‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 338 sur 361 · M. DE BUSSY · texte numérisé non relu

M. DE BUSSY

Le premier couronnel qu'eut Monsieur fut M. de Bussy, duquel estendre ses louanges plus avant qu'elles sont, il me serait impossible, car elles le sont assez par-tout.

Pour son premier coup d'cssay , lorsqu'il le fut , il commança a faire des siennes , car il cuida , en l'armée de Monsieur , revolver todo el mundo 1 (comme dit l'Espaignol ) à Moulins.

Il faut doncques sçavoir que M. de Turaine ,

1 Brouiller tout

venant trouver Monsieur vers Moulins, il y emmena de ses forces , et entr'autres il mena quelques douze cens harquebusiers tels quels, soubs la charge de M. le viscomte de Lavedan qui en estoit le couronnel , et entra ainsy,et avecquesson drapeau blanc, dans le camp. M. de Bussy, qui estoit de soy assez ombrageux , sans que ceste enseigne blanche luy portast dadvantage d'ombre, il en parla à Monsieur pour la faire cacher, autrement il ferait quelque desordre, d'autant que cela luy touchoit par trop. Monsieur le pria de temporiser un peu , et qu'il ne falloil pas mesconter M. de Turaine, qui estoit un seigneur d'honneur el de moyens , et qui volontairement l'estoit venu servir. M. de Bussy temporise deux et trois jours; enfin, perdant patience, se résolut, luy avecques douze bonnestes hommes, braves et bien choisis et déterminés, et montés sur de bons chevaux d'Espaigne, de prendre et arracher et envahir ce drapeau des mains du porteenseigne-couronnelle à la teste des trouppes, aiosy qu'elles marchoient en campaigne , et le rompre à leur veue. Il ne faut poiut doubler qu'il ne l'eust faict , car qu'est la chose impossible à une douzaine de compaignons braves , vaillant , résolus et jurés? Monsieur en sceut le vent, qui s'en fascha à M. de Bussy, d'autant que l'escandale estoit irréparable et irréconciliable s'il s'en fust ensui vy ; et puis accorda le tout J ay ouy racouter ainsy ce faict à aucuns des jurés et déterminés de ta compaignie, lesquels je ne pourrais pas tous nommer , car il ne m'en souvient plus; mais, entr'autres, il y avoit le baron de Viteaux, l'un des plus déterminés, dangereux, et asseurés pour faire un coup, qu'homme de France, comme il en a faict d'autres plus hasardeux. Il y avoit le brave chevallier Breton*, Piedmontois, vaillant au possible, et qui de frais estoit venu de Piedmont pour avoir faict un coup résolu en tuant son cnneniy : il a faict despuis de très-belles preuves de sa personne et de sa vaillance. Il y avoit Sayceval, homme d'affaires et de main, encor qu'il n'eust qu'un bras; il mourut despuis à Anvers, à la feste et festin de Sainct-Anthoine, qu'il avoit aydé en partye à préparer et dresser. Il y avoit aussy le jeune La Guyonniere, jeune homme,

1 Bertoa des Bnlloo.

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mais vaillant et asseuré. Il y avoit le capitaine Barthelomé , jeune homme ; il s'appelloit le capitaine Proveuçal, mai» je ne l'appellois jamais autrement , car il estoit fils de ce brave capitaine Barthelomé , provençal , qui estoit l'un des vieilles bandes d'Italie, que M. de La Molle emmena de Fer rare, comme j'aydict cy-devant. Les autres qui estoient avecques moudicl sieur de Bussy me sont oubliés, dont j'en suis bien marry, car leur nom raeritoil bien d'estre dict et loué. Et afin que je n'esgare ma mémoire dudict capitaine Barthelomé, il faut qu'en me destournant je face ce petit conte de luy.

Il avoit esté à feu M. d'Aramont, et alla avecque» luy eu Levant lors qu'il y fut envoyé du roy Henry en ambassade, qui rut receu et bien venus aussy hounorablemeol que jamais fust ambassadeur, car le grand seigneur, faisant le voyage de Perse, voulut qu'il vint avecques luy, ce qu'il fil; et pou voit avoir avecques luy cent hoonestes hommes, capitaines ou soldats, boas et signalés François, desquels le grand seigneur voulut qu'il en arborast une cornette aux armoiries de France , à laquelle il vint avoir cest honneur qu'elle marchoit à la droite. Quelle gloire pour cest ambassadeur et pour sa nation fraoçoise, de tenir tel rang auprès du plus grand monarque du monde !

Apres que Tauris, la principale ville de Perse , fut prise , et que le grand seigneur eut à plain jouy de sa victoire, il s'en retourna à Constantinoble , et d'Aramont luy demanda congé pour aller faire son vœuausaincUsepulchrede Hierusalem ; ce que le grand seigneur très-volontiers luy accorda; et luy donna gens et janissaires de sa garde pour le conduire asseurement. Estant en Hicrusalem , il accomplit sainclement son vœu , et y demeura quelques jours ; et ceux de sa trouppc, à son imitation, visitèrent ledict sainct-sepulchre le plus devolieusement qu'ils peurcnt, fors le capitaine Barthelomé, lequel estoit pour lors un jeune homme fort bizzare, assez libertin et grand des-riscurde nos vœux et de nos cérémonies cbrcsiienu.cs; et pour ce ne fit comme les autres. M. d'Aramont l'en pria souvent d'y aller, mais il promettoil beaucoup, et rien; et en faisoit beaucoup acroire; enfin , un jour M. d'Aramont l'en pria et l'en sollicita tant que pour l'amour de luy il y allasl , s'il ne le vouloit faire pour d'autre occasion ou subject ,

SDS CAPITAINES FRANÇOIS.

et qu'il l'en aymeroit toute sa vie, et qu'il s'en trouverait très-bien; ce qu'il fit; et M. d'Aramont l'y mena luy-mesme, où estant entré, ledict Barthelomé dit qu'il sentit en soy aussy tost l'ame attaincte d'une telle dévotion et religion à sou Dieu , qu'il alla oublier toutes les desrisions qu'il avoit faictes ; se prosternant devant son Dieu, fit ses prières et repentante* si fcrveutement, qu'oncques puis il ne se sentit de ses erreurs et fullies , et remercia cent fois M. d'Aramont , qui estoit cause d'un tel bien pour luy.

Ledit Barthelomé m'a faict ce conte, lequel, encor qu'il fust de bonne humeur et gaillarde, si estoit-il bien changé à ce qu'il avoit esté, comme il le disoit luy-mesme i d'autres qai l'avoîent veu, et ne se ruoit plus tant sur la religion ni ses desrisions comme il avoit faict.

Son fils estoit gallant comme luy, et se disoit huguenot; mais quel refformé ! Tant y a, que c'estoit un des vaillans jeunes hommes et déterminés qu'on eust sceu veoyr.

M. de Grillon l'advança en la cour , et me le fit cognoistre; et, parce que j'avois cof.mi et ayroé le pere , je ne l'appellois que le capitaine Barthelomé, et m'aymoit fort. M. de Bussy le prisoit fort , et se fioit fort â son espée.

Pour tourner encor à M. de Bussy , cest estât de couronnel luy estoit bien deu , car il estoit un Ires-vaillant homme; aussy ne faut-il pas qu'un poltron prenne ceste charge, ny aucune de gens de pied, pour bien s'en acquitter au moins, car il y en a force qui l'ont qui ne vallent pas grand cas.

Il y en avoit plusieurs qui disoient qu'il se pouvoit faire une riche comparaison de M. de Brissac et de luy , et certes elle se pouvoit en plusieurs choses; mais d'autres croyoient que M. de Bussy ne fust esté jamais si grand capitaine comme M. de Brissac : je m'en rapporte aux raisons qu'on y pourrait alléguer; pour quant aux vaillances, elles estoient esgales , et quant a leurs ambitions aussy, qui estoient telles, que s'ils se fussent trouvés en un mesine temps à une cour ou à une armée, jamais ne se fussent accordés , et se fussent trouvés souvent aux ntaio> ny plus ny moins que deux furieux lyons ou hardis lévriers d'attache qui s'en veulent coustumicrement; aussy n'a-on veu deux Crar* bien compatir ensemble. Si est-ce que je ue

DES COURONNELS FRANÇOIS.-

trouvois pas M. de Brissac si querelleur que l'autre , si-noo en matière qui luy importast beaucoup : l'autre pour un rien querelloit.

J'estois avecques luy lorsqu'il querella M. de Sainct-Fal à Paris ; nous estions chez les comédiens, où il y avoil bonne trouppe de dames et gentilshommes. Ce fol sur un manchon de broderie de jay et où il y avoit des XX. M. de Bussy disoit que c'estoit des YY : dès-lors il vouloit passer plus outre que de parolles; mais une dame que je sçays, qui avoit sur luy puissance grande , luy commanda de se taire , et de ne passer plus avant, craignant un scandale arriver si près d'elle , qui luy importerait de beaucoup. La chose supersedajusquesau lendemain, qu'il alla quereller ledict Sainct-Fal en la chambre de sa maistresse, que M. de Bussy avoil fort aymée, et luy avoit conseillé de se remaryer, car elle estoit vefve. (Testait madame d'Assigny, mere de la première femme du mareschal de Brissac , de présent l'une des belles de la Fiance; et elle ayant choisy .cestuy-ci , M. de Bussy en conceut quelque jalousie, se repentant de son conseil , el ne l'avoir pas prise pour luy, ny elle el tout , car elle estoit trèsriche ; et pour ce querella l'autre sur un pied de mouche, comme on dict, de ce manchon. Estans donc sortis de la chambre ils se battirent en trouppe, car M. de Bussy avoit cinq ou six honnestes et vaillans hommes , dont le chevallier Breton en estoit l'un, M. du Gla, le jeune I*a Guyonnierc et autres. M. de Sainct-Fal , qui se doubtoit , avoit avecques luy cinq ou six Eseossois de la garde, d'autant qu'aucuns des siens en estoient venus. Ils se battent ; deux de ces Escossois avoient des pistolets, qui les desserrèrent , têt l'un blessa M. de Bussy au bout du doigt. M. de Sainct-Fal , le voyant blessé , se relira.

Arriva lors M. de Grillon, son ami intime, lequel M. de Bussy pria soudain de l'aller appeller en Pisledu palais, où il l'alloit attendre. Par cas, M. de Strozze et moy nous vinsmes à passer par là, et le vismes tout seul en l'isle, qui attendoil son homme, et les deux quais bordés d'une infinité de monde. Nous trouvasmcsM. de Rambouillet, qui estoit lors capitaine des gardes, en quartier, qui nous pria d'aller ensemble dans mesme bateau pour engarder ceste batterie : el , allans prendre terre M. de

Bussy s'escria à M. de Strozze : «Monsieur, luy o dit-il , je vous suis serviteur, je vous honnore « fort, je vous prie ne me divertir point de mon «combat; vous venez pour cela, je le scay.aEt à moy il me dit seulement : «Cousin, je te prie, «va-t'en;» car il m'aymoit fort. Et à M. de Rambouillet il dit :« Monsieur de Rambouillet, «je ne feray rien des commandemens de vostre «charge, retournez vous-en;» et le dit d'une furie, l'espée en son fourreau et en la main. Il m'a dict despuis qu'il estoit si despité de se battre, et si enragé, que si nous n'y fussions esiés M. de Strozze et moy, il cust faict un mauvais tour à M. de Rambouillet, car il n'avoit avec luy qu'un seul archer. Enfin M. de Strozze et moy prinsmes terre les premiers , et remonstrasmrs à M. de Bussy le lort qu'il se faisoit de desobeyr ainsy à un capitaine des gardes parlant de par le roy, aussy que le roy dès-lors commençoit à le desgouster. Pour tout, nous luy donnasmes tant du bec et de l'aisle, qu'il nous creut , remettant la partie à une autre fois, et s'en retourna; et trouvasmes Monsieur, frère du roy, qui commençoit alors l'amytié ex t résine qu'il luy a porté depuis, et qui couroit, el l'emmena en sa chambre. M. de Rambouillet vit encor; s'il s'en souvient, il pourra lesmoigner si je ments. Et le roy vint après, qui s'estoit allé pourmener dehors, qui commanda aux gardes de se saisir de l'un et de l'autre, et aux uns et aux autres de ne se battre : M. de Bussy demeura dans l'hostel de Monsieur, l'autre ailleurs ; et puis commanda à messieurs de Ncvcrs et mareschal de Rets de les accorder.

M. de Bussy demandoil tousjours le combat en camp clos. Jesoay qui luy donna le conseil, qui fut moy, sans me vanter, el d'autant qu'en France il ne se pouvoit donner sans la permission du souverain , qui ne le vouloit jamais, ny la reyne sa mere, pour l'amour du feu roy Henry, son seigneur, qui avoit fait serment de n'en donner jamais, despuis celuy de feu mon oncle. Il fut arresté qu'on iroit à Sedan , où M. de Bouillon donnerait le camp. Je puis asseurer que M. de Bussy m'en pria des premiers pour y aller avec luy, car il me tenoit alors pour un de ses grands amis , cousins el confidens. Enfin tout fut rompu, et le roy voulut résolument qu'ils s'accordassent; et, estant venu M. de Bussy devant M. le mareschal de Rets

il luy dit, que le roy luy avoit commandé de l'accorder, et qu'il le falloit. M. de Bussy luy respondit froidement : « Monsieur, le roy le veut-il? «je le veux doncques aussy; mais, dites- «moy aussy, monsieur, en accord faisant Sainct- «Fal mourra-il? — Nenny, dit le mareschal. Et « pourquoy ? ce ne seroit pas un accord. — Je « ne veux donc point d'accord, monsieur; » car Bussy dit qu'il ne sçauroit s'accorder si Sainct- Fal ne meurt. Pour fin , après avoir bien contesté et débattu, l'accord se fit, et ne se demandèrent jamais rien plus.

Je croy que le combat en fust esté furieux, car Sainct-Fal estoit un brave gentihomme; il est vray qu'il estoil jeune, et alors ne conimençoil qu'à venir. J'avois oublié à dire que, lorsque M. de Bussy entra dans le Louvre pour faire cest accord; il estoit accompagné de plus de deux cents gentilshommes que nous estions; le roy estoit en la chambre de la reyne, qui nous vit entrer. Il en porta jalousie; et dit que c'estoit trop pour uu Bussy ; et se fascha de quoy l'on n'avoil faicl l'assemblée de l'accord ailleurs que leans. S'il fut là bien accoinpaigoé, il le fut encor mieux au bout d'un mois là mesmes à Paris, où il cuida estre (ué la nuict, sortant du Ixwvre, et se retirant cher luy, en la rue des Grenelles, à la Corne-du-Cerf , où il estoit venu loger exprès pour l'amour de moy, où j'eslois tout auprès. Il fut assailly de douze bons hommes, dont j'en nommerois aucuns, montés tous sur des chevaux d'Espaigne qu'ils avoient pris en l'escurye d'un très-grand qui leur tenoit la main. Tous chargèrent au coup, et tous tirèrent leurs pistolets et en firent une escopetterye sur luy et ses gens ; mais , cas admirable ! il ne fut ny blessé ny frappé, ny aucun de ses gens, fors un qui eut un coup de pistolet au bras. Lui soudain coramança à songer en soy, voyant que ses gens s'escartoient; et à la faveur de la nuict, car ses flambeaux s'estoient aussy lost esteincts, se relira tout bellement, et approchant d'une porte toute poussée , pourtant s'y voulant tapir afin que les autres qui le poursuivoient ne le peussent veoyr, la fortune fut si grande pour luy que la porte ne se trouva point fermée, mais poussée seulement ; par quoy il se coula tout bellement dans la maison, et poussa toute la porte, et la ferma très-bien sur luy : en quoy il monstra bien qu'il n'avoit faute

ANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

de jugement ny l'avoit perdu, ny qu'il fust poltron, car en telles choses les poltrons l'y perdent, et ne sçavent nullement leur party prendre pour se sauver, quand la partye n'est pas bien faicte pour eux, ou que la grande appréhension et la crainte du mal qu'ils ont leur faict hebetter les sens, qu'ils ne sçavent qu'ils

, font , non plus que niais ou enfans ou insensés,

I ainsy que j'en nommerois bien aucuns; en quoy faut louer M. de Bussy. Dont bien luy senit; car autrement il estoit mort, d'autant que les autres le suivoient et cuerchoient à cbeval, et par ainsy il esvada. J'eslois lors malade d'une

I grosse fiebvre tierce, et, oyant ceste esoopet-

j terye, je crus que c'estoit la garde qui estoit là assise , et dis en moy-mesme que telles gens estoient indiscrets et mal créés, de tirer ainsy de nuict : toutesfbis j'envoie sçavoir que c'estoit, car j'ouys une grande rumeur. Mes gens trouvèrent M. de Grillon avec cinq ou six de ses gens, et un bon espieu en la main, qui cberchoient M. de Bussy, lequel s'estoit retiré, après que les autres s'en furent allés, chez M. Orou , capitaine des Suisses de Monsieur, où il l'alla trouver, et le ramena à son logis sain et sauve ; et m'envoya de ses recommandations, et me manda comme il l'avoit eschappé belle.

Le lendemain, luy, ayant sceu d'où estoit venu le jeu , commança à braver et menasser de fendre naseaux, et qu'il tueroit tout; mais amprès, il fut adverty de bon lieu qu'il fust sage, et fust muet et plus doux, autrement qu'on joueroit à la prime avecques luy, car de très-grands s'en mesloient; et de bon lieu fut adverty de changer d'air et de s'absenter de la cour pour quelques jours, ce qu'il fit avecques un très-grand regret ; et ce fut alors qu'il sortit de Paris, très-bien accompaigné d'une belle noblesse et bien montée, car toute celle de Monsieur y estoit, à laquelle il avoit commandé expressément de l'aller conduire ; et nul gentilhomme de ceux du roy n'y alla , que MM. de Grillon , de Neufvie et moy, encor que j'eusse la fiebvre , mais ce n'estoit pas mon jour ; dont

. I e roy n'en f u t con ten t puisa près, mais je ra'excosay qu'il estoit mon parent et mon amy, et mesmes qu'on nous avoit asseuré qu'on le vooloit tuer par les rues, où nous pensions nous

| battre à chaque canton 1 ; à quoy le roy m'excusa

' 1 tom.

DES COURONNELS FRANÇOIS.

fort facilement, car il me portoit lors bon visage. Cestoit le jour des nopees de Chemerault que je luy en parlis , à sa première pause de bal , ainsy qu'il menoit la maryée. Je conterois là dessus force particularités gentilles, mais elles seraient trop longues ; si diray-je cestecy : c'est que , ainsy que nous marchions par ceste ville, M. de Grillon, le brave, prit sept ou huict bons hommes avecques luy pour marcher debvant,et comme menant les coureurs: quand il fut à la porte de Sainct-Anthoine, se doubtaut que la garde qui y estoit ne nous voulust empescher la sortye, M. de Grillon faict ferme sur le pont avecques deux ou trois, et les au-

fait semblant s'amuser à parler à un , à faire | bonne mine, en attendant que le gros arrivas! et que la garde ne prit allarme. Cependant nous arrivasmes, et sortismessi excortement, que jamais ne s'ensuivit aucun bru ici. MM. les maresebaux de Montmorancy et de Cossé estoient sur le haut des tours de La Bastille, prisonniers, se promenans, qui, advisans le jeu, eussent fort voulu, comme ils dirent despuis, que ce fust esté pour eux. Quand nous fusmes au petit Sainct-Anthoine, nous fismes alte, et la plus grand part s'en retourna dans la ville, voyans qu'il n'y a voit plus de danger, dont j'en fus un de ceux là , à cause de ma fiebvre ; et en disant tous adieu audict sieur de Bussy, il me pria tout haut par sua tous, comme son bon cousin , que quand je serais au Louvre, que je portasse la parole pour luy : « Qu'on avoit faict un affront à Bussy, dont il s'en ressentirait advant que mourir, et bien tost, contre quiconqne fust , et qu'on se guardast de luy;» et puis me pria de porter ses humbles recommandations à une dame de laquelle il portoit deux faveurs sur luy, Tune à son chappeau el l'autre à son col, car il portoit un bras en escuarpe, et que les faveurs seraient bien cause qu'il en tuerait quelques-uns advant qu'il fust long-temps, et que l'affront qu'on luy avoit faict serait vangé par plus de sang qu'on ne luy avoit voulu faire perdre. Je ne faillis de dire le tout et m'en acquitter,comme je luy a vois promis.

Despuis, il ne comparut à la cour que quelques années après que Monsieur eut faict son accord avecques le roy, qui avoit les armes contre luy. Monsieur se tint à sa cour mieux

que debvant, en bonne union avecques luy; Bussy y vint aussy trouver son maistre, qui, ne se pouvant contenir et portant envyc à M. de Quelus, grand favory et aymé de son roy, fallut qu'il se prist à luy, et le querellast ; mais le roy leur fit commandement à tous deux sur la vie de ne se demander rien. Par cas, au bout de deux jours, M. de Bussy, tournant des Tuilleryes , monté sur une bonne jument d'Espaigne, ayant le capitaine Rochebrune, de Lymosio , avecques luy, près la porte Neufve sur le quay, se rencontra à M. de Quelus, qui alloit d'où il venoit, accompaigné de M. de Beauvais- Nangis et deux autres. M. de Quelus, le voyant 1res les advance vers la bacule. Cependant il j en beau jeu, perdit patience, et oublia le commandement de son roy, ou plus tost, s'asseurant de son vouloir, chargea M. de Bussy, qui, voyant la partie toute faicte sur luy (car il le voyoit venir le long de ce quay), bravement se desmesla d'eux , et gentiment se sauva, et s'en alla au pont Sainct-Clou , où de là il escrivit une très-belle lettre au roy. La substance est qu'il mande l'affront que Quelus luy a faict, et s'en plainct à luy, ne luy demandant autre justice ny raison, si-non qu'il le supplie de vouloir pardonner audict Quelus et luy donner grâce, d'autant qu'il a violé son commandement , et pour ce est criminel, et, estant tel , il ne le veut ny peut combattre, car il se ferait tort , pour le peu de gloire qu'il y aurait ; mais, ayant esté pardonné de luy et en sa grâce, et remis de son crime, alors il le combattra sans aucun scrupule, car résolument il faut qu'il se combatte contre luy. Le roy voulut que les choses n'allassent plus advant, et M. Bussy se retira de la cour.

Si je voulois raconter toutes les querelles qu'il a eues j'aurois beaucoup affaire : hela» ! il en a trop eu , et toutes les a desmeslées à son très-grand honneur et heur. Il en vouloit souvent par trop à plusieurs, sans aucun respect , je luy ai dicl cent fois; mais il se fioit tant en sa valeur, qu'il mesprisoit tous les conseils de ses amys. S'il fust esté plus respectueux, on ne luy eust suscité le cruel massacre où il a tombé; car, faisant l'amour à une dame, il y fut altrappé. Aussy dit-on de luy : que les deux dieux qu'il avoit les phis aymés et qui le tenoiem le plus chery, le firent mourir. L'on fit de luy force epitaphes à la cour et en France, dont j'en

recueillis d'eui, que je trouve bon» et dignes d'estre mis icy, l'un en latin et l'autre en François, qui sont ceux-cy:

BVSSII VIBI SORTIS FOBIIOSISS. NOBIMSAi. BHT4FH10M.

Formosœ Venerit , furiosi Martis alumnus,

Nobiiium terror, Buisius lue titut ett.

in Monsoranis castos turbans fijmenœot,

Incautus crebris ictibut occubuit.

Insidiis pehit furttvo Marte peremptUM ;

Non pot ut t soium , tolus habere parem , Ut userai seinper Veneris Marti saur fatore ; Sed Mars hune tandem prodidit ulque renus. Haie tacros viotare thoros dedtcite machi,

Sanguine puni ri débet adutteriiiin

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