‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 308 sur 361 · M. DE MERCURE · texte numérisé non relu

M. DE MERCURE

on très-bon capitaine aussy , qu'il s'est rendu tel qu'il est aujourd'huy : et c'est ce que j'ay dict cy-debvant : que les lettres et les armes, maryées ensemble, font un beau lict de nopces. Et , comme j'ay dict encor icy debvant : que ces grands capitaines s'associent bien souvent de quelques bons confidans, M. des Diguieres aussy s'associa de M. de Gouverne! , un très-brave et très-vaillant capitaine, son lieutenant, qui Ta bien assisté et servy en tous ses combats et conquêtes, car il est un très-bon homme de main, ainsy que je l'ay fort cognu. Je parleray d'eux en la vie de nos roys, comme j'ay dict. Cependant à jamais j'honnoreray et aymeray M. des Diguieres, autant pour ses valeurs et mérites que pour la mémoire de M. du Gua , mon grand amy , de qui il a voit espousé la sœur, aujourd'huy madame des Diguieres.

Lorsque le roy tourna de Poulongne , il dit à M. du Gua qu'il luy gaignast son beau-frere , car il estoit Fort et puissant, et avoit Fort aydé au siège de Livron , et le persuadast de quitter son party et prendre le sien. M. du Gua me dit despuis qu'il fit la response au roy : f Sire, je «luy diray bien ou escriray , puisque vous me le «commandez ; mais s'il m'en demande conseil, a je luy diray qu'il advise à son honneur plus «qu'à toutes choses du monde. Et si son hon- «neur est trahir son party, qu'il le fasse. Mais il a est homme advisé , homme de bien , d'honneur «et de valeur. Il sçait bien ce qu'il doibl coganoistre, Je suis son beau-frere, jeserois fort « marry qu'il eust aucun reproche. »

Ces parollcs de M. du Gua furent aussy généreuses qu'il estoit généreux. Je croy que si M. des Diguieres eust pris le party du roy, il ne fust esté tant estimé comme il est , et n'eust acquis tant de gloire et moyens. C'est pourquoy quelquesfois on ne se repent point de sortir hors de l'ornière, comme l'on dit, pour prendre autre chemin.

Je parleray encor fort de luy en la vie de nos roys, car un tel grand capitaine que luy ne se contente pas de deux feuilles de papier pour ses faicts et louanges ; il en faut un grand vo-

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