M. PARISOT, GRAND
a u ssy estoi l-el le si t uée t rès-bicn et corn modemen t pour faire de grandes prises sur la Turquie et Syrie , el sur les marchands qui traftkquoient de I"un à l'autre. De plus, c'estoit un vray et bon port,etscureté d'abordage à tous les marchands chrétiens qui trafficquoient en Levant d'une infinité de richesses. Qui voudra sçavoir plus amplement des merveilleuses particularités qui se sont passées à ce siège Use un vieux livre roman que j'ay veu, faicl et composé de ce siège par frère Jacques, bastard de Bourbon , qu'il dédia à frerc Philippcs de Villiers l'hic d'Adam, son grand maislre, dont j'ay appris une partie de ce que je viens d'escrire, et une autre de plusieurs vieux commandeurs que j'ay veus à Malthe, et mesmes un vieux grand prieur de Champaignc, qui y esloient, et sur-tout aussy de M. le grand maislre Parisot, qui s'y trouva dedans en ses plus jeunes années, lesquels tous faisoit très-beau voir et ouyr en discourir.
Pour parler à st'heure du siège de Malthe, comme je tiens dudict M. le grand maistre et d'autres vieux commandeurs, il a esté aussy grand et rude , voire plus que celuy de Rhodes, si l'on veut considérer la force de la place, qui n'estoit nullement esgalle à celle de Rhodes, qui de tout temps avoit tousjours esté bonne el forte, et encore mieux rabillée et fortifiée de messieurs les chevalliers despuis qu'ils la priodrent el la gardèrent deux cens quatorze ans , aimy que j'ay dict. Car enfin, comme disent les bons architectes et ingénieux , il n'y a que fortification de muraille vieille, non pas trop aussy, et vieux rempart et terre-plein ; au lieu que Malthe ne pouvoit avoir esté faicte ny fortifiée que despuis quelque quarante ans, que l'empereur leur donna; et pour ce, neuve fortification n'est si bonne que l'autre.
Pour quaut à la batteryc, clic fut plus grande que celle de Rhodes, envers laquelle on s'ayda plus de la mine que de la force du canon; et fut tiré à Malthe soixante-dix mille tant de coups de canon. De plus, Malthe fut assaillie de meilleurs hommes que Rhodes, car en ces temps les Turcs ny les janissaires n'estoient si bien aguerris ny armés, s'estans fort peu encor appris et accouslumés aux harquebus, comme ils ont faict despuis, à nos despens, aux guerres qu'ils nous ont faictes en Hongrie par terre cl sur nos mers, en tant de combats qu'ils ont bailles du temps
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i de l'empereur Charles cl roy d'Espaigne; et se , sont si bien adextrés et appropriés à ces harquebus, que guieres plus ils font d estai des arcs et flesches: je dis les vieux el aguerris soldats des gardes de leurs ports et places, et sur-tout les renégats d'Alger, que Dragut emmena à Malthe, qu'on disoit paroistre par-dessus tous les autres en valeur et en bonnes armes.
Outre encor, M. le grand maistre de Rhodes ne fut circonvenu ny surpris comme celuy de Malthe, car il lesceut plus de trois mois advant, et mesmes le grand seigneur luy envoya une patente pour le sommer de luy rendre la place amiablement et courtoisement, avecques protestation grande et serment faict qu'ils n'auroienl de luy nul dommage ny desplaisir, et ceux qui s'en voudraient aller ailleurs avecques leur avoir et famille, faire le pourraient librement et en toute seureté , jusqu'à aucuns qui voudraient prendre solde soubs luy, qu'il les traicteroit et appoincteroil très-bien; et, en cas de reffus, les menaçoit de feu , de sang, de renverser leur ville et chasteau de fond en comble, sens dessus dessoubs , et les personnes rendre esclaves misérables ou les faire mourir, comme ils en avoient faict et faisoienl à d'autres tous les jours. Les Rhodiens furent ainsy advertis et menacés de bonne heure, mais les Malthois ne le furent point, tant s'en faut, comme j'ay ouy dire à M. le grand maistre que la coustume de sultan Soly man avoit tousjours esté de ne faire arborer jamais son estendart gênerai de mer, ny faire sortir ses armées que le jour propre de Saincl- Gcorge, par une certaine dévotion qu'il portoit au sainct, et superstition qu'il avoit de ce jour, el qu'à ceste fois il avoit anticipé et avoit faict partir ceste armée huict jours avant: aussy dirent-ils puis après que cela leur porta malheur, et que l'entreprise en réussit mal.
D'hommes devant Malthe il n'y en avoit pas tant que devant Rhodes; il s'en falloit plus des trois parts, car il n'y avoit que cinquante à soixante mille hommes de guerre, mais tous bien choisis, comme ils le firent bien paroistre en leurs assauts el combats.
D'artillerye devant il y en avoit bien autant, puisqu'il y avoit tanl de gallercs mahommes, navires, galliottes et fustes, mais non si grande quantité de grosses bombardes, qu'ils appelloient ainsy: touteslbis il y en avoit six gros doubles
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canons de fonte, les mieux faicts et polis que je vis jamais, ainsy qu'en fit la monstre un qu'ils baissèrent et ne purent emporter , d'haste qu'ils eurent en leur embarquement, que nous vismes sur le port estendu puis après en signe de trophée. La place de Malthe fort petite, et Rhodes fort grand et très-peuplée.
Tant d'autres raisons y a-il pour faire trouver le siège de Malthe plus furieux que l'autre , que je n'allegueray point, si-non que M. leconncstable, en oyant discourir le chevallier de La Roche au roy, dit crluy de Malthe emporter l'autre, bien qu'il n'eust rien voulu oster à son oncle le grand maistre: aussy fut-il bien besoing à tous ces braves chevalliers malthois, capitaines et soldats, qui estoient leans, de se bien deffendre et se servir bien de la sage conduicle de leur grand maistre gênerai.
On disoit lors que Dragut, quand il arriva làdevant, n'approuva jamais à Rostan baschn, le gênerai , ceste entreprise, et porta cest honneur testimonial à M. le grand maistre, qu'il avoit veu et cognu prisonnier , comme j'ay dict ailleurs : que le grand seigneur debvoit avoir ou plus tost ou plus tard attendu ceste entreprise qu'un tel grand maistre ne fust point esté le commandant ; car il le tenoit pour le plus grand capitaine avecques qui les Turcs avoient eu affaire; et certes il disoit vray.
Que s'il eust vescu il leur eust donné de l'affaire, car il avoit résolu devenir trouver le pape, l'empereur, le roy de France et le roy d'Espaigne, et autres princes chrestiens, en passant pays , et les prier tous et les induire à se croiser et armer contre les Turcs, et de leur proposer la guerre si aysée et si facile, qu'à l'ouyr discourir comme je l'ouys un jour l'espace d'une grande heure, il n'estoitqu'à tenir que le Turc n'eust eu de terribles venues; et se faisoit fort de faire armer et révolter aysement toute la Grèce, en luy fournissant armes et peu d'argent. C'esioit chose résolue en luy, de s'acheminer ainsy vers ces grands princes Mais sur cela la guerre civille vint en France, qui l'empescha de partir; car il vouloit sur-tout voir le roy Charles, son roy naturel, de la jeunesse duquel il avoit ouy dire beaucoup de bien, et en esperoit beaucoup de son ayde et de ses braves aubjects François, sans lesquels, disoil-il.il ne pourroit bien conduire sa besoigne.
SDS CAPITAINES FRANÇOIS
Je pense qu'il eust faict beau voir ce grand prince ( d'autre qualité, représentation et suffisance que Pierre l'Ermite de jadis ) faire un tel voyage , et près de nos grands princes. Je le peux bien appellcr prince, car j'ay veu des roy» et princes n'estre pas si honnorés de leurs subjects comme ce grand maistre l'estoit de ses chevalliers de toutes nations chresliennes, autant pour son grade que pour sa valeur et vertu. U pape Pie Y, amprès sa victoire, le voulut nonnorer du chappeau de cardinal , comme son prédécesseur le grand maistre d'Aubusson, et de frais a esté le grand maistre Verdalle; mais il le reffusa tout à trac, disant que la croix blanche ne sieoit pas bien sur le rouge comme sur le noir. Aussy n'estoit-ce pas un habit bien convenant à un grand capitaine fraischement victorieui, qui estoit cou.stumier de braver, s'enorgueillir et triompher de son grand honneur acquis; et là-dessus prendre un habit ecclésiastique pour s'humilier, comme certes il le faut, envers Dieu de la grâce qu'il luy a faict ; mais envers le monde il faut manifester superbement sa gloire, comme faisoient ces braves empereurs romains, qui, toumans de leurs belles victoires, n'entroient en triomphes en habits de pontifies, mais en glorieux empereurs qui venoient de tuer, tirer sang et conquérir. Ainsy dooeques reffusa M. le grand maistre la robbe cardinale, et se contenta de la sienne et de ses belles armes qu'il avoit porté sur son corps , et avoit encor espérance de les porter.
Sur quoy je feray ce petit conte, que: quand nous estions à Malthe , la Fesle-Dieu vint à eschoir et à se célébrer, à la procession de laquelle tout le monde ne faillit de s'y trouver, tant M. le grand maistre, messieurs de la grand-croix , commandeurs, chevalliers, que nous autres François et autres gens de guerre: et pour quant à moy, je dis que c'estoit la plut belle que je vis jamais, car elle estoit acenmpaignée de dévotion et de guerre tout ensemble, et d'une très-belle et grande noblesse : et passant devant le port se fit une très-belle et longue salve d'artillerie et escopeterie de çalleres , du gallion et autres vaisseaux qui estoient là en assez bonne quantité; et dura fort longuement et long-temps , et la poudre n y fut nullement espargnée. L'on en voulut faire ce jour une par-dessus toutes, tant parce que Tu