‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 343 sur 361 · LE COMTE DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LE COMTE DE LA ROCHEFOUCAULD

Durant ceste dernière guerre civîlle de la Ligue, M. de Lavardin ayant quitté le party do roy de Navarre, et s'estant bandé contre lut . M. le comte de La Rochefoucauld eut sa place de couronnel , et le roy de Navarre la luy donna: non qu'il la pourchassas! aucunement , car i' n'avoit aucune envie de tenir ce party , aie* celuy de M. de Guyse , lequel il lionnoroii beaucoup, et desiroit courir sa fortune, tant parce qu'il avoit cest honneur de luy appartenir à cause de Ferrare et Mirande, deux maisons alliées, et sa mère estoit de La Mirande, et ao*<y qu'il m'a dict cent fois que c'estoit son humeur d'aymer et estimer M. de Guyse plus que *«gneur du monde, à cause de ses mérites. Il n ra faut poinct doubler, car je le sçay niirm qu'homme du monde , et ce que nous en cooferasmes ensemble, esgarés dans des bois à on rendez-vous, affin qu'on ne nous soupçonnas!.

Si M. de Guyse eust adverty M. ledict comte seulement de ses desseins quinze jours advint. Angoulesme , Saiocl-Jean , Xainctes et Congnac,

1 Françoia, comte de La Rochefoucauld, tué A Satat- Yrier-la-Perche le 15 mars 1591 , eraud prévôt

DES COURONNï

est oient a ta dévotion , car ce seigneur estoit : l'un de la Guyenne qui le pou voit mieux faire , ; et qui avoit autant de créance dans ces villes et ' parmy la noblesse et le peuple du pays. M. dn I Mayne se peut ressouvenir de ce que luy en dis, quand il vint en Guyenne avecques son armée. [

Cependant le roy de Navarre ne chauma prac- i tiquer et saigner ce seigneur; et pour ce luy j donna cest estât de couronnel , qu'il exerça fort dignement jusqu'à ce que le roy de Navarre parvint à la couronne; lequel à son advenement, ne voulant rien innover , ains confirmer tous les estats, M. d'Espernon continua Je sien. Du despuis ce pauvre comte estant appellé pour aller lever le siège de Sainct-Yriers, vraye bicoque en Lyroosin , que M. de Pompadour , brave et vaillant seigneur, avoit mis devant pour la Ligue, et dedans estoit M. de Gbambret, brave et vaillant gentilhomme, et très-advisë, ce seigneur comte y alla soudain ; car il esloit très-volontaire à monter à cheval pour ses amys; où estant, fut donnée un petite bat taille ou rencontre , là où ceux du party du roy eurent du pire et furent très-bien battus. Ceux qui opiniastrerent en ce combat furent tués, comme ledict comte , et force bonnestes autres braves gentilshommes avecques luy : comme fut La Coste Mezieres, gouverneur de La Marche, et Fre- [ daignes, enseigne de marcschal d'Aumont, et force d'autres vaillans, lesquels je passeray pour j ce coup par la plume.

On dit que ledict comte fut tué de sang froid ; quoy ny comment il a esté tué , ç'a esté j un très-grand dommage, carc'estoit un brave seigneur et un trés-homme de bien, qui esloit le willeur.

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