‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 328 sur 361 · DES C0UR0NN · texte numérisé non relu

DES C0UR0NN

que d'autres hommes, Fallut luy envoyer secours, 1 ce qu'entreprit M. d'Andelot ; si bien que, nonobstant que les ennemys fussent ad visés de M venue par quelques Anglois qui estoient avecques nous, et qui avoient esté pris, pour sauver leurs vies , descouvrirent tout, et qu'ils eussent fossoyé, traversé et retranché les advenues, et mis la fleur de leur barquebuserie pour les atteindre au passage, mondict sieur d'Andelot y entra bravement ; mais de deux mille qu'il avoit pris, il n'y en entra que fort peu, car les uns furent tués, les autres pris, les autres sauvés et esgarés tellement quelle m en t.

Ce secours pourtant fat bien à propos, et trèsbien receu du frère-, car ils s'entre-aymoient , se secouraient , se soustenoient, s'entre-aydoient et s'entendoient très-bien les uns les autres ; et chascun d'eux soustint très-bien et très-vaillamment sa bresche, qui ne fut nullement forcée de leur costé , et furent pris en gens d'honneur et de valeur; mais, dans quatre ou cinq jours , M. d'Andelot s'esvada des gens qui le tenoieut prisonnier, par dessous une tente , et se sauva gentiment en France.

L'entreprise et siège de Calais vint , où M. d'Andelot servit si bien de son estât , que M. de Guyse dit que, pour conquérir un monde de places, il ne voudrait avoir que M. d'Andelot et M. le mareschal de Strozze , et M. d'Estrées pour l'artillerie.

Peu de temps après, le roy Henry, qui estoit le meilleur chrestien et catholique que jamais fut roy , ayant entendu que M. d'Andelot avoit tenu quelques propos absurdes de la messe, le fit un jour appeller en sa chambre, et le vint interroger (on dit que ce fut par la sollicitation du cardinal de Lorraine) s'il estoit vray. Il respondit qu'ouy, et qu'il aymeroit mieux mourir que d'aller jamais à la messe. Dont le roy entra en si grand colère, qu'il luy cuyda donner de la dague, ce dit-on; et commanda au bonhomme M. de Lorgcs, l'un des capitaines de ses gardes , de le prendre, ce qu'il fit ; et fut mené prisonnier au chasteau de Melun, et la estroictement gardé , jusqu'à ce que M. le connestable son oncle le sortit de prison, qui le délivra.

J'ay ouy dire à aucuns, et mesmes à aucuns | soldats espaignols, vieux mortes-payes dans

Milan , que , durant sa prison , n'ayant autre exercice, se mit à la lecture, et à se faire porter toutes sortes de livres , sans que les gardes les visitassent, car pour lors l'inquisition n'y estoit si estroicte comme despuis ; et que là, et par là , il s'apprit la nouvelle religion , outre qu'il en avoit senty quelque fumée estant allé en Allemaigne, à la guerre des protestans. Voylà que c'est du loysir et de Poysiveté ! tant fait-elle apprendre force choses mauvaises, dont après on s'en repent : aussy en apprendelle de bonnes, dont on s'en trouve bien.

Or, cependant que M. d'Andelot estoit en prison, l'entreprise de Thionville se fit, où M. de Montluc fut commandé d'exercer Testât de M. d'Andelot. Vous verrez ce qu'il en dit en son livre , et comment il s'en acquitta trèsdignement, comme il n'en faut doubter, et aussy au camp d'Amyens, durant lequel la paix se traitta à Gercan et se conclud.

Il ne faut demander s'il y eut de belles casse ries, et s'il y eut des capitaines et soldats malcontens. On ne retint que les compaignies qu'il falloit pour les places des frontières; et, par ceste paix , M. d'Andelot n'eut pas temps ni loysir de faire valoir sa valeur : en quoy c'est dommage de laisser chaumer si braves gens , ny plus ny moins que de laisser rouiller une belle, très-claire et luisante espée.

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