‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 60 sur 361 · LE CONNESTARLE DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE CONNESTARLE DE BOURBON

commandé de descouvrir el cacher son corps , ses gens le firent ; si bien que l'escallade et l'assaut se poursuivit si furieusement , que la ville, a m près avoir un peu résisté , fut emportée : et les soldats ayant desjà ouy le vent de sa mort, en combattirent plus endiablement pour vanger sa mort, laquelle certes le fut 1res bien , car on se mit à crier : Carne , carne ! sangre , sangre ! sierra , sierra, Bourbon , Bourbon 1 !

Le premier qui monta à la muraille (ce conte ne doibl point esire teu ) fut un enseigne espagnol , brave et vaillant (il le monstra bien), lequel se nommoit Jouan d'Avalos ; et estant ainsy monté, luy fut tiré une barquebusade qui loy rompit et cassa tout l'os du bras : si bien qu'il fut contraint de s'enveloper de l'autre bras du taffetas de l'enseigne. Et, se tournant dernier soy, il vit un capitaine de gens d'armes qui s'appelloit Cuaco, brave et vaillant soldat, auquel il dicl: «Mon capitaine, je vous «recommande mon honneur, car je suis mort;» et en disant cela il luy donna son enseigne , et dans peu il mourut. Ce capitaine Cuaco la prit aussy tost; mais fut chargé d'une troupe de François qui survindrent . qui esloient dans la ville car y il en avoil cl dedans cl dehors) , qui firent bravement teste et le repoussèrent , où il fut fort blessé ; si bien qu'il tomba et perdit son enseigne. Estant un peu revenu à soy, il se releva; et, abordant un alfier qui avoit une enseigne noire avecques une croix blanche , en despii de tous luy osta son ensi igne; et passant plus oultre, en combattant comme un lion, avec ce bon succès, se mil à crier : Victoria, Victoria! imperio , imperio! el les autres après; si bien que la ville fut prise. Le capitaine Cuaco, sur ce, renconlrc le capitaine de l'enseigne à luy recommandée, auquel ii fit entendre la blessure et la mort et les parolles de son alfier, et la recommadatiot. de son enseigne; que l'ayant perdue, et tombé quasy mort pour avoir esté blessé . qu'il en avoit recouvert une autre »prts estre revenu à soy , et qu'il luy en faisoit présent pour l'autre . el que s'il luy pouvoit satisfaire mieux , qu'il luy commandas! , que volontiers il le ferait. En quoy le capitaine fui très content, et se sentit très honoré, et l'en remercia, et luy offrit tout service. Oh ! grand

1 iu canuGe ! au unB! Bourbon !

vertu et valeur de capitaines ! jamais ils ne se pourraient assez exalter, ny leur curiosité à conserver leurs drapeaux. Voylà pourquoy qui les a en garde les doibt conserver comme la vie.

La muraille et les ramparts gaignés, les Romains commencèrent à fuyr , et sauve qui peut. Les impériaux poursuivent leur victoire de telle furie, qu'on disoit que tous les diables esloient là tous assemblés , comme disent les Espaignols en leur langue ; car les arquebusades, les crys des combaltans, les plaintes des blessés et mourans, le battement des armes, le son des trompettes, la rumeur des tambours , qui animoient d'autant plus les soldats au combat, et les coups de piques, raisoient un tel bruit , qu'on n'eut ouy tonner le ciel quand il cust tonné. El poursuivirent si prestement les vainqueurs leur victoire , qu'à grand peine ceux de dedans eurent loisir d'abattre les chaisnes du chasteau : si bien que le cardinal Armelin 1 y cuida laisser le chappeau, sans un de sesamys qui le haussa avecques une corde de bas en haut. Le cardinal de Santiquatre en se sauvant dans le chasteau à course de cheval , son cheval vint à tumbcr,ou bien luy, qui ne se lenoit pas bien possible; fut traisné, un pied dedans l'estrieu , jusques à la porte du chasteau par son cheval, qui le traisna et mena jusques là à la bonne el mal'heure; car je pense que son corps en demeura bien mutilé; et par ainsy se sauva, ayant passé un autre grand danger. Ce cheval fut encor bon et sage d'avoir ainsy sauvé son maislre si disgracieusement. Le grand camerier du pape y fut là tué.

Le prince d'Orange y acquit un très grand honneur; car, n'estant secondé des grands ses compagnons, estant. M de Bourbon mort, { M. le marquis del Gouast demeuré malade d'une grosse fiebvre quarte à Fcrrare, el puis porté à Naples ) il vint au Ponte Sixte, où ayant trouvé Juannin, Anlhonio et Valerio Ursins, braves et vaillans seigneurs, et Hieronimo Malheo , qui s'estoient r'aliéslà avec deux cens bons hommes, pour rendre quelque combat et tenir le passage, d'un coslé el d'autre, il ' fut très valeureusement combattu. Toutesfbis, à la fin, le prince leur fit une charge si furieuse , que les Romains furent oontraincts de s'enfuyr, les uns qui çà , les autres qui là, mai* • Carmelinçue, sans doute.

dissanl l'heure que jamais le pape avait coqsenty à Charles de Lanoy.

Or, Rome vaincue, et du tout en la puissance des Espaignols et lansquenets, qu'on ne parloit plus de rendre combat, les gallants bien aj ses se mirent à desrober, tuer et violer femmes, sans tenir aucun respect ny 5 l'aage ny à dignité, ny à hommes ny à femmes, ny sans espargner les sainctes reliques des temples, ny les vierges ny les moniales : jusques là que leur cruauté ne s'estendit pas seulement sur les personnes, mais sur les marbres et antiques statues. Les lansquenets, qui nouvellement estoient imbus de la nouvelle religion, et les Espaignols encor aussy bien que les autres, s'habilloicnt en cardinaux et evesques eu leurs habits pontificaux, et se pourmenoient ainsy parmy la ville. Au lieu d'estaffiers, faisoient marcher ainsy ces pauvres ecclésiastiques à costé ou au devant en habits de lacquais : les uns les assommoiem de coups, les autres se contentoieut de leur donner dronos; les autres se mocquoient d'eux et en tiroient des risées en les habillant en bouffons et maltassins; les uns leur levoient 1rs queues de leurs chappes , en faisant leurs processions par la ville et disant les litanies : bref, ce fut un vilain scandale.

Les huguenots en ces guerres en ont bien faict autant, et mesmes à la prise de Cahors, au moyen d'un pétard ; car, tant qu'y dura leur séjour, tous les matins et soirs, les palafreniers qui alloient abrever leurs chevaux, s'habilloient des chappes des églises qu'ils avoient prises, et, montés sur leurs chevaux, alloient à l'a bre voir, et en tournoient ainsy vestus, en chantant aussy les litanies ; et un qui avoit trouvé une mytre d'evesque 1 alloit dernier, faisant l'office de l'cvesque.

Il se trouva à ce sac de Rome tel evesque qui paia rançon trois ou quatre fois; après qu'ils avoient payé à l'un, il falloit payer à l'autre. Quand il avoit passé par les mains du lansquenet , il falloit parler à l'Espaignol et au François , et de près : ils les grsnoicnt si fort et les lotirmentoicnt tant, qu'il falloit. quoy qu'il fust, trouver de l'argent ; autrement leurs pauvres testicules estoient coupés', dont aucuns en

' Le manuscrit 8771 dit : ■ La myire de l'eresque, mais non la boniK. »

» Le manuscrit 8771 dit : * Rasibus du c... •

mouraient, les autres eschappoient (. Ils ne pardonnèrent ny aux cardinaux ny aux evesques de leur nation, ny ambassadeurs, et furent aussy bien saccagés que les autres. Et quand ils leur pensoient remonstrer que l'Empereur ne le trouverait pas bon, c'estoit alors qu'ils faisoient pis. a Vous estes de beaux prescheurs, de beaux harangueurs et de beaux remonstreurs, leur disoient-ils : » Va mi dineros,y no consejo, cYsl-a-dire : « Donnez moy de l'argent et non «du conseil ; »ct se mocquoient d'eux, de sorte que les pauvres hayres demeuraient coys. Ce ne fut pas tout; ils ne se contentoient pas d'avoir pris, pillé et saccagé jusques à la terre, il fallut que les cardinaux , evesques , ambassadeurs et marchands, donnassent encor de l'argent pour la paye des soldats. Quelle insassieté !

Quant aux dames, il ne fault demander comment elles furent traictées. Des courtisanes des plus belles de la ville ils n'en vouloient point , et les laissoient, disoienl-ils, para los laquayos X rapazos , « pour les lacquais et goujats, » qui s'en donnoienl du bon temps ; mais ils s'altacboienl aux marquises, comtesses, baronnesses et grandes dames, et gentiles dones de la ville, leur faisant exercer Testât de courtisanes publiques, et les abandonnoienl les uns aux autres, en faisant plaisir à leurs compaignons, leur faisant acroyre que c'estoit ce qu'elles vouloient, et qu'elles estoient trop chaudes, et qu'il les falloit rafraischirde la rosée, et les saigner au mois de may où ils estoient , et que la saignée en esloit bonne, et mesmes pour les filles et religieuses, qu'ils n'espargnoienl non plus que les autres, et firent un bordeau de leur couvent 2. Bref, si l'avarice fut commune à ces messieurs, ta paillardise ne leur fut pas moins. Et, qui pis est, des femmes maryées, quand ils les tnu choient , ils en exhiboient de beaux spectacles à leurs pauvres hayres de marys , qu'ils faisoient si gentiment cocus devant eux qu'ils n'en osoient dire mot 3, mais encor bien aises : de

1 Le manuscrit 8771 dit : «Comme pauvres escroués. • *Le manuscrit 8771 dit : « Ft en firent uu bordeau très friand de leur couvent ; car on dict : cuysse de nouant* ; d'autres disent que c'est la perdrix des Femmes, pour en estre la viande plus friande et savoureuse que des autres ; ce que je ne croy : car , il n'y a que f... sur le velours et l'or, disoit-on le temps passé..

» Le manuscrit 8771 dit : • Ils n'en osoient dire mot devant eui, mais eucor bien aises; et devant tout te

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