DOM ANTHOINE DE LEVE
Il fault venir à ceste heure à dom Anthoinc de Levé , lequel , bien qu'il fit ses premières armes soubs de grands capitaines , si fut il fort blasmé de ceux de sa nation , mesmes de» Italiens et François, de n'avoir pas moins faict en ceste battaille de Ravenne que les autres qui s'enfuirent. Toutesfois, il laissa despuis exemple à plusieurs qui font telles et si lourdes fautes: qu'il est bien aisé, en bien travaillant, bien faisant et bien guerroyant, de nettoyer et bien blanchir ces taches noires , ainsy que fit ce bon capitaine; car il peina et travailla, et mania si bien les armes despuis, en tous lieux , combats , rencontres et sièges , qu'onques puis on ne luy sceut reprocher sa faulte passée : et qui le décora encore plus , ce fut le siège de Pavie, qui fut cause de la prise de nostre roy , delà perte de Testât de Milan , et pour un temps de la grande disgrâce de la France.
Aussy j'ai leu une fort belle lettre parmy celles de l'Aretin, qu'il luy escrivoit, le disant le seul brave artisan qui , de ses mains propres, avoit faict la couronne et le chapeau de triumphe que l'empereur Charles portoit sur sa teste: comme de vray, si nostre roy ne fust esté pris en ce siège et battaille, l'empereur n'eusl faict de si belles choses qu'il fit puis après fort aysement.
Ccstc gloire, certes, fut grande audicl Anthoine de I^ve : aussy pour sa devise il prit une ruche d'abeilles allans , enlrans et travaillans
DOM ANTHOIN
pour faire leur miel , avec ces mois : Sic vos non vobis; comme disant qu'il faisoit tout jiour autruy, et non pour luy.ll n'ya pas raison aussy qu'il portast ceste couronne, puis qu'il «:oit le serviteur, et l'autre le maisire.
Or, estant à ce siège, ayant faute d'arpent pour contenter et payer ses soldats, mcsmes les lansquenets amutinés , il s'advisa de la ruse dont les histoires en parlent sans que je le die: mais la plus plaisante fut (racontent les Espaignots ) que tomb toda la plata consagrada de los te/nplos, prometiendo todas voces con voto solemne à los santos, si quedaba vencedor, cotas harto majores que las que tomaba ; de que hizb bâtir dinero groseramente. C'est-a-dire : Il prit l'argent sacré des temples, promettant toutesfbis, avecques vœu solemnel,anx saincts choses plus grandes que celles qu'il prenoil s'il demeurait vainqueur ; et puis de cet argent , il en fil battre delà mon noye grossièrement. Mais il practiqua par emprfcs le proverbe : Passato il perico/o, gabbato il santo et n'en paya jamais rien. Quel payeur de debles! Et sedisoit dans Pavie, encor de mon jeune temps , qu'il laissa la debte à payer, et le vœu pour accomplir, â l'empereur, puisque cela esloit pour ses affaires qu'il l'avoit emprumpté et employé. Pareil traict de Denys le tyran, quand il osta et arracha la robbe d'or a son Apollo. Un pareil traict encor et plus plaisant d'un que fit donna Maria de Padilla. l'une des honnestes dames d'Espaij;ne, et des plus affectionnées à la rébellion qui se fit en Espaigne, au commencement de l'empereur Charles , ainsy que dom Anthoine de Guevarra le raconte: laquelle , ayant faute d'argent pour la solde de ses soldats , prit tout l'or cl argent de reliques de Tolède; mais ce fut avecques une cerimonic sainetc et plaisante, entrant dans l'église à genoux, les mains jointes, couverte d'un voile noir, ou pour mieux dire , d'un sac mouillé , selon Rabelais , piteuse, marmiteuse, ballant son estomach, pleurant cl soupirant , deux grandes torches allumées devant elle : et puis ayant faict genli- | ment son pillage, se retire aussi gentiment en même cerimonie , pensant et croyant ferme- ] ment que, par ceste triste cerimonie, ou plus- j (ot hypochrysie , Dieu ne luy en saurait mau- i
1 Le pùil passé , jd se moque du taint.