M DD GUA
Il faut encor scavoir ceste chose : qu'est quand les Poulonnois esleurent nostre roy drr nier pour leur roy, entr'autres condilioM qu'ils luy imposèrent, fut qu'il emmeneroit eo leur pays six mille Gascons, pour faire b guerre aux Tartares, et les y entretiendrai et rafraischiroit tous leans, à leurs despeoi pourtant, qu'ils promet toienl fort bien payer et soldoyer.
Le roy, qui aymoit fort M. du Gua, et quiluy avoit veu fraischement très-bien faire à l'assaut de l'Evangile à La Rochelle , et y estre fort blessé à un bras, après avoir accordé ce party aux Poulonnois , fit M. du Gua dès-Ion son couronnel gênerai de ses trouppes , lequd, après luy en a voir rendu très-humbles grâces, luy demanda congé pour s'en aller à Paris parachever à se faire guérir, et cependant faire provision et cabinet d'armes, comme je l'iy veu beau à son hostel d'Anjou.
M. de Bellegarde , prenant l'occasion au pwl, voyant Le Gua absent, brigue cest estât, tant par les moyens du roy et de la reyne raere que d'autres ; si bien qu'il en estoit quasy ébranle, sans que M. du Gua , ayant veu de retour »* maistre à Paris , qui rompit et rer»*r» llî,lt ce que l'autre avoit basly; et le roy sou n»fr tre luy conta toutes les menées qu'on avoit faict contre luy, ainsy qu'est le naturel de» princes de dire tout , voyre plus qu'il n'y a , » ils sont hors de combat.
M. du Gua fut en col 1ère , ne faut point dire comment, pour veoyr M. de Bellegarde courir sur son marché, qui l'avoit mis en grâce avecques son maistre et fort advancé envers luy , emvr que d'ailleurs et de soy-mesme, et du maréchal de Retz duquel il avoit esté lieutenant eu sa faveur, s estoit fort faict paroistre pourtrètgallant homme qu'il estoit, si bien que le voil*
DES COUfVONIS
ennemy mortel de Bellegarde. Je «çay ce qu'il m'en dit comme à son très-grand amy; je sçay après ce que j'en dis à M. de Bellegarde , que nioy, venant de la cour en poste , et luy y allant de mesmes, nous nous rencontrasmes dans la forest de Chastelleraud, qui estoit assez fard , et la nuict approchoil : soudain nous nous embrassasmes, et mismes à causer l'espace d une grosse deuiye-heure, tant que la nuict nous surprit. Après avoir devisé des nouvelles communes un peu et non guieres, il me demanda ■e M. du Gua , et si je luy avois ouy parler de luy : je luy dis que ouy, et qu'il alloit assez à pomct, et assez viste en poste pour estre querellé de luy. Alors il m 'alla discourir, après m'avoir ouy, comme il n'avoit raison d'estre si mal content de luy, et m'en fit tout le discours. Après nous nous départ ismes.
Luy arrivé à la cour, Monsieur, leur maistre, leur commanda de ne se demander rien ; mais jamais despuis ue furent amys, comme j'ay dict cy-devant, et pense avoir faict le discours mesmes ailleurs; mais c'est tout un , et tout m'est pardonné, pour n'estre bon et mémorable escrivain. M. du Gua pardonnoit mal-aysement de tels traicls.
Pour ceste rois le coup fut rompu de ne mener ces Gascons, caria partance du roy estoit bastée; et fut remis quand il seroit là, qu'il auroit veu les choses et affaire à l'œil, et pour autres raisons que dirois bien. En ce faict une chose est fort à considérer de ces Poulonnois et de leurs demandes de ces trouppes gasconnes , qui est, comme ce nom de soldat gascon s'esloit espandu parniy la chrestienté, voj re une parlye du monde, que luut soldat françois, mais qu'il fust vailUnt, on le tenoit pour Gascon. Cela me fait souvenir de ce que j'ay leu dans Paul Emile en son histoire de France, que : durant la guerre saincte, tous les bonshommes et braves et vaillans gentilshommes, chevalliers, soldats et Rens-d'armes, ou les disoit tous François; et avoieni beau à estre Anglois, Allemans, Flamans, EspaignoU, Italiens, Hongres et autres nations , ils estoient lousjours dicls François, mais qu'ils fussent vaillans et qu'ils eussent faict quelque bel acte de guerre. Si bien que le nom françois, ce dict Paul Emile , estoit un nom de vaillance et non de nation.
Quelle gloire pour les François de ce temps-
ELS FRANÇOIS. C9t
là, et une grande émulation pour ceux qui sont à venir! De mesmes est le nom des soldats gascons, et principalement en Italie, on les guerres ont esté despois cent ans, car la pluspart des soldats françois qui y ont passé, repassé et combattu, ont esté tousjours nommés Gascons.
M. de Montluc, dans son livre, lorsqu'il dit au roy François, pour l'animer à la bataille de Cerisolles , qu'ils estoient en Piedmont pour gaigner la battaille sii mille Gascons desquels il ftisoit bon, il l'entendoit et le parloit ainsy comme les autres le plus usagement ; mais de tous ces six mille tous n'est oient pas Gascons , car il y enavoit force bons Provençaux et braves Dauphinois et autres, voyre François ' , fourrés parmyeux; car les capitaines, qui n'esloient pas tous Gascons, le monstrerent bien: et aussy comme je l'ay ouy dire à plusieurs qui estoient de ce temps là ; mais il faut pardonner et excuser la frase dïceluy temps. Toutes les trouppes qui passèrent en Italie soubsValleron, Givry et M. de Nemours , on les disoit lou» Gascons. Je ne veux pas parler du temps pnssê , car ce parler estoit commun, dédire : «sont tous Gascons,» et avec cela très -redoutés, tant pour vaillances que pour leurs ravages et pîlleries , à quoy ils sont estés tousjours fort subjects. De sorte qu'en Italie règne encore ce mot : quand on veut donner quelque malédiction à un autre, on dit : Che ti possi vedere centi Gascon} allogiati in tua casa*\ les nombrant, tant du plus ou du moins , selon le grand et oetît maudisson qu'il veulent donner.
La première rois que je fus en Italie, je fus à Nostre-Dame-de-Laurette, où je recognus enfr'autres un tableau où estoit painct un pauvre diable, pasle , transi , entre les mains d'un soldat adventurier, furieux, habillé à la pendarde, qui luy tenoit l'espée à la gorge, luy demandant la bourse que l'autre avoit en la main; et le tableau portoit son petit escriteau tel : Vota d'uno 3 ch'escapà délia man d'un Gascon. Il ne fut jamais que les Gascons n'aymassent lapide, ainsy que j'ay leu Froissard.
Quand le roy de Castille vint demander
' De la province appelée Ile-de-France.
* Puiwé-je voir cent Gascons logé* dam ta maison I
• Ex voto d'un nomme échappé de la main d uo
Gascon.
cours au prince de Galles contre le bastard qui luy tenoit son royaume, que Bertrand du Guesdin, avecques les braves françois, luy avoit conquis, entr'autres belles persuasions, il alla engeoller avecsonbel hablarx castillan luy et ses Anglois et Gascons qui estoient avecques luy, qu'il les feroit tous riches , et les asseuroit et promettoit tel surgros ibresor d'or, ce disoitil , qu'il avoit caché en un lieu que nul ne sçavoit que luy-mesme. Quand ces Anglois et Gascons ouyrenl parler de ce grand thresor, ils y presterent aussy tost raureille,«carvolontiers, dit Froissard, Anglois et Gascons sont convoiteux;net estant tels il ne faut s'esmerveiller s'ils font des ravages; mais avec cela ce sont de très*bons soldats, et ne se faut esmerveiller si de long- temps quelque bon soldat qu'il soit, on l'ait appellé Gascon, encor qu'il ne le soit point , mais qu'il en face la fiction avecques un petit cap de diou tant seulement , et quelque peu de mine; comme j'en ai veu plusieurs qui n'estoicnl Gascons, ains les contrefaisoient , et estoient natifs de Sainct-Denis en France, ou d'ailleurs; mais voylà! ils ne pensoient estre estimés vaillans, s'ils n'estoient Gascons ou les contrefissent ; mais, ma foy ! aujourd'huy ceste graine de vaillance s'est espandue par toute la France, que de toutes nations vous trouvez des soldats très-vaillans, hardis et déterminés. Et ne faut point emprunter le nom des Gascons, encor que noslre roy d'aujourd'huy, Henry IV, les estime fort et en veuille fort auprès de luy, et pour cent François il en voudrait cinquante Gascons, lls'entend bien en gens de guerre.Voylà pourquoy il le faut croire, encor qu'il parle tousjours de sa nation. Nous avons les Espaignols : on peut parler de mesmes d'eux, car, encor qu'il y ait parmy eux force soldats eslrangers et point espaignols, ils sont Espaignols mais qu'ils sachent parler espaignol et en faire la piaffe.
J'ai veu autrefois dans les terres de Naples, Sicille, Lombardie et autres, plus de douze ou quinze cens François; mais lapluspart Gascons et autres nations , mesmes François , tous estoient dicts Espaignols ; mais quels François et Gascons estoient-ce? C'cstoient tous vieux soldats espaiguoliaés, parlans I espaignol mieux
1 Son beau parler.
que leur langage , s'accommoda ns du tout a la façon espaignolle, las bigotas relevadasttk$ moustaches relevées, » leurs gestes bravasches; si bien qu'ils estoient tous Espaignols, et te eust on jugés tous tels. Et qui croiroit une chose? qu'il y a environ dix ans, il s'est trouve parmy les comédiens des gelosi que celuy qui faisoit le brave ou le capitan espaignol, c'estoii un François qui, s'estant long - temps rafiné parmy les bandes espaignolles , en parloit le langage et en avoit les mesmes gestes et mesmes trajes ; comme dict PEspaignol , qui est la mesme façon et garbe.
H y a quelque temps que de Bourdeaux partit un fils de madame la présidente Poynel, qui s'appelloit Binet , et s'en alla veoyr le monde : il practiqua si bien les bandes espaignolles, qu'il parloit la langue mieux que la sienne ; et y est tellement parvenu . que le roy d'Espaigne le cognoist et luy a baillé à Naples une corn paig nie de gens de pied; et se fait appeler Carlos de Villamor, ce m'a dict M. de Latissac;et le roy d'Espaigne luy en parla, estant en Espaigne, luy disant la nourriture dudict Lanssac; mais avant il avoit esté avecques moy. Que c'est du noble François, qui est né à tout quand il veut!