LE COMTE DE NASSAU
Le comte de Nassau, de fort bonne maison et grande, fui aussy bon capitaine, au moins fort estimé pour lors, et que l'empereur aymoit et croyoit fort. Il espousa madamoyselle la princesse d'Orange, qui estoit nourrie à la cour du roy, fort belle et honnesle princesse Ce fut lors qu'il vint en Franec de la part de Charles d'Austrice, qui l'aymoit fort familièrement, prester au roy la foy et hommages de la comté de Flandres et Artois, et autres terres tenues
Henri, père de René, premier prince d'Orange,
DS CAPITAINES
de la couronne de France: ce qu'il rît; et traicla une paix par le mariage dudict Charles et madame Renée de France ; mais tout cela se rompit.
Et tout ainsy que ce comte avoit faict ce bon coup, il en fit un très mauvais; car ce fut luy qui le premier commença la guerre en France, qui Fut cause despuis de grands maux : et commença à brusler, s'altaquant premièrement aux terres de messire Robert de lia Marche, et puis vint ravager et brusler quelques petits recoings de In France. II vint assiéger Meziercs, qui ne valoit rien pour lors, et fort malavitaillée; mais M. de Bavard se jetla dedans, qui la garda, comme chascun sçait , contre la furie et l'effort de ce capitaine, qui la pensoit emporter de plain sault pour ses menaces : et pour ce, il envoya un trompette à ceux de la ville pour se rendre; mais M. de Bayard respondit pour tous au trompette que devant que de l'ouyr parler d'en sortir, qu'il esperoit faire un pont de corps mous de ses ennemys, pardessus lesquels il pourrait sortir. De plus, il luy manda qu'un Bayard de France ne craignoit point un Roussin" d'Allemaigne. Enfin , elle fut si bien gardée par ce brave M. de Bayard (qui en avoit bien veu d'autres), que ledict comte en leva le siège après quelque temps; comme il fit devant Peronne quelques années après, on se trouva M. le mareschal de La Marche, le comte de Dampmarlin et le couronnel Chiaramont, Napolitain qui avoit esté gouverneur du chasteau de Montmelian en Savoye, lorsqu'il fut pris et ft'estoit mis au service du roy, lequel j'ay veu et tenu pour homme de fort bonne façon , et qui estoit bon et advisé capitaine. Il y avoit aussy dedans force braves et vaillants gentilshommes de Picardie et capitaines, jusques aux habitans et aux femmes de la ville; si bien que, par la brave eonduietc et vaillance de mondict aieur mareschal et comte de Dampraartin (qui fit fort bien tousjours , aussy il y mourut) -, tant qu'il fallut quicter le siège à ce brave comte, lequel estant venu devant la rcyne d'Hongrie, qui alors commandoit absolument en tous ces Pays Bas pour l'empereur son frère, elle se mit à courroucer contre luy s'il n'avoit pas honte de n'avoir peu prendre ce coulombier. • Ouy, a de vray, respondil-il , madame, c'est un cou-
» Jeu de mo« sur Boyard et Roussin , Don» de cbe- I
« lombier ; mais les pigeons qui estoicnt dedans a se sçavoient bien deffendre et faire autre «chose que s'en vol 1er.» Voyla deux grands malheurs qu'a eus ce capitaine au siège de deux places fort fbibles; et par ainsy il a esté malheureux capitaine, encore qu'il fust brave et vaillant, comme cela arrive a aucuns et autres non.
On dict et se lit que luy avec Charles de Lanoy ayda fort à faire la paix de Madrid , et la persuada fort a l'empereur ; et ces deux le gouvernoient, et si n'estoient pas trop ennemys du nom françois, pour eu csire voisins et en parler la langue. Aussy madame la régente luy est i ivoit souvant pour avoir son fils en recommandation.