‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 337 sur 361 · LE DUC DE NEMOUR · texte numérisé non relu

LE DUC DE NEMOUR

M. de Guyse venant à faire son voyage en Italie et de Naples, M. de Nemours, comme j'ay dict cy-devant, fut faict couronnel gênerai de l'infanterie de France au royaume de Naples, qui est un beau titre celuy là, si la conqueste nous fust esté aussy bien asseurée comme enperée, et si le pape eust assisté M. de Guyse des moyens qu'il avoit promis. Jamais il ne se parla tant du nom de Nemours comme cestuy-cy eust faict espandre le sien vers l'Italie et royaume de Naples ; car il faut dire que ce prince a esté le surpassé de tous les princes qui ont jamais

| esté en France ; car si les autres ont eu quelques vertus particulières, cestuy-cy les avoit

; ensoy toutes accumulées et assemblées, tant

' Jean , marquis de Pisani , seigneur de Sauil-Gouard , j ' En 1562. chevalier des ordre» du roi , et son analwmdcur a Borne. I * Jaoque» de Savoie , duc de Nemours , mort à Aunecy «Cliauoiive-étoUlre. le 15 juin 1585.

a-il esté universel et parfaict ( j'en ay parlé cydevant en sa vie); et ne se contenta pas d'avoir mené les armes à cheval, mais, voulant ei osant tenter tout, il se mit à pied. Le malheur fut pour luy que les occasions ne se présentèrent guieres grandes et fréquentes, pour monstrer ce qu'il valloit et qu'il couvoit ; car en tout ce voyage il ne se présenta que deux beaux sièges , qui furent celuy de Valance en Piedmont et celuy de Civitellc vers le royaume1.

Que si feu M. de Guyse, après Valance prise, eust poursuivy ses coups vers Milan , la conquesle en estoit très-seure; mais, pour complaire au pape, pour le secourir, il fallut l'aller trouver et se priver d'un bien qui venoit à nous, ainsy que rit M. de Lautrec de mesmes, lorsqu'il laissa Testât de Milan, desjà asseuré, pour aller secourir Sa Saincleté.

11 ne faut demander si l'armée de M. de Guyse estoit belle, car pour gendarmerie, cavallerie et infanterie , il ne s'en pou voit trouver de plus belle, ny plus deliberée, ny plus gaye à faire ce voyage, et sur-tout de bons chefs et capitaines.

Four quant à l'infanterie, quand on ouyt raisonner qu'un tel prince que M. de Nemours en estoit couronnel, les soldats et capitaines à l'envy se meltoient aux champs pour estresoubs luy; et sans une ruse que fit M. le mareschal de Brissac, après Valance pris, qui fit passer ses gens de-là l'eau et semblant de faire monstre, il demeurait fort court de bons soldats; car ils se dcsrohoient tous pour suivre M. de Nemours. On le cognut après, car les forces de France se desfirent fort alors, disoit-on. On le cognut bien à Sainct-Quentin 2; mais quoy! et qu'en pouvoient mais les chefs qui les avoient soubs eux? Car si un gallant homme me veut suivre, un brave capitaine, un soldat, un gentilhomme, seray-je si fol de ne le recevoir ny de le rejetter? Tant s'en faut, que je le cheriray et luy feray toutes les caresses du monde. Je dis cecy parce que aucuns ont voulu taxer M. de Guyse d'avoir emmené les forces de la France. Ils sont bien deloisyr d'aller dire ces choses-là. N'estoitil pas assez d'autres forces restées en France pour battre toutes celles du roy d'Espaigne , si un chacun eust voulu foire son debvoir, et com-

' Le royaume de Maple*. — » Eq 1557.

NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

battre comme il debvoit? Voylà ce que j'en ay ouy dire à de grands personnages de guerre qui estoientdece temps là. Encor mondict sieur de Guyse ne vint-il pas bien à poinct, et ses forces, pour restaurer la perte par les prises de Callais , Guynes et Thyonville, et puis la belle armée d'Amiens, et la belle contenance et envye qu'on avoit de combattre là, où encore arrivèrent nouvelles forces d'italie, qui estoient dix ou douze compaignies de gens de pied, qu'aucuns appelloient, pour monstrer qu'ils avoient veu le monde , et avoient appris quelque chose de nouveau de l'Espagnol , le terze ou le tiers de l'Italie? Mais, pour mieux parler, il faut dire le terze à la mode espaignolle , et non point le traduire en françois le tiers, car ce mot là ne vaut rien et ne sonne pas bien.

Ces compaignies estoient demeurées du reste des bandes de M. de Nemours à Ferrare, à Modene, à Rege, à Rubiere, et autres places dépendantes de la duché , pour assister à M. le duc de Ferrare qui estoit menassé, voire bien fort ; car à bon escient on luy faisoit la guerre pour avoir esté toujours très-bon et très-loyal François, sans avoir faict jamais aucun acte di gne d'infidélité. En quoy la France doit aymer et honnorer ceste brave et noble maison à ja mais. M. de Guyse, son gendre, luy avoit laissé ces compaignies qui le servirent très-bien. M. de Montluc en parle en ses commentaires

Ces compaignies estoient soubs la charge de M. de La Molle , Provençal , pere du dernier mort et exécuté à Paris 1 ; et lesdites compaignies estoient celles du capitaine Monestier du Dauphiné , bien hay depuis des huguenots en ce pays-là ; du capitaine Bourdet de Xaintonge, brave et vaillant gentilhomme et beau ; mais en ce pays-là il s'y brusla tout le visage de poudre,

• et depuis l'appclloit-on Bourdet le Bruslé , trèsbrave et vaillant gentilhomme certes, il faut que je le die par deux fois. Il se rendit huguenot aux premières guerres pour un certain despit , en quoy il fil grand tort à sa fortune,

1 car il fust esté grand. M. de Guyse et M. de Nemours l'aymoient fort , et l'avoient en très-belle

j estime. Il avoit aussy le capitaine Collincourt , le capitaine Jaunay, le capitaine Mazay, le capi-

1 Joseph de Boni face, tieur de La Mole, nécaU arec Coconax, pour crime de conspiration contre Charles IX , le 30 avril 1574.

DES COURONNELS FRANÇOIS.

(aine Béguin, qu'on disoit avoir esté lacquays de M. de Nemours; je l'ay veu parmy nos bandes un bon, sage et advisé capitaine. Il fut tué au siège de La Rochelle, la première fois que nous entrasmes dans le fossé. Je le vis blesser tout auprès de moy dans une cuisse, qui luy froissa l'os, et mourut dans quatre ou cinq jours. Il avoit aussy la compagnie du capitaine La Chapelle, qui avoit esté tué près Ferrare. 0 y avoit le capitaine Barlhelomé, Provençal. Il y avoit aussy le capitaine Vallcfrenieres, qui avoit esté lieutenant du baron de Vantenat, et puis du chevalier d'Apchon. Ce Vallcfrenieres estoit un grand capitaine. Il mourut depuis à Bourgsur- Mer; j'en ay parlé ailleurs. Il y avoit aussy pareillement la compaignie du petit baron d'Orades, fort brave et gallant gentilhomme gascon, et qui avoit esté l'un des lieutenaus de M. de Nemours, et M. de Levy l'autre, de la maison de Gursol, très-noble famille, et de la maison de Levy, extraicte de celles de ceux des en fans d'Israël. U mourut depuis au Havre, huguenot.

M. de La Molle estoit couronoel de toutes ces compaignies, et en porloit le titre et l'enseigne; et furent trouvées très-belles; et les faisoiton beau veoyr quand elles arrivèrent et entrèrent dans l'armée à Amiens, comme n'estant peu de chose de veoyr venir ces vieilles bandes du terze d'Italie. Ce M. de La Molle meritoit de leur commander, car il en estoit digne, et brave homme de sa personne. Voyez encor d'autres couronnels, car Monsieur en a eu aussy bien que le roy son frère.

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