‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 335 sur 361 · CHARLES DE COSSÉ MARESCHAL DE BRISSAC · texte numérisé non relu

CHARLES DE COSSÉ MARESCHAL DE BRISSAC

Après sa mort , M. de Brissac qui est aujourd'huy , son frère 1 , eut son estât de couronnel , encor qu'il ne fust qu'enfant, comme estoit bien raison que , pour les services du pere et du frère, il se ressentist de quelques bienfaicls de son prince , et aussy qu'on voyoit en luy desjà quelques .lignes, et en sa face et façons , de ressembler un jour le pere et le frère , si-uon à la perfection , au moins à l'approche ; et quant pour la vaillance, on ne sçauroit oster qu'il n'en ait approché au frère , car il est vaillant , mais non pour sa fortune. 11 fut choisy delà reyne mere pour aller avecques M. de Slrozze en Portugal, et tenir le premier rang après luy ; car, outre qu'elle s'asseuroit qu'il feroit , comme elle le dit , quelque chose pareille à ses prédécesseurs , il avoit du fonds et de quoy à enfoncer à l appoinclemenl et despens , et pour ce elle le choisit. Aussy y fit-il belle despense, et que c'estoit son advenement. Voylà comment il faut attraper les jeunes à leur advenue, quand ils ont force moyens , et leur faut mettre le cœur

1 Charles de Com4, duc Brissac, pair el maréchal de France, gouverneur de Pari», mort en 1621.

SDS CAPITAINES FRA^.OIS

au ventre ainsy. Il y combatit si bien 1 , que , si tout le monde eust secouru M. de Struae comme fit le comte, sans point de doubte l'armée d'Espaigue estoit totalement desfaicte;car il se cramponna de son coslé si bien, et vint .si bravement et sans marchanderai mains, qu'il donna un terrible affaire a ses enneniys ; et sans qu'il fust assailly et combattu longuement et par trop opiniaslrement d'autres navires que d'un, il en eust eu bientost raison ; mais, st voyant mal assisté, et M. de Strozze desfaict, contraint de céder à la force, sedestit, descramponna et desinvestit bravement del'ennemy , se sauva avecques beaucoup de gloire, et fut luy le premier qui en apporta les nouvelles de la desfaicte : ce qu'il ne lebvoit faire pourtant, car le premier qui porte telles nouvelles n'est en cela si honnoré comme le dernier en telles factions.

Cela est bon pour un petit courrier, mais noo pour un grand, ainsy que fit d'Escara, qui porta le premier les nouvelles de la route àe Sainct-Quenlin. Aussy ne fut-il pas bien venu, ny M. de Ruhempré, qui porta les nouvelles aussy de la battaiile de Gravelines. J'estots lors à la cour quand ledict Brissac y arriva. Plusieurs pour cela luy eu voulurent prester d« charités, comme je vis, et de quoy principalement il faisoit le rapport le premier, et debvoil laisser l'ambassade à un autre, comme je le viens de dire.

M. de Guyse , qui m'a faict cest honneur <k me vouloir lousjours bien , me prit par la main ceste fois , et me mena en la rouelle de lict de la reyne à Sainct-Maur , et me dit : « Voicy ce a jeune homme à qui on veut prester une eba- « rite de cour; je ne le veux permettre, car j'zy a tant aymé son frère que je veux prendre la o parole pour luy, ainsy qu'il en donne beaucoup de subject d'avoir très-bien faict. Il a «combattu très-vaillamment; (iesarn'eusi scru a mieux faire , ny son frère quand il fust oir « Il n'a faiily que pour estre venu en France et «icy, le premier, porter les nouvelles de * « rou lté, etdebvoit rechercher le reste de son «armée, et la rassembler. Ce n'est que la faute a de quoy il n'est pas encor bon courtisan , nv « praticq. Par quoy qui en parlera il luy fut

> Au combat desAçor», 26 juillet 1582.

DES COURONNELS FRANÇOIS.

•rlorre la bouche.» Et puis me dit : «Ne me «voulez-vous pas ayder en cela ?» Alors je luy respondis qu'une sienne parole des siennes foudroyeroit plus tous ceux qui en parleraient , que moy pour toutes celles que je seau rois alléguer ny rapporter. M. le comte qui vit aujourdïuiy 1 se pourra souvenir s'il ne trouva pas là M. de Gnyse bon amy , encor qu'il n'eust grand peyne de le favoriser ; car la rcyne et toute la cour securent après si bien au vray comme il avoil très-vaillamment combattu, et faict très-bien en capitaine et soldat. Il se petit souvenir ce que nous en dismes un jour, luy et moy, en allant veoyr en ce lieu mesmes M. du Mayue qui estoit malade , en montant un dcj;rë : et me dit qu'il voudrait avoir donné beaucoup et que je lusse esté là ; possible M. de Strozze fust esté mieux secouru, et ne luy eust si mal basté.

Par-tout où il s'est trouvé il a (ousjoursraonstré qu'il avoit le cœur très-généreux et vaillant , comme il a faict en ses guerres; mais il y a esté malheureux, ou pourec que la fortune ne le vouloit de tout faire esgal à son frère, ou qu'il n'eust pas ses gens près de luy comme avoit son frère, qui eut cest heur, tant qu'il a vescu, d'avoir de bons capitaines et soldats à luy, desquels s'il en eust veu aucuns le moins du monde lents et refroidis, ii leur sçavoit très-bien reprocher et menasser; car en guerre il commandoit fort impérieusement et hautement. Non que je veuille taxer et dire que ce comte n'ait eu de vaillans hommes auprès de luy, mais en ces guerres civilles on s'est tant aydé de toutes sortes de gens , et n'en a-t-on peu faire les eslcctions comme l'on eust bien voulu; et parmy force braves et vaillans ont passé tant de mauvais , par bardot , que c'est pityé. Si est ce que ce comte monslra bien dernièrement 2 à Poictiers, dont il estoit gouverneur de la Ligue , combien il avoit de braves hommes et comme il en fut bien assisté , et combien il estoit brave et vaillant ; car M. de Malicorne , lieutenant de roy en Poictou , ayant assemblé toute» les forces de Poictou, qui estaient belles et grandes, et ayant avecques elles comparu devant la ville ( aucuns disent quec'estoit pour une entreprise , mais faillye ), M. de Brissac sortit dehors avec-

' Charln de Bourbon, comte de Sokaons , mort en 1 6 12. » Eo 1503.

ques forces si peu égales aux autres qu'on n'oseroit dire, et fit une si belle charge, luy le premier, et s'y mesla si avant et si vaillamment , qu'il y fut fort blessé en un bras d'une pistollade, et porté par terre; et sans un vaillant gentilhomme qui l'ayda à monter, il estoit pris ou perdu , et puis se retira avecques sa trouppe, laissant en double le gaing du combat ; car et d'un costé et d'autre il y en demeura , et mesmes un capitaine de chevaux-legers, nommé Espanes , autrement le jeune Bougoing, que M. de Savoye avoit nourry, à qui madame de Darapierre ma tante l'avoil donné, au moins à feu madame sa mere, qui aymoit madicte tante exiresmement ; et parce qu'il luy appartenoil elle l'avoit recommandé à M. son fils, qui pour ce le prit en telle amytié, que s'il eust demeuré auprès de luy tousjours, il eust advancé plus sa fortune qu'en une simple compaiguie de chevaux-legers. lin quoy il ne fut pas sage , car, là où est la bonne fortune, là il la faut prendre sans respect de rien , comme l'on dict : Là ou la chievre est attachée, il l'y faut laisser brouster. On dict que ledict comte et luy s'affrontèrent tous deux, et assez de temps se combattirent bien ensemble; tant y a que l'un et l'autre y acquirent beaucoup de réputation, mais l'un mourut quelques jours après, et le comte eschappa de .sa blessure.

Il a faict en ce gouvernement très-bien la guerre , et bien servy son party, qui pour ce le fil marescbal de France et gouverneur de Paris, où il a conduict sa réduction, au service et obeis- ^ance du roy, si sagement et excortement avecques M. le prevost des marchands et aucuns escbevins, que jamais on n'ouyt parler d'un tel cas : prendre Paris qui est un petit monde d'hommes , et outre renforcée de garnisons espaignolles braves, vigillantes, vaillantes et bien ordonnées, le peuple bandé du tout contre son roy et luy voulant mal mortel , et la faire rendre et prendre à son roy sans sang, sans sac, ny sans scandale le moindre du monde ! Parce que c'est une chose bien récente, publiée et divulguée par toute la chrestienté, voyre toute l'Europe aujourd'huy, je m'en déporte d'en parler, si-non qu'il y en a plusieurs qui ont loué le comte beaucoup , tant pour ce beau traict que pour avoir à la fin recognu son roy, et lui faict un si bon service, encor que le roy

l*eust tenu et pris prisonnier dans Falaise auparavant , et ne luy eust faict tant de bons traietomens comme il eust voulu, en le mesprisant fort ceste fois , voyre luy disant quelques pavM\cs de charité et d'opprobre, ce disoit-on lors ;ui camp. D'autres disent qu'il fit très-mal, pour voir ainsy quitté son part y et à luy faict ce irai t sans luy en avoir donné l'occasion de inescontrntement , ains l'avoir honnoré de tous honneurs du monde, comme l'avoir faict imreschal de France et gouverneur de la plus belle et grande ville du monde, et le blasment en cela d'avoir commis trahison.

Aussy madame de Mont pensier dit après au roy : « J'avois bien ouy dire, sire , que Brissac «c.stoit poltron, mais non jamais trahislre.» Certes, pour recognoistre et servir son roy cela ne se peut dire trahison : tant s'en faut; c'est un acte très-magnanime , et dont ledict comte en doibt estre très-loué. Je m'en rapporte en cela aux mieux discourans, et mesmes à luy qui en sçaura très-bien desbattre sa cause, car il est des mieux disans et des sçavans seigneurs de France; seigneur l'appel lé-je, car outre ses grades il est tel, pour avoir ouy tenir ceste maxime à feu M. le connestable, à propos du feu comte son frère S sur quelque subject qui seroit long à dire : que quiconque le gentilhomme de France qui a et passe trente mille livres de rente, il se peut appeller seigneur, quand il n'auroit aucuns grades ny charges.

Ce comte doneques est un seigneur de grand esprit, desçavoir, et bien disant. Il fut député par les estais à Blois2 de porter la parolle pour toute la noblesse de France, dont il s en acquitta très-bien; toutesFois aucuns disoient qu'il ne debvoit point avoir pris ceste charge au jeune âge où il estoit . estant plus propre à un jeune homme de se mesler des armes et autres exercices guerriers, que non d'une ambassade, ou de Testât d'un sénateur et orateur: encor que l'on peut alléguer que feu M. de Nevers , du temps du roy Henry II, après la haltaillf de Sainct-Quenlin , fut prié de toute la noblesse de porter la parolle pour elle, ce qu'il fil très-bien et au proffit du roy; dont le roy s'en trouva très-bien et luy en sceut un trèsbon gré.

M. de Rochefort , de la maison de Roche- 1 Timoléon de Cosfté, comte de Brissac. — * En 1586. !

NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

Guyon et Rochepot , fut aussy député pour la noblesse aux estais d'Orléans, et s'acquitta fort bien de sa charge. M. le baron de Senecé en fit de mesmes aux premiers estais à Blois. Cela estoit bon à eux , car ils estoient gens meurs, posés, et advant en Page; mais le comte de Brissac estant jeune, encor que de soy il fust sage et posé, il debvoit, ce disoit-on , prendre charge plus gaillarde, plus active et plus propre à son âge que celle-là. Aussy disoit-on que son feu frère ne s'en fust nullement chargé, et n'eust pas faict ce coup, ayraant plus à traieter les affaires de guerre que celles de l'Estat, auxquelles son jeune frère y est fort attentif, bien rompu et bien entendu. Ce qui me faict souvenir comme l'on vcoyt aucuns architecte* exccllens : les uns s'adonnent à bastir des pallais superbes de rois, de villes, de communautés . et maisons plaisantes des champs; aucuns se plaisent à bastir et construire des forteresse de guerre, des forts, des bastilles, des citadelles et villes fortes. Ainsy se peut-il dire de l'humeur de ces deux frères.

Je n'ay jamais ven feu M. de Brissac 1 guiere» affectionné aux affaires d'Eslat; et s'en motquoit: et peu voulonliers alloit-il au conseil lorsqu'il pensoit qu'on en Iraictoit , mais ouy bien à ceux de guerre, là où il opinoit très-bien, et eu faisoit honte aux plus vieux capitaine*, prenant grand plaisir de les contredire et les braver : car dès-lors qu'il commança à sentir son cœur, après le voyage de Malthe et Hongrie, où il alla trouver M. de Guyse, quand il vit que le siège ne venoit point à Malllie, et après le voyage de Lorraine, il voulut s'rgalto aux grands, voyre jusqu'à desdaigner aucuns princes, tant il avoit d'ambition et sur tout dr l'émulation contre les plus vaillans. Jamais il in* se peut bien accorder avecques M. de Martigw qui estoit un autre vaillant comme luy.

Ce comte icy, son frère, encor qu'il soit aussy vaillant que luy (on ne luy sçauroit desrolxT cela ), il est plus compatible et de plus douce humeur; bref il n'auroit besoing que la renommée luy fust aussy favorable, et qu'elle fist raisonner ses vaillances comme à son feu frère; mais la fortune ne le veut pas et en retient If vent. A ce raisonnement faut noter que re M. )e comte de Brissac n'a nullement quitté son nom.

1 Timoléon.

titre, ne sa charge de courounel des bandes de Piedroont; pour le moins la met-il tousjours en tous ses titres et passeports en ces guerres. Il a raison certes de ne le quitter, car il est très-beau ; mais le malheur est que nous ne Pavons plus ce Pied mont , nous lavons perdu, por mal aventura, dit l'Espaignol. Encor de toute sa belle et riche despouille nous resloit le marquisat de Salluces, où l'on y pou voit et debvoit-on entretenir tousjours les vieilles bandes piedmontoises. Mais, pour avarice ou nonchallance, disoit-on, ou pour autre subject, ce pays s'en trouva desgarny : et là-dessus ce grand duc savoisien y prenant l'occasion, et le voyant si mal gardé , l'empiéta et le garda très-bien pour luy ; dont la perte nous en rapporte plus grande conséquence que l'on ne pense. Nostre roy d'aujourd'huy, le grand, pourtant en a bien eu sa revanche; car il l'a conlrainct jusques-là de luy donner la Bresse en recompense, autrement il s'en fust mal trouvé. Ce pays là de Piedmont le temps passé s'appclloit l'escolle de noblesse et jeunesse de la France; mais aujourd'huy il n'y faut pas aller, ny passer les Alpes, pour y apprendre les leçons de la guerre, car à nos portes les escolles y sont assez ouvertes pour y exercer les jeunes gens : nos guerres civilles leur en ont osté le mestier et la practique ; car les vieilles bandes du Piedmont, ny les vieux soldats, n'ont point faict de bonté aux nostres de deçà.

Je me souviens qu'aux seconds troubles, M. de Nevers en emmenant aucunes de là en l'année de Monsieur, dans laquelle ils s'y jetterent à Vitry-le-Bruslé , Monsieur les voulut aller veoyr*, et pour luy faire honneur luy firent une salve Port belle, et se mirent entr'eux à faire quelque petite escarmouche, à la mode du temps passé du Piedmont; mais, il ne faut point mentir, tous dirent qu'ils n'y procedoient si gallamment, ny ne parurent si gentiment comme : j nos bandes de deçà, encor qu'ils vinssent de | quelques sièges que M. de Nevers avoit faîcts, / et mesmes sur Mascon, qu'il emporta avec une très-grande gloire; car il y avoit force gens de bien huguenots dedans, et pour leur gouverneur le sieur de La Clietc, brave et vaillant gentilhomme, vieux et galland courtisan , de bonne et grande maison , d'où estoit sorty d'aulre»fois le bastard de La Cliete, qui fut jadis

UANTOU. I.

DES COURONNELS FRANÇOIS. G73

lieutenant décent hommes d'armes de feu M. de Bourbon , connectable de France. Ce qui fut un grand honneur à ce bastard; et faut bien dire qu'il fut brave, vaillant et en belle estime, pour avoir telle charge si belle. M. de Muns, bon capitaine et vieux soldat, en estoit maislre de camp ; et le capitaine La Rade , brave et gentil soldat , enseigne couronnelle.

Ceste susdicte escarmouche, ny la salve, ne pleurent trop au comte de Brissac leur couronnel , et i:e les trouva à son gré , ny marnes les soldats si lestes que les nostres et luy vis dire que dans peu de jours il leur feroit bien changer de cadence et les rhabilleroit. Yoylà comment l'escolle du Piedmont s'estoit changée, ou bien corrompue par trop d'oysiveté. Que pleust à Dieu fust-il encore à nous, à peine qu'on y deust remettre les escolles aussy bien que debvanl! Je pense qu'il y a des maislresaujourd'huy,qui par bons exercices les auroient bientost redressées. Dadvantage, quel plaisir seroit-il que d'y veoyr encor en vogue le jargon françojs. et la fleurde-Jys paroistre? Au lieu que de tant de conquestesque nous avons faictes, depuis cent ans en çà, de-là les monts, il ne nous y reste aucunes places où nous y puissions veoyr aucun escu ny une seulle armoyrie de France. Encor ceste noble et loyale ville de La Mirande emjforteelle ce los par dessus toutes de par de là, où l'on y voyoit le nom françois gravé et les fleurs-delys hautes eslevées par dessus les portes et cantons de la ville, et une garnison de François entretenue et payée aux despens de France soubs le capitaine Lendrevye. Je ne sçay si elle dure encor. Et de tant de villes, chasteaux et places que nous avons tenus en Piedmont, au diable l'une y a-il qui porte ceste marque. Ce n'est pourtant que le pays ne le voulust ny ne le desirast extresniement. La noblesse s'en t iendroi t plus forte, plus fiere et plus agraudie, comme elle faisoit alors, se sentant subjecte à un grand roy plustostqu'à un duc. Et la justice, quoy! se . voyant maniée et exercée par un grand parlement semblable à ce grand de Paris , et autres de la France, combien la faisoit-fl plus beau veoyr que celle qui est aujourd liuy ! Le peuple, combien seroit-il riche, opulent et remply de fiuances, qui leur iroient ordinairement de la France comme alors que nous le tenions ! Sur quov je ferai ce petit incident.

La dernière foi* que j'allay en Italie, qui fut i servir à Turin et autres places, comme à Monen nostre voyage de Malle, passant par Pied- | devy, les belles et gentilles dames de la place,

qu'on nomme là ainsy, pour estre logées tout à l'en tour de la place. A Cazal aussy j'y ay veu qu'il y faisoit bon.

Voylà comment nos François se raDgcrtot gentiment soubs les lois de l'amour bonnette : aussv avoient-ils un gênerai, qui estoit M. le mareschal de Brivsac, qui avoit d'aulrrjfiw «ceu si bien servir les dames à la cour, là où est toute honneste discipline de l'amour, qui voulut que de mesrnrs on les servis! en Piedmout; dont luy-mesme en donna l'exemple à sa belle maistresse, la signora Novidale, l'une des belle* (famés du Piedmont , qu'il servoit et l'honnoroit comme une princesse; et en eut d'elle unetrbbelle fille et semblable à sa mere, qu'où appela madame Novidale, estant religieuse; et despms est abbesse d'une abbaye en Anjou, ou en Bre tagne, comme jay ouy dire.

Or je fais fin, en disant que ce comte de Brbsac a fait le dernier couronnel des bande» de Piedmont ; et croy que, si Dieu ne non* ajdr. que jamais plus n'y en verrons, si-nou par fanlaisycs ou apparences, ainsy que despuis peu le roy a faict M. d'Espernon couronnel du Piedmont encore, et en a un régiment qu'on appelle régiment de Piedmont , dont je m'estoooe qu'on n'y mette encore le régiment de Milao, de Naples, de Toscane et Corsegue, pays, term et réaumes que nous avous long-temps tenus; car nous y avons autant en l'un qu'en l'antre et si ne sommes pas presls d'y estre, ny de reconquérir ces pays, parce que quand nous le* conquismes nous en eusmes bon marché, et te places n'esloient si fortes de beaucoup, comme nous les avons rendues du tout imprenable* si ce n'estoit qu'il y eust en France une dcm)f douzaine de messieurs des Diguieres pour l(| reconquérir, voyre le duché de Milan

t, j'y vis un changement aussy estrange qu'il estoit possible; car, estant à Turin, je passay par devant la boutique d'un cordonnier qui ra'avoit servy là d'aulresfois, lequel s'appelloit maistre Biaise de la Reole, mais acasé à Turin. Soudain il me vint embrasser; et nioy, contemplant sa boutique, où il n'avoit qu'un chetif vallet, et lui qui travailloit à de gros soulliers de vache pour les paysans, je luy dis : «Et quoy, maistre Biaise, qu'est cecy à dire? «Est-ce la boutique que j'ay veue d'autresfois, «où vous aviez d'ordinaire une douzaine de «vallets, les uns plus braves que les autres, «qui ne travailloicut qu'en velours et toutes «sortes de marroquins et cabrons? Qu'est de- « venu tout cela? Où est ce changement ?» Il me respondit seulement , la larme à l'œil , avec un grand souspir : a Hélas ! monsieur, les François «n'y sont plus; l'argent de France ne vient plus «à nous; aussy sommes-nous pauvres, et ne « pouvons plus faire ce que nous avons faict. »

J'ay bien opinion qu'en foy et conscience si on demandoit aux Picdmontois s'ils voudraient estre encore soubs la domination françoise, et qu'il ne fust qu'à crier vive le roy et la France, ils l'auroient tost faict , et sur-tout ces belles et gentilles dames piedmonloises , qui , abhorrans les subjections que les marys et parens italiens imposent à leurs femmes et parentes, seraient fort aises de jouir de ceste belle liberté françoise qui est une chose si douce. Mais l'on me dira : «Qui a ruyné les François aux royaumes de Sicille, Naples et Lombardie, sinon les amours que les François faisoieut aux dames?«Ouy, cela est vray, mais c'estoient des insolens et indiscrets, qui ne sçavoicnl présenter leurs services aux dames qu'à la grossière mode, et en tirer des jouissances si indisercttement que les hommes en perdirent patience. Mais qu'on advise depuis au Piedmont si tels scandales .sont arrivés, bien que les François fissent d'ordinaire l'amour aux dames, mais c'estoit avec toutes les belle* discrétions du monde, tous respects, toutes belles servitudes, humilités et libertés : car, en servant ainsy une dame , et qu elle me veuille gratifier de mon service, qui est-ce qui m'en pourrait reprendre, si ce n'estoit sur le ; ? Ainsy que j'ay veu les François les bien

despuis peu a faict grand peur au Piedaoni. mais cela n'a duré guieres, car il y a tout perda par la division des serviteurs du roy. Jf^f que s'il n'eust eu affaire ailleurs, et n> W esté appelle, il luy eust faict la peur entière tant il est jjraud capitaine, et encor >'est-tl demander trefve. Quel honneur pour luy!

Or, pour fin encor, voylà tous les couronne!* du Piedmont , despuis qu'ils y sont esté ml* duits, desquels j'eusse parlé et de tous te*

DES COURONNELS FRANÇOIS.

très , plus amplement , si je n'eusse en d'autres discours à faire.

M. DE STROZZE».

D'autres couronneis y a-il eu, françols, mais commandans ailleurs qu'eu France, comme M. le mareschal de Strozze; car, encor qu'il fust natif florentin, il le faut advouer comme naturel frauçois, pour la ridelle loyauté qu'il a portée à la France, et les bons services qu'il y a faicts; aussy qu'il y estoit du tout habitué. A la guerre de Parme, ledkt seigneur Pierre Strozzi fut couronne) de l'infanterie, et le duc de Castres de la cavallerie légère. Une faut point s'enquérir comment ce seigneur fit bien sa charge , car il l'entendoit bien , d'autant qu'en capitaine simple , en couronnel et mareschal de camp, il 1 avoit très-bien faicle du temps du roy François, et en Italie et en France; et aussy que, par l'art et les lettres qu'il avoit , il scavoit et voutoit fort practiquer ce qu'il avoit leu des guerres anciennes, tant romaines que autres. Dadvanlage il estoit un très- bon mathématicien et ingénieux, qui est bon à un couronnel pour prendre places.

En ceste guerre là il s'y conduisit bravement et en brave couronne!, et n'y manquok en chose du monde de son debvoir; aussy avoit-il avecques luy de très-bons capitaines, lesquels , tant à pied qu'à cheval , y servoient bien le roy, comme estoit le seigneur Cornelio Bentivoglio , le seigneur Paulo Baptiste Fregouse, et les seigneurs San Petro Corso et le brave vaillant Jehan de Turin ; ces deux là faicts de la main de M. de Strozze, et menés en France par luy. Ce bon homme Jelian de Turin , n'oubliant rien de son ancienne guerre, et ne succombant au faix de la vieillesse, estant à la guerre en Corsegue , il fut tué misérablement par un des nostres, aiusy qu'il vouloit avictuailler Sainct-Florant ; mais aussy tost le soldai fut passé par les picques , encor qu'il ne l'eust pas faict à son escient, tant estoienl despités les capitaines et soldats de la mort d'un si vaillant homme.

Pour fin, Parme n'avoit garde d'estre prise

ny forcée , puisqu'il y avoit tant de Drives et de vaillans généraux dedans. L'un estoit le duc Octavio, prince et duc de ladicle place et de Plaisance, et M. de Termes, et deux si vaillans couronnels, l'un de pied, l'autre de cheval, à ce que j'ay ooy dire à plusieurs vieux capitaines et soldats. Mondict sieur de Slrozae aymott l'infanterie puisque la cavallerie, et s'y plaiaoit plus en faire Testât.

Luy estant lieutenant de roy en Toscane , et pressé par le marquis de Marignan vers l'Anpennin de Florence, et mesmes pour les vivres, dont au devant de luy il avoit le fleuve d'Arno, qui estoit si impétueux qu'il donnoit terreur de le passer, voyre de le regarder, toulesrois ce seigneur, ayant recognu un endroit où il pou* voit avoir le moins d'eau, et l'ayant par deux fois luy seul essayé , mettant pied à terre y estant arrivé, se mit le devant; et passa toute son infanterie à gué, saine et sauve, sans en perdre aucun , ayaut mis pourtant de gross.es aisles de cavallerie entre deux , pour rompre le fil et le torrent de l'eau. C'est un beau traict et de capitaine romain : voylà à quov luy servit ce qu'il en avoit leu autresfois.

C'estoit l'homme du monde qui estoit plus digne de loger une armée, fusl en leur assiette de logis, fust en campagne pour battaille, et qui arrangeoit et qui ordonnoit mieux les battailles et battaillous en toutes fermes , et le plus soudainement, et qui les scavoit mieux loger et à son advantage. Aussy dans les armées royales, bien souvent a-il esté prié de son roy de faire estât de maistre de camp et de mareschal de camp, au voyage deCambrayet Vallanciennes ; ce qu'il faisoit volontiers, tant pour gaieté de cœur que pour plaire à son roy.

Il n'aymoit nullement les soldats de sa nation, et ne les estimoil pas, ainsy que ce grand marquis de Pescayre en faisoit de mesmes. Car , bien que ses prédécesseurs fussent venus d'Espaigne, et luy né au royaume de Naples, il raaudissoit l'heure algunas veces, de que sus antepasados liablan tomado ,y eito mismo, iec/te en Italia , que produaa sotdados que fuesen tan para poco, por quales palabras se ganà secreto odio entre Italianos ; c'està-dire : «quelquefois de quoy ses prédécesseurs, voyre luy-mesme, avoient pris de laict

lui a déjà con»cré ud artjdfJjj^Uiyjdu, 1 en Italie qui produisoit de si mauvais soldats;

pour lesquelles parolles il en engendra une secrette hayne entre les Italiens. » Ces mesmes propos sont ainsy escripts en sa vie. Son pcre , Alonso d'Avalos, faisoit le contraire, voyreles bayssoit.

Ce marquis, luy italien et né en Italie, il les desdaignoit tellement qu'il ne parloit jamais à eux qu'en Espagnol : ce qui le faisoit de l'autre costé aymer des Espaignols ; aussy l'adoroientils. L'empereur Charles ne les ayma guieres non plus, et s'en desgousta fort à son premier voyage de Hongrie , où y ayant laissé quelques regimens italiens que le Gouast et le cardinal de Medicis y avoient menés, n'y voulurent demeurer, ainssedesbanderentets'en tournèrent tous. Toutesfbis à ce grand assaut de Sainct- Disier, qu'il y perdit environ cinq cents Espaignols, ils se repentit fort qu'il n'eust amené en ceste guerre quelques regimens italiens pour ayder aux Espaignols aux assauts et prises de villes, qui y eussent peu servir. Mais aucuns disoient qu'il ne les souhaitoit , si-non pour participer à humer la fricassée que ees pauvres Espaignols avoient tous seuls humée et mangée. Si en eut-il quelque bonne opinion à Duren , où il les vit bien faire. Et certes il y a parmyeux de bons soldats , et l'Italie en nourrit et produit beaucoup d'aussy bons que jamais : mais d'y en avoir ordinairement et communément, comme sont les François et Espaignols, je dis pour bien faire la guerre, il n'y en a pas. Aussy ay-je ouy dire que le pape Paulo Garraffe, lorsqu'il estoit à demy assiégé du duc d'Albe, et que les François de Toscaue Pallerent secourir, un jour les voyant entrer en garde dans Sainct-Pierre , se plaisant à les veoyr, il se mit à dire : Questi Francesi gascon i parescono veri inslrumenti mandati da Dio perfar guerra; c'està-dire : a Ces François gascons paraissent de «vrais instrumens envoyés de Dieu pour faire la a guerre, b Ce n'est pas peu de louange, puisqu'elle vient du plus grand homme de la chrestienté.

M. de Strozze estoit de ceste mesme opinion; et ay ouy dire qu'il eust fort désiré parler bon gascon pour parler aux soldats gascons , et en trouvoit le langage fort soldadesque.

Or ce seigneur n'estoit tant addonné pourtant à l'amour de l'infanterie qu'il n'aymast la cavallerie, mesmes qu'il se delectoit à avoir

SDS CAPITAINES FRANÇOIS*.

de beaux chevaux. I) s'est veu pour un coup avoir vingt pièces de grands chevaux , les uns plus beaux que les autres ; et le seigneur Hespany les luy gouveruoit, qui estoit son escuyer; et, despuis la mort de son maistre, M. deGuyse le prit à son service. Il tenoit quasy tousjourssrs chevaux à Seme, qui est un fort beau chasteau et belle maison*près du port de Pilles, qui avoit esté à M. de Tays ( et M. le mareschal l'avoit encor mieux accommodée), où il se tenoit pour l'amour d'une dame vefve et belle qui estoit là auprès, de laquelle il estoit fort amoureux; car le bon seigneur, encor qu'il semblast, par son visage rubarbaratif, furieux et austère, si estoit- il à l'amour subject aussy bien qu'un autre; et y a-il uue très-grande dame par le monde qui ne l'a pas hay, mais fort aymé; et estoient parens; et aymoit la femme d'autruy autant que la sienne, voyre plus.

Sur quoy j'ay ouy faire ce conte à mon fils, que quand il espousa la sienne, qui estoit fort belle, aymable, sage et honnestc dame, delà maison de Medicis, fort proche de la repe mere , il luy portoit advant telle ardeur d'amour, que l'espace d'un mois il ne bougea d'avecques elle , à la caresser , l'accoller et coucher avecques elle si ordinairement, et sans en bouger d'auprès ny desmonter, que par petites et courtes pauses, que luy, s'en rassasiant son benoist saoul pour un coup, se partit de la, et n'en fit plus jamais tant de cas, ny luy fît tant de caresses ny d'accollades ordinaires comme l'espace de ce mois, et s'en reffroidit bien fort après (M. de Strozze me l'a dict ainsy ); à quoy il avoit tort; car, quand ce serait la meilleure et la plus délicate viande du monde, en la rangeant et prenant de telle satiété jusqu'à crever, l'on l'en a puis après en très-grande horreur , et tousjours sur le cœur Il en debvoit tousjours gouster en appétit, et faire comme l'on faict aux dogues en Angleterre, lesquels leurs maistres ne laissent jamais encharner sur la beste qu'ils ont attaquée, ruais les en retirent aussy tost qu'ils les voyent acharnés et par trop aspres. J'ay parié ailleurs de ce seigneur, il m'en suffit.

DES COURONNBLS FRANÇOIS.

LE CAPITAINE VALLERON.

Il faut parler d'un autre couronnel , qui fut le capitaine Valleron , lequel fut envoyé par le roy Henry à la guerre de Sienne ; et M. l'admirai , d'autant qu'il avoit esté son lieutenant, et l'avoit bien servy , et l'avoit cognu fort brave et vaillant et sage capitaine, et l'aymoit d'autant plus, voulant eslever sa créature, le nomma au roy Henry qui l'honnora de ccsle charge de mener ses trouppes en Toscane ; dont M. l'admirai luy donna douze enseignes des siennes vieilles qu'il avoit, ensemble permission d'arborer l'enseigne blanche aussy tost qu'il seroit hors de France , mais non plustost. Je l'ay ouy dire ainsy à d'aucuns v ieux capitaines.

Certes, le roy et M. t'admirai avoient raison d'bonnorer cest homme de ceste charge, car il en estoit bien digne, et servoit très-bien le roy, tant en la guerre de Sienne que de Gorsegue, mais non pas longuement , n'en ayant longtemps loysir ; car il mourut à ceste maudite routte de Sienne de M. de Strozze, là où les François , commandés par le brave couronnel M. de Valleron, et les lansquenets, commandés par le Ringrave, firent si bien et combattirent si opiniastrement, se voyant abandonnés de toute la cavallerie, qui ne combattit jamais, qu'aucuns fort peu , encor qu'il en demeurast sur la place de morts plus de cinq mille ; et si peu qui en restèrent se retirèrent dans Sienne où ces belles dames et honnestes Siennoises n'oublièrent rien de tout debvoir de pieté envers eux, car elles les secoururent de tout, et pansèrent elles-mesraes de leurs belles mains les playes des pauvres blessés, encor qu'il ne soit le plus expédient d'estre pansé d'une belle femme, car elle rengrege une autre playe. Je le puis ainsy asseurer par un accident d'une harquebusade que j'eus dans le visage une fois à Portefin près de Gesnes , dont j'en demeuray aveugle six jours sans rien veoyr. Là se trouva une fort belle dame de là mesmes, très-belle certes, hooneste et fort charitable, qui sçachanl guérir du feu auquel le laict d'une femme est très-propre , elle entreprit ma guerison ; et me jet toit dans les yeux du lact de se ses beaux et blancs tetins , car elle n'avoil que trente ans, et de ses

blanches mains me oignoit le visage de quelque graisse composée par elle, me tenant compaignie et de beaux discours. Mes gens me disoient bien sa beauté, mais après que j'accommançay à veoyr d'un œil, je cuiday mourir la voyant si belle; mais elle me disoit lousjours que je fusse sage, car elle estoit fort femme de bien ; et si ne voulut jamais me laisser aller que ne fusse du tout guery; et m'en partis avecques ses bonnes grâces , et la larme à l'œil d'elle et de moy.

Or ce M. de Valleron mourut sur la place, qui fut fort regretté. M. le mareschal luy assista fort en tout ce qu'il peut , et à son infanterie ; mais, estant fort blessé et couvert tant de sang, il fallut qu'il se retirast. Il avoit du commancement rompu l'avant-garde , mais le marquis de Muns arrivant avec un gros de cavallerie et son infanterie espagnole; il mit tous lesnosires en routte, c'est-à-dire la cavallerie, qui ne fit point de résistance; mais l'infanterie, en combattant vaillamment, fut desfaicte, qui fut plus grande gloire à elle de mourir ainsy qu'à la cavallerie de se sauver. En quoy on donna ce jour grande gloire d'avoir très-bien faict au couronnel Valleron : aucuns disent et l'escrivent: le capitaine Valleron seulement; mais pour cela il n'y a pas plus grand honneur en l'un qu'en l'autre; car le plus grand que l'on puisse donner à un grand homme de guerre, c'est de l'appcller capitaine. Voylà M. de Bayard, qui a esté si grand , que la plus grand part de la France ne l'appelloient que le capitaine Boy ard; fust ou qu'on ne se pouvoit desaccoustumer de luy oster ce nom brave qu'il avoit acquis en ses jennes guerres, ou fust qu'on le trouvas! pour lors très-beau et très-honnorable : mesmes les Espaignols ne l'appeloient que simplement el capitan Bayardo, et dans leurs livres vous verrez comme M. de Lautrec lieutenant de roy, l'appellent : capitan Laulreco, capitan La Pallissa, capitan La Trimoulla, capitan Jubigny ; la pluspart ainsy de nos capitaines les appelloient-ils et les leurs, comme el capitan Jlarcon, qui avoit eu si grandes charges. Aussy le capitaine La Lande, qui avoit esté lieutenant de roy dans Landrecy, tenant le siège contre l'empereur avecques M. d'Esse, on ne Cappella jamais que le capitaine La Lande, encor estant

maistre d'hostel de roy. Et mesme estant mort , ayant esté tué dans Sainct-Dizier, compagnon de M- le comte de Sanserre, u'a esté appellé que tousjours le capitaine La Lande. Mais aujourd'huy le moindre qui commandera à un chetif régiment de pied, ou chetive compaignie de chevaux-legers, il le faut appeller Monsieur, et non point Capitaine. Serait luy faire tort , disent-ils. De sorte qu'il faut dire à plusieurs : Adieu, monsieur qui n'estes pas capitaine.

A propos d'un à qui Ton dit une fois : Adieu, mon capitaine, il respoodit, pensant estre offensé: Je ne suis pas capitaine, je suis gentilhomme. L'autre luy replicqua: Adieu doneques, mon gentilhomme qui n'estes pas capitaine. Celuy-là ne resscmbloit pas un gallant gentilhomme de par le monde (qui est moy qui escris cecy \ qui , prenant un grand playsir ordinairement à la guerre de porter l'harquebuse à mesche et son beau fourniment de Milan, monté sur une belle haquenée de cent escus, et en faire la profession, menant tousjours six ou sept gentilshommes et soldats bien signalés, armés et montés de mesmes, et bien en point sur bonscourtaux; un jour, et du commencement, entrant dans l'armée du roy à La Rochelle, il trouva un capitaine nouveau, qui venoit d ésire nouvellement emmollé; et ne cognoissant point ledict gentilhomme, qui d'ailleurs estoit assez cognu, et amy de tous les vieux et signalés capitaines, te capitaine doneques nouvelle! demanda au gentilhomme, qui paroisaoit par dessus tous les autres, et estoit brave, et marchoit le premier, parce qu'il le voyoit ainsy porter l'harquebuse, il luy demanda doneques: a A qui estes-vous, soldat?» L'autre luy respondit : « Mon capitaine, nous «sommes à nous-mesmes, et ne cherchons que « party à la solde, si vous nous la voulez donner «bien bonne.» L'autre, à veoyr encor sa mine et de ses compagnons, pensa que c'estoit quelque chose de bon , et qu'ils n'estoient pas gens de petites payes, et leur respoodit : « Possible pourriez-vous tant demander qu'il ne «serait raisonnable de vous donner? — Or bien, «mon capitaine, respondit l'autre, je voy bien « que vous ne nous voudriez donner ce que nous « voudrions ; nous vous baisons les mains , nous « en allons trouver M. de Strozze ou M. de Cos- « sans : d'ailleurs nous sommes à vostre service. *-

NOS CAPITAINES FRANÇOIS

Le capitaine demanda après à quelqu'un de ses lacquais, qui estoit demeuré derrière, quels gens estoient ceux-là. Il luy dit le nom du gentilhomme. Qui fut estonné? ce fut luy, disant : «Tels soldats sont de trop hautes payes a pour moy;» et despuis le gentilhomme luy fit ressouvenir du tout. A quoy le capitaine luy porta grand honneur et tout respect despuis, car il le vit au logis du couronnel , M. de Strozze, qui aymoit le gentilhomme autant que soy-mesme, car il le valloiî.

Je ne me sçaurois passer de me divertir queiquesfois et bien souvent de mon grand chemin ; mais pour tel divertir bien souvent on rencontre mieux.

H DE GIVHY.

Je retourne encor à nos couronnels, comme vous pourriez dire de M. de Givry, lequel fut couronnel de l'infanterie françoisc en Toscane. C'estoit un seigneur de très-bonne part, de grand valeur et de très- belle façon et bonne grâce. Il avoit commandé auparavant en l'armée du roy vers la Picardie, et à la frontière , à des chevaux-legers, et avoit choisy pour son lieutenant un brave gentilhomme de Perigord, le jeune Ferrieres, dict autrement Sauve-bœuf, et futtuédevant Vallanciennesen une escarmouche qui fut attaquée, et M. de La Vallette (despuis fort renommé ) sa cornette. Puis ledict M. de Givry quittant la cavallerie, il commanda à ceste infanterie de Toscane, où il acquit trèsbelle réputation. Il fut curieux d'avoir, entr au très ses capitaines, trois braves gentilshommes que feu M. de la Chastaigneraye, mon oncle, avoit nourry pages ; et disoit que s'il en eust peu composer tous ses capitaines de ceste nourriture, que voulontiers il l'eust faict, tant la trouvoit-il bonne et brave, venant d'un si vaillant seigneur que feu mondict oncle; comme il eut pour son lieutenant M. de Puydanche de Poictou , brave, vaillant et sage gentilhomme ; et puis fut son maistre de camp, et mourut i Ghiusyen Toscane, d'un puresy 1 qu'il prit pas -

• Pleuré*ie

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