‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 300 sur 361 · M. LE MARESCHAL DE MATIGNON · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL DE MATIGNON

esté très-loyal , si-non sur la fin de ses jours, dont il en pastit, ainsy que j'en parle en sa vie : grand perte et grand dommage pour toute la France, voire pour toute la chrestienté! car il l'eust bien servie, qui toute d'une raesme voix Ta plainct , et dit qu'il ne debvoit point ainsy mourir par le faux rapport qu'on fit de luy, disoit-on. Sa mort est assez descrite ailleurs; si en parleray-je eocor assez en sa vie à part. Ce seigneur, M. le duc de Biron , n'avoit garde d'estre autre que très-brave et vaillant , estant d'un pere tel et d'une mere très-gencrcuse, de laquelle ta pluspart de ses exercices et plaisirs sont plus à la chasse et à tirer de l'barquebuse , qu'à autres exercices de femmes, et avecques cela une très-sage , vertueuse et chaste dame , comme sa patronne Diane chasseresse. L'exercice principal de mondict feu sieur mareschal estoit la guerre, et n'aymoit rien tant que cela. Le fils en estoit de mesmes , et y estoit du toui adonné.

J'ay ouy faire un conte , que , quand le prince de Parme estoit à Caudebec, M. le mareschal d'anuict 1 dit et représenta au roy devant son pere que , s'il luy voutoit donner quatre mille barquebusiers bons et choisis, et deux mille chevaux, qu'il luy empescheroit le passage. M. le mareschal le pere rabroua sur cela fort son fils devant le roy, et luy dit que c'estoit un babille homme pour le faire ; et s'y monstra si difficultueux qu'il en rompit le coup. Le soir amprès, il le prit à part, luy dit et luy remonstra qu'il sçavoit bien qu'il cust faict ce coup , ou il fust mort , mais qu'il ne falloit jamais tout à coup veoyr la ruine d'un tel ennemy des François, car si tels sont une fois du tout vaincus et ruinés, les roys ne font jamais plus cas de leurs capitaines et gens de guerre , et ne s'en soucient plus quand ils en ont fait, et qu'il faut tousjours labourer et cultiver la guerre comme l'on fait un beau champ de terre ; autrement, ceux qui l'ont labourée et puis la laissent en friche r ils meurent de faim. Voylà que c'est que d'un cœur généreux qui a une fois succé du lait de la dame Bellonne ; jamais il ne s'en saoulle. Or, d'autant que j'espere encor bien au long parler de ces braves mareschaux, pere et fils , dans les vies de nos deux roys Henrys derniers, et du fils à part, j'en fais la fin pour à ceste heure.

1 D'à présent.

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