DES COUR ON N
sant un ruisseau en quelque combat qui se fit là ; comme il eut aussy le capitaine Chanterai de Perigord, vaillaul gentilhomme, et despuis aux premières guerres fut l'un des capitaines de M. de Grammont qu'il meua à Orléans, et des mieux aymés de luy et des plus signalés. Il fut tué à une escarmouche de devant Gorbeil, et se trouva avoir sur luy trois mille escus cousus dans son pourpoint ; mais le corps demeura à ceux de son party et à M. de Grammont, et vis puis après mondict sieur de Grammont à Paris nous en faire de grands regrets.
M. de Givry eut aussy le capitaine La Cave , Gascon, qui fut tué en Gascongne aux guerres de M. de Montluc, parmy les huguenots : il estoit très-brave soldat et bon capitaine. M. de Monlferrand, despuis lieutenant de roy dans Bourdeaux, devoit aller aussy avecques luy en ce voyage de Toscane; mais il tumba malade. Tous ces quatre feu mondict oncle avoit nourrys pages, avecques une trentaine d'autres que je nommerais, qui ont esté très-braves et vaillans gentilshommes, si cela servoit ; mais ces quatre là M. de Givry fut soigneux les retirer à luy. Il eut pour son enseigne couronnelle, sur la tin de la guerre, le seigneur de Sainct-Gouard , qu'on nommeaujourd'huy le marquisde Pisany *. Feu mon oncle ne l'avoit pasnourry , car il estoit desdié à l'église, et long* temps a-il porté le nom et le titre de maistre-escole2 de Xainctes, qui est une dignité canonniale; mais il quitta la robbe longue pour aller en ceste guerre avecun sien frère, après qu'ils eurent perdu leur aisné, que feu mondict oncle avoit aussy nourry page; lequel mourut en Flandres prisonnier, ayant esté pris dans Hesdin, où le capitaine Bourdeille mon frère, qui y fut tué, l'avoit mené avecques luy.
Or M. de Givry se fit beaucoup renommer en Toscane par ses vaillances et ses trouppes, qui estoicut belles et bien conduictes de bons capitaines ; et l'ennemy ne gaigna guieres sur eux tant qu'ils y furent. La paix s'ensuivit ; tout fut envoyé quérir pour i etourner en France et les casser : aucuns s'embarquèrent sur les galères ; autres ne le voulurent ; et ce furent ces braves dont j'ay parlé cy-devant, lesquels, pour l'es-
meutte qu'ils avoient faicte dans Grussette, craignans la réprimande trop severe en France, se mirent à la solde du roy d'Espaigne , et firent si bien avecques aucuns qui esloient du Piedmont (mais la plus grand part estoient de Toscane), à la baltaille de Gerbes.
La guerre civile venue, M. de Givry en combattant très-vaillamment mourut à la bat taille de Dreux ', non sans un extresme regret de M. de Guyse, qui l'aymoit fort et le loua ( je le vis) comme il mer i toit, et luy-mesme en fit son epitaphe à la mode antique françoise, et selon son humeur, comme il fit des autres qui sont enterrés dans Dreux ; et quiconque les lira , qu'il croye hardiment qu'ils sont venus de la main et style de feu M. de Guyse, s'il n'y en a esté faicts d'autres après plus pindarisés.
Ce M. de Givry laissa un fils après luy, fort jeune, je pense qu'il ne pouvoit pas avoir plus haut de quatre ou cinq ans; mais estant à st'heure parvenu à son bon aage, il a monstré et monstre tous les jours qu'il est bien fils de pere, et qu'il ne dégénère en rien en toutes sortes de perfections du pere ; et, si j'ose dire sans offenser les morts, il l'excède en aucunes. J'en parleray ailleurs.