vallcts , bouches inutiles qu'il y avoit , dont il s'en passerait bien, et pour ce y falloit faire un règlement et casseric. M. de Biron luy dit :«Scachez «doneques premièrement d'eux s'ils se peuvent «passer de moy; car s'ils te peuvent ou le veulent, je le veux bien, monsieur le niaisire: «mais je m'asseure qu'après que vous aurez 4 parlé à eux il faudra qu'ils demeurent.» Yoylà tout le règlement qu'il y fit. G'estoit le meilleur compagnon du monde et avecques qui il faisoit le meilleur, et faisoil d'aussy bons contes quand il estoit en ses bonnes.

Il nous donna un jour, à M. du Gua, qui aymoit bien les bons mots et qui en disoit d'aussy bons , et à moy, à disner; il nous en fit qui levoient la paille, entr'autres un du curé de Sainct-liustache, qui en son sermon, blasmant un jour les jeusneurs cl jeusneresses de la cour et de Paris, il dit: «leurs collations, si super- «flues en friandises, potages, fruits de four, i confitures et autres mets délicats et mangers «sumptueux, jusqu'à crever; et, qui pis est, se

• «lavent les mains, et disent grâces et benedi- «cité.» Voylà de terribles conséquences! Inférant par là , que c'estoit totalement des souppers et non des collations, comme si on ne doibt pas prier et rendre grâces à Dieu aussy bien à la collation comme au soupper. Ce mot , qui pis est, est fort à noter et est ridicule.

Un autre curé , délestant les sorciers qui se donnoicnl au diable pour avoir des poisons et morceaux venefiques, pour faire mourir les personnes, il dit que , sans se donner aux diables, il ne falloit qu'aller chez les appoticquaires , et eu achepter de bonnes poisons , qu'il uoinmoit par nom . et puis en donner à boire et manger ; en un rien on faisoil mourir qui on vouloit , sans se donner au diable. Il luy sembloil par là que ce n'esloit point se perdre uy se donner au diable, si-non par paroi le passée enti'eux deux.

Le pape Jules dernier, qui estoit bon corapaignon, fil une fois venir à soy la bande de gli malii e passarelli 1 qui sont à Rome, car il y en a aussy bien qu'en France, à Sainct- Malhuriu et autres lieux, cl en voulut aucuns veoir de leur urine, et sçavoir spécialement ceux qui luy sembloient de plus gaye el malliui in- s |ue humeur, el de quel bois ils se cliau fi oient. El faisant interroger un particulièrement devant luy d'où il estoit cl qu'il estoit, il luy respoiulil : qu'il estoit ce mesnie ange Gabriel qui fit l'annonciation à la Vierge, l/au Ire sien compaiguon qui estoil la auprès s'esrria soudainement el dit : «Il en a meuiy, faites le «fouiller; car alors j'eslois Dieu le pere, el «j'eu donnay la commission a un autre. »

Tant d'autres contes rament émis- je que je liens de mondict sieur le mareschal , qui sont encor plus sublins , car il n'en estoit jamais desgarny, et nullement communs, que vous n'eussiez dict la où il les peschoit, el desquels il n'en estoit point chiche quand il estoit en ses gayes humeurs et eu compaiguie des personnes qui les escoutoient, et quand il estoit hoiv> de ses collercs, auxquelles il estoit fort subject, et à offenser quelquesfuis , mais plus de parolles que d'effect , s'il n'en eust eu un grand subject.

Lorsque Sainct-Jean fut pris par honnesle 1 Foiuettaicusé».

composition, ainsy que M. de Pilles et ses gens se reliraient, M. de Biran estoit à la leste qui les conduisent : on luy vint dire qu'aucuns de nos gens en desvalisoient quelques-uns sur la queue. Il tourna la leste aussy tost, et mit l'espée au poing; et cuyda lout tuer des troiippes qui estoient en haye deçà , delà , pour faire passer les autres, et en estropia une infinité. «Hà ! coquins ! leur disoit-il , il n'y a pas deux • jours que vous ne les osiez pas arregarder au «visage ny les attaquer; à ceste heure qu'ils se «sont rendus, et sans force et résistance , vous « leur voulez courir sus ! Je vous tueray tous , et «apprendray à faire deshonneur à vostre roy, «que l'on dit qu'il a rompu sa foy. »

Je le vis une fois en la plus plaisante collere du monde. Un jour , venant au logis de Monsieur, nostre gênerai, ainsy qu'il s'approchoit, et qu'il y avoil force chevaux des seigneurs cl gentilshommes allendans leurs roaistres qui estoient dans le logis du gênerai , comme cela se fait aux cours et aux armées , il y eut un fort beau court au t d'un gentilhomme, qui valloit bien deux cens escus , qu ainsy qu'il s'approchoit fit semblant de luy ruer. Il mit aussy tost la main à Pespée et couppa tout à trac d'un revers le nazeau au cheval , qu'il n'y paroissoit que les dents ; dont il se monslra si laid , qu'il en fil rire lout le monde. Le gentilhomme s'en vint soudain à luy se plaindre ampiès que sa collere fui passée, cognoissant son humeur, car autrement il eust bien trouvé à qui parler, cl que son cheval estoit gaslc el perdu pour jamais, et qu'il en avoil refuté deux cens escus. «Quand vous en •eussiez reffusé mille, luy dit -il, je luy en eusse «faict de mesmes, car je n'ay qu'une bonne «jambe , je ne la veux pas perdre : mais venez «vous-eu en mon escurye, je vous en donneray

lilshomines mesmes de la contrée, jusqu'à nommer des petits ruisseaux qu'ils ne sçavoient ny ne cognoissoient pas.

Ce n'est pas lout, cela, -car il a faict et façonné M. le mareschal de Biran son fils, de telle sorte qu'il n'en doibt rien au pere; el la pluspart du temps fait ses logemens sans veoyr les pays el contrées, ny sans les recognoistre, ains à veue de pays ; si bien qu'on peut dire aujourd'huy que c'est le plus digne mareschal de camp qui soit en l'Europe. Ce n'est pas lout encor, car amprës nostre roy c'est le plus grand capitaine de toute la cbresiienlé, le plus brave, le plus vaillant et plus hasardeux que l'on voye. Tant de combats ou il s'est trouvé despuis ces guerres en font foy, et en la pluspart desquels il a esté lousjours blessé, moictié peu , moiclié beaucoup. Il esl ici , qu'on le peut dire fiée, et que toutes les guerres, combats, qu'autresfbis les palladins de France et chevalliers erransoni faict, n'approchent rien de ses vaillances. Je remets à les raconter par aucunes particulières dans sa vie que j'ay faicte, et celle de nostre roy d aujourd'huy ; lesquels tous deux joints ensemble , et qu'ils eussent les moyens et les gens qu'ils diraient bien, ils pourraient (ce croy-je) conquérir toute l'Europe. Ce sont esté eux qui ont esté les vrais fléaux de ceux de la ligue, et commancent à l'estre des Espaîgnols. Aussy , quand le roy el tous parlent dudict mareschal à la cour et à l'armée , des mareschaux de France, ils ne donnent point de queue à cesiuy-ty, sinon que M. le mareschal simplement, et les autres, bien qu'ils soient plus vieux que luy, la traisnent longue après eux comme une pertuisane.

Ce n'est pas sa vieillesse qui l'a rendu aios) si grand capitaine, car il ne sçauroit avoir que trente-deux ans; mais ce sont ses assidue!!*

«un qui le vaudra.» Ainsy disposoiton de ce praticques de guerre et combats qui l'ont mis brave seigneur quand sa collere estoit passée; | là. Encor avons-nous cesie grande obligation a et certes on pouvoit endurer de luy, puisqu'il ce brave pere de nous avoir laissé ce brave fil*.

csloit si accomply seigneur cl capitaine.

lequel il dressa en ses premiers rudimens,et luy

Enlre toutes ses belles perfections de guerre, | donna de si bonnes leçons, qu'après sa mon il

c'esloit l'homme du monde qui recognoissoit ] a pris sa place, son nom et renom du plus

mieux une assiette et logement de camp et [ grand capitaine de nostre France; qu'il ayme et

place debatlaille. Il s'entendoit très-bien à car- chérit si très-tant, qu'il luy faut donner cnie

tiger, et en faire luy-mcsme des cartes, et les gloire de ne luy avoir point faict de faux bon,

dev iser à d'autres. Je l'ay veu cognoisirc mieux comme quelques-uns , mais l'avoir lousjours

des pays et contrées que plusieurs auirei gen- bien defrendue par sa brave espée, et luy avoir

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