‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 59 sur 361 · LE CONNKSTABLE DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE CONNKSTABLE DE BOURBON

•trop indignement la place de saint Pierre.»

A telles belles parolles les capitaines et soldats preslerent tellement l'oreille et le courage, que todo en aquel puncto etnprendieron a hacer giterra a todo el mundo. «Tous «en ce poinct entreprindrent de faire la guerre • à tout le monde.»

Ri par ainsy se mirent à cheminer, estans tous très délibérés de faire bien et mal , dict le coote. Si bien qu'en chemin ayant rencontré dom Charles de Unoy, qui venoit au devant de M. de Bourbon , et qui portoit le concert de la concorde (de tels mots use l'Espagnol) qu'il avoit faict avec le pape Clément , le coyderent tuer sans M. de Bourbon (mal rendu pourtant l'affront qu'il luy fit de luy avoir oslé et emmené le roy François eu Espagne) , d'autant qu'ils pensoient aussy saccager Floraucc : mais s'estans embouchés ensemble et Bourbon et le visce roy, Bourbon tira outre sans attaquer Florance; car il y estoit entré aussy force gens de guerre, et ceux de la ville avoient baillé quelque argent ; et Charles de Lanoy se retira à Sienne. En quoy certes le pauvre pape fut fort vilainement trompé et abusé. Aussy le visce-roy ne la fit guieres longue après; car ce n'estoit pas peu de chose de tromper un tel personnage que le pape , soubs titre de la bonne foy pour laquelle il procéda.

Il ne faut point demander les maux que les soldais faisoient ; d'autant qu'ils ne trouvoient leurs hosles pour leur donner vivres, et estoient tous serrés dans les forts : de sorte que quelques troupes de François ( car M. de Bourbon en avoit force avec luy, qui s'esloient donnés à luy, et de mesmes les avoit receus) forcèrent un chasieau qui s'appelloit Pienne, où ils tuèrent plus de huict cens hommes, et le mirent tout à sac.

Estant venu M. de Bourbon au dessus de BelrederdcRome, le cinquiesmes de may 1527, le soir, en plaçant son camp , visitant ses gardes . et ordonnant ses troupes pour le lendemain à l'assaut , il les harangua encor pour la seconde fois , et la dernière , aussy par telles paroles que je refereray en espaignol, parce qu'elles ont je ne sçay quoy de plus gallant et brave que la précédente concion et raisonnement , disant : O capitanes de gran valor y esfuerço,y vos soldailos miosmuyqueridos, pues la gran ventura y suerte nuestra nos

ha trahido al puncto y lugasque tantohemos deseado, pasando por caminos tan asperos con nieves y frios tan grandes en metad del yvierno, con lluiias y todos, con encuentros de nuestro enemigo, con nombre y sed, y sin dinero,y finalmenle con todos tas necesidades del mundo : agora estiempo de muestrar en esta noble y rica empresa el animo , la virtud y fuerça de vuestros cuerpos. O vers de quedar agora perd i dos por siempre, si fuere des vencidos , o enoblecidos, honrados , y ricos para siempre , si de la pelea salier des vencedores. Toda la esperança de nuestro bien, honra y glo~ ria esta en la Victoria. No ay ninguno de nuestros enemigos, {aun las naciones esfrangeras tiemblan en oyr vuestros nombres) que no este atonito de miedo y espante del nombre de nuestro exercito victorioso. En acomeliendo nosotros los muros de Roma , volwerà el enemigo las espaldas de miedo , no ai>rà capitan que sea poderoso para tornar las a la defensa. Si jamas aveys deseado sacquear ciudad por riquezas y tesoros, es esta unayla mas ricaysehora del mundo. D'esta vez alcançando Victoria, quedareis ricos sehores y bien advenlurados ; y sino, todo la contrario. Yo hallo muy cierlamente , Itermanos mios, que esta es aqueta ciudad que en los tiemjws pasados pronosticà un sabio astrologo , diziendo me: que infaliblemente , en ta presa de una ciudad, el mi fiero ascendente me amenazava la muerte. Peroyo ningun cuidado lengo de morir,puesque, moriendoel cuerpo, quede de mi perpétua fama por todo el mundo. « Mes capitaines , qui tous estes de «grand valeur et courage, et vous mes soldats a très bien aymés de moy, puisque la grand aadvanture de nostre sort nous a amenés et o conduits icy, au poinct et au lieu que nous «avons tant désiré, après avoir passé tant de «meschants chemins, avec neiges et froids «si grands au beau milan de l'byver avec « pluyes et boues, et rencontres d'ennemys, avec «faim et soif, sans aucun sol , bref, avec toutes «les nécessités du monde, à ceste heure il est «temps de monstrer, en ceste noble et riche «entreprise, le courage, la venu et les forces a de vos corps. Ou vous avez a reste heure

«d'eMrcs perdus pour jamais si vous estes vain- «cus, ou ennoblis', honorés cl riches pourja- « urits .nissy, si vous sorlrz de ce combat les « vainqueurs : toute l'espérance de nostre bien, «honneur el gloire, consiste en cesle victoire; «car il n'y a pas un de nos ennemys, encor «les nations estrangeres, qui ne Ircmhlent à «onyr vos noms, cl qui ne demeurent eslonnés «de peur, et ne s'espouvanlent du nom de «nostre camp victorieux. Nous autres en alla- « quant les murs de Home, l'ennemy tournera «les espaules de peur; el n'y aura capitaine, oianl brave suit-il, qui les ose tourner pour se « deffendre. Si vous avez jamais désiré de sac- «cager une ville pour richesses cl Iresors, «ceste-cy en est une, et la plus riche, voire la «dame de tout le monde. Si cesle fois vous obtenez la vicloirc, vous demeurez riches seigneurs, cl Irès heureux: sinon vous serez tout « le contraire. Mes frercs, je trouve certaine- « menl que là est ceste ville qu'au temps passé «pronostica un sage astrologue de moy. me diisant qu'infailliblement à la prise d'une ville u mon fier ascendant me menaçoit que j'y de- «vois mourir : mais je vous jure que c'en est le « moindre de mes soucys ; et m'en soueye peu «d'y mourir, si, en mourant, mon corps de - «meure avec une perpétuelle gloire et renom- « méc partout le monde. » Belles parolles certes, et prononcées d'un grand courage . et inesmes la (in et la resolution de ecluy qui les prononçait : aussy advint il ainsy comme il les dicl et le voulut. Après, il commanda qu'on serelirast, qui au repos , qui à la garde, et qu'un chascun fust presl à l'assaut de bon malin.

Despues que los estrellas fueron csclarccidas por otro inayor resplendor del sol y de las armas lan bien lucidas de los soldados que se apaiejamn al a s alto.

«Apres que lesestoilles se furent obscureyes «pour plus grand rcsplcndeur du soleil, et «aussy des armes reluisantes des soldats qui «s'aprestoient pour aller à l'assault , » gculils mots que voylà ; luy après avoir ordonne de son assault, cstanl vesiu tout de blanc pour se faire mieux cognoistre et apparoistre (ce qui n'estoit pas signe d'un couard), les armes en la main, marche le premier, el proche de la muraille ayant moulé deux eschellons de son eschcllc, ainsy qu'il l'avoit dicl le soir, ainsy ad-

S CAPITAINES

vint il que l'envieuse fortune , ou , pour mieux dire, iraistresse, fit qu'une harquebusade luy donna droicl au coslé gauche, et le blessa mortellement; Aunque, dit l'Kspaignol , le quità el ser, pero un solo punclo no lepudbquitar la magnanimidad y vigor, en tanto que el cuerpo Une sentimiento ; c'est-à-dire : «Et a encor qu'elle luy osta l'eslre el la vie, toutefois «d'un seul poinct elle ne luy peut oster sa ma- «gnanimitéet vigueur, tant que son corps eust «de sentiment.»; ainsy qu'il le monstra bien par sa propre bouche : car, estant tombé du coup, il dicl à aucuns de ses fidèles amys qui esloient tout auprès de luy, et sur (out au capitaine Gogna , Gascon , su gran familiar » ( je pense que c'esloit le capitaine Jonas, mais l'Espaignol l'appelle Gogna, Gascon. Du despuis ce Jonas eut la teste tranchée à Paris ; ce Gogna fut pris au combat de Philippin Doria, devant Naplcs , avec le marquis del Gouast ), qu'ils le couvrissent d'un manteau el l'ostasscnt de là, afin que sa mort ne fust occasion aux autres de laisser l'entreprise si bien encommancée. Et ainsy qu'il tenoil ces parolles avecques un brave cœur, comme s'il n'eusl eu aucun mai, il donna fin . comme mortel , à ses derniers jours.

J'ay ouy dire à Rome qu'on tenoil que celuy qui tira cesle malheureuse arquebusade csloit prestre, tout ainsy que celuy qui , dans Sainct Dizier, tua » ce brave prince d'Orange 3. La vieille chanson de ces advanluriers d'alors disoit pourtant ainsy :

Quand le bon prince d'Orange Vit Bo-irboti qui cstoit mort , Criant , Minet Nicola»

Il est mort . wmetc Barbe; Jam.u» plus mdict root, A Dieu rendit sou ame.

Sonnez, sotmrz , trompette»

Sonne* ton» à l'auMull; Approchez vo« eriRitu , Abbattc/. ce* muraille» :

Ton» le» bien» de» Boni ait»»

Je voit» donne au pillage.

Voylà ce qu'on ch intoit pour lors : car ces bons advanluriers ne visoient en ce temps-là tant à la rithme comme au sens.

Or, tout ainsy que M. de Bourbon avoit re-

1 Son firand ami.

» Rduc dV !N.:smii el de Cbaloti.

* \jt manuscrit 877 1 ajoute : < Ces praires , quand il* M nx-ttenl à mal , font tot»;our8 quelques mauvais coup* , comme à faire le bien.»

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