‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 309 sur 361 · M. DE MERCURE · texte numérisé non relu

M. DE MERCURE

Or, bien que je me remette encor de parler de plusieurs autres de nos bons capitaines dans les vies de nos roys et autres grands princes que j'ay réservé à part , si toucheray-je icy un mot de M. de Mercure, lequel s'est rendu en ces guerres de la ligue (car auparavant il n'en avoit guieres tasté d'un autre) tel et si bon capitaine, qu'il a le seul tenu bon , et à luy seul de tous les autres ligués on n'a encor faict aucun mal que peu ; mais il en a bien faict autant a d'autres comme on luy a faict.

J'escrivoiscecy durant sa belle fortune; laquelle despuis luy fit mauvais bon, comme on l'a veu, et comme j espère en escrire en la vie de nostre grand roy d'aujourd'huy '.

Il n'a rien desmordu du sien , que fort peu de ce qu'il tenoit ; il s'est tousjours bien tenu sur ses gardes; il a bien conservé sa conquesie. « Que sert-il de plus pour le bien louer et le faire «estimer bon capitaine, dira quelqu'un, qu'en - «fin il n'en perd que l'attente? Cependant, il a «eu et a cela ; quand la feste viendra il faudra «qu'il la chaume comme les autres, et, qui pis «est, possible nous fera bien achepter ce qu'il « nous vendra et aurons de luy, ce qu'il n'a faict, «ou bien il en faudra rabattre de sa valeur. »

D'autres disent , comme je leur ay ouy dire : « Il estoit bien aysé de faire ce qu'il a faict, car «enfin il estoit gouverneur de la Brctaignc,que «le roy luy avoit donné à la bonne foy ; il pou- «voit facilement usurper et tenir en la main ce « qu'il y avoit dcsjà. Tous les autres gouver- «neurs, qui en avoienl ainsy faict de plusieurs a places de leur gouvernement, ne les ont-iU « pas ainsy prises, et après reperdues? s

De plus, dil-on encor : «M. de Mercure a-il ja- « mais peu prendre Brest, Rennes et Vitray, qu'il «assiégea , et y demeura si long-temps devant? « line la peut prendre,etla laissa secourir, avec- « ques toutes sescommunes de Bretaigne cl IcvOes a qui ne luy servirent de rien, si-non à faire tous «les maux du monde, cruautés et massacres;» ainsy que telles personnes desbordées y sont addonnées,qui meriteroient, quand elles s'eslevent ainsy, de les assommer jusques aux petits enfant,

'Uenri IV. Cette rie n'«i»ie pu.

comme j'ay ouy dire à des grands, et n'en avoir ny compassion ny miséricorde, non plus qu'elles ont de nous autres, sans aucun respect ny acception de gens : il faudrait mesmes assommer ceux qui les font eslever, comme faisant vilainement contre toutes loix , droits, raison et ordre de nature, de permettre et donner les armes à ceux qui ne leur appartiennent , et leur sont deffendues, et pour ne s'en sçavoirayder qu'en mode brutale; et, qui pis est, les debauscher de leur labeur et travail , duquel ils vivent et font vivre les autres, dont il serait bien employé à tels eslevateurs de peuple et villcnaille , qu'ils allassent faire les vignes, labourer la terre, et les paysans se mettre en leurs places, et tenir leur chaire et leur haut bout.

Je vis feu M. de Guyse le Grand détester ces eslevations pis que le diable au premières guerres , que quelques communes d'Anjou, du Mans, mesmes de sa terre de La Fresté-Besnard, faisoient autant de maux aux catholiques, comme aux huguenots, et commanda aussy lost qu'ils se resserrassent.

Or M. de Mercure ayant à sa dévotion son gouvernement a ce commancement de guerre , il se voulut esmanciper et s'eslargir plus avant quedesa conqueste;et fit un gros de ses troupes, cl s'en vint en Poictou pour prendre Foutcnay; et se planta et plaça aux fauxbourgs des Loges, qu'on appelle ainsy, qui sont beaux et bien logeables. M. le prince de Condé alla au devant de luy, présenta par deux ou trois fois la battaille en belle campagne; mais il la reffusa pour beaucoup de raisons : ils s'en ensuivirent là dessus quelques légères escarmouches; et puis après, d'une belle nuict, desmordant les fauxbourgs , se relira de grande traicte à Nantes, dont les huguenots en firent grandement leur proffit, et à le brocarder et appeller M. de RecuUe, allusion sur Mercure.

Sur quoy je feray ce petit conte plaisant : que sur ces entrefaites, vint à estre pris des huguenots un honueste gentilhomme qui avoit la fiebvre quarie, qu'ils luy firent si bonne guerre, qu'ils le guérirent de la fiebvre d'une eslrange façon;

du col ny ne l'ouvrist en façon du monde, qnll ne fust guery; et que, pour le seur, en l'ayde de Dieu , il aurait telle vertu qu'il le guérirait. Estant retourné vers M. de Mercure , il luy demanda quel bon traictement il avoit receu des huguenots. Il respondit, très-bon, et avoient mieux faict , car ils l'avoient guery de sa fiebvre quarte, par un petit billet qu'ils luy avoient donné, où il ne sçavoit ce qu'il y avoit dedans, mais tant y avoit grande vertu. M. de Mercure fut tout aussy tost curieux, et autres avecques luy dans sa chambre, veoyr ce qu'estoit escrit, et l'ayant desveloppé, ils y trouvèrent ces quatre r>etîts versets jolïys:

Sa* , flebYrc quarte , icy Je te conjure , Par la grand barbe a motuieur de Mercure, Que de ce corps au*tr toat tu dealogcs > il a faict de oot

Si ce conte est vray ou inventé , je ne m'en mets trop en peync; mais il peut faire rire. Si est ce que despuis les huguenots n'ont eu grand subject de se mocquer de luy, ny l'appeller plus M. de RecuUe , car il leur a bien faict la guerre et leur a esté un mauvais enneroy, bien que despuis on l'accuse qu'il retire à soy toutes sortes de gens, aussy bien l'huguenot comme le catholique, aussy bien le moyne que le prestre renyé, et iedesbauché comme le bien vivant , aussy bien le blasphémateur et renieor de Dieu comme l'adorateur, bref, aussy bien les gens de sac et de corde comme de besasse et de gens honnestes et modestes soldats ; et sont mis à grosses rançons, aussy bien les bons catholiques comme les huguenots, et les pauvres marchands comme les gens de guerre. Voylà deqooy on le blasme, et est à craindre que Dieu s'irrite contre luy.

Tant y a, jusques icy il a monstré qu'il est très-bon et sage capitaine ; et si son bon sens et esprit luy ayde à cela , madame de Mercure sa femme ne luy nuit point, car elle est vraye fille de pere (feu M. de Martigues), toute vertueuse, courageuse et généreuse comme loy, habille et prompte et vigilante; si que si ce

car il y eut un bon compaignon parmy eux, et i fust esté un garçon , ce fust esté le vray pere: bon raocqueur, qui luy donna un petit billet ses effects et occupations où elle s'est

pendu au col, attaché avecques un petit de fillct, en ces guerres le monstrent asse*. comme vous voyez ces sorciers et sorcières qui Je remets à parler de ce prince plus parlicoen font de mesmes, et luy dit qu'il ne l'ostast lierement à une autre fois, comme j'ay dict

M. LE MARESCHAL

Pour la fin de M. de Mercure, après que nostre grand roy eut gaigné tout son royaume, restably Bretaigne, il l'alla attaquer; et fut à M. de Mercure à venir à composition, qui fut certes et belle et honneste; et ayant acquis du» rant ces guerres force escus, il les alla employer pour la guerre d'Hongrie, où il alla en personne avecques de belles trouppes, où il fit si bien , qu'il en fut envié des Alleraans, car il les surpassoit tous en l'art de la guerre; dont il en fut empoisonné : qui fut grand dommage pour toute la chreslienté , luy servant de vray rempart contre les Mammclus et Mahometans. I^s deux cousins, l'un du pere, M. de Nemours, et l'autre, M. de Mercure, fils de la sœur, finirent tous deux par poison.

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