‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 56 sur 361 · FERDINAND DE GONZAGUE · texte numérisé non relu

FERDINAND DE GONZAGUE

A ce prince Philibert succéda, et en sa place et charge de ce siège de Floraucc, par la \oix de toute l'armée, Ferdinand de Gonzague, cl en fut esleu gênerai ; m'estonuant fort que le marquis del Gouast ne le fut plustost que luy, ayant esté en grades et charges beaucoup plus advancé auparadvant que luy, et commandé aux Kspaignols de tout temps, qui a voient toute créance en luy dès la mort de son cousin, le marquis de Pescayrc, et non si grande en Ferdinand : et ceste paille en passa par le bec dudict marquis, qui ne fut faict là gênerai , et l'autre le fut; d'autant, disoicul-ils, qu'il estoit prudent, bening, magnanime, généreux, libéral fort adroict, gentil , valeureux, et bien proportionné (si estoit bien le marquis). Voilà les qualités qu'ils luy donnèrent, et qu'ay veu par leurs escriis. Certes, il estoit cela, cl de fort bonne maison , de celle de Manloue. 11 a esté un très bon et grand capitaine : aussy, s'il ne l'eust esté on ne l'cust honoré de Testai de couronnel gênerai de la cavallerie légère, soubs M. de Bourbon , à la prise de Home , sous le prince d'Orange et à Maples et à Florance, et an voyage de Provance, où il fit fort bien, qui en veut lire les Iraictés : du premier coup il prit Monte-Jean et Boissy. Par ses mérites, quelque temps après l'empereur le fit son viceroy en Sicile, qu'il gouverna fort sagement , cl mesmes contre les soldats espaignols amutinés, qui la ravageoient et la meitoient à sac, sans sa grande prévoyance et valeur, qui en fit de rigoureuses justices, comme j'en parle ailleurs.

Il fut aussy lieutenant gênerai au camp de Landrecy, et après au camp de Sainct-Dizier, et lors que Sadicte Majesté vint si près de Paris pour l'emporter, et après tout de mesmes à Milan , où il commança la guerre de Parme : et fut donné par l'empereur au roy son fils en Flandres pour son principal conseil ; duquel il

s'en trouva fort bien en si peu de guerres qu'il fit, mesmes a la battaille deSainct-Quentin,au siège et à la prise, comme nous l'avons veu. Enfin il est mon vieux et cassé, et fort expérimenté capitaine, tellement qu'on ne luy en peut rien desrober.

Or, comme j'ay dict que ces grands capitaines sont subjects quelquefois de donner à travers de leurs ames, aussy bien que les plus grands et meilleurs pilotes donnent a travers des bans et des escueils, cestuy ey fut fort tasché , au sac de Home , de n'avoir espargné la maison de son oncle, le cardinal de Manloue, et en avoir eu sa part. De plus, il fut fort accusé par ce malheureux qui empoisonna M. le Dauphin . que c'estoit luy qui l'avoit suscité et persuadé de le faire, non pas seulement à l'endroict de M. le Dauphin, mais du roy et de tous .messieurs ses enfants. C'estoit un très meschanl acte et très pernicieux conseil. El j'ay ouy dire que le roy disoit souvanl que s'il le pouvoil jamais attraper, qu'il ne le Iraicteroil pas en prisonnier de guerre, mais en criminel. Aussy esl-ce un très grand et odieux crime d alterner contre un roy sacré, oing, et tenant la semblance ei la place de Dieu icy bas. Aucuns Italiens ont dict que ce fut Anthoine de Levé le seul coulpable de cela. Il se peut, car on le teuoit avoir lame aussy mauvaise que les jambes. Toutefois, ledicl Ferdinand s'en purgea et manifesta son innocence, estant trop généreux pour se quer de telle lasche.

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