LE COMTE DE LA ROCHEFOUCAULD
Durant ceste dernière guerre civîlle de la Ligue, M. de Lavardin ayant quitté le party do roy de Navarre, et s'estant bandé contre lut . M. le comte de La Rochefoucauld eut sa place de couronnel , et le roy de Navarre la luy donna: non qu'il la pourchassas! aucunement , car i' n'avoit aucune envie de tenir ce party , aie* celuy de M. de Guyse , lequel il lionnoroii beaucoup, et desiroit courir sa fortune, tant parce qu'il avoit cest honneur de luy appartenir à cause de Ferrare et Mirande, deux maisons alliées, et sa mère estoit de La Mirande, et ao*<y qu'il m'a dict cent fois que c'estoit son humeur d'aymer et estimer M. de Guyse plus que *«gneur du monde, à cause de ses mérites. Il n ra faut poinct doubler, car je le sçay niirm qu'homme du monde , et ce que nous en cooferasmes ensemble, esgarés dans des bois à on rendez-vous, affin qu'on ne nous soupçonnas!.
Si M. de Guyse eust adverty M. ledict comte seulement de ses desseins quinze jours advint. Angoulesme , Saiocl-Jean , Xainctes et Congnac,
1 Françoia, comte de La Rochefoucauld, tué A Satat- Yrier-la-Perche le 15 mars 1591 , eraud prévôt
DES COURONNï
est oient a ta dévotion , car ce seigneur estoit : l'un de la Guyenne qui le pou voit mieux faire , ; et qui avoit autant de créance dans ces villes et ' parmy la noblesse et le peuple du pays. M. dn I Mayne se peut ressouvenir de ce que luy en dis, quand il vint en Guyenne avecques son armée. [
Cependant le roy de Navarre ne chauma prac- i tiquer et saigner ce seigneur; et pour ce luy j donna cest estât de couronnel , qu'il exerça fort dignement jusqu'à ce que le roy de Navarre parvint à la couronne; lequel à son advenement, ne voulant rien innover , ains confirmer tous les estats, M. d'Espernon continua Je sien. Du despuis ce pauvre comte estant appellé pour aller lever le siège de Sainct-Yriers, vraye bicoque en Lyroosin , que M. de Pompadour , brave et vaillant seigneur, avoit mis devant pour la Ligue, et dedans estoit M. de Gbambret, brave et vaillant gentilhomme, et très-advisë, ce seigneur comte y alla soudain ; car il esloit très-volontaire à monter à cheval pour ses amys; où estant, fut donnée un petite bat taille ou rencontre , là où ceux du party du roy eurent du pire et furent très-bien battus. Ceux qui opiniastrerent en ce combat furent tués, comme ledict comte , et force bonnestes autres braves gentilshommes avecques luy : comme fut La Coste Mezieres, gouverneur de La Marche, et Fre- [ daignes, enseigne de marcschal d'Aumont, et force d'autres vaillans, lesquels je passeray pour j ce coup par la plume.
On dit que ledict comte fut tué de sang froid ; quoy ny comment il a esté tué , ç'a esté j un très-grand dommage, carc'estoit un brave seigneur et un trés-homme de bien, qui esloit le willeur.