M. LE MARESCHAL DE BELLEGARDE
Parlons un peu du martschal de Bellegarde, qu'on dit que s'il fust esté en la place de M. de Bourdillon, dont j'ay parlé cy-devant, il ne fust pas esté si facile à rendre le Piedmont , veu ce qu'il fit des villes de Carmaignolle, Ravel, Santal, Salluces, et de tout le marquisat de Salluccs; car il s'en empara et accommoda très-bien, comme si ce fust esté le vray propre de son oncle; et vous en vais faire le discours.
M. de Bellegarde fut en ses jeunes ans dédié par son pere à l'Eglise, et long-temps fut appellé le prevost d'ours, qui est une dignité ecclésiastique, je ne sçayoù, si ce n'est en son pays.
Lorsqu'il estudioit en Avignon , il luy advint, comme est la coustume des escolliers ribleurs et desbaurhés , de ribler et battre le pavé , tellement qu'il lit un meurtre d'un autre escollier; et pour ce luy convint de vuider la ville et s'en aller en Corsegue trouver M. de Termes son oncle, qui estoit alors lieutenant de roy; et laissant sa robbe, il prit les armes, par lesquelles se fit fort paroistre en un rien , car il estoit très-beau et très-vaillant , et de fort belle façon et haute taille, et avoit force sçavuir. Se faschant là, et n'y ayant guieres rien plus que faire, et que son oncle se retira , il tira en Piedmont, où il commanda une compaignie de chevaux-legcrs.