‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 344 sur 361 · LE DUC D'ESPERNON · texte numérisé non relu

LE DUC D'ESPERNON

Leroy, voyant que M. d'Espernon estoit par trop occupé à ses gouvernement de Xaintonjje et d'Angoumois, et pour ce ne pou voit pas vacquer à son estât de couronnel , ou qu'il le voulus! autrement, desiroit fort qu'il se desfist de sondict estât de couronnel pour en honnorer M. de Chastillon ; mais M. d'Espernon n'avoit garde de s'en desfaire; tant s'en faut, il en uixmo. i.

porta quelque jalousie sourde et hayne à M. de Chastillon, encor qu'il fust fort proche de madame d'Espernon sa femme.

Certes, le roy avoit raison de désirer cest estât à M. de Chastillon , car il en estoit trèscapable, fust en vaillance, fust en conseil et conduicte; car il estoit très-sage, tout jeune qu'il estoit , et tout vaillant et hasardeux, qu'on n'en eust sceu trouver d'autre qui le fust plus que luy. Il représentent en tout le pere par le visage fort, mais la mere (qui estoit petite, sortye de la maison de Laval et du Lude) en petitesse. Je laisse doneques à penser comment l'extraction de ces braves races de Chastillon , Laval et Lude, luy aydoieut à le faire vaillant comme il estoit; et fort froid avecques cela comme le pere , et point esmeu , si-non sur l'heure du combat. Au reste , qui est le bon , il estoit homme de bien et de claire vie, craignant Dieu. M. l'admirai l'avoit faict, avecques ses deux freresautres, très-bien et vertueusement nourrir, si bien que tous a voient très-bien retenu de leur nourriture. Aussy tous les trois frères ont esté fort honnesles et braves seigneurs. Il furent pourtant abandonnés bienlost de leur pere, qui, après sa mort, turent contraints se sauver à la fuite dans la ville de Basle, où les habitans, pour l'honnorable mémoire du pere , les reçurent en toute courtoisye et honnesletés; et y demeurèrent assez de temps, au moins les deux, avecques madame de Telligny leur sœur, despuis princesse d'Orange ; laquelle (cas estraoge), en ce pays barbare et rude, prit telle grâce et telle habitude vertueuse et si agréable, qu'estant en France de retour, elle se rendit admirable par ses vertus et belles et bonnes grâces, et donna au monde occasion de s'esbahir et de dire pour l'amour d'elle : que les pay s durs et agrestes et barbares, rendent bieuquelquesfois les dames aussy accomplies et gentilles que les autres pays doux , courtois et bous ; non que je veuille dire que le pays de Basle soit tel, car il produict force personnes et choses bonnes , mais non pas les femmes siadvenantes, cointes et agréables comme les autres pays. Mais on dira bien aussy que ladicte princesse avoit pris sa première habitude eu France, et coustumierement retient-on mieux les premières et plus jeunes impressions.

Leur jeune frère ne les peut suivre, qui est

M. d'Andelot daujourd'huy, lequel fut précipité « du haut d'une tour en bas, mais Dieu le sauva ; et demeura long-lemps perclus de ses membres ; mais il s'est très-bien remis despuis : de sorte qu'il est de très-belle taille, et brave et vaillant gentilhomme , et point huguenot.

On en eust raid de meemes à ses frères si l'on les eust peu empoigner, par la grand hayne qu'ils portoient à M. l'admirai. Ce fust esté dommage ; mais plus grand dommage a esté de M. de Ghastillon, car, s'il eust vescu, il fust esté l'un des grands personnages un jour de son temps, et n'eust faict déshonneur au pere. Il aymoit fort l'infanterie et s'y accomodoit trèsbien, et aspiroit fort à cest estât de couronne! ; et bien souvent combattoit-il avecques elle , comme il a faict en plusieurs lieux, et mesmes au siège de Chartres, où il alla à l'assaut, et eut un grand coup de cartier sur la teste, et sans le casque il estoit mort tout roide; mats le coup luy en demeura si sourd et si dangereux , que, n'en faisant de cas et ne gardant ny lict ny chambre , car il n'estoit autrement vanteur de cour, au bout de quelques jours le mal longtemps couvé vint à jouer son jeu, et emporta avecques luy le renom d'un des parfaicts seigneurs de la France.

LE CBEVALL1ER D'AUMALLK.

Messieurs de la Ligue ont encor eu leur couronnel comme les autres, comme a esté M. le chevallier d'Anmatle, lequel a esté nn trèsbrave et vaillant jeune homme; et si ceux de la Ligue en eussent eu une deroye-douzaine de pareils, asseurez-vous que leurs affaires en fussent mieux allées; car il estoit fort entreprenant et hasardeux, et le monstra à l'entreprise de Sainct-Denis: que si tous eussent faict comme luy, la place estoit gaignée. Aussy le monstrerent-ils bien , car, luy mort, estendu sur le pavé, tout le reste se retira à sauve-quipeut, La règle faillit en luy, que aucuns ont dict, que: quiconque veut estre bien nourrisson de Mars, il faut dès l'enfance teter du laict de la déesse Bellonne. Mais celuy, comme force autres, n'en allaicta jamais , car il avoit esté desdié a l'église, et long-temps l'ay-je veu

ÏDS CAPITAINES FRANÇOIS.

qu'on l'appelloit M. l'abbé du Bec. Mais je vont asseure que ç'a esté un très-bon et vaillant homme de guerre; et, s'il eust vescu longuement, il eust esté un très-bon et daogereat capitaine contre les partisans royaux.

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