CH ARLES IX, R
sonnes ; aussy que le naturel du lemps est de gastar y mudar todas las casas, comme dit l'Espagnol
Pour me rendre à parler encor de ce roy Charles IX, je diray qu'il estoit si courageux , bouillant et hardy, que si la royne sa mère qu'il craignoit et honnoroit fort , ne l'eust arresté en ses pins jeunes ans, que la guerre civille se suscita contre luy, il vouloit luy-mesme eslre en personne en ses armées et luy seul en estre gênerai. Je me souviens que , lors de ce coromancetnent, les huguenots eryoient par-tout que ce n'esloit point contre le roy à qui ils faisoient la guerre, ny qu'il la leur faisoit, mais le roy de Navarre et le Triumvirat. Sur ce il fut arresté au conseil que le roy meshuy marcheroit , tout jeune qu'il estoit ; mais jamais je ne vis personne si ayse que luy quand il entendit ces te sentence, et qu'il fallut aller an siège de Bourges, et de Rouen, et Havre et autres, où y estant il desesperoit de quoy la reyne ne luy permet (oit de s'approcher plus près de la ville ny des tranchées qu'il ne faisoil. Quand le siège estoit debvant Paris, il en vouloit faire de mesmes; mais la reyne le tenoit tousjours de court.
Après la mort de M. le conneslable, il y eut quelqu'un que je sçay qui luy demanda Testât de conneslable. Il luy respondit : qu'il estoit assez fort et puissant pour porter son espée, et n'avoit en cela besoin de l'ayde d'autruy, d'au- j tant que Pestât de conneslable est de porter Vespée devant le roy quand il marche on so- Jemnité. Mais il fut bien trompé, car, pensant /uy-mesme faire cest estât et aller en ses armées, la reyne voulut que Monsieur, son bon (ils, fust sou lieutenant gênerai; dont il fut encor plus despilé , disant qu'il estoit aussy ou plus capable que luy, et plus vieux pour conduire son armée, et qu'il n'avoit point de besoiog de lieutenant en ses armées, puisqu'il le pouvoit estre luy mesrae.
Quand la reyne le mena vers Metz pour rompre le desseing de l'entrée du duc des Deux- Ponts en France, il voulut aller commander à l'armée que menoient messieurs de Nemours et d'Aumale ; elle ne le voulut non plus : et lorsqu'ils entrèrent, il dit que s'il y fust esté ils
• D'altérer ri eban^r tout.
n'y fussent jamais entrés, ou qu'il eust errtré, et que sa vie n'esloit point plus chère à la France que celle de son frère; que quand il l'auroit perdue son frère prendrait sa place, et par ainsy le royaume ne serait jamais sans roy; et sa vie n'estoit point de si grande conséquence qu'elle deust estre si précieusement gardée dans un coffre comme les bagues de sa couronne.
Après ics battailles de Jarnacet Montcontour, il y eut M. Daurat qui luy présenta quelques vers qu'il avoit faiets à sa louange : c Ha ! dit-il , • n'escrivez point désormais rien pour moy, car «ce ne sont que toutes flatteries et menteries de «moy, qui n'en ay donné encor nu) snbject «d'en bien dire; mais reservez tous ces beaux «escrits, et tous vous autres messieurs les « poètes , à mon frère , qui ne vous fait que «fous les jours tailler de bonne besongne. > Montrant par là une compassion qu'il avoit de luy-mesme, et une sourde émulation de Monsieur, son frerc, duquel il disoit souvent : que la reyne , pour l'ayroer plus que luy , luy ostoit l'honneur qu'il debvoil advoir; dont il ne cessa jamais de l'importuner , presser et luy faire parler par les uns et les autres, et mesmes par M. le cardinal de !/irraine, d aller au siège de Sainct-Jean-d'Angely, où il se pleust si fort, qu'on nelepouvoil retenir qu'il n'allas! souvent dans les tranchées, et ne s'y parust à desconvert comme le moindre soldat de son armée, pour le plaisir qu'il y pril. Il dit qu'il voudrait de bon cœur que Monsieur, son frère, et luy deussent tenir le niy.uiiic alternativement , ou qu'il deust tenir sa place la moiclié de l'année.
Ce n'esloit pas ce qu'il dit lors <;u'il fut sacré à Reims, n'ayant que douze ans , et que la reyne sa mere luy demanda si son aage luy pourrait permettre de porter la peine de ce jour là et faire toutes les longues cérémonies nécessaires et requises à ceste feste. H respondit : «Je ne rc- « fusera y jamais, madame, une telle peine, et « me sera (rés-douce toutes et quant es fois qu'un «tel royaume se présentera à moy.»
Si est-ce qu'une fois, oyant parler à feu M. de Si pierre des guerres du Piedmont et des vieilles bandes des soldats qui les faisoient, et comme il les faisoil beau veoyr en leur bel ordre, police et discipline militaire , il dit : qu'il eust voulu avoir esté de ce temps et par mesme moyen
porter l'harquebuse, et qu'il se fust bien faict valoir.
Après ceste prise de Sainct-Jean , il vouloit bien passer plus outre , et suivre messieurs les princes et admirai jusques en Gascogne et Languedoc; mais la reyne rompit ce coup , et Monsieur, luy donnant à entendre que son armée n'en pouvoit plus et s'en alloit toute perdue si elle ne se reposoit. Nous tenions que Monsieur le disoit et tenoit à desseing , afin qu'il ne prist si grand goust à ceste conduicte d'armée, que son autliorité n'en fut rognée, ainsy que M. de Tavannes avoit conseillé à la reyne de faire la paix , laquelle l'entreprit , comme j'ay dict ailleurs ; et pour ce il se retira à Angers , où Ton la commança à ti aider, si bien qu'elle fut faicte, uon qu'il la desirast autrement, si-non d'autant pour se préparer mieux à la feste de Sainct-Barlhelemy , et attirer à soy , par ce moyen M. l'admirai à Blois et à Paris, comme il fit.
Les uns disent qu'elle n'avoit point estéarrestée, si-non au pont de Sainct-Cloud, un mois avant, comme j'ay dict ailleurs; autres disent si-non après la blessure de M. l'admirai et les menaces de ses confidens; d'autres dès ceste paix faicte, encor long-temps avant , comme l'on présume par les parolles que le roy dit après la feste passée, o N'ay-je pas bien joué mon jeu ? «dil-il ; n'ay-je pas bien sceu dissimuler? n'ay- ■ je pas bien appris la leçon et le latin de mon • ayeul le roy Louys XI? » On disoit qu'il avoit appris d'estre ainsy dissimulateur de son grand favory Albert Gondy, marescbal de Raiz, qui estoit un florentin, fin,caut et corrompu , trioquart , grand menteur et dissimulateur1. Et apprit au roy à jurer, à feindre et à dissimuler , car de son naturel il ne l'estoit nullement en sa jeunesse, eslant fort ouvert, prompt et actif,
' Le manuscrit 8772 ajoute : « Pour parler de luy en deux mot*, ton (grand- père rut musnier à deux lieue» près de Florence, d'un moulin où il se retira durant la L'Que , n'usant demeurer eu France ; mais il y laissa sa femme pour y faire valoir son lalent. Puis son pere fut banqueroutier â Lyon, et sa mere, madame du Pérou, fjrande rcveuderrssc de putains; et pour ce le roy tlenry la prit en amytié et la fil nouvernante de ses eufans , et sur-tout du roy Charles IX , à qui elle donna son fils Le Pérou, qui fui lonfi-temps commissaire des vivres aux années ; le roy après le prit en amylié, et ne Tappelloit jamais que son serviteur : et puis estant roy , l'advança ainsy qu'il a esté. >
vigilant, esveillé et peu songeart, comme doibt estre tout dissimulateur.
De plus, feu M. de Sipierre, son gouverneur, \ qui estoit le plus généreux et le plus brave seij gneur qui fut jamais gouverneur de roy, ne l'estoit nullement , mais tout loyal , franc, ouvert , et du cœur et de la bouche , point menteur ny dissimulateur, qui l'avoit nourry trèsbien et instruict, et ne l'avoit jamais faict esludierdans les chapitres delà dissimulation: aussy disoit-on , qu'après sa mort ledict maréchal de Raiz , dict lors Le Perron , le pervertit du tout et luy fit oublier et laisser toute la belle nourriture de ce brave gouverneur; si bien qu'on disoit qu'il l'avoit appris à jurer ainsy desbordement comme il faisoit , bien que M. de Sipierre jurast quelquesfois ; mais c'estoit en cavallier , non Le Perron , qui jurait et renyoit en sergent qui prend un pauvre homme par le collet qui ne se deffend , comme l'on le disoit a la cour; car on tenoit, et tient-on encor Le Perron le plus grand renyeur de Dieu de sauft froid qu'on peut veoyr. Ainsy avecques les loup apprend-on a hurler : si bien que le roy apprit de luy ce vice , qui s'y accousluma si fort, qu il tenoit, que jurer et blasphémer estoit une forme de paroi le et devis, plus de bravelé, de gentillesse, que de péché; à cause de quoyilnc faisoit point de difficulté de fausser sa foy toutesfois et quantes qu'il vouloit et luy venoil en fantaisie : de sorte qu'on donnoil lors à la cour ce los à Monsieur, son frère, qu'il la leouii mieux et plus ferme que le roy, si bien que quand il avoit asseuré une chose et donné sa parolle et sa foy, elle estoit inviolable; mais il ne la tint guieres bien despuis à l'endroict do pauvre M. de Guyse. Voylà comme il se changes . comme l'autre à l'endroict de M. l'admirai, i ceste bonne feste où l'on dit que le roy pour le coup n'y voulut point tant entendre.
11 s'en est dict de tant diverses façons, qu'où ne sçait qu'en croire ; mais il fut tant poussé de la reyne, et persuadé du marescbal de Raiz, qu'il s'y laissa aller et couler aysement, et y fut plu» ardent que tous; si que lorsque le jeu se jouoii, et qu'il fut jour, et qu'il mil la teste à la feoestre de sa chambre , et qu'il vo) oit aucuns dans les fauxbourgs de Sainct-Germain quiserenyioicot et se sauvoient, il prit un grand harquebus de chasse qu'il avoit , et en lira tout plain de coups
CHARLES IX, ROY DE FRANCE