‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 313 sur 361 · DE BELLEGARDE · texte numérisé non relu

DE BELLEGARDE

l'ayant sceu , m'en fit dire quelques mots par M. du Halde, de patienter, qui estoit son premier valletde chambre, et le plus digne qui eust ny qui aura jamais ceste charge, et qui aymoit autant les honnestes gens et faisoit pour eux, et estoit fort mon grand amy. Je dis tousjours que j'estois fort serviteur du roy ; et rien que cela ne disois.

Monsieur, frère du roy, me fit parler pour estreàluy, car il m'aymoit naturellement; et ne faut point doubler que, sans sa mort, je l'eusse suivy. Que maudite soit-elle qui me le ravit, et à d'autres honnestes gens qui avoient mis sus luy leur confiance comme moy.

La Ligue se remue. M.de Guyse, qui aussy m'aymoit fort, m'en parle assez sobrement, sans déclarer contre qui il en vouloil ; je fus aussy sobre en response, mais pourtant en volonté de courir sa fortune, n'estoit que de longtemps je cognoissois le naturel d'aucuns de ceste maison, qui sont prompts à rechercher les personnes, et aussy soudains à les quitter quand ils en ont faict ; aussy qu'il n'y a que servir les grandes royautés. Sur ce, je me resouls de vendre tout si peu de bien que j'ay en France , et m'en aller

1 Le manuscrit 8772 ajoute : ■ Et m'en aller i grand roy d'Espaigne, ire* -illustre et noble rémunérateur des services qu'on luy faict , sans aucunes importu nité* ni sollicitations, niais par son sage advis et juste considération et son seul mouvement. Et sur ce je songe et discours en moy : « Je me propose de le bien servir , car il n'y avoit caste uy ville de mer que je ne sceusse , despuis la Picardie jusqu'à Bayou ne , et du Languedoc jusqu'à Grâce * en Provance, fora la BreUigne, que je n'ay jamais guieres veu. Et pour mieux m'esclairirerimon faict . j'avois de frais faict encor quelque nouvelle reveue par aucunes villes, faignant que j'y allois passer mon temps , ou que je voulois armer un navire pour envoyer en cours ou y aller moy-mesme. Bref, j'avois si bien joué mon jeu que j'avois descouvert une demy douzaine des villes de ces costes, fort prenables par des eudroicis très-favorable* que je sçavois et que je sçay bien encor ; et pensois servir en ces occasions si bien le roy d'Espaigne , que je ne croyois pas moins tirer de mes services que de très-grandes récompenses de luy, et en biens et eu diguilé*. Avant que de me bannir de France, je voulois vendre mon bien , et en faire tenir l'argent par banque, ou en Italie, ou en Espaigne, que j'avois pracliquès pour y avoir quelque cognoissance , et de long-temps, par les voyages qu'y avois faict. J'e m'eslois proposé auwy (comme quand j'en discourus au comte de La Rochefoucault ) seulement de demander congié au roy, pou»- Sesire dict transfuge, par un de

Ge ne fut pas tout , car , en ma plus belle vigueur et gaillardise pour mener encor les mains, un meschant cheval malheureux, un jour en se cabrant vilainement, se renversa sur moy, me brisa, et fracassa tous les reins , si que j'ay demeuré quatre ans dans le lict , estropié et perdu de mes membres, sans me remuer qu'avecques toutes les douleurs et tourmens du monde, ou à me remettre un peu de ma santé, qui n'est telle encor ny sera jamais comme elle a esté, pour servir jamais roy ny prince, ny accomplir le moindre de mes desseins que j'avois auparadvant projeclé. Ainsy l'homme propose et Dieu dispose Dieu fait tout pour le mieux , par quoy il en soit loué. Voyli que font les despils et mesconlcntemens.

Feu M. le connectable a eu ceste opinion durant ses grandes faveurs, que tousjours il appaiseroit un gentilhomme mal content par une ambrassade ou petite caresse de son roy. Gela est bien changé despuis, et le roy François disoit , au contraire ; que le plus dangereux animal de son royaume, estoit le gentilhomme mal content. Il le disoit à propos de M. de Bourbon, qui luy fit bien sentir.

Pour faire fin , si ces despits et mescontentemensont poussé M. lemareschal de Bellegarde à faire ce qu'il fit , ne s'en faut esbahir; et croy qu'il en eust faict pis possible s'il eust encor

où je me

mieux qu'eu sou royaume et uiedesmetire du serment de subject. Je croy qu'il ne m'eusl sceu desmrr de ma requeste ; car un chascun est libre de changer de terre et s'en aller eilire ailleurs d'autre. Mais tant y a , s'il me l'eust refusée, j« m'en fusse allé: ny plus ny moins qu'un vallet qui se faacbe avecques un mais ire et le veut quitter, et luy demande congié, s'il ne luy veut donner, il n'est point reprebensible s'il le prend de luy-mesme et s'en va prendre autre maixtre. ■ Beaux discours humains que je faisois ! Et sur le point de les accomplir, la guerre de la ligue s'esineut et s'eschauffe de telle façon que nul ne veut faire d'acquit de terre , estant fort en hasard alors pour les garder ; nul ne se veut desgarnir de son argent; ceux qui m'avoient promis d'avoir mon bien , s'excusent d'aller en est range* terres sans moyens; ce sont abus et grandes misères, pour les avoir practi- Mais, en y ayanl, aussy vous y fartes vos besoni comme vous voûtez.

Celle partie raturée d'une manière illisible, est restituée d'après le manuscrit 120.

• Le manuscrit 8772 ajoute : « Possible que , si je fusse Tenu au bout de mes attentes et propositions, j'eusse faict plus de mal à ma patrie que jamais n'a faict renégat d'Alger a la sienne. Dont j eu fusse cMé maudict a oeroetuité, possible, de Dieu et des

vescu , car il avoit la valeur très-grande et l'esprit ires-bon , et un grand sçavoir; et ces gens sçavans, qui ont 1 eu, tirent des lettres et histoires des exemples à ce qu'ils s'estudient imiter, selon leurs passions, affections et volontés.

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